Émile Henry Muselier, né à Marseille le et mort à Toulon le , est un vice-amiral français.
Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il est le premier officier général à rallier Charles de Gaulle à Londres dès le . Il prend le commandement des Forces navales françaises libres« Émile Muselier (1882-1965) », sur cheminsdememoire.gouv.fr. et provisoirement des Forces aériennes française libres. Il a l'idée de distinguer la marine FNFL de celle de Vichy, en adoptant la croix de Lorraine (en souvenir de son père d'origine lorraine), qui devient ensuite l'emblème de toute la France libre« Croix de Lorraine », sur francelibre.fr (mis en cache par wikiwix, restauré le 25 août 2013).. Il organise le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre, le .
Après une carrière militaire brillante mais mouvementée, il tentera vainement sa chance aux , en tant que vice-président du Rassemblement des gauches républicaines, avant de se reconvertir comme ingénieur conseil dans le privé jusqu'en 1960. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre, à Marseille.
Biographie Origines familiales et jeunesse Émile Muselier naît au 10, rue de Tivoli, à Marseille. Son père, Pierre-Victor Muselier, est fonctionnaire au Télégraphe, et sa mère, Berthe Petit, est enseignante. Le couple avait eu précédemment un autre fils, mort peu après sa naissance.
Le père d'Émile Muselier, Pierre-Victor, est franc-comtois par son père (originaire d’Ornans) et lorrain par sa mère (originaire de Rhodes). Il s'était engagé dans l'armée impériale à , avait participé à la campagne d'Italie puis avait été envoyé en Algérie. Il avait quitté l'armée peu avant la guerre de 1870 et s'était engagé dans l'administration du télégraphe. En poste à Paris pendant le siège puis la Commune, il avait été muté à Marseille peu après.
Côté maternel, le grand-père d'Émile Muselier, David Petit, avait été courtier maritime puis armateur avant de connaître un revers de fortune. Sa grand-mère Hortense, née Suarès, était issue d'une famille de négociants juifs de Marseille par son père et bretonne par sa mère.
Études Émile Muselier fit ses études primaires chez les religieuses à Saint-Joseph de Cluny puis au lycée Thiers de Marseille. Passionné par la mer, il entre en 1896 à la « Flotte », les classes préparatoires à l’École navale chez les Maristes de La Seyne-sur-Mer et réussit le concours d'entrée, sur 100, en 1899. Il y côtoie alors l'amiral François Darlan« Muselier Émile », site consacré au général de Gaulle, charles-de-gaulle.org, consulté le 14 avril 2009..
Début de carrière et mises en accusation La première partie de sa carrière est marquée par sa campagne en Extrême-Orient (1902-1905), plusieurs autres en 1914 en Adriatique« Émile Muselier », sur le site de l'Ordre de la Libération, ordredelaliberation.fr, consulté le 14 avril 2009., celle en Albanie, entrecoupées de séjours à Toulon. En 1915, sur sa demande, il se bat aussi sur l'Yser en Belgique à la tête d'une unité de fusiliers marins, avant de commander une batterie d'artillerie de marine en Champagne.
En 1916, il est affecté comme président de la section marine de la direction des Inventions intéressant la défense nationale (on lui doit notamment les rideaux de fumée pour les navires).
À ce titre, il embarque, à bord du cargo Sénégambie de la Compagnie Générale Transatlantique, plusieurs instruments innovants : chapelets de mines, appareil fumigène, générateur de gaz asphyxiants, grenades sous marines, hydrophones. Il appareille le de Bordeaux en même temps qu'un convoi de navires de commerce anglais, le Sénégambie, qu'il commande, jouant le rôle d'un navire-leurre. Ce navire soutiendra, le surlendemain dans le golfe de Gascogne, un long combat contre un U boot, au cours duquel les divers matériels seront testés en conditions réelles. (le sous-marin allemand finit par se dérober dans la nuit).
Son premier commandement à la mer est l'aviso Scarpe, en avril 1918. Il y montre son autorité, alors que la Marine est confrontée en 1919 à des mutineries qui frappent l'escadre de la mer Noire (les marins, agités par les communistes, souffrent de continuer la guerre sans contact avec leurs familles). Son bâtiment est le seul de l’escadre à ne pas arborer le drapeau rouge, après qu’il y a maté une tentative de révolte. C’est là qu’il gagne son surnom de « rouge » mais non par adhésion aux idées communistes. En , il défend efficacement le port de Marioupol, en mer d'Azov, contre les Bolcheviks. Un blâme lui est infligé, le , pour l’affaire dite d’Otchakow, où une série d’imprudences coûta la vie à cinq de ses hommes et mit à mal les accords passés entre les autorités soviétiques et françaises.
Il est le premier commandant du torpilleur d'escadre Ouragan, en 1925, puis il embarque sur le croiseur cuirassé Ernest Renan en 1927, ensuite sur le cuirassé Voltaire en 1930 puis commande le cuirassé Bretagne en 1931 .
Un rapport de la police de Toulon auprès de la direction de la Sûreté générale, le , fait état de la saisie d’opium au domicile qu’il partage avec sa maîtresse, Madame Oswald, qui avoue en faire usage . Cette suspicion ne prouvant pas la consommation suffit à le disculper, la consommation d'opium était courante, à l'époque, dans la MarineClaude Farrère, Fumée d'opium, éd. Kailash, 1904 ; rééd. 1996 .. Son dossier personnel indique une faiblesse physique à son retour d’Extrême-Orient en 1909 et en fait à nouveau état dans les années 1930, où plusieurs supérieurs notent ses problèmes nerveux..
Ascension rapide Nommé contre-amiral, il devient en 1933 major général de la maritime au port de Sidi-Abdallah (Tunisie) où il crée des œuvres sociales comme « La Mie de pain ».
Il est attaché aux cabinets de Paul Painlevé et de Georges Clemenceau, puis chef d'état-major de la délégation de contrôle naval en Allemagne.
En 1938, il est le commandant de la marine et du secteur de défense de la ville de Marseille. C'est lui qui demanda à la Préfecture maritime de Toulon d'envoyer un détachement de marins pompiers pour lutter contre l'incendie des Nouvelles Galeries qui causa la mort de le .
Nommé vice-amiral le : , il est placé dans la deuxième section des officiers généraux par mesure disciplinaire le , à la suite d'incidents l'ayant opposé à l'amiral Darlan qui était de la même promotion que lui à l'École navale.
En , il effectue une mission comme journaliste au Levant. De à , il est ingénieur dans une entreprise réquisitionnée par le ministère de l'Air et de l'Armement.
Figure de la France libre vignette|gauche|Le vice-amiral Muselier en 1941. Il est le premier officier général à rejoindre le général de Gaulle, le . Le , celui-ci le nomme au commandement des forces maritimes françaises restées libres et à celui, provisoire, des forces aériennes, fonctions qu'il se verra confirmer avec le titre de Commissaire, à la création du Comité national français en 1941. Ce jour-là, il lui propose, en présence du capitaine de corvette Thierry d'Argenlieu, l'adoption de la Croix de Lorraine comme emblèmeLa Seconde Guerre mondiale, « La Croix de Lorraine », charles-de-gaulle.org..Le général de Gaulle ne retiendra que le nom de Thierry d'Argenlieu dans ses Mémoires de guerre. Le texte exact (dans le tome I, L'Appel) de De Gaulle est : (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Appel (1940-1942), « La France Libre », Plon, 1954 (repris par édit. Pocket , 99.). en opposition à la croix gammée« Sous le signe de la Croix de Lorraine », article publié par France d'abord, journal brazzavillois, dans le 18 du mercredi , 11-13, reproduisant, comme indiqué en en-tête, . Muselier explique, paragraphes 4 à 6 de l'article, 11 : . Dans son ordre général 2 du , le vice-amiral Émile Muselier crée donc pour les forces françaises ralliées à de Gaulle un pavillon de beaupré (carré bleu avec, au centre, la croix de Lorraine en rouge par opposition à la croix gammée) et pour les avions, une cocarde à croix de Lorraine : « Les origines des FNFL, par l'amiral Thierry d'Argenlieu », tiré du 29 de la Revue de la France Libre de juin 1950, 17-20.. La Croix de Lorraine devint ensuite l'emblème de toute la France libre.
Le même jour, Muselier avait rédigé son propre appel, adressé aux marins et aux aviateurs. Il forme ensuite un début d'état-major avec le capitaine de vaisseau Thierry d'Argenlieu et l'enseigne de vaisseau Voisin, puis part en mission pour Alexandrie .
Les tentatives de ralliement sont difficiles. En 1940, le capitaine de frégate de Quiévrecourt, qui commandait l’aviso Dumont d’Urville, refusa de rejoindre la France Libre lorsque Nouméa se rallia. Muselier envoya un télégramme le destituant et nommant à sa place l'officier en second. Celui-ci rejeta l’ordre et donna cette réponse pour le vice-amiral Muselier : Claude Huan et Hervé Coutau-Bégarie, Darlan, Fayard, 642..
Le , il est arrêté avec ses deux secrétaires par la police britannique, à la suite d'une dénonciation pour trahison, sur le fondement de faux documents, et incarcéré à la prison de Pentonville. Les Britanniques le soupçonnent d'être secrètement entré en contact avec Vichy, d'avoir transmis à Darlan le plan de l'expédition de Dakar et de projeter de lui livrer le Surcouf. Sceptique, de Gaulle présente devant Eden une protestation orale et une note écrite démontant le dossier d'accusation. Après avoir obtenu de rencontrer le vice-amiral à Scotland Yard le , le chef de la France libre menace, le 8, de rompre ses relations avec le Royaume-Uni. Innocenté, Muselier est libéré le lendemain avec ses secrétaires et le Gouvernement britannique doit lui présenter des excuses. Il est établi que les documents à charge contre l'amiral étaient des faux réalisés par le commandant Meffre, alias « Howard », chef du service de sécurité de Carlton Gardens, et son sous-officier adjoint.. Cet épisode aura malgré tout terni ses relations avec de Gaulle.
En , poussé notamment par André Labarthe, il tente en vain d'imposer à de Gaulle un « comité exécutif de la France libre » présidé par lui-même et largement composé d'opposants au chef des Forces françaises libres. Le comité national français, créé le , est dirigé par de Gaulle.
Malgré ses réticences mais sur ordre du général de Gaulle, il réalise le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon. Le , à trois heures du matin, débarquant avec quatre bâtiments français en provenance d'Halifax (le sous-marin Surcouf et les corvettes Alysse, Mimosa, Aconit), et installant l'enseigne de vaisseau Alain Savary comme Commissaire de la France libre. Ce fait d'armes alimentera l'animosité du président Roosevelt à l'égard du Général. De Gaulle s'était engagé à laisser carte blanche à Muselier, lequel, compte tenu du changement survenu dans la situation des États-Unis à la suite de l'attaque japonaise contre Pearl Harbor le , décide de faire part des intentions de la France Libre concernant Saint-Pierre-et-Miquelon aux nouveaux alliés que sont les Américains, considérant que l'opération ne peut plus être menée par surprise. Mais, craignant les vues des Canadiens et des Britanniques sur l'archipel, ce que certaines informations laissaient à penser, le général s'était ravisé pour affirmer la souveraineté française. Cela conduira finalement le vice-amiral à démissionner de son poste de Commissaire.
Considéré comme peu loyal par de Gaulle, Muselier est ensuite écarté par ce dernier, un an et demi plus tard, à Alger, à cause de graves divergences politiques. Préférant être nommé par le général Giraud, il est l'éphémère responsable civil et militaire d'Alger, en , et a même semblé prendre la tête d'un putsch anti-gaulliste, avant que le général de Gaulle ne s'impose seul à la tête du Comité français de la Libération nationale.
En , de Gaulle le nomme chef de la délégation navale à la Mission militaire pour les affaires allemandes.
Après la Libération