Abdeljelil Zaouche (), né le à La Marsa et mort le à Tunis, est un homme politique et homme d'affaires tunisien.

Jeunesse Né au palais familial de La Marsa d'une mère italienne., il est issu de la haute bourgeoisie tunisoise arrivée d'Andalousie au via l'Algérie. Son père Tahar et son oncle Hassan occupent de hautes charges sous Ali III Bey : général de la garde du bey et général de brigade chargé de la levée des impôts. Il est le père d'Ahmed et Rachid Zaouche.

Il effectue ses études secondaires au Collège Saint-Charles puis au lycée Louis-le-Grand à Paris où il réussit son baccalauréat. En 1894, il s'inscrit à la faculté de droit de Paris tout en poursuivant des cours à l'École libre des sciences politiques et au Collège de France. Fortement influencé par les interventions de Jean Jaurès, il est aussi l'élève d'Émile Durkheim, Émile Boutroux, Henri Poincaré, Antoine Aulard et Ernest Lavisse.. Il se passionne, écrit Charles-André Julien, . Licencié en droit, il rentre à Tunis en 1900 où il s'engage dans les affaires publiques.

Industriel En association avec les frères Ramella, il fonde en 1901 la minoterie du Belvédère, première industrie tunisienne dont les bureaux sont situés au numéro 24 de l'avenue de France à Tunis. Il est également l'administrateur de la société "Le Gros Tourteau" et fonde des sociétés coopératives dont il est le président : Es-Saâdia et "L'Union Commerciale".

En 1903, il crée la première imprimerie scientifique du monde arabe : Al Matbâa Al Ilmiya. La première imprimerie, fondée le par Sadok Bey, avait pour seul objectif l'impression du Journal officiel tunisien.

Réformateur

vignette|Lettre de Moustapha Kamel Pacha à Zaouche (1906).

Tout en faisant l'apprentissage de l'industrie dans sa minoterie, il s'engage dans la création et la défense du service public tunisien. Il plaide tour à tour les principes républicains, s'engage dans la préservation de l'entité nationale et tente de mettre en place les institutions compétentes, probes et indépendantes d'un état de droit. Fondateur et grande figure du mouvement nationaliste des Jeunes Tunisiens, cofondateur de l'Association des anciens du Collège Sadiki et du Cercle tunisien (1904) — club intellectuel où l'on suit l'actualité et où l'on prépare la défense des intérêts tunisiens —, président de la Khaldounia, il est également actionnaire et membre des conseils d'administration de plusieurs journaux de la place tels La Dépêche tunisienne, Le Progrès, La Poste tunisienne, L'Autonome et, à Paris, du Temps. Zaouche rédige par ailleurs de nombreux articles pour le quotidien socialiste Le Libéral. Il entretient également des liens avec les Jeunes-Turcs, les nationalistes réformateurs égyptiens, comme Mohamed Abduh ou Mustafa Kamil, et syriens ainsi que des intellectuels sympathisants de la cause tunisienne et de la cause panarabe comme Pierre Loti et Charles Géniaux.

Il est membre de La Nouvelle Carthage, loge maçonnique à Tunis relevant du Grand Orient de France, dans laquelle il est initié le Fonds d'archives maçonniques de la bibliothèque du GODF, carton de la loge Nouvelle Carthage Tunis (1902-1905)..

Tout au long des cinq années de publication du journal Le Tunisien, il milite aux côtes d'Ali Bach Hamba — dont il épousera la cousine germaine Chérifa — ainsi que d'autres Jeunes Tunisiens. Il maintient la pression à coups d'articles indignés sur divers aspects de la politique du protectorat français.

Zaouche est également membre du Conseil supérieur du gouvernement (1911-1912) et de diverses commissions de réforme dont la commission de rénovation des arts indigènes, la commission mixte de réforme du Collège Sadiki, la Conférence consultative tunisienne, etc.

Réformes économiques et fiscales Dans le groupe des Jeunes Tunisiens, Zaouche se distingue par la priorité qu'il réserve au secteur économique : agriculture, artisanat et commerce. Il y consacre l'essentiel de ses activités et se mobilise en écrits et en actes sur la formation de l'agent économique : qualification professionnelle, qualité de gestionnaire, créativité et compétitivité pour dépasser l'économie de subsistance.

Zaouche participe en 1908 à la première séance mixte de la Conférence consultative tunisienne et choisit d'être rapporteur et membre de la commission des finances de la section tunisienne de cette assemblée, véritable pouls de toute la vie économique, sociale et donc politique du pays. Son combat est triple et concerne d'abord la suppression de la mejba, l'« impôt du pauvre », puis la réforme des emprunts et des crédits mutualistes et enfin la rénovation de l'impôt de l'achour.

Suppression de la mejba La fiscalité, écrit Nazli Hafsia, outre son caractère de recettes budgétaires, est présentée par Zaouche comme l'indicateur essentiel de la condition politique, économique et sociale du pays (catégorie de contribuables, taux, assiette, etc.). Ce dernier dénonce alors la charge pesant sur le travail par rapport au capital car, écrit-il, . Dès la première séance mixte de la Conférence consultative, il revendique la suppression de la mejba. Il dénonce ce qu'il y a d'anachronique et d'injuste dans cet impôt qui frappe la force de travail et l'affaiblit en la réduisant à la misère. À travers la mejba, qui couvre le sixième des recettes budgétaires, l'agriculture se trouve être la principale source de financement public, allant jusqu'à la rémunération directe de certains agents de l'État : caïds, khalifas et cheikhs, etc. La faiblesse croissante du contribuable agricole rend par ailleurs la mejba de plus en plus insupportable et honnie jusqu'à provoquer de nombreuses révoltes dont .

La nature et le montant des impôts qu'il propose pour contrebalancer, selon la règle budgétaire classique, la suppression souhaitée de la recette couverte par la mejba fait apparaître le programme progressiste des Jeunes Tunisiens. À l'idée républicaine d'égalité devant la loi et l'impôt, il apporte le complément essentiel qui est d'appliquer l'impôt comme levier de commande pour la croissance économique — définie non seulement en termes de produit national mais également et surtout en revenu national — et de généraliser ses bénéficiaires à tous les membres de la communauté nationale. Dans cette optique, il propose une réforme fiscale qui est en fait un véritable programme économique. L'objectif de ses propositions porte sur l'imposition principale du capital — et donc de l'élément substantiel de la colonisation — et l'allègement de la charge sur le travail. S'il privilégie la force du travail, il voudrait voir également l'impôt servir à consolider la santé publique en frappant les consommations nouvelles apportées par l'occupation étrangère telles que l'alcool et le jeu. Comme « taxes de remplacement » à la mejba, il propose donc la création de taxes nouvelles qui se caractérisent par leur généralisation à toute la population, nationaux et étrangers confondus, une « côte personnelle » dont car Interventions personnelles des 11 et 19 novembre 1907 à la Conférence consultative..

À côté de la « côte personnelle », il prévoit la création d'une taxe sur le bétail devant frapper l'ensemble du cheptel tunisien. Enfin, il se tourne vers le grand capital colonial en proposant des , c'est-à-dire ceux du sous-sol (mines et phosphates) : Nous ne nous dissimulons point que nous abordons ici la partie de notre tâche de beaucoup la plus délicate. Nous nous attaquons en effet à des intérêts considérables et qui tendent de plus en plus à jouer dans ce pays un rôle prépondérant. Nous n'oublions pas que c'est grâce aux entreprises minières et phosphatières que nous avons vu se créer si rapidement un important réseau de voies ferrées. Mais nous considérons aussi que la Tunisie, qui permet à de nombreux capitalistes de toute nationalité de réaliser dans l'exploitation de ses richesses naturelles des bénéfices parfois considérables, ne peut éternellement demander à ses l'argent qui lui est nécessaire pour équilibrer son budget. Est-ce bien le misérable khammès, gagnant à peine 150 francs par an qui doit venir en aide au budget de la Tunisie ou bien l'actionnaire qui en quelques mois a vu monter de 500 à la valeur de ses titres ? Poser la question à des hommes d'intelligence et de cœur, c'est croyons-nous la résoudre.

Il répond ainsi aux arguments de la section française en défendant le contribuable tunisien, notamment les petits agriculteurs et artisans.

La Conférence consultative présidée par le résident général de France en Tunisie est toutefois dominée par les éléments ultras de la colonie française qui opposera une fin de non recevoir à ce programme, recourant aux procédures dilatoires jusqu'aux arguments les plus racistes, ressentant leur prépondérance et le capital colonial comme remis en question. En 1908, Zaouche confirme dans un nouveau rapport de la conférence : Les relevés de l'État civil en font foi, l'excédent des décès sur les naissances est considérable parmi la population musulmane de Tunis. Soyez certains que la misère est le facteur principal de la mortalité indigène et ne cherchez pas à aggraver par des mesures fiscales une situation déjà si alarmante ! L'impôt de la mejba ne saurait figurer indéfiniment dans le budget d'un État placé sous le protectorat de la France ! Dans la métropole, où tous les impôts de capitation ont été abolis depuis longtemps, où depuis un siècle on fait les plus sérieux efforts pour améliorer les conditions de vie des prolétaires, on discute en ce moment un système d'impôt sur le revenu qui aurait pour effet d'exonérer complètement la petite propriété foncière.

Réforme des emprunts et rénovation de l'achour En 1910, un projet d'emprunt à affecter à l'extension du réseau de chemin de fer est proposé. À l'occasion de cette nouvelle charge du contribuable tunisien, Zaouche renouvelle avec force son attaque contre l'action grandissante du capital français et oppose les besoins de la population, qui appellent satisfaction tant au niveau de sa formation éducative que de son initiation à un outillage moderne, à l'amélioration du rendement de ses activités. Il souligne que cette infrastructure, dont le financement a été supporté par la population tunisienne, ne profite guère à celle-ci quel que soit le secteur d'activité :

Le petit agriculteur arabe, celui qui, détenant à titre de simple locataire une ou deux méchias, continue à gratter le sol avec sa charrue primitive, n'obtient par suite que des rendements dérisoires et arrive à peine à la fin de l'année à payer le loyer et l'impôt. Celui-là, quand il a mis de côté la quantité de grains nécessaires à la subsistance de sa famille, n'a pas besoin de prendre le chemin de fer pour porter au marché le plus proche le peu de céréales qui lui reste. Son âne ou son chameau lui suffisent amplement. Encore évitera-t-il la route car la piste est plus douce et surtout moins encombréeRapports sur l'emprunt de la ligne de chemin de fer publiés par la Conférence consultative en 1910..

Donc, si emprunt nouveau il doit y avoir, il demande qu'une partie en soit affectée au bénéfice direct de la population tunisienne dont la majeure partie souffre de l'analphabétisme et d'un manque d'épargne : Nous voulons bien que l'on continue à construire des routes et des chemins de fer mais nous estimons qu'il ne faut pas que cette œuvre à laquelle on a déjà consacré la plus grosse partie des excédents budgétaires absorbe aussi tout le crédit dont peut disposer la Régence ! Il est certes non moins urgent de donner aux Tunisiens des écoles où leurs enfants apprendront à utiliser l'outillage dont on a doté leur pays. Or, sur les d'âge scolaire que doit compter la Tunisie, il en est moins de qui reçoivent une instruction primaire rationnelle et, d'ici longtemps, on n'arrivera pas, sur les ressources normales du budget, à construire assez d'écoles pour la dixième partie seulement des .