vignette|Ostension de la Sainte Tunique de Trèves. La Sainte Tunique, dite aussi la Sainte Robe, est selon la tradition le vêtement porté par Jésus-Christ au Calvaire et tiré au sort entre les soldats chargés de son exécution. Au temps d'Hérode, les Juifs portaient habituellement sous le manteau () deux tuniques : une épaisse de dessus (, robe du type himation), une légère par-dessous (, chemise du type chiton évoqué dans le Nouveau Testament).
La Sainte Tunique fait partie des reliques attribuées à Jésus. Une trentaine de tuniques revendiquées par différentes églises désireuses d'attribuer à leur région une aussi prestigieuse relique de traditions chrétiennes concurrentes qui se délégitiment mutuellement.
Généralités vignette|Jeunes enfants pendant les Heilig-Rock-Tage dans la cathédrale de Trèves. Le plus célèbre des vêtements de Jésus demeure sans conteste la tunique inconsutile (sans couture) que la Vierge aurait tissée pour son fils, et que les Évangiles décrivent comme ayant été tirée au sort par les soldats romains après la crucifixion (Jean, 19, 23-24). Certains récits légendaires racontent que Marie la lui confectionna dès son plus jeune âge, qu'elle grandissait en même temps que lui et qu'il la conserva sans usure jusqu'au jour où elle fut tirée au sort entre les soldats chargés de son supplice (avec les sandales du Christ, le périzonium et la ceinture), ce qui en fait également une relique mariale. Au cours de l'Histoire, plusieurs tuniques ont été présentées comme l'authentique vêtement de la Passion du Christ. Celle d'Argenteuil et celle de Trèves sont entières. Moscou en revendique un large fragment. On en trouve aussi dans les églises romanes de Saint-Praxède et de saint Roch, la cathédrale de Cortone, à Venise, à Aix-la-Chapelle, à Bamberg, à Brême, à Lokkum, à Abbeville, à Constantinople, à Londres et dans plus de 30 autres églises et monastères à travers le monde.
Lieux de conservation
Cathédrale de Svétitskhovéli où la tunique serait enterrée depuis le Trèves (Allemagne) : elle daterait du et aurait été donnée, avec son palais, par sainte Hélène (mère de Constantin) à son retour de Palestine en 326. Argenteuil dans le Val-d'Oise (France) depuis le début du Germia en Galatie (Asie Mineure) dès le Safed près du lac de Tibériade (Haute Galilée) également Église du Prophète-Élie de Iaroslavl, église de la Déposition-de-la-Tunique-du-Christ du Kremlin et cathédrale de la Dormition de Moscou, morceaux de la sainte Tunique
La Tunique de Trèves thumb|180px|Sainte Tunique, 1933. thumb|Sainte Tunique, 1959. thumb|Allemagne, timbre postal de 1959. La robe de Trèves aurait été envoyée en 327 par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, au saint évêque , l'une des villes les plus importantes d'alors, résidence des empereurs d'Occident. Malheureusement, les documents historiques font absolument défaut et l'on doit s'en tenir à ce qu'écrit le biographe d'Agritius, vers 1060 : l'évêque avait enrichi la cathédrale de Trèves « d'un clou de la passion et d'autres reliques du Seigneur non moins dignes de vénération que le clou lui-même », ce qui est fort peu précis. La tunique méritait plus. En 1196, l'archevêque Jean ayant fait entreprendre des travaux dans la cathédrale, la cassette contenant la Sainte Robe fut découverte. D'abord placée sous le maître-autel, puis éloignée de Trèves pendant un siècle, la caisse contenant la précieuse relique fut enfin déposée dans le trésor de la cathédrale. Lorsqu'on l'ouvrit, «on trouva dans l'intérieur une seconde caisse, couverte de cuir, fermée comme la première avec trois serrures; puis une troisième entourée de coton et enveloppée d'une toile. La toile ayant été enlevée, on vit que la caisse était garnie d'un lacet rouge et de vingt-cinq sceaux intacts, comme le portait le premier procès-verbal, puis de deux serrures. On y trouva une couche de coton et trois enveloppes de soie successives, l'une bleue, l'autre rouge et la troisième blanche. Enfin on vit la Sainte Robe elle-même conservée dans toute sa longueur, mais pliée dans le sens de la largeur. Elle fut enlevée avec le taffetas blanc et étalée sur l'autel de la chapelle.
« Sur le devant elle parut comme écaillée, et on remarqua que précédemment, pour mieux conserver le vêtement, on y avait appliqué une étoffe très fine qui s'était détachée par l'effet du temps et tombait en petits morceaux. Beaucoup de ces morceaux furent ramassés par les assistants. On les a souvent appelés parcelles de la Sainte Robe ; mais ils n'en font pas partie : aucune parcelle de la Sainte Robe n'a été séparée. La haute antiquité du vêtement est évidente. Elle est plus brune à l'intérieur qu'à l'extérieur, blanchâtre en quelques places, grisâtre dans le reste.»
Critique historique Dès le milieu du , un chanoine de Trèves nommé J. N. Wilmowsky (1801-1880) émit l'opinion, après un examen attentif, qu'il s'agissait d'une étoffe en soie byzantine du ou du ayant servi d'enveloppe à un lambeau de la tuniqueJohann Nikolaus Wilmowsky: Der Dom zu Trier in seinen drei Hauptperioden: der römischen, der fränkischen, der romanischen. Beschrieben und durch XXVI Tafeln erläutert. Trèves, 1874. Le chanoine fut fort mal jugé. En 1845, le journaliste Otto von Corvin, critiqua à son tour cette relique comme une supercherieO. von Corvin, Historische Denkmale des christlichen Fanatismus (1845), rééd. en 1868 sous le titre Pfaffenspiegel (« Le Miroir des Curés »). Munich, éd. Heyne, 1982 .
Un comité d'enquête composé de douze membres procéda à un nouvel examen du 7 au et aboutit à la conclusion que rien n'avait pu être découvert « en contradiction avec les antiques traditions de l'Église de Trèves ». L'objet étudié n'est pas un lambeau ou un fragment, mais un « vêtement ». Le tissu, serré, uni et de couleur brunâtre, est en lin ou en coton. Une pièce de soie unie, très ferme et bien conservée, a été trouvée à l'intérieur. Par son côté postérieur la robe reposait sur une sorte de gaze. Collés sur le côté antérieur, ont été trouvés des lambeaux d'une étoffe de soie damassée, dans laquelle on peut encore apercevoir des dessins d'oiseaux, colorés en jaune et en rouge. Cette dernière étoffe correspond à la description de Wilmowsky.
Ainsi que le pense Dom H. LeclercqCabrol Fernand (1907-1948), Henri Leclercq (1913-1948), Henri Marrou (1948), dir., Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Letouzey et Ané, Paris, 1907-1953, « en l'état actuel on ne peut faire la démonstration que la tunique n'a pas eu de coutures, par contre rien n'indique qu'elle en ait eu. Dans une question de cette nature où la foi n'est pas intéressée, mais seulement la critique et l'authenticité, on ne peut nier ou affirmer quand manque tout document historique… »
Ostensions
Publiquement exposée en 1810, la relique attira plus de deux cent mille personnes. À la nouvelle ostension solennelle de 1844, le nombre dépassa le million. L'évêque de l'époque, Wilhelm Arnoldi avait promis une indulgence plénière aux pèlerins. Ceci entraîna la colère du prêtre Johannes Ronge qui accusa l'évêque de favoriser l'idolâtrie. Ronge fut alors excommunié ce qui entraîna la création de l'église schismatique des Catholiques allemands en .
Des expositions de la Sainte Tunique eurent encore lieu en 1933 et 1959. Plus de pèlerins sont venus à Trèves en 1959, à l’occasion d’une ostension spéciale de la Sainte Tunique. La dernière date de 1996 ( pèlerins).
À l'occasion du de la première ostension de la Sainte Tunique à la Diète de Trèves de 1512, il s'est tenu, du au , un pèlerinage qui avait pour thème « Réunissons ce qui est séparé ». L'après-midi du , au cours d'une messe pontificale dans la grande cathédrale de Trèves, présidée par le représentant du pape, le cardinal Marc Ouellet, la Tunique a été dévoilée et rendue accessible au public. Environ pèlerins se sont rendus à Trèves. On peut spéculer sur 2033, le anniversaire de la crucifixion et de la résurrection de Jésus-Christ.
La Tunique d'Argenteuil thumb|Basilique d'Argenteuil. Reliquaire de la Sainte-Tunique. La tunique d'Argenteuil est vénérée comme une relique apportée par Charlemagne. La première mention authentifiée par un document de la tunique à Argenteuil date de 1156. D'après la datation récente au carbone 14, effectuée en 2004 elle a été confectionnée entre 530 et 640.vignette|210px|Ostension en 2016 de la tunique d'Argenteuil restaurée. Selon la légende, la tunique aurait été retrouvée au par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, puis conservée à Constantinople jusqu'au . En l'an 800, l'Impératrice de Byzance, Irène, l'aurait ensuite offerte à Charlemagne lors de son sacre comme empereur d'Occident. Et celui-ci l'aurait donnée en garde au monastère de l'Humilité-de-Notre-Dame d'Argenteuil, dont sa fille Théodrade était prieure. En 850, les Normands pillèrent le hameau d'Argenteuil et la basilique Saint-Denys. Avant leur arrivée, la tunique avait été cachée dans un mur. En 1003, l'abbaye a été reconstruite et la relique retrouvée. Elle est ensuite vénérée jusqu'au , mais elle aurait brûlé partiellement ou aurait été cachée lors de la prise d'Argenteuil par les huguenots en 1567.
Sous la Révolution, le prieuré bénédictin est supprimé, et la relique remise à l'église paroissiale. Mais en 1793, le curé d'Argenteuil Ozet la découpe en morceaux et l'enterre dans son jardin avant d'être emprisonné durant deux ans. En 1795, il ressort la tunique et fait recoudre les différents fragments. Les pèlerinages et les ostensions solennelles reprennent au , en principe tous les cinquante ans.
Le , le père Guyard, curé de la paroisse Saint-Denys, découvre le vol de la tunique. Le reliquaire où repose la relique a été volé. Des anarchistes peu crédibles revendiquent le vol. Le , le père Guyard reçoit un coup de téléphone d'un inconnu promettant de restituer le trésor à la condition de conserver le secret sur les noms des ravisseurs. Le soir même, la tunique retrouve son écrin à la basilique Saint-Denys. La plainte est retirée et le secret toujours gardé.
Critique historique
L'authenticité de la Tunique d'Argenteuil, comme toutes les reliques remontant à l'époque du Christ, peut être mise en doute par la critique historique du document, par exemple, son émergence médiévale (1156), soit plus de mille ans après les faits. Déjà à la fin du , en 1892 et 1893, et encore plus tard en 1931, des chimistes se livrèrent sur le tissu à des expériences précises qui prouvèrent la nature animale des fils, son ancienneté, sa coloration à l'aide de la garance ou du cachou, sa maculation enfin par des taches de sang (qui forment de larges empreintes sur la partie dorsale de la sainte tunique pouvant correspondre au fait qu’après la flagellation, le Christ a été rhabillé pour porter la croix et monter au Calvaire), mais n'apportèrent rien en ce qui concerne l'authenticitéPatrick Boussel, Des reliques et de leur bon usage, Baland, Paris, 1971 .
André Lesort, dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiqueBAUDRILLART, Alfred et al., Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, Letouzey et Ané, Paris, depuis 1912, écrit : «Nous nous trouvons ici en présence d'une tradition qui ne paraît pas remonter au-delà du finissant et, dans tous les cas, n'est appuyée d'aucun témoignage antérieur au . Le vêtement qui en est l'objet est, sans contestation possible, un tissu de laine sans couture, provenant de l'Orient et confectionné dans les premiers siècles de notre ère. Il se peut qu'il ait été revêtu par le Sauveur du monde. À ce titre, il est depuis plus de quatre siècles l'objet d'une dévotion qui a été encouragée par l'autorité ecclésiastique et qui a provoqué des interventions miraculeuses. C'est, croyons-nous, les seules conclusions auxquelles puisse s'arrêter la critique. »