L'anarchisme au Portugal apparait, sous la forme de groupes organisés au milieu des années 1880.

Présent dès les premiers pas du mouvement ouvrier, le syndicalisme révolutionnaire et l'anarcho-syndicalisme influencent durablement la Confédération générale du travail fondée en 1919.

En 1926, le coup d'État militaire, et plus encore en 1933, la dictature d'António de Oliveira Salazar rendent illégale toute activité anarchiste, ce qui contraint le mouvement libertaire, durement réprimé, à l'action clandestine.

En 1974, après la chute de la dictature et la révolution des Œillets, les anarchistes ont pratiquement disparus. Ce qui n'empêche pas la presse, pendant « l’été chaud » de 1975, de parler beaucoup « d’anarcho-populisme », reliquat de l’esprit du Mai 68 français.

Éléments historiques vignette|redresse|Pierre-Joseph Proudhon. vignette|redresse|Antero de Quental.

Dès les années 1850, la pensée et les écrits de Pierre-Joseph Proudhon (mutualisme, autonomie individuelle, banque du peuple, coopératives) influencent considérablement les premières associations ouvrières et des écrivains tels que Antero de Quental et Eça de Queirós.

La section portugaise de l'Association internationale des travailleurs (1864-1876) est créée au Portugal en 1871João Freire, « Panorama des mouvements sociaux : le Portugal, , siècles. », Variations, 20|2017, lire en ligne..

En 1886 à Lisbonne, Antero de Quental forme, avec Eça de Queiros, Guerra Junqueiro et Ramalho Ortigão, le Cenáculo, un groupe d’intellectuels anarchistes en révolte contre les conventions politiques, sociales et intellectuelles de leur temps. Il sera plus tard l’un des fondateurs du Parti Socialiste portugais.

médecin et écrivain, d'abord socialiste s'oriente vers l'anarchisme à la suite de la lecture des œuvres de Pierre Kropotkine. Membre de la section portugaise de l'Association internationale des travailleurs, il est considéré comme l'un des premiers anarchistes portugais.

Émergence du mouvement libertaire

Les premiers groupes anarchistes apparaissent au milieu des années 1880. S'ouvre alors une période d'intense activité éditoriale : plusieurs dizaines de périodiques anarchistes sont édités dans tout le pays.

Sous l'influence de Élisée Reclus et de Pierre Kropotkine, le communisme libertaire apparait à Lisbonne et Porto vers les années 1886-1887, avec la parution de quelques périodiques libertaires et la constitution des premiers groupes de propagandistesCarlos Da Fonseca, Introduction à l'histoire du mouvement libertaire au Portugal suivi de Caractéristiques de l'activité fouriériste dans la péninsule ibérique, Éditions ArqOperaria / Vosstanie, 2017, ..

Parallèlement au syndicalisme se développe la propagande par le fait soutenue notamment par le journaliste José do Vale, éditeur des journaux O Petardo et La Dinamite. Le « geste exemplaire » est pratiquement quotidien et apparait, en quelque sorte, comme un complément à « l'action légale », lorsque celle-ci a épuisé ses possibilités. Une vague d'attentats individuels vise des journalistes (Manuel Pinheiro Chagas en pour avoir manqué de respect à Louise Michel), des patrons, des représentants de l'État ou de la magistrature tel le juge Barros en 1896.

Face au spectre de la « terreur révolutionnaire », l'État adopte en 1896 - à l'instar des Lois scélérates françaises - une loi spéciale contre les menées anarchistes « Lei contra os anarquistas », Centro de Estudos do Pensamento Político, 13 février 1896.. Cette loi reproduit au Portugal les politiques répressives d'autres pays qui visent les anarchistes et le mouvement ouvrier, aboutit à la conférence anti-anarchiste à Rome en 1898 Luís Bigotte Chorão, Para uma História da Repressão do Anarquismo em Portugal no Século XIX suivi de A Questão Anarchista de Bernardo Lucas, Letra Livre, 2015..

Ce nouvel instrument juridique permet désormais l'arrestation de quiconque « soutient, défend ou incite, oralement ou par écrit, une action subversive [...] ou professe des doctrines anarchistes ». La presse se voit formellement interdire de faire écho aux activités, aux enquêtes de police et aux procédures concernant des anarchiste.

Grâce à ces méthodes expéditives, les tribunaux expulsent pour la Guinée-Bissau, le Mozambique et surtout pour Timor, des « centaines de travailleurs dangereux ou suspects ».

La Confederação Geral do Trabalho vignette|redresse|left|Le logo de la CGT. vignette|redresse|Manuel Joaquim de Sousa, premier secrétaire général de la CGT

L'État portugais légalise les syndicats en 1891.

Sous l’influence du syndicalisme révolutionnaire, les structures ouvrières se développent très rapidement à partir de 1909.

La Confédération générale du travail (Portugal) est fondée le à Coimbra « Criação da Confederação Geral do Trabalho. No II Congresso Operário Nacional realizado em Coimbra, constitui-se a Confederação Geral do Trabalho. Segue-se o modelo da CGT francesa, por inspiração de Emílio Costa », Centro de Estudos do Pensamento Político, 18 septembre 1919., sur des bases nettement libertaires. Manuel Joaquim de Sousa en est élu secrétaire généralDictionnaire international des militants anarchistes : Manuel Joaquim de Sousa..

Les principes fondamentaux et les objectifs de la CGT, adoptés lors de ce congrès sont : la libre fédération autonome des travailleurs ; l'action directe - en dehors de toute influence politique ou religieuse - en vue d'éliminer le salariat ; la collectivisation des moyens de production ; l'internationalisme de la solidarité ouvrière et l'élimination du capitalisme.

La confédération décide de la création d'un journal (La bataille) qui défend des positions clairement syndicalistes révolutionnaires Alexandre Samis, Minha Pátria é o Mundo Inteiro. Neno Vasco, o Anarquismo e o Sindicalismo Revolucionário em Dois Mundos, Lisboa, Letra Livre, 2009..

Ce n'est qu'en 1922, après avoir rejoint l'Association internationale des travailleurs (anarcho-syndicaliste) que la CGT s'affirme comme anarcho-syndicaliste « », Centro de Estudos do Pensamento Político, Anarco-Sindicalismo..

Jusqu'en qu'à la fin des années 1930, l'anarcho-syndicalisme est majoritaire dans le mouvement ouvrier. Ce n’est qu'à la suite de la prise du pouvoir des bolcheviks en Russie, et de la soumission des organisations ouvrières au Parti communiste local, que cette influence est marginalisée.

La Fédération Anarchiste Ibérique

Quelques jours avant le coup d'état du 28 mai 1926, à l'initiative notamment de Manuel Joaquim de Sousa, la Fédération Anarchiste Ibérique (FAI) est fondée - en France (Marseille, ) - lors du deuxième Congrès de la Fédération des groupes anarchistes de langue espagnole.. Influencé par l'exemple de la Fédération ouvrière régionale argentine, l'objectif est de renforcer le caractère anarchiste de la Confédération nationale du travail et de la Confédération générale du travail portugaise en créant des comités mixtes associant des membres de la FAI et des syndicalistes afin d'éloigner le syndicat de l'influence des groupes politiques républicains.. Le terme ibérique se réfère à sa volonté d'unifier le mouvement anarchiste portugais et espagnol dans une organisation pan-ibérique. Vu l'instabilité politique en Espagne, son siège est fixé à Lisbonne.

La dictature militaire, l’Estado Novo et la répression vignette|290px|droite|Militants de la CGT prisonniers dans la Forteresse de Peniche en 1934 « », .. vignette|290px|droite|Prisonniers politiques de la CGT à Peniche en décembre 1934.

En 1926, un coup d'État militaire dirigé par le général Gomes da Costa met fin à la Première République.

En 1933, sous l'impulsion du futur dictateur António de Oliveira Salazar, une nouvelle constitution est proclamée, l’Estado Novo. Dans le nouveau régime, autoritaire et à parti unique, les grèves sont déclarées illégales. Les syndicats ouvriers et patronaux passent sous contrôle de l'État. C'est l'heure de la répression.

Dès le coup d'État du , la CGT et son journal A Batalha sont interdits. De nombreux militants anarcho-syndicalistes, sont arrêtés et incarcérés.

En 1936, est ouvert le camp de concentration de Tarrafal, situé au nord de l'île Santiago, la plus grande île du Cap-Vert.

Le , un groupe d'anarchistes dont , tentent d'assassiner Salazar alors que celui-ci se rend à la messe « Atentado bombista falhado contra Salazar na Avenida Barbosa du Bocage em Lisboa, organizado pelo anarco-sindicalista Emídio Santana, com o apoio da Legião Vermelha. », Centro de Estudos do Pensamento Político, 4 juillet 1937.. Le dictateur échappe de peu à l'attentat. , recherché par la Polícia internacional e de defesa do estado (PIDE) et s'enfuit au Royaume-Uni, où il est arrêté par la police anglaise et extrader vers le Portugal. Il est condamné à de prison et de déportation. Il ne sera libéré que le .

La répression qui suit cette tentative d'attentat est telle qu'il n'y a pratiquement plus de mouvement réel à partir de cette époque. C'est le parti communiste portugais qui va se développer et qui, avec le soutien de l'Union soviétique, devient la principale force d'opposition au régime dictatorial.

Époque contemporaine vignette|droite|Centro de Cultura Libertária, espaço anarquista em Almada, 2012Le site du Centro de Cultura Libertária, espaço anarquista em Almada..

Manifeste de la Fédération anarchiste communiste du Portugal, , .

vignette|gauche|, 7 août 1922. Presse libertaire

Fondé le , , est un journal quotidien, porte-voix de la CGT. Dans les années 1920, c'est le troisième titre de presse en termes de diffusion. Pendant la Première République, il est régulièrement suspendu et son imprimerie de la Calçada do Combro, à Lisbonne, attaquée par la police. À la suite du coup d'État du , la CGT et le journal sont interdits. Le dernier numéro sort le , lorsque ses installations sont définitivement détruites par la police. Après le , un groupe de vieux militants anarcho-syndicalistes reprend la publication avec la mention A Batalha - Jornal Anarquista Jacinto Baptista, . Livraria Bertrand, Lisboa, 1977.. Contributeurs notables : , José Maria Ferreira de Castro, , , , Mário Castelhano.

vignette|droite|Renovação (1925-1926) Le magazine Renovação est publié à Lisbonne entre le et le . Sous-titré Bihebdomadaire Magazine d'Art, Littérature et Nouvelles, la publication appartient au quotidien A Batalha, très proche des idéaux anarchistes, défendant le syndicalisme révolutionnaire prôné à l'époque par la Confédération générale du travail (CGT). Beaucoup de ses collaborateurs étaient également des collaborateurs de Batalha ..

Aurora, Revue mensuelle de sociologie, science et art publie quatorze numéros entre et , sous la dictature militaire Bibliothèque nationale du Portugal, Aurora : revista mensal de sociologia, sciência e arte, lire en ligne.. Ce magazine d'idéologie anarchiste, publié dans la ville de Porto, sous la responsabilité des groupes A Comuna et Propaganda Libertária (groupe né en 1904 et existant jusqu'en 1925) est fermé par la Polícia internacional e de defesa do estado (PIDE) en .

D’ à , des militants liés à l'Organisation révolutionnaire anarchiste (France) publient un mensuel rédigé en portugais, « Portugal libertário », destiné aux immigrés portugaiss en France. La révolution des Œillets entraîne l’interruption du titreThéo Roumier, Portugal libertário !, blogs.mediapart.fr, 5 mars 2018, lire en ligne.Portugal libertário, reproduction intégrale des huit numéros, octobre 1973 - mai 1974, lire en ligne..

La revue A Ideia (1975-1991), publication trimestrielle sous-titrée « Organe anarchiste portugais » est éditée par le groupe Os Iguais (Les égaux) . .L'Éphéméride anarchiste : A Ideia..

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Personnalités notables

, 1910.

Dans l'art et la culture

Tomás Júlio Leal da Câmara dit Camara (1876-1948) est un peintre et caricaturiste portugais qui fut célèbre dans le Paris de la Belle Époque.

vignette|gauche|A novela vermelha (1921-1922).