Yasser Arafat (en , Yāsir ʿArafāt), né le au Caire (Égypte) et mort le à Clamart (France), de son vrai nom Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qoudwa al-Husseini (en ) et connu aussi sous son surnom (kounya) d'Abou Ammar, est un activiste et homme d'État palestinien.
Dirigeant du Fatah puis également de l'Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat est resté pendant plusieurs décennies une figure controversée de l'expression des aspirations nationales des Palestiniens avant d'apparaître pour Israël comme un partenaire de discussions dans le cadre du processus de paix israélo-palestinien dans les .
Yasser Arafat représente alors les Palestiniens dans les différentes négociations de paix et signe les accords d'Oslo en 1993. Il devient le premier président de la nouvelle Autorité palestinienne et reçoit le prix Nobel de la paix 1994 en compagnie de Shimon Peres et Yitzhak Rabin.
À partir de 2001, après l'échec du sommet de Taba et le déclenchement de la seconde intifada, il perd progressivement de son crédit auprès d'une partie de son peuple qui reproche à l'Autorité palestinienne sa corruption et sa passivité face à la colonisation israélienne. Il se retrouve isolé sur la scène internationale tandis que les Israéliens élisent Ariel Sharon au poste de Premier ministre d'Israël, amenant un durcissement de la position israélienne vis-à-vis du dirigeant palestinien, contraint à ne plus quitter Ramallah (Cisjordanie). Cet isolement n'est rompu qu'à la veille de sa mort, quand il est emmené d'urgence à Clamart, où il meurt à 75 ans.
En 2012, la dépouille de Yasser Arafat est exhumée pour étudier l'hypothèse d'une mort par empoisonnement au polonium 210. L'équipe d'experts suisses conclut à l'empoisonnement mais les équipes russes et françaises à une mort de vieillesse à la suite d'une gastro-entérite. En 2015, le parquet de Nanterre décide de classer sans suite l'enquête sur sa mort.
Biographie Premières années (1929-1959) Naissance Son nom officiel est Mohammed Abdel Rahman Abdel Raouf Arafat al-Qudua al-Husseini. Son biographe palestinien, Saïd K. Aburich, précise que « Mohammed Abdel Rahman était son prénom ; Abdel Raouf, le nom de son père ; Arafat, celui de son grand-père ; al-Qudua, le nom de sa famille et al-Husseini, le nom du clan de Gaza dont font partie les al-Qudua »Yasser Arafat Saïd K. Aburish, 16... Yasser, surnom d'enfance, signifie « facile à vivre » en arabe.. Arafat se revendiquait encore comme étant le petit-neveu du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini., bien qu'en réalité il était un cousin éloigné.
vignette|redresse=1.5|gauche|Palais Sakakini au Caire en .|alt=Vue en hauteur du palais Sakakini au Caire en 2017. Yasser Arafat est né le , au Caire en Égypte, où il a passé les premières années de sa vie dans le où vivent Juifs et musulmans. Un biographe de Yasser Arafat, , rapporte que des documents découverts à l'université du Caire par des chercheurs français ont permis de conclure qu'il était bien né dans la capitale égyptienneMuhammad Abd al-Raouf Arafat al-Qudua al-Husseini habitait avec sa famille au 24A rue du Baron Empain à Héliopolis. Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri, Les sept vies de Yasser Arafat, Grasset, 1997.. Son père Abdel Raouf al-Qudua al-Husseini est un riche marchand d'épices et propriétaire terrien originaire de Gaza, sixième d'une famille de sept enfants. Sa grand-mère paternelle est égyptienne et sa mère, Zahwa Abul Saud, est originaire de Jérusalem où la famille Abul Saud prétend descendre directement du prophète Mahomet..Eric Rouleau, op. cit., chap. VIII. Lire en ligne.. Son père, quant à lui, réclamait « une grande partie du Caire qu'il croyait être la propriété légitime de sa famille ».
Cependant, Yasser Arafat déclarait être né à Jérusalem le ., ce qui s'est révélé faux, selon les vérifications d'historiensIon Mihai Pacepa : « Il fallut des années au KGB et à ma DIE pour doter Arafat d'un certificat de naissance palestinien et autres documents d'identité qui soient crédibles, pour lui fabriquer un nouveau passé. » (Disinformation, WND Books, Washington, 2013).Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri, Les sept vies de Yasser Arafat, Grasset, 1997..
Selon son récit, sa mère aurait quitté le Caire durant sa grossesse à la suite d'une dispute avec son époux pour se rendre chez ses parents à Jérusalem où elle aurait donné naissance à YasserArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 9.. Arafat insistait sur le fait qu'il aurait vu le jour dans une maison en pierre attenante au mur des Lamentations, puis indiquait comment il aurait vécu à Jérusalem avec son oncle Salim Abou Saoud puis en aurait été expulsé à la création d'Israël, en 1948. Arafat se présentait ainsi comme une victime du sionisme, afin d' accroître sa crédibilité en tant que dirigeant palestinienArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 11..
En réalité, après le décès de sa mère alors qu'il a quatre ans, il passe avec son frère, Fathi Arafat — Égyptien comme lui, qui devient plus tard le président du Croissant-Rouge palestinien —, quatre ans à Jérusalem chez un de leurs oncles maternels, Salim Abul Saoud Les vies de Yasser Arafat, Le Monde (consulté le )., mufti chargé des tribunaux islamiques, avant que son père, lorsqu'il se marie pour la deuxième fois avec une Égyptienne Yasser Arafat, David Hirst, The Guardian (consulté le 17 novembre 2006)., le fasse rentrer au Caire où sa sœur aînée s'occupe de lui (consulté le 28 octobre 2006).. La maison de son enfance sera rasée par les autorités israéliennes en 1967, lors de l'annexion de Jérusalem-Esthttps://www.lesechos.fr/2004/11/yasser-arafat-une-figure-deroutante-vouee-a-la-cause-palestinienne-1063609.
Au Caire, il bénéficie de l'enseignement gratuit des écoles égyptiennes. Il y passe la plus grande partie de son enfance et de son adolescence avec ses six frères et sœurs. Sa sœur indique qu'il n'aimait pas l'école et préférait faire du camping dans le jardin de la maison et être chef de bande à l'extérieur où il « portait un bâton pour battre ceux qui n'obéissaient pas à ses ordres ».
Une jeunesse engagée vignette|gauche|redresse=0.6|Mohammed Amin al-Husseini vers 1929. Au Caire, Arafat fréquente les Macchabées — clubs sportifs juifs — pour Arafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 . Parole rapportée par sa sœur Inam qui s'est occupée de lui.. Il se met également à lire les textes de penseurs sionistes comme Theodor Herzl et Vladimir Jabotinsky. , déclare-t-il.
En 1946, il rencontre le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini, qu'il viendra à admirer. Il entre dans son organisation en tant qu'assistant du cheikh Hassan, un religieux, principal confident du mufti. Il délivre des lettres, récolte de l'argent ou bien fournit des informations sur les activités politiques dans les écoles et universités égyptiennes. Il ne parvient pas à intégrer l'université du Texas mais malgré ses activités, il s'inscrit à l'université Roi Fouad en 1947, probablement avec l'aide financière du cheikh Hassan et du mufti qui sont à leur tour admiratifs de ce « jeune activiste dynamique ».
L'historienne Nadia Ben Jelloun rapporte une confidence que lui a faite Yasser Arafat sur sa « perception politique de la présence sioniste en Palestine que peu avant la guerre de 1948 ». Quand éclate la guerre civile en Palestine mandataire, il participe à l'achat et l'envoi d'armes légères aux partisans du mufti - les combattants de la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas - qui affrontent des forces juives mieux équipées et mieux entraînées..
À vingt ans, il entre en 1949 à l'école d'ingénieurs de l'université Roi Fouad du Caire, où il obtient un diplôme d'ingénieur civil..
Lutte politique en Égypte vignette|Carte des positions militaires au début octobre 1948. En Égypte, il fait la rencontre de ceux qui fonderont le Fatah avec lui, et deviendront ses adjoints à la direction de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Au cours de ses études universitaires, il fait la connaissance de Khaled Moheidine, professeur d'art militaire chargé de la formation des officiers de réserve. On rapporte que Yasser ne manque pas une seule fois son cours et obtient ainsi le certificat d'officier de réserve. Cette formation lui permet de côtoyer des fonctionnaires du gouvernement égyptienArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 ., mais le temps qu'il y consacre fait qu'il n'obtient son diplôme d'ingénieur qu'un peu tard par rapport à ses camarades, en ..
Il se rapproche, sans toutefois en devenir membre, de la confrérie des Frères musulmans, confrérie politique islamiste. Il participe avec eux à des opérations contre les Britanniques. De 1952 à 1956, il devient président de l'Union générale des étudiants palestiniens (GUPS).. Il édite le magazine La Voix de la Palestine.
Le père d'Arafat meurt en 1952. Yasser n'assiste pas à ses funérailles. : la sévérité de ce dernier avec ses enfants, ses mariages répétés et son expulsion à Gaza ont en effet contribué à l'éloigner de son fils.
Arafat, qui considère que la monarchie égyptienne est corrompue, s'éloigne bientôt des « Frères » pour se rapprocher du Mouvement des officiers libres égyptiens (Mohammed Naguib, Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate) qui préparent en secret le renversement de celle-ci, et qui accèdent au pouvoir en . L'année suivante, Arafat présente à Mohammed Naguib, alors président, une pétition au nom des étudiants palestiniens rédigée en lettres de sang avec trois mots en arabe signifiant : « N'oubliez pas la Palestine ».
En , Arafat est arrêté pendant quelques jours lors de la liquidation par le président Gamal Abdel Nasser de l'organisation des Frères musulmans qui s'opposent à son programme, considéré par eux comme étant « nationaliste athée »..
Durant la crise du canal de Suez, il sert dans l'armée égyptienne avec le grade de sous-lieutenant. Mais avec la défaite des armées arabes, il s'éloigne peu à peu des dirigeants arabes qu'il estime être incapables de libérer la PalestineLa représentation du conflit israélo-palestinien à travers le traitement médiatique de l'« ère-Arafat » de Pommeray Anica (consulté le ).. Il quitte le Caire à 28 ans.
Début du Fatah (1959-1970) Le Koweït et la création du Fatah
Après plusieurs arrestations pour ses activités politiques avec les Frères musulmans en Égypte, Yasser Arafat s'installe dans l'émirat du Koweït où de nombreux Palestiniens travaillent et résident. vignette|Timbre koweitien (1949) Le Koweït est à l'époque un protectorat britannique et les visas de travail sont délivrés par l'ambassade britannique au Caire, qui examine avec soin les dossiers des demandeurs. Des compétences professionnelles solides sont exigées et les activités politiques sont très mal vues. L'obtention du visa par Yasser Arafat malgré son profil reste difficile à expliquer. L'auteur palestinien Audeh Butus Audeh estime que les Britanniques lui ont néanmoins accordé un visa parce qu'il était opposé à NasserYasser Arafat par Said K. Aburish 57..
Arafat travaille comme ingénieur au département des travaux publics puis à la ville de Koweït, avant de développer sa propre affaire qui devient prospère ; il roule à bord d'une voiture de sport rouge. Les revenus générés par cette activité lui permettent en 1958 de financer la création du Fatah, son parti politiqueBiographie de Yasser Arafat Xinhaunet (consulté le 27 octobre 2006)..
Yasser Arafat est le seul parmi les fondateurs du mouvement à ne pas avoir d'enfants, et contrairement aux autres fondateurs, il ne prend pas le nom de l'enfant aîné. Il adopte le nom de guerre d'Abou Ammar, en hommage à Ammar Ben Yasser, un compagnon du prophète Mahomet et premier chahid de l'islam. Abou signifie « père de » en arabe.