C'est le monde grec qui forge le mot économie : . En grec ancien : signifie la « maison » (en tant qu’unité sociale et économique), et , l'« ordre », la « loi » ou la « norme ».

Les penseurs grecs qui s'intéressent à l'économie ne sont pas des économistes mais des philosophes : la science politique, qui se rapporte à la cité, est majoritairement considérée comme la première des sciences. L’économie, considérée comme l’art d’administrer ses biens, est subordonnée à la politique. L'activité économique, pour être essentiellement centrée sur l’individu, est souvent regardée comme une activité servile, sinon suspecte.

La réflexion est cependant loin d'être absente : le terme « économique » figure dans le titre d'au moins deux traités, l'un de Xénophon, l'autre d'Aristote.

Leur objet est de connaître et formuler les « lois » (nómos) propres à optimiser l'utilisation des biens d'une « maison », loíkos, entendue comme unité collective de production d'une famille élargie ou d'un clan. La richesse produite est appréciée du point de vue de l'abondance des biens produits et de leur utilité.

La crise sociale et intellectuelle du au La pensée des philosophes grecs ne peut se comprendre sans référence au contexte économique et social de l'époque : l'état athénien se forme par l'union de tribus et de clans vivant en Attique. La propriété individuelle du sol, le commerce et l'usage de la monnaie se développent. L'État est organisé en trois classes : les nobles (eupatrides), les agriculteurs (géomores) et les artisans (démiurges). La plupart des citoyens sont de petits paysans, en situation précaire. Ces paysans pauvres se révoltent à plusieurs reprises : à Mégare, à Samos, à Chio… Au , ils portent au pouvoir Solon qui établit une nouvelle constitution. Une coalition s'établit entre paysans, artisans et marchands pour briser le pouvoir des nobles (Réformes de Clisthène en 508 av. J.-C.).

Les hommes en surnombre s'exilent et fondent des colonies : le commerce extérieur progresse et pose la question des alliances militaires, notamment avec Sparte (Guerre du Péloponnèse : 431-404) qui finit par l'emporter.

L'équilibre économique et social de la Cité est bousculé par l'émergence de “nouveaux riches” qui cumulent réussite commerciale et propriété foncière. Les paysans pauvres sont contraints de quitter la terre mais ne trouvent pas de travail en ville car le labeur salarié est réservé aux esclaves : une plèbe de chômeurs se forme et la Cité entre dans une ère de décadence généralisée.

Essor du Grand Siècle Grec : le

Les débats de cette période - considérée comme “le grand siècle grec” - voient s'introduire de nouvelles idées : Le citoyen grec est conscient de posséder une dignité en tant que membre d'un groupe organisé et gouverné suivant des Lois valables pour tous les hommes libres. Il n'est plus le serviteur d'un chef, mais seulement soumis à la Loi. Dans le même temps, L'usage de l'argent et du commerce qui se développe depuis le ébranle cependant les représentations et les pratiques sociales. L'accumulation de monnaie par l'usure ou le négoce posent question : Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, les considère comme des activités stériles, voire déshonorantes. Ces procédés font l'objet d'une autre discipline qu'Aristote appelle chrématistique (de khrêma, la richesse). L'Économique est toujours explicitement distingué de la Politique, laquelle fait l'objet d'un autre traité d'Aristote, dans lequel l'auteur s'efforce de définir comment fonder l'harmonie et la justice entre les différentes classes de personnes et de familles qui constituent la Cité.

Les œuvres satiriques de l'époque traduisent bien l'ampleur de ce débat : ainsi, dans le Ploutos d'Aristophane, le dieu de la Richesse (Πλοῦτος, Ploutos), rendu aveugle par Zeus, distribue ses largesses aux hommes mauvais plutôt qu'aux hommes honnêtes. Ceux-ci le conduisent dans un temple dont le dieu lui rend la vue et lui donne à voir le spectacle des troubles qu'il a causés : un sycophante (homme enrichi aux dépens du peuple) vient crier qu'il est ruiné, Hermès (dieu du Commerce) ne reçoit plus de dons des fidèles et doit gagner sa vie comme aide-cuisinier, les prêtres sont privés de leur gagne-pain car l'on n'offre plus de sacrifices aux dieux.

L'interrogation demeure profonde dans l'opinion publique à propos du lien entre « Bien moral » et « Richesse » avec l'apparition du « nouveau riche » : Le riche « traditionnel » était vu comme le propriétaire foncier, chef naturel d'un groupe d'agriculteurs, possédant les droits sur la Terre, mais dont la richesse permet de mieux remplir sa fonction sociale. Le « nouveau » riche est vu comme celui qui accumule de l'argent pour satisfaire ses caprices personnels et pour s'affranchir des contraintes sociales.

Sophistes, Cyniques et Utopistes (fin du ) La fin du “grand siècle grec” (, dit aussi siècle de Périclès) provoque une époque de troubles et de bouillonnement des idées.

Les Cyniques (Antisthène,Diogène) tiennent des discours individualistes et cosmopolitistes qui contestent les cadres sociaux traditionnels (critique de l'esclavage par exemple) et militent pour la liberté du commerce.

Les sophistes (“nouveaux philosophes”)voir Gorgias et Protagoras lancent au contraire des idées plus collectivistes.

ProtagorasJ. Boncœur et H.Thouement, Histoire des idées économiques, TI : De Platon à Marx, Nathan Paris, 1989, , chef de file des Sophistes, proclame que : « L'homme est la mesure de toutes choses ». Pour lui, il vaut mieux connaitre les choses humaines que le monde inanimé. « L'homme vit en société ». Il faut donc s'interroger sur ce qu'est la Société. Celle-ci est censée répondre au besoin des Hommes de se défendre contre les dangers qui les assaillent. « La société repose sur un contrat passé entre les hommes afin de s'accorder mutuelle protection ». Ce qui est possible parce que le Dieu suprême Zeus a accordé à l'espèce humaine des dons que nulle autre ne possède : le respect ou la pudeur (αἰδώς), le droit ou la justice (δίκη). « La Loi n'est pas quelque chose de naturel : elle résulte d'une convention ». Puisqu'il n'y a rien d'absolu, il s'agit de convaincre dans la discussion et les controverses publiques : c'est pourquoi les sophistes enseignent l'art de l'argumentation en vue de “terrasser” l'adversaire dans le débat politique.

Des mouvements utopistes plus orientés vers la politique prétendent reconfigurer la propriété et l'organisation de la société (Phaleas de Chalcédoine, Hippodamos de Milet). Aristophane s'en moque dans l'Assemblée des femmes (392 av. J.-C.).

Socrate (470-399 av. J.-C.) Socrate, par le témoignage de sa vie faite de détachement et de pauvreté, dénonce l'individualisme extrême des Sophistes et l'exaltation de la richesse qui “attache l'homme à quelque chose d'inférieur à lui-même”. Son enseignement oral (il n'a laissé aucun écrit) s'attache à restaurer la notion de “nature humaine” en tant qu'ensemble de normes raisonnables et morales de nature supérieure, et influencera de manière directe la pensée de Platon et d'Aristote.

Xénophon (circa 426 – 355 av. J.-C.) thumb|Xénophon.

La doctrine économique de Platon thumb|Platon. Platon (428 ou 427 – 347 ou 346 av. J.-C.), naît dans une famille dont plusieurs de ses membres sont à la tête du parti oligarchique alors que le régime politique en place est loin d'être démocratique. Il connaît une crise intérieure à 20 ans, lorsqu'il rencontre Socrate. Désormais, il ne veut plus que servir « le bien et le juste » et ne veut plus participer à l'action politique et aux vulgaires et basses compétitions qui la caractérisentLettres, VII, 324, c, d, e et 325 a-e.. L'action efficace exige au contraire que l'on se tienne d'abord à l'écart pour découvrir la vérité dans la contemplation, « la théoria ».

Pour préparer la libération de son âme, l'homme doit avoir une vie « bonne », c'est-à-dire une vie conforme à la « justice ». En cherchant à dire ce qu'est la justice et comment s'y conformer que dans son ouvrage la République, Platon est conduit à parler de l'organisation sociale et notamment de l'organisation économique. Il va exposer cette pensée dans plusieurs ouvrages : Dans la République, il trace le tableau de l'État idéal Dans le Politique et le Timée principalement, il explique pourquoi les cités réelles sont aussi éloignées de la perfection. Dans les Lois, il pose les moyens de rapprocher quelque peu la réalité de l'Idéal.

La Cité Idéale La République est consacrée à la recherche de la justice dans la société et dans l'individu. « La “Cité idéale” est la cité parfaitement juste ; voilà posée l'exigence première de la plupart des réformateurs sociaux qui viendront ensuite». Le dialogue commence par un exposé des fausses notions de justice, Livre I, 334 a - b / 338 c / 347 c / 348-352.. Puis Platon évoque : la question de l'organisation de la société : « la société est un groupement d'individus qui trouvent avantage à vivre ensemble parce que cela leur permet de diviser entre eux les tâches et de se spécialiser de plus en plus dans l'exercice d'une action déterminée. Ainsi apparaissent les divers métiers puis le commerce intérieur et extérieur. ». Or on trouve déjà dans la Cité des « classes d'individus » : La classe des agriculteurs, gens de métiers et commerçants qui assurent la prospérité matérielle, la classe des guerriers ou gardiens qui assurent la sécurité extérieure ou intérieure, la classe des chefs qui ont pour mission de diriger l'ensemble du groupe social. Or les individus ne sont pas également aptes à entrer dans les trois classes de la société. C'est le hasard plus que l'hérédité qui fait les qualités des individus qu'il s'agit de former et de sélectionner selon les vertus de sagesse, de courage, de tempérance et de justice. Mais qu'est-ce que la justice ? et en particulier qu'est-ce que la justice sociale ? Pour Platon, elle résulte du fait que l'on soit capable d'analyser rationnellement les différentes catégories sociales et d'organiser la sélection des citoyens : « À chacun la fonction sociale qu'il mérite par l'ensemble de ses qualités physiques, intellectuelles et morales ». La question du régime des biens : Cela ne relève pas de la justice proprement dite, l'individu n'a aucun droit sur la richesse sociale, mais seulement le devoir de mener une vie conforme à la fonction qui lui revient. D'où le principe absolu que les gardiens et les chefs ne doivent pas travailler, qu'ils ne doivent pas se souiller au contact des affaires d'argent et de négoce. Ils sont entretenus par la société, vivent en communauté, ne possèdent rien en propre et ignorent l'usage de la monnaie, Livre II, 415 d.. Platon n'indique pas le régime pertinent pour les classes « inférieures ». Implicitement on comprend qu'ils sont libres de produire, de posséder et d'échanger sans toutefois qu'ils ne deviennent trop riches ou trop pauvres.

Les Cités réelles Dans «la République», Platon expose que la réalité de la société est loin de cette vision. Le gouvernement idéal devrait être un « gouvernement des meilleurs », une aristocratie, au sens premier du terme. Mais des régimes imparfaits sont en place et se succèdent : une première forme dégénérée est la « timocratie », soit le gouvernement des militaires, réduisant les citoyens à l'état de serfs. les militaires venant à s'enrichir, une « oligarchie » se met en place où prospèrent selon Platon des « êtres crasseux qui de tout tirent profit », Livre VIII, 554 a.. L'inégalité se faisant de plus en plus scandaleuse, la révolte se produit qui introduit la « démocratie ». Mais ce régime, réputé attrayant, attribue des droits égaux à des hommes inégaux et conduit les hommes à s'enivrer de liberté, jusqu'au jour où devenus incapables de juger sainement, ils font appel à un homme qui a tôt fait de se transformer en tyran et d'installer sa « tyrannie ».