vignette|Les limites de Silwan en 1943-1946 sont indiquées en vert. Les limites en 2020 selon le plan municipal de Jérusalem sont indiquées en bleu. Silwan est sectorisé à Jérusalem-Est.|346x346px L’ossuaire de Silwan, également appelé « ossuaire de Jacques », est une urne funéraire identifiée en Palestine en 2002. Il porte une inscription « Jacques fils de Joseph frère de Jésus », rédigée en araméen. L'ossuaire et la gravure dateraient du selon l'épigraphiste André Lemaire, bien que l'authenticité de cette gravure soit remise en cause, plusieurs études ayant conclu à une fraude. Par ailleurs, si certains spécialistes soutiennent que le prénom JésusYehoshua (hébreu : ) signifie, en hébreu comme en araméen, « Dieu (YHWH) sauve », et sa forme abrégée Yeshua (hébreu : ) signifie « Sauveur », « santé » ou « salut » (voir l'article dans le Thayer's Lexicon, in Dictionary and Word Search for Iēsous (Strong's 2424). Blue Letter Bible. 1996-2008). Le dictionnaire Brown-Driver-Briggs, la référence des dictionnaires d'hébreu biblique, rapporte que le sens de Yeshua peut également marquer l'« opulence » en plus de la salvation ; cf. Francis Brown, Samuel Rolles Driver et Charles Augustus Briggs, Hebrew and English lexicon of the Old Testament, éd. Clarendon Press, Oxford, 1939, , article en ligne. était très répandu au premier siècle de notre èreLes archéologues ont mis au jour 71 tombes de personnages appelés Yeshua datant de la période de la mort de Jésus. Le nom apparait 30 fois dans l’Ancien Testament, en référence à quatre personnages distincts, et la version longue du nom, Yehoshua, apparait encore quelques centaines de fois, probablement en l'honneur du conquérant de Jéricho. Voir ., et que la probabilité est donc forte qu'il puisse s'agir d'homonymes, d'aucuns en déduisent qu'il s'agit de l'ossuaire de Jacques le Juste, le propre frère de Jésus de Nazareth, premier dirigeant de l'Église primitive, mais dont l'existence a été en partie occultée par la suite.

Vendu sur le marché noir des antiquités, l'authenticité et la provenance de cet artéfact n'est pas clairement établie à ce jour. Il aurait été trouvé à Silwan, une zone correspondant à l'époque du siècle au secteur incluant le bassin de Siloé, proche du mont du Temple à l'extérieur des murailles de la cité antique. Il aurait été acquis par l'ingénieur Oded Golan, grand collectionneur privé israélien d'antiquités bibliques. À la suite de cela, il fut poursuivi par l'état d'Israël, entre autres motifs, pour fabrication et falsification de cette inscription écrite en araméen figurant sur cet artéfact. Il a finalement été acquitté par la justice israélienne le 14 mars 2012, à l'issue d'un procès ayant duré 5 ans, la justice israélienne expliquant un "aveu d’impuissance" face aux querelles d’experts et à l'incertitude sur la nature authentique ou non de l'artefact.

Depuis son apparition en 2002 se sont engagés : une bataille de spécialistes sur l'authenticité de l'ossuaire ; un nouvel épisode de la longue bataille entre théologiens, biblistes et historiens sur le fait de savoir si Jésus de Nazareth a eu des frères biologiques et sur la compréhension du dogme catholique de la « Virginité perpétuelle » de la Vierge Marie..

L'annonce de la découverte de 2002

Usage des ossuaires à l'époque du Second Temple À la fin de la période du Second Temple de Jérusalem, les classes moyennes supérieures, et les classes supérieures de la ville pratiquaient lossilegium (ou inhumation secondaire). Tout particulièrement du au . Après avoir préparé le corps du défunt, celui-ci était enveloppé d'un drap puis déposé dans la niche d'une tombe taillée dans la roche à l'extérieur des murs de la ville pour une période d'un an environ. Lorsque toutes les chairs avaient disparu et que les os avaient été purifiés par la terre d'Israël, une seconde cérémonie d'inhumation était alors organisée : le fils ainé de la famille collectait les ossements et les rassemblait dans un ossuaire, une petite urne de pierre.

Annonce d'André Lemaire En 2002, l'ingénieur Oded Golan, l'un des plus grands collectionneurs privés d'antiquités en Israël, invite l'épigraphiste français André Lemaire à parcourir sa collection. À la suite de cette visite en octobre 2002, André Lemaire annonce avoir découvert l'existence d’un ossuaire en calcaire du de notre èreOssuaire de Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus, Article publié dans le journal "Le Monde" sous le titre "Jésus, une histoire de famille". qui, selon lui, aurait probablement contenu les ossements de Jacques le Juste, le frère de Jésus de NazarethPierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, ..

Jacques le Juste, réputé « frère » de Jésus (cf. et ) et qui appartenait selon Simon Claude Mimouni à la classe sacerdotale, était devenu le chef de la communauté des disciples après la mort du Nazaréen, épaulé par les apôtres Pierre et Jean (cf. ainsi que et l'''Histoire ecclésiastique (ἐκκλησιαστικῆς ἱστορίας) d'Eusèbe de Césarée).

Selon la dernière version des conditions de l'acquisition de cet artéfact donnée par Oded Golan, le collectionneur l'aurait acheté en 1975 à un marchand de la vieille ville de Jérusalem qui lui aurait indiqué une zone de provenance dans les environs de SilwanPierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, ., ce qui serait compatible avec le témoignage d'Hégésippe qui indique que Jacques a été enterré à l'endroit même où il est mort, après avoir été précipité du pinacle du Temple. Malgré quelques objections et même l'avis de certains experts pour qui la première partie de l'inscription datait probablement du , mais la seconde (frère de Jésus) avait été gravée par une autre personne, un ou deux siècles plus tard, un grand nombre d'historiens et d'exégètes ont rapidement été convaincus de son authenticitéPierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, ..

Description de artéfact vignette|L'inscription de l'ossuaire de Jacques.|285x285px Cet ossuaire a des parois planes, dépourvues de décor excepté sur l'une de ses deux longueurs qui est dotée de deux rosaces. Sur sa largeur non décorée figure la gravure « Jacques fils de Joseph frère de Jésus » : Texte יעקוב בר יוסף אחוי דישוע Translitération yʿqwb br ywsf ʾḥwy d yšwʿ Romanisation Ya'akov bar-Yosef akhui diYeshua Traduction Ya'akov fils de Yosef, frère de Yeshua

Sa forme est trapézoïdale : sa base est plus étroite que sa partie haute. Les dimensions maximales de cet ossuaire sont, officiellement, de . On note des traces d'une peinture rouge qui a été appliquée comme il était alors d'usage. Surtout, l'ossuaire comporte une inscription en araméen, la langue courante de la Palestine à l'époque de Jésus: « Ya'akiv bar Yosef akhui di Yeshua » ce qui signifie « Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus ». D'après André Lemaire, l'analyse de la graphie de cette inscription correspond à cette période des deux premiers tiers du , la forme cursive du aleph, dalet et yod pouvant constituer un indice en faveur d'une datation plus proche de 70 que du tout début de notre ère.

André Lemaire donne la description suivante de cet artéfact, en précisant les mensurations qu'il a relevées. :

André Lemaire publie cette découverte en 2003 et estime que l'authenticité de l'ossuaire de Silwan n'est pas sujette à caution, qu'il s'agit bien là de l'ossuaire de Jacques le Juste, réputé frère de Jésus, ce qui constitue la toute première attestation épigraphique de l'existence de Jésus de Nazareth et de la communauté judéo-chrétienne primitive fondée à Jérusalem :

L'étude onomastique Même si les noms de Jacques, Joseph et Jésus pouvaient être courants à l'époque, selon les calculs d'André Lemaire, pendant les sept premières décennies du , Jérusalem ne devait pas avoir compté plus de vingt individus appelés Jacques et simultanément fils d'un Joseph et frère d'un JésusPierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, .. En revanche, il était très inhabituel de mentionner le nom d'un frère sur un ossuaire après celui du père : il n’existe qu’un seul autre cas de cette pratique, ce qui suggère que ce frère était un personnage important. D'autant plus que les inscriptions sur les ossuaires étaient rares. , dans la publication de son inventaire des ossuaires conservés dans les collections publiques israéliennes, A Catalogue of Jewish Ossuaries in the Collection of the State of Israel, indique qu'en moyenne seuls 25,2 % des ossuaires découverts portent une inscription (231 ossuaires sur 917 recensés à date en 1989 au moment de la collecte des données pour son livre). Un pourcentage qui progresse à 30 % dans les travaux d'Hannah M. Cotton qui recense, quant à elle, environ ossuaires connus, dont plus de 600 sont inscrits, qui proviennent d'environ 900 tombeaux.

En 2005, le professeur Camil Fuchs, statisticien à l'université de Tel-Aviv, reprend le dossier de l'onomastique de l'ossuaire de Silwan et examine dans un article la prévalence des noms d'individus juifs masculins décédés à Jérusalem au premier siècle de notre ère. Fuchs détermine qu'il est possible d'établir avec une très forte probabilité, proche de 99 %, qu'entre les années 45 et 70 de notre ère, pas plus d'un juif adulte de sexe masculin portant le nom de Jacques, dont le père s'appelait Joseph et le frère Jésus a vraisemblablement vécu à Jérusalem. Il constate que le nombre attendu est inférieur à deux (1,71 précisément) et, bien que le nombre réel soit incertain, même avec un taux de confiance de 96 %, il ne dépasserait pas quatre individus. L'ossuaire de Jacques désigne donc probablement un individu unique au sein de la population vivant à Jérusalem à l'époque. Camil Fuchs souligne également qu'il est très rare que le frère du défunt soit mentionné dans une inscription sur un ossuaire. De tous les ossuaires connus en 2005 au moment de la rédaction de son article, le frère du défunt n'est cité que dans un seul autre cas. Dans un autre cas, c'est le fils du défunt qui est cité. Fuchs conclut :

Plus généralement, les inscriptions sur les ossuaires qui en possèdent une contiennent habituellement un nom et un identifiant « fils de... ». Sur l'ensemble des ossuaires connus portant des inscriptions, un seul autre contient l'inscription « frère de... » Il date également du premier siècle et porte l'inscription « Shimi, fils d'Asaiah, frère de Hanin ». Craig A. Evans note : « Il a été suggéré que la mention du frère du défunt implique probablement que le frère était bien connu, probablement beaucoup plus connu que le défunt ou son père. » Evans poursuit en évoquant la possibilité que ce Hanin ait été le « célèbre Hanin, dont les fils étaient connus pour approvisionner Jérusalem en animaux de sacrifice ». De même, dans l'Antiquité, le Jacques biblique était également identifié par sa relation avec son frère plus célèbre, Jésus de Nazareth (cf.cf. ainsi que et lHistoire ecclésiastique (ἐκκλησιαστικῆς ἱστορίας) d'Eusèbe de Césarée comme mentionné plus haut).

L'expertise de l'Autorité des Antiquités d'Israël

Les travaux des deux sous-commissions