Mhère (Méy en morvandiau) est une commune française située dans le département de la Nièvre, en région Bourgogne-Franche-Comté.

Plusieurs scènes du film Les Vétos (2019) ont été tournées dans le village.

Géographie

vignette|Mhère vue derrière. Mhère se situe dans le Morvan et fait partie de son parc naturel régional.

Arrosée par l'Yonne qui est encore un torrent, la commune est située dans le parc naturel régional du Morvan. Son secteur fait partie de la zone la plus boisée et montagneuse du Morvan. La colline du Banquet est son point culminant, et son nom rappelle une tradition qui consistait, autrefois, à organiser des repas sur la plus haute colline du village.

À la suite de l'entrée de la Slovénie dans la zone euro au , Mhère était devenue le centre géographique de la zone euro succédant en cela à la commune voisine de Montreuillon, d'après un calcul réalisé par l'IGND'après un article d'IGN Magazine de mars-avril 2007, .. L'adoption de l'euro par Chypre et Malte au a déplacé ce centre vers la commune d'Ouroux-en-Morvan.

Communes limitrophes

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat des marges montagnardes, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols) et des données couvrant la période 1971-2000.. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche.. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique altéré. et est dans une zone de transition entre les régions climatiques « Lorraine, plateau de Langres, Morvan » et « Centre et contreforts nord du Massif Central ».. Elle est en outre dans la zone H1b au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves..

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Lormes à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de ... . Urbanisme Typologie Au , Mhère est catégorisée commune rurale à habitat très dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...

Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (68,4 % en 2018), une proportion sensiblement équivalente à celle de 1990 (68,5 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : prairies (62,7 %), forêts (31,1 %), zones agricoles hétérogènes (5,7 %), eaux continentalesLes eaux continentales désignent toutes les eaux de surface, en général des eaux douces issues d'eau de pluie, qui se trouvent à l'intérieur des terres. (0,3 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (0,2 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Toponymie

Le nom de la localité est attesté sous les formes Ecclesia de Meera (1121-1142) ; Mehers (1300) ; Mahere (XIVe siècle) ; Mere (1598) ; Mehere (1672).. En morvandiau, la ville se nomme Méy.

L'orthographe de ce lieu ne s'est fixée que très tard. On trouve dans les archives une multitude de formes écrites : avec h ou sans h, avec ou sans s, avec un e ou deux eClaude Grimmer, Mhère, un village du Morvan (1815-1914), fascicule conférence 2007..

Le nom de Mhère dériverait de celui du dieu Mercure dont le culte aurait été célébré à proximité, un oratoire bâti au siècle dans une métairie relevant de l'abbaye de CorbignyMhère sur le site Lormes.net. Meera, Mehers, Mehere seraient peut être issu de materia (bois, forêt). ou plutôt à une déformation de Meix, écrit Mahere au siècleMhère a été désigné jadis sous les noms de Mansio et de Mahore., « métairie » que possédaient en ce lieu les moines de Corbigny.

Histoire Le village était le siège d'un prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye de Corbigny.

Sous l'Ancien Régime, la plus grande partie de la paroisse dépendait du comté de Château-Chinon et du bailliage de Lormes. En 1667, elle comptait 150 feux soit environ 700 habitants. Elle est sous la domination de cinq seigneurs. Dans le cahier de doléances, les députés se plaignent de l'éloignement des lieux de décision et de la pauvreté : seigle, avoine, sarrasin et pommes de terre. Les personnes plus aisées font commerce des bestiaux et du bois.

Mhère au : le siècle des profondes mutations vignette|Plan , Église et cimetière au centre, derrière le presbytère, en face le vieux château avec son pigeonnier et un ensemble de bâtiments qui appartiennent au « château », propriété de la famille Gudin. Au début du , en 1820, la commune compte 959 habitants. Le bourg compte une douzaine de maisons. En majorité, ce sont des agriculteurs. Le curé est une personnalité incontournable tout comme l’unique instituteur. On compte deux meuniers, trois maréchaux-ferrants, deux cabaretiers, un maçon, un instituteur, un fournier qui fait le pain. Les sabotiers sont itinérants. C’est un bourg rural typique du Morvan.

À la fin du , Mhère dépasse les habitants. Cette augmentation s’accompagne d’une véritable révolution culturelle. Les métiers se sont diversifiés pour répondre à la demande : il y a toujours de nombreux agriculteurs, un curé, deux meuniers. Mais on compte maintenant cinq maréchaux-ferrants et un charron, huit aubergistes, onze maçons, neuf charpentiers, deux instituteurs et une institutrice et deux boulangers. On voit apparaître des nouveaux métiers, deux facteurs, quatre cantonniers, un cordonnier, onze sabotiers, quatre tisserands, trois épiciers, huit couturières, une modiste.

L’accueil des Petits Paris vignette|Tableau dans l'église. Mhère accueille, dès la fin du et tout au long du , les enfants de l’assistance publique. Le Morvan est suffisamment loin de Paris pour ne pas être en concurrence avec les régions prisées par la bourgeoisie parisienne comme la Normandie, la Picardie et suffisamment près pour que l’envoi des enfants soit encore possible. La pauvreté de cette région en fait une aubaine pour l’État qui veut payer le moins possible les familles d’accueil. En 1853, Dupin aîné mentionne cette activitéDupin aîné, Le Morvan, Mémoire historique, agricole et économique lu à l'Académie des sciences morales et politiques, in Nouvelles Annales des voyages, volume 138, 1853, ..

À la fin du , Mhère fait partie de l’agence de LormesLes dossiers de l'assistance publique sont répartis entre les Archives de Paris, les Archives du Val de Marne, les Archives départementales de la Nièvre, Yonne, Saône et Loire et Côte d'Or : des enfants abandonnés par des mères célibataires qui ne peuvent pas garder leur enfant, des orphelins de père et de mère, des enfants retirés à leur famille pour mauvais traitement, des enfants dont les deux parents sont en prison, enfin des enfants confiés à l’assistance par les pères qui partent à la guerre de 1914 et dont l’épouse est morte ou malade. Tous ces enfants ne sont pas complètement abandonnés, certains parents prennent des nouvelles, demandent à revoir leur enfant, parfois à le récupérer. L’administration est toute puissante pour en faire part à l’enfant ou non, voire à arracher cet enfant à sa famille nourricière.

Mhère voit donc régulièrement la visite des tuteurs de Lormes, venus à l’improviste. Ils inspectent la literie, contrôlent l’assiduité scolaire à partir de Jules Ferry, consignent dans un dossier ses remarques sur la santé, le caractère de ses pupilles. Jusqu’à 21 ans, âge de la majorité, le tuteur contrôle tout y compris le mariage, l’engagement à l’armée. Certaines familles accueillent plusieurs enfants mais la plupart des familles de Mhère se voit confier un enfant de l’assistance. Le seul hameau d’Enfert accueille ainsi sept enfants de l’assistance. Certains meurent rapidement comme Louis Pompom qui meurt d’une bronchite chez les Picoche en 1885 à l’âge d’un an et sont vite remplacés par de nouveaux bébés.

En 1919, on ne trouve plus de nourrices au sein, les naissances y sont rares, les habitants plus aisés qu’autrefois, les femmes réservent ce mode d’allaitement pour leurs propres enfants.

La sociabilité villageoise vignette|gauche|Foire au début du siècle. Le bourg s’anime au moment des foires, temps forts de la vie économique de la région. Au , Mhère a deux foires. En 1856, Mhère a six foires : , , , (2 jours), , , quatre ont lieu à Enfert.

Ces foires sont nombreuses dans toute la région et l’occasion de faire la cour aux filles mais aussi de boire plus que raison. Dupin aîné y voit le premier défaut à corriger. Dupin aîné, Le Morvan, Mémoire historique, agricole et économique lu à l'Académie des sciences morales et politiques, in Nouvelles Annales des voyages, volume 138, 1853, ..

Au , Mhère n’échappe pas à ces vagues de violence, bien connues des historiens, qui sont le fait de compagnies de jeunesseJean-Claude Farcy, La jeunesse rurale dans la France du , Éditions Christian, 2004. Les rixes juvéniles sont nombreuses et font apparaître des clivages : contre les étrangers au village venus participer aux travaux agricoles, surtout s’ils séduisent les filles du village. Mais le plus souvent comme ici ce sont des rixes entre jeunesses de villages voisins mettant en cause l’honneur du village. Ces rixes sont activées lors des temps forts de la vie rurale : les veillées, la fenaison, les foires, elles diminuent dès le Second Empire et disparaissent après la guerre de 1914. Il est vrai qu’on est de moins en moins tolérant pour ces débordements de jeunesse.

Jusqu’à la Troisième République, les foires, très nombreuses, ne sont pas toujours appréciées par les bourgeois. Le , Étienne Delagrange donne lecture au conseil municipal d’une lettre du maire de Brassy. Le conseil municipal de Brassy sollicite deux foires et un apport de ce dernier destiné à la location des domestiques et sur lequel le conseil de Mhère est appelé à donner son avis. Considérant que le nombre de foires est déjà trop grand, que la multiplicité est plus nuisible qu’avantageux au commerce, que les foires causent un préjudice réel aux travaux de l’agriculture et ne profitent vraiment qu’à une seule industrie, les cabarets : avis défavorable.