La prise d'otages de Beslan commence le lorsque des terroristes séparatistes tchétchènes armés prennent en otage environ un millier d'enfants et d'adultes dans l'école numéro 1 de Beslan en Ossétie du Nord (fédération de Russie) dans le cadre de la seconde guerre de TchétchénieAymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, Éditions Chronique, 2013 .
Le après trois jours de siège, une explosion dans l'école — dont l'origine reste encore non élucidée — provoque un mouvement de panique des enfants, sur lesquels les preneurs d'otage tirent, et une intervention des forces spéciales russes, jugée par certains plutôt chaotique« CAUCASE : Beslan, 6 ans après », Theatrum-belli.com.. En , la Cour européenne des droits de l'homme condamne la Russie presque 13 ans après pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour éviter le massacre en soulignant que « l'intervention des forces russes a contribué à causer des victimes parmi les otages ».
Selon le bilan officiel, il y a eu 334 civils tués, dont 186 enfants. Lors de sa finale perdue, le 11 septembre à l'US OPEN, la joueuse de tennis Elena Dementieva demande une minute de silence après un bref discours émouvant.
Contexte Le , Moscou : un kamikaze a tué 41 personnes près de la station de métro Avtozavodskaya sur la ligne Zamoskvoretskaya à Moscou. Jusqu'à 250 personnes ont été blessées dans l'incident. , Tchétchénie : le président tchétchène Akhmad Kadyrov, père de Ramzan Kadyrov, est assassiné lors de l'explosion d'une bombe, alors qu'il assistait de sa tribune officielle à la parade militaire commémorant à Grozny la victoire de la Seconde Guerre mondiale. et , Ingouchie : une vague d'attentats terroristes à Nazran, capitale d'Ingouchie, fait 95 morts . , Russie : la destruction en vol par des actions-suicides terroristes de deux avions de ligne Tu-154 et Tu-134, au-dessus de Toula et de Rostov-sur-le-Don, fait 90 morts . , Russie : un attentat à la bombe à un arrêt de bus sur la Kachirskoïe Chosse à Moscou fait quatre blessés . : attentat-suicide commis par une femme terroriste à la station de métro de Moscou Rijskaïa, le bilan fait état de 10 morts et 50 blessés. L'attentat a été revendiqué par les « » Chronologie du conflit tchétchène sur le site du Ministère des Affaires étrangères français., un groupe mystérieux . Le chef de guerre tchétchène Chamil Bassaïev a également revendiqué l'attentat .
Le septembre En Russie, le premier septembre est une fête très populaire dans toutes les écoles. Chaque enfant accompagné de ses parents et des membres de sa famille célèbre le « jour de la connaissance ». Après avoir écouté les discours de leurs professeurs, les élèves leur offrent des fleurs. Cette tradition fut délibérément utilisée par les terroristes pour prendre le maximum de personnes en otage.
Déroulement de la crise Jour 1 À heure locale (GMT+3) le , un groupe d'environ 30 hommes et femmes envahit l'école numéro 1 de Beslan, où se trouvaient des élèves âgés de sept à dix-huit ans. La plupart des assaillants portait des cagoules noires et quelques-uns étaient munis de ceintures d'explosifs. Après un bref échange de coups de feu avec la police au cours duquel cinq policiers et un assaillant sont tués, les terroristes pénètrent dans le bâtiment. Plus de se retrouvent alors prises en otage. Une cinquantaine réussit à s'échapper dans la confusion du début.
Au départ, il y a une incertitude sur le nombre réel d'otages : les autorités russes en annoncent 350, alors que d'autres sources citent le chiffre de . Des coups de feu sont entendus peu de temps après ; on apprendra par la suite que les assaillants avaient tué une vingtaine d'adultes afin d'intimider les forces de sécurité. Un cordon de sécurité est établi autour de l'école, composé de membres de la police russe et des forces spéciales dont les Spetsnaz.
Les assaillants réunissent alors les otages dans le gymnase, minant les autres bâtiments. Afin d'entretenir un climat de terreur, ils menacent de tuer 50 otages pour chaque preneur d'otage tué par la police et 20 otages pour chaque blessé. Ils menacent aussi de faire sauter l'école à la moindre tentative d'action des forces spéciales.
Au départ, le gouvernement russe tente de négocier, il envoie le pédiatre Leonid Rochal qui avait déjà participé aux pourparlers de la prise d'otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002, pendant la représentation de Nord-Ost.
Une réunion spéciale du Conseil de sécurité des Nations unies est organisée le soir du . Il y est demandé « la libération inconditionnelle des otages de Beslan ».
Jour 2 Le , les négociations entre Rochal et les preneurs d'otages s'avèrent infructueuses, ils refusent que l'on amène de la nourriture ou des médicaments et même que l'on enlève les corps des personnes mortes durant l'assaut. Beaucoup d'otages, spécialement les enfants sont obligés d'enlever leurs vêtements à cause de la chaleur étouffante à l'intérieur du gymnase. Ils n'ont rien à boire et doivent boire leur urine. Une image qui choquera le monde entier.
Dans l'après-midi, 26 mères et leurs enfants sont libérés à la suite des négociations avec l'ancien président ingouche Rouslan Aouchev.
Vers , deux explosions se font entendre. On apprendra plus tard qu'il s'agit de deux grenades lancées par les terroristes afin d'empêcher une tentative d'infiltration des forces de sécurité.
Jour 3 Le matin du , les preneurs d'otages autorisent les services médicaux à venir évacuer les corps des 21 otages abattus car, la chaleur et l’humidité faisant, ils commencent à se décomposer. L'équipe, composée d'hommes du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB), commence à s'approcher de l'école, mais à , les terroristes ouvrent le feu et deux grosses explosions se font entendre. Deux membres de l'équipe médicale meurent et une trentaine d'otages tente de s'enfuir par la brèche ouverte par l'explosion, mais ils se retrouvent sous le feu croisé de l'armée russe et des preneurs d'otages.
L'enchaînement des faits entre la fusillade et les explosions est sujet à débat. Plusieurs hypothèses s'affrontent : une explosion accidentelle due à une bombe mal sécurisée ; l'arrivée du camion de l'équipe médicale qui déclenche le déluge de feu ; un déclenchement des bombes dû aux femmes kamikazes, à la suite des coups de feu ; enfin la version : un tireur des forces spéciales qui tire sur un terroriste assis sur un détonateur. Ce tireur aurait, selon cette version, obéi aux ordres des autorités soucieuses d'en finir au plus vite avec cette crise.
L’explosion est le signal d'une bataille chaotique entre les forces spéciales, l'armée régulière, les troupes du ministère de l'intérieur et les terroristes. De gros moyens sont mis en œuvre, des hélicoptères, des tanks et beaucoup de civils armés se joignent aux combats.
Des explosions sont déclenchées par les terroristes et le gymnase est totalement détruit vers 15h, soit deux heures après le début des combats. Les troupes russes déclarent avoir le contrôle de la situation même si des combats sporadiques se poursuivent : ainsi, au sous-sol, trois preneurs d'otages qui s'y sont réfugiés avec des otages sont tués ainsi que leurs otages ; une maison où se sont réfugiés des terroristes, située à une quarantaine de mètres du gymnase, est détruite vers 23h au lance-flammes et avec l'aide de tanks.
Bilan de l'attaque vignette|upright=1.2|Cimetière Mémorial, la « Cité des Anges », de Beslan, en Ossétie du nord.
31 des 32 preneurs d'otages sont morts. 331 civils, dont 186 enfants, sont morts. 11 soldats des forces spéciales sont morts, 30 sont blessés. 8 policiers et au moins un civil ayant pris part au combat sont morts.
Jours 6 et 7 Le président russe, Vladimir Poutine, ordonne deux jours de deuil national le 6 et le . se rassemblent sur la Place Rouge à Moscou.
Identités des preneurs d'otages Les responsables principaux de cette prise d'otage semblent être Chamil Bassaïev et . En effet le , Bassaïev revendique cette action dans une lettre publiée sur internetPrise d'otage de Beslan renvendiquée, AFP, 17/09/2004.
Au départ pourtant, l'identité des assaillants n'est pas très claire. On suppose rapidement qu'il s'agit de rebelles tchétchènes, mais Aslambek Aslakhanov dément cette information : . Le leader séparatiste tchétchène Aslan Maskhadov nie aussi toute implication dans cette affaire et condamne toutes les attaques contre des civils.
Cette affaire est néanmoins similaire aux attaques de l'hôpital de Boudionnovsk en 1995 et du celle du théâtre de Moscou en 2002 qui avaient impliqué les rebelles tchétchènes.
Le gouvernement russe suppose pour sa part qu'il s'agit d'un groupe international comprenant des Kazakhs, des Tchétchènes, des Arabes, des Tatars, des Ouzbeks et même des Russes.
Au , le procureur annonce que seulement 22 des 30 corps ont été identifiés. La liste ci-dessous est donc sujette à caution , MosNews, 12 septembre 2005..
Identités supposées des 32 preneurs d'otage (dont 5 femmes) :
La Russie affirme qu'un responsable d'Al-Qaïda, Abu Omar as-Seif, a apporté sa contribution financière à cette attaque.
Enquête Le seul preneur d'otage capturé, Nour-Pachi Koulaïev, 24 ans, est identifié par les otages. Durant son interrogatoire, il affirme que le groupe était commandé par un Tchétchène nommé « Polkovnik » (le Colonel) et par Khodov, 28 ans, un suspect dans l'affaire de la bombe du train Moscou-Vladikavkaz du .
Koulaïev aurait identifié un corps petit et trapu avec une barbe rousse comme étant celui de Polkovnik. Les autorités ont identifié le nommé Polkovnik comme étant Rouslan Tagirovich Khotchoubarov né dans le village de Galachki en République tchétchène en 1972.
Cependant cette version officielle est réfutée dans un message attribué à Basaïev. Dans ce message, il est dit que Polkovnik serait en fait un colonel des forces indépendantistes tchétchènes, nommé Orstkhoïev. Le message laisse entendre que la déposition de Koulaïev aurait été biaisée par les interrogateurs.
Les autorités ont identifié un des corps comme étant celui de Magomet Yevloïev dit « Magas ». Magas est un Ingouche de Grozny qui, avec le chef de guerre Chamil Bassaïev, a préparé l'attaque du en Ingouchie dans laquelle 98 personnes furent tuées.
À la conférence de presse du , Vladimir Poutine rejette l'idée d'une enquête publique, préférant une enquête parlementaire diligentée par la Douma. La commission parlementaire conclut sur la négligence des autorités locales.
Le , les procureurs russes chargés de l'affaire déclarent que les autorités n'ont fait aucune erreur dans le traitement de la crise, contredisant par là même les conclusions de la commission parlementaire 'No mistakes', Beslan report says, BBC, 26 décembre 2005.
Procès Le , le seul preneur d'otages survivant, Nour-Pachi Koulaïev, est traduit devant la cour de la république d'Ossétie du Nord à Vladikavkaz. Aucun avocat ne veut le défendre, et Albert Pliev est commis d'office.
Les habitants de Beslan réclament le lynchage ou la peine de mort. sont partie civile dans ce procès. Koulaïev est accusé de meurtre, terrorisme, kidnapping et d'autres crimes, il plaide non coupable aux huit chefs d'accusation prononcés contre lui. Le , le tribunal le condamne à la peine de mort. Compte tenu du moratoire sur la peine de mort, cette sentence est commuée en prison à perpétuité« Peine de mort commuée en prison à vie pour l'unique accusé de la prise d'otages de Beslan », Le Monde, 26 mai 2006..
Controverse