Léon Trotski (ou Trotsky, voire Trotzky ou TrotzkiAucun consensus n'existe, parmi les auteurs en général et parmi les spécialistes, sur l'orthographe française à employer. La graphie Trotski, qui est conforme à la transcription du russe la plus couramment utilisée, est employée par Hélène Carrère d'Encausse (on en trouve des exemples dans ses ouvrages Lénine, Staline l'ordre par la terreur), François Furet (Le Passé d'une illusion), Martin Malia (La Tragédie soviétique), Boris Souvarine (Staline, aperçu historique du communisme), Stéphane Courtois (Le livre noir du communisme), dans l'ouvrage collectif Le siècle des communismes et dans des dictionnaires comme l'encyclopédie Larousse. L'orthographe Trotsky, employée par l'intéressé lui-même dans ses textes rédigés en français, est, quant à elle, utilisée par Nicolas Werth (Histoire de l'Union soviétique), Gilles Martinet (Les Cinq communismes), Pierre Naville (Trotsky vivant), Archie Brown (The Rise and fall of communism) ou François Fejtö (Histoire des démocraties populaires). Elle figure par ailleurs sur les éditions françaises de ses ouvrages, comme Ma vie ou L'Internationale communiste après Lénine et est en outre employée par ses biographes Pierre Broué, Isaac Deutscher, Robert Service, Victor Serge et Jean-Jacques Marie. Archie Brown signale, en langue anglaise, les variantes Trotskiy ou Trotskii, cette dernière étant utilisée par des textes de la Bibliothèque du Congrès. Brown précise avoir choisi d'utiliser la forme Trotsky car celle-ci est la plus répandue en anglais (Archie Brown, The Rise and Fall of Communism, Vintage Books, 2009, 11). ; en ), de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein (en ), né le à Ianovka, une ville ukrainienne de l'Empire russe, et mort assassiné le à Mexico, est un idéologue, révolutionnaire bolchévique, théoricien politique communiste et homme politique russe puis soviétique.

Militant social-démocrate puis marxiste plusieurs fois déporté en Sibérie ou exilé de Russie, militant du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) à partir de 1903, d'abord menchevik, c'est comme tel qu'il est président du soviet de Petrograd lors de la révolution russe de 1905. Il devient bolchevik, à partir de l'été 1917, après son retour en Russie, et il est un des principaux acteurs, avec Vladimir Lénine, de la révolution d'Octobre qui permet aux bolcheviks d'arriver au pouvoir.

Membre du gouvernement bolchevik, il n'est pas favorable à une paix immédiate avec les puissances de la quadruplice, mais en il accepte le point de vue de Lénine et la paix de Brest-Litovsk qui est une capitulation de fait. Durant la guerre civile russe qui s'ensuit, il organise et dirige l'Armée rouge et se montre partisan de mesures de Terreur : son action contribue à la victoire des bolcheviks et à la survie du régime soviétique. Il est dès lors, et durant plusieurs années, l'un des plus importants dirigeants de l'Internationale communiste (Troisième Internationale) et de l'URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) naissante.

Après la mort de Lénine en , il s'oppose rapidement à Joseph Staline et à ce qu'il désigne comme la bureaucratisation du parti et du régime et en prenant la tête de l'Opposition de gauche ; Staline le fait finalement chasser du gouvernement dans le cours de 1924 puis en 1927 du Parti communiste, avant de l'exiler en Asie centrale en 1928 puis de le bannir de l'URSS en 1929. Trotski entreprend alors d'organiser ses partisans, qui se réunissent finalement en 1938 au sein de la Quatrième Internationale. En 1940, installé au Mexique, il est assassiné sur ordre de Staline par un agent du NKVD.

À la fois orateur, théoricien, historien, mémorialiste et homme d'action, Trotski demeure l'inspirateur dont se réclament toujours les divers groupes trotskistes à travers le monde.

Biographie thumb|La maison des parents de Trotski à Kherson.

Famille et enfance Famille Trotski est issu d'une famille juive des environs de Kherson, dans le sud de l'Ukraine. Il est le cinquième enfant de David Leontievitch Bronstein () (1843-1922) et d’Anne ou Annette Lvovna Bronstein née Jivotovskaïa ( ou née ). Ce sont des propriétaires terriens d’un khoutor près du village de Ianovka () du district (ouïezd) d’Élisavetgrad du gouvernement de Kherson, dans le sud de l’Empire russe, actuellement village de Bereslavka, raïon de Bobrinets, oblast de Kirovograd en Ukraine. Les parents de Trotski sont originaires du gouvernement de Poltava. Son père a bénéficié des réformes de et de ses successeurs qui ont donné aux Juifs de Russie des terres à cultiver et qui leur ont permis d'employer des chrétiens. Il a ainsi acquis une assez grande étendue de terres et a un personnel nombreux : garçons de ferme et domestiques. Illettré, David Leontievitch est un homme doué pour l'exploitation des champs. C'est une raison de plus pour que son fils fasse des études qui lui permettront de faire la comptabilité de ses affaires, domaine dans lequel il va excellerRobert Service, Trotski, 2012..

Enfance vignette|Lev Bronstein à l'âge de 8 ans, en 1888. Trotski, prénommé Léïba (, ), variante de Léon, parle dans l’enfance l’ukrainien et le russeLéon Trotsky, Ma vie, 1929, .. Il est envoyé à l’école Saint-Paul d'Odessa, tenue par des protestants allemands, et il s'y distingue par ses brillants résultats. Pendant ses études à Odessa (1889-1895), Trotski loge chez son cousin maternel Moïse Filippovitch Spenzer, propriétaire de l’imprimerie scientifique « Matézis » () et la femme de celui-ci, Fanni Solomonovna, qui sont par ailleurs les parents de la poétesse Véra Inber.

En 1895, Trotski commence à évoluer dans un cercle de propagande révolutionnaire populiste de Nikolaïev. Il ne tarde pas à abandonner ses études et renoncer à devenir mathématicienLéon Trotsky, Ma vie, 1929, ..

L'engagement politique vignette|Trotski en 1897. Un temps tenté par les idées populistes, qui voient dans la paysannerie russe et ses fréquentes jacqueries le ferment d'une révolution future, il adhère finalement aux positions politiques sociales-démocrates en 1896. Sous le pseudonyme de Lvov, le jeune Bronstein participe à la création d'une organisation révolutionnaire, en particulier par la rédaction d'articles reproduits au moyen d'un hectographe et distribués à la sortie des usines.

En 1897, Bronstein prend part à la création d'un « syndicat ouvrier du sud de la Russie » dont il a connaissance par une de ses dirigeantes, Alexandra Lvovna Sokolovskaïa. Elle lui fait connaître la théorie marxiste à travers les écrits d'Antonio Labriola. En 1898, la police russe procède à l'arrestation de tous les membres de ce syndicat. Trotski est transféré de prison en prison, d'abord à Nikolaïev puis à Kherson, et à Odessa où il commence à étudier les nombreux textes religieux mais aussi sur la franc-maçonnerie à sa disposition dans la bibliothèque de la prison.

Trotski se marie avec Alexandra Sokolovskaïa en 1900 dans la prison de Moscou, pour éviter d'en être séparé. Ils sont déportés en Sibérie à Oust-Kout. Ils y ont deux filles. Pendant cette déportation, Trotski établit le contact avec des agents de l'« Étincelle (Iskra) ». Sur recommandation de Gleb Krjijanovski, qui lui donne son pseudonyme de « Plume » (), il intègre leur groupe. Ne supportant plus la déportation, il réussit à s'évader en 1902, en laissant sa femme et ses filles derrière lui. Le passeport falsifié qu'il porte est au nom de « Trotski », d'après le nom d'un gardien de la prison d'Odessa, nom qui lui permet de dissimuler ses origines juivesMax Eastman, Leon Trotsky: The Portrait of a Youth, chapitre 8. et qu'il gardera comme pseudonyme, le port d'un pseudonyme étant habituel chez les révolutionnaires russes.

Premier exil vignette|Trotski en Sibérie, en 1900. Après son évasion en 1902 de Sibérie, Lev Bronstein qui voyage sous la fausse identité de Léon Trotski, va à Vienne se mettre sous la protection de Victor Adler. Celui-ci lui fait bon accueil, le convie à dîner chez Sigmund Freud qui habite un appartement à la même adresse sur la Bergstrasse, et l'envoie avec suffisamment d'argent pour vivre un an se réfugier à Londres chez Monsieur et Madame Richter, nom sous lequel Lénine et sa femme vivaient clandestinement à Londres.

Lénine avait dix ans de plus que lui. Il avait fait parler de lui en 1900 et publié l'année précédente le traité politique Que faire ?. Il le fait entrer par cooptation dans le comité de rédaction du journal Iskra (L'Étincelle) ; en introduisant Trotski comme septième membre, il compte aplanir le conflit qui y règne entre les « anciens » (Plékhanov, Akselrod, Zassoulitch) et les « jeunes » (Lénine, Martov et Potressov).

L'été 1903, au deuxième congrès du POSDR à Londres qui voit la scission entre bolcheviks et mencheviks, Trotski soutient d'abord ardemment Lénine. Cependant, la proposition par Lénine d'un nouveau comité de rédaction (Plékhanov, Lénine, Martov ; seraient exclus Akselrod et Zasoulitch) pousse Trotski à se rallier aux mencheviksLe prophète armé, I. Deutscher (), 2006, .

En 1903, il rencontre à Paris Natalia Sedova ( Vladimir Volkov, « Женщина в русской революции — Письма Натальи Седовой к Льву Троцкому » [« Jenchtchina v rousskoï revolioutsi – Pisma Natali Sedovoï k Lvou Trotskomou »], World Socialist Web Site, 10 juin 2003.), qui est une étudiante issue d'une famille très aisée. Il vit avec elle mais ne peut pas l'épouser car il n'a pas divorcé d'Aleksandra Sokolovskaïa.

À Munich, il rencontre en 1904 Alexandre Parvus, un militant marxiste lui aussi juif originaire d'Ukraine, où il a milité pour le Bund. Parvus, qui est trafiquant d'armes dans les Balkans et possède les nationalités allemande, autrichienne et turque, va parachever sa formation politique en lui faisant part de sa théorie : la théorie de la guerre révolutionnaire. Elle stipule que les conflits armés entre les nations pouvaient être exploités par les mouvements révolutionnaires pour renverser les gouvernements en place et instaurer un État socialiste. Selon lui, la guerre créait des conditions favorables à l'émergence de mouvements révolutionnaires en raison de l'affaiblissement de l'État et de l'exacerbation des tensions sociales et politiques.

En , quand les positions des deux groupes du POSDR divergent fortement, Trotski rompt avec les mencheviks et se rapproche de Parvus, séduit par son ambition de réunifier le parti et par son autre théorie, celle de la « révolution permanente » : analysant la situation dans les pays comme la Russie, il pronostique aussi l'impossibilité d'une révolution « bourgeoise » apportant un régime démocratique liquidant le féodalisme. Pour lui, la faiblesse de la bourgeoisie russe ne lui permettra pas d'effectuer ces tâches et d'instaurer le capitalisme, et c'est la classe ouvrière qui devra prendre en main la destinée du pays pour passer directement du féodalisme au socialisme, sans passer par le capitalisme. Dans le même temps, Trotski garde ses distances vis-à-vis de Lénine, lui reprochant ses méthodes autoritaires et son attitude, qu'il qualifie de Trotsky, Nos tâches politiques, 1904..

Il conserve cette position intermédiaire mais isolée au sein du parti durant treize années, cherchant à fusionner les deux courants du POSDR. Ce n'est qu'après la révolution de Février 1917 qu'il adhère, en août, au parti bolchevik et affirme que sa position conciliatrice d'alors était erronée.

En , Trotski rentre illégalement en Russie avec Alexandre Parvus.

Président du soviet de Saint-Pétersbourg en 1905