Zeus (en grec ancien ) est le dieu suprême dans la religion grecque antique. Il est le dieu du ciel et le roi des dieux, la figure par excellence de la souveraineté et de l'autorité, celui qui maintient l'ordre dans le monde.
Cronide, fils du titan Cronos et de la titanide Rhéa, il renverse son père, conduit les dieux à la victoire contre les Titans, puis vainc Typhon, parvenant ainsi à imposer sa domination. En tant que roi des dieux, il commande les autres divinités, qui l'assistent dans le gouvernement du monde. Il est marié à sa sœur Héra, qui est la reine des dieux, mais la mythologie lui connaît de nombreuses autres liaisons avec des immortelles et des mortelles, dont certaines ont fait l'objet de récits développés relatant la manière dont il rapte des jeunes filles en se métamorphosant. Principal progéniteur de la mythologie grecque, il est le père de plusieurs dieux et déesses, à commencer par certaines des principales figures des panthéons et mythes grecs (Athéna, Apollon, Artémis, Hermès, Dionysos, etc.), et de nombreux héros et héroïnes (Héraclès, Hélène, Persée, Sarpédon, etc.).
Dans les cultes des cités grecques, sa puissance est sollicitée par les humains pour de nombreuses raisons, car elle agit dans plusieurs domaines. Il est le maître des éléments célestes et atmosphériques, celui qui commande à la pluie (et influence par ce biais la croissance des plantes) et maîtrise la foudre, la plus éloquente des manifestations de sa puissance. Par extension c'est un dieu associé aux hauteurs, dont le lieu de résidence terrestre privilégié est le sommet de montagnes. C'est un dieu souverain, qui est source d'autorité au sein des sociétés humaines, qu'il s'agisse de celle des rois, des institutions civiques ou des pères de famille. Zeus est également celui qui garantit le respect du droit et de la justice, des relations sociales telles que l'hospitalité, l'amitié, les supplications, ainsi que la stabilité et la prospérité des foyers. C'est plus largement un dieu bienfaiteur, qui garantit la victoire, la liberté et sauve les humains de périls. Il est présent dans toutes les cités grecques, mais il dispose d'un lieu de culte panhellénique principal à Olympie, où ont lieu tous les quatre ans de grandes fêtes en son honneur, qui sont accompagnées de concours athlétiques et hippiques.
En tant que divinité prééminente, Zeus est une source d'inspiration majeure pour les poètes, penseurs et artistes de la Grèce antique. Les poèmes d'Homère et d'Hésiode posent les bases de sa personnalité littéraire, qui est repensée à plusieurs reprises dans la poésie lyrique, le théâtre, les discours, et aussi dans les écrits philosophiques qui élèvent parfois ce dieu en une figure transcendante. Ceux qui ont réfléchi sur le rôle de Zeus se sont notamment interrogés sur la manière dont il rend justice, sur sa volonté de châtier les mauvais et de récompenser les justes, et plus généralement sur sa capacité à contrôler le cours des événements et la vie des humains (le « destin »). Dans l'art, il est dès les origines représenté comme un dieu autoritaire et puissant, notamment avec ses attributs que sont le foudre et le sceptre. Sa statue de culte d'Olympie réalisée par Phidias dans les années 430 av. J.-C. marque un tournant dans l'histoire de l'art, par son impact sur la représentation des dieux et de l'autorité souveraine.
Zeus présente des similitudes avec d'autres divinités des régions voisines de la Grèce, qui ont été vus comme ses équivalents, voire dans certains cas ont repris certains de ses traits. C'est en particulier le cas du dieu romain Jupiter, qui reprend son iconographie et sa mythologie. C'est d'ailleurs à travers ce dernier que Zeus a une postérité en Europe occidentale. En Orient, il est rapproché des divinités de l'Orage contrôlant comme lui les éléments atmosphériques et ayant un rôle souverain.
Nom et épithètes
Étymologie
Le nom Zeus (nominatif : ; vocatif : ; accusatif : ; génitif : ; datif : ) repose sur le thème , issu de la racine indo-européenne qui signifie « briller ». Elle est également à l'origine du sanskrit / , signifiant « ciel lumineux », et du latin , signifiant « jour » à l'article ..
Épithètes, épiclèses
Dans la littérature et l'épigraphie, Zeus est désigné par diverses épithètes (ou épiclèses) mettant en avant ses diverses spécificitésDans la plupart des cas, les traductions des épithètes/épiclèses figurant dans l'article sont reprises de la du Laboratoire d'archéologie et histoire Merlat (LAHM) du Centre de recherche en archéologie, archéosciences et histoire (CReAAH) (Université Rennes 2). : pouvoirs, lieux de cultes, rituels qui lui sont consacrés, liens avec d'autres divinités. Il est le dieu grec qui dispose du plus d'épithètes, et de loin. Rien qu'en Attique, on en dénombre une cinquantaine, quand ceux qui suivent, Athéna, Artémis et Apollon, en ont une trentaine chacun.
Parmi les épiclèses renvoyant à ses domaines de compétences, on peut relever : la pluie et la foudre : Hyetos, Ombrios « pluvieux », Keraunios « de la foudre », Kataibates « qui fait descendre (l'éclair/la foudre du ciel) », etc. les relations entre personnes : Xenios « hospitalier », Hikesios « des suppliants », Philios « de l'amitié/amical », etc. le foyer, le patrimoine et la vie domestique : Ktesios « des richesses », Herkeios « de l'enceinte/de la clôture », etc. la famille et les groupes de parenté : Patrôos « ancestral/des pères », Phratrios « de la phratrie », etc. la protection contre les crises : Sôter « sauveur », Eleutherios « libérateur », Apotropaios « qui prévient/écarte le mal », Alexikakos « qui écarte les maux », etc.
Ces épithètes ne fixent pas forcément de limites aux compétences du dieu : une analyse des rites consacrés à Zeus Polieus « de la cité » à Cos semble indiquer qu'il a des aspects agricoles et chthoniens.
Les épithètes locales (ou topiques) renvoient à un nom de lieu où Zeus dispose d'un lieu de culte, dans bien des cas des montagnes. Par exemple Laphystios « Du (mont) Laphystion », Labraundos « de Labraunda », Panamaros « de Panamara », etc.
On trouve aussi des combinaisons du nom de Zeus avec ceux d'autres divinités : Zeus Dionysos, Zeus Ammon, Zeus Sabazios, Zeus Sarapis, etc. Ces formes connaissent une certaine popularité en Orient à l'époque romaine impériale. Dans la plupart des cas, cela vise probablement à élever la dignité des dieux dont le nom est accolé à celui de Zeus, ou à assimiler à Zeus une divinité d'origine étrangère, plutôt qu'à isoler un autre aspect de Zeus..
Dans la littérature, Homère (seconde moitié du ) l'affuble de nombreuses épithètes (épithètes homériques) renvoyant aussi bien à son statut de fils de Cronos (Kronides), sa nature céleste (Olympios « Olympien », Hypsistos « le très haut »), son rôle de dieux des pluies et de la foudre (Nephelegereta « assembleur des nuées », Kelainephes « à la nuée noire », Terpikéraunos « qui aime la foudre »), son statut patriarcal (Pater andron te theon te « père des dieux et des hommes »), ses fonctions dans les relations sociales (Xenios « hospitalier », Horkios « du serment », Hikesios « des suppliants »), ses lieux de cultes (Dodones/Idethes medeon « protecteur de Dodone/de l'Ida »), etc..
Expressions et onomastique
Le nom de Zeus est très présent au quotidien par les anciens Grecs, qui l'invoquent dans leurs conversations, notamment par l'expression ne ton Dia « par Zeus ! » courante dans la littérature athénienne classique. Ils construisent également des noms de personnes à partir de lui (noms « théophores ») : Diodote, Diodore, Zénodote, Zénodore qui signifient « Don de Zeus » ; Diogène « Rejeton de Zeus » ; Dioclès « Gloire de Zeus » ; etc.
Origines
Le dieu du ciel diurne
De toutes les principales divinités grecques, Zeus est la seule dont l'origine ne souffre pas de contestation : c'est originellement un dieu du ciel diurne et lumineux tel qu'il s'en retrouve dans les panthéons des peuples de langues indo-européennes. Cela ressort en premier lieu de l'étymologie de son nom, qui comme vu plus haut dérive de la racine indo-européenne renvoyant à la « brillance », d'où le « jour » (par opposition à la nuit), voire plus précisément dans ce cas « le resplendissant » ou « le ciel clair » ou « le lumineux, qui a l’éclat du ciel ». Il se compare à l'indien Dyaus Pitar et au romain Diespiter/Iuppiter (Jupiter), dans le nom desquels se retrouve également le terme signifiant « père », renvoyant à son rôle patriarcal. L'expression Zeu pater « Zeus père » est d'ailleurs attestée en Grèce, notamment chez Homère. Néanmoins ce n'est que chez les Grecs et les Romains que cette figure occupe la position la plus importante dans les panthéons.
De là dérivent ses compétences célestes encore présentes dans la religion grecque antique, notamment par le biais de son rôle de maître des éléments atmosphériques régnant depuis les sommets des montagnes. Mais son identité a évolué avec le temps, notamment par le contact avec d'autres systèmes religieux, ceux des peuples occupant la Grèce avant l'arrivée des premiers locuteurs de langues grecques, en particulier comme les « Minoens » de Crète (ce qui pourrait expliquer les spécificités du Zeus crétois). Mais, faute de documentation, seules des suppositions peuvent être émises.
Un dieu de l'Orage ?
Le contact avec les pays situés à l'est du monde égéen a sans doute aussi joué dans l'évolution de Zeus par rapport à son modèle originel. Plusieurs spécialistes de religion grecque ont souligné les similitudes entre Zeus et les « dieux de l'Orage » de l'Anatolie et de la Syrie antiques (Teshub, Tarhunna, Hadad, Baal), qui semblent prendre le dessus sur son incontestable caractère originel de dieu céleste. Les Grecs ont en tout cas généralement identifié Zeus à ces divinités lorsqu'ils les ont rencontrées et ont cherché à leur trouver un équivalent dans leur panthéon.
Ces dieux de l'Orage, en particulier connus grâce aux sources hittites et ougaritiques, sont les maîtres des forces atmosphériques, commandeurs des vents et pourvoyeurs des pluies. Ils sont donc associés à la fertilité et à la procréation, ce à quoi renvoie leur animal-attribut, le taureau. Leur rôle est donc essentiel pour les bonnes récoltes et la prospérité du pays. Ils ont également pour attributs le foudre et la hache. Leurs résidences se trouvent au sommet des montagnes, et dans des domaines célestes. Ce sont des figures souveraines, garantes de la protection du royaume et de l'ordre du monde, avec aussi un caractère guerrier. Ils sont souvent couplés dans le monde anatolien à des divinités solaires féminines..Présentation de ces différentes divinités : ..
Zeus présente donc plusieurs similitudes avec ces figures, qui pourraient selon I. Rutherford s'expliquer notamment par une influence de la mythologie levantine sur celle du monde grec. Mais il y a aussi des différences significatives, en premier lieu son caractère originel de dieu céleste. De plus, malgré la proximité géographique, il y a peu d'éléments pour établir des influences entre les panthéons de l'Anatolie hittite et ceux de la Grèce..
Zeus dans les tablettes mycéniennes thumb|Tablette de Pylos enregistrant les offrandes à Zeus, Héra et Drimios. , Musée national archéologique d'Athènes. Traduction partielle :