Qocho (, ), aussi connu sous le nom d'Idiqut...., (« gloire ») est un royaume tocharo-ouïghour créé en 843. Il a été fondé par des réfugiés Ouïghours fuyant la destruction du Khaganat ouïgour (sur l'actuelle Mongolie) par les Ienisseï kirghize. Ils font de QochoÉgalement appelée Qara-Khoja, cette ville correspond actuellement à Gaochang, Tourfan. leur capitale d'été et de BeshbalikCe qui correspond actuellement au Xian de Jimsar. leur capitale d'hiver . Sa population est désignée sous le nom de « Ouïghours Xizhous » d'après l'ancien nom chinois utilisé par les Tang pour désigner Gaochang, de « Ouïghours Qochos » d'après le nom de leur capitale, de « Ouïghours Kuchas » d'après le nom de Kucha, une autre cité qu'ils contrôlent, ou encore de « Ouïghours Arslans » (Lion) d'après le titre de leur roi.
Les souverains du royaume de Qocho font remonter leur lignée jusqu'à Qutlugh de la dynastie Ediz du Khaganat Ouïghour.
Ls principales religions du royaume sont sur une importante partie de son histoire, bouddhisme, manichéisme et nestorianisme.
Histoire En 840, les Ouïghours sont vaincus par les Kirghizes qui s'emparent de leur capitale. Cet événement marque la chute du Khaganat ouïgour et la division du peuple Ouïgour en deux groupes. Le premier part vers le sud-est et finit par s'installer dans le Gansu occidental.. On les appelle les Ouïgours de Ganzhou (), ou les Ouïgours de Hexi (). Le second, dirigé par le chef Pangtele, part vers le sud-ouest, dans le Turkestan oriental, s'empare en 843 des villes de Karachahr et Kucha et fonde le Royaume de Qocho.
Après sa fondation, le nouveau royaume commence une phase d'expansion territoriale au détriment de la Chine des Tang. En 866, les Ouïghours s'emparent des xians de Tingzhou et XizhouOu Gaochang pour les Chinois., ainsi que des villes de ChangbaliqL'emplacement de cette ancienne cité se trouve a proximité de l'actuelle ville d'Ürümqi. et Luntai, qui font toutes les deux partie du Circuit de . Fort de ces premières réussites, le royaume de Qocho renouvelle ses attaques contre ce circuit en 869 et 870, mais les soldats Ouïghours sont à chaque fois repoussés. Ils connaissent plus de réussite en 876, lorsque, après une nouvelle attaque contre le circuit de Guiyi, le royaume de Qocho s'empare du xian de Yizhou. À peine annexé, le nouveau territoire est renommé Kumul.
À partir de 887, les Ouïghours abandonnent doucement leur style de vie semi-nomade et deviennent petit à petit des agriculteurs sédentaires installés dans la région de Qocho.
En 954 Ilig Bilgä Tengri prend le pouvoir et en 981, c'est au tour d'Arslan Bilgä Tengri ilig. Ce dernier prend le titre de Süngülüg Khagan en 984. La même année, un envoyé de la dynastie Song arrive à Qocho et livre à son empereur le compte rendu suivant sur la ville :
Les rois se succèdent et le royaume de Qocho maintient son indépendance, jusqu'en 1130 date à laquelle les Ouïghours se reconnaissent comme étant des vassaux des Kara-Khitans, un khanat fondé par les survivants de la dynastie Liao. À partir de cette date, le royaume ne retrouvera plus jamais sa pleine indépendance. Lorsque les Khitans sont vaincus et détruits par l'Empire Mongol en 1209, ces derniers deviennent les nouveaux suzerains du royaume Ouïghour. Cette situation perdure jusqu'en 1318 date à laquelle, après la mort du roi Negüril Tigin iduq-qut, Qocho est intégré au Khanat de Djaghataï, un des quatre khanats nés de l'éclatement de l'Empire mongol. Après son annexion, l'ancien royaume reste une entité dirigée par des gouverneurs, le dernier d'entre eux étant Ching Timür iduq-qut, qui prend son poste en 1352. Mais même cette semi-existence finit par prendre fin et le royaume disparaît définitivement durant la décennie 1370, peu après la dynastie Yuan.
Liste des dirigeants du royaume
Rois de Qocho 843 Pangtele fonde le Royaume de Qocho. (Lacune dans la chronologie) Ilig Bilgä Tengri 954 - 981 Arslan Bilgä Tengri ilig 981 - 996 Bügü Bilgä Tengri ilig 996 - 1007 Alp Arsla Qutlugh Kül Bilgä Tengri Khan 1007 - 1024 Kül Bilgä Tengri Khan 1024 - 1068 Tengri Bügü il Bilgä Arslan Tengri Uighur Tärkän 1068 - ???? (Lacune dans la chronologie) Bilgä 1123 - ???? Yur Temur ???? - ???? Barčuq Art iduq-qut ???? - 1242. Kesmez iduq-qut 1242 - 1246 Salïndï Tigin iduq-qut 1246 - 1253. Ögrünch Tigin iduq-qut 1253 - 1257 Mamuraq Tigin iduq-qut 1257 - 1266 Qosqar Tigin iduq-qut 1266 - 1280 Negüril Tigin iduq-qut 1280 - 1318 1318 : mort de Negüril Tigin iduq-qut, annexion par le Khanat de Djaghataï
Gouverneurs de Qocho Tämir Buqa iduq-qut 1322 - 1330 Senggi iduq-qut 1330 - 1332 Taipindu iduq-qut 1332 - 1352 Ching Timür iduq-qut 1352 - ???? dernier gouverneur connu du royaume
Culture La population du Royaume de Qocho est composée principalement de Turcs et de Tokhariens, mais on y trouve aussi des Chinois. et populations d'origine iranienne, tels les Sogdiens.. Selon Peter B. Golden, les Ouïghours ont non seulement adopté le système d'écriture et les croyances religieuses des Sogdiens, comme le manichéisme, le bouddhisme et le nestorianisme, mais ils voient aussi les Sogdiens comme des « mentors », tout en les remplaçant progressivement dans leurs rôles de commerçants de la route de la soie et de pourvoyeurs de la culture sogdienne..
Pendant la période où les Tang ont contrôlé Qocho et Turfan, ainsi que le bouddhisme chinois, ils ont laissé une empreinte durable sur le Royaume de Qocho. C'est ainsi que plus de 50 temples bouddhistes portent des noms choisis par les Tang et les édits proclamés par l'empereur Tang Taizong sont précieusement conservés dans la « tour des écrits impériaux ». Ce sont les bouddhistes ouïghours qui ont créé les fresques murales des temples de Bezeklik. et on trouve dans les temples bouddhistes le Dazangjing, c'est-à-dire le canon bouddhiste utilisé en Chine, ainsi que des dictionnaires chinois comme le Jingyun, le Yupian et le Tang Yun.. Si le bouddhisme domine la vie spirituelle de Qocho, il n'est pas la seule religion pratiquée et on trouve à la capitale des moines persans qui entretiennent un temple manichéen. Malgré cela, la culture chinoise est très prégnante, au point que le manuscrit persan Hudud al-'Alam qualifie Qocho (Il s'agit ici de la capitale du royaume et non du royaume lui-même) de « ville chinoise »..
Toutefois, cette influence chinoise évolue avec le temps. Ainsi, si les Qocho ont continué à imprimer le dictionnaire chinois de rimes Qieyun, ils finissent par développer leur propre prononciation des caractères chinois, se détachant ainsi de l'influence qu'ont eu les Tang sur la région.. Autre signe du prestige, et de la réappropriation, de la culture chinoise chez les Ouïghours, ces derniers voient l'écriture chinoise comme quelque chose de « très prestigieux ». Aussi, lorsqu'ils ont commencé à développer l'alphabet ouïghourCet alphabet a été utilisé pour écrire le vieux-ouïghour, ces derniers utilisent l'écriture arabe aujourd'hui pour leur langue., ils ont adapté l'alphabet sogdien, et modifié le sens de l'écriture de horizontalement et de droite à gauche a verticalement et de gauche à droite, afin de reprendre le sens d'écriture et lecture de l'écriture chinoise. L'alphabet vieux-ouïghour sur Omniglott..
Conflit avec les Qarakhanides Les Ouïghours bouddhistes de Qocho entrent en conflit avec leurs voisins musulmans, la tribu turque des Karlouks du royaume des Qarakhanides; et ce dès la conversion de ces derniers à l'Islam. Pour les Turcs la guerre qu'ils déclenchent contre les Ouïghours est une forme de djihad..., ce qui en fait un devoir sacré devant être mené à terme. Les Ouïghours y sont alors vus par ces Turcs fraîchement convertis comme des ennemis de l'Islam, .. Ainsi, dans son « Compendium des dialectes turcs », Mahmoud de Kachgar décrit les Ouïghours sous un jour défavorable.. Il y est écrit que . Mahmoud a noté que les Turcs musulmans utilisent le nom péjoratif « Tat » pour parler des Ouïghours bouddhistes, qu'il décrit comme des « infidèles ».. Pour être précis, il faut noter que si les chroniques des Turcs des tribus Tuxsi et Taghma, utilisent bien le mot « Tat » pour désigner les « infidèles ouïghours », pour d'autres tribus turques, il désigne les Perseshttps://web.archive.org/web/20151118063834/http://projects.iq.harvard.edu/huri/files/viii-iv_1979-1980_part1.pdf ... Dans tout le Compendium, les termes « bouddhiste » et « ouïghour » sont étroitement liés..
L'attaque lancée par les Turcs contre les Ouïghours est décrite dans les œuvres de Mahmoud de Kachgar., au travers des strophes et des vers de plusieurs poèmes narrant les combats entre les Bouddhistes Ouïghours et les Musulmans Kara-Khanides.. La manière dont, durant cette invasion, des temples bouddhistes ouïghours sont profanés, des villes ouïgoures sont envahies et la province de Minglaq devient la cible principale des Karakhanides, est décrite dans les Trois cycles de versets turcs de Mahmoud.... Le premier cycle rapporte la manière dont les « tribus infidèles » sont défaites dans la vallée d'Irtysh par les Karakhanides ; le second raconte l'attaque des Ouïghours par les Turcs musulmans ; tandis que le troisième et dernier décrit une défaite infligée près d'« une ville entre Tangoutes et la Chine. », Qatun Sini, par le Khan des Tangoutes (dynastie des Xia occidentaux) à ses ennemis... Cette guerre s’achève par la prise de Qocho par les troupes du Sultan Satuq Bughra Khan, qui donne aussitôt l'ordre de raser les temples bouddhistes de la ville.. Par la suite, les Imams et les soldats morts lors de ces combats sont révérés comme des saints..
Mahmoud semble vouer un mépris très particulier au bouddhisme et aux Ouïghours. En effet, alors qu'il a une attitude relativement modérée envers les croyances des devins turcs et les coutumes turques d'avant l'Islam, il exprime envers le bouddhisme une haine spécifique, qui transparaît dans le diwan où il écrit ses cycles de versets sur la guerre contre les Ouïghours. Au-delà du cas spécifique de Mahmoud, ce sont tous les Turcs qui semblent avoir une vision négative du bouddhisme; les mots liés à cette religion prenant chez eux des connotations négatives, comme Burxān ou Furxan.., deux termes désignant Bouddha.. qui deviennent des synonymes d'"idole" dans la langue turque à l'époque de Mahmoud...
Il est possible que les attaques turques aient poussé certains moines bouddhistes ouïgours à chercher asile dans les territoires de la dynastie des Xia occidentaux (Tangoutes)..
La domination mongole En 1209, Qocho ne s'oppose pas à la conquête de Gengis Khan mais se reconnaît vassal des Mongols, ce qui met fin à la tutelle des Kara-Khitans sur le pays, et place les Ouïghours en position de servir de lettrés au service de l’État mongol en formation, car ils possédaient un alphabet, tandis que les Mongols n'étaient encore que des nomades analphabètes. Ce ralliement garantira aux Ouïghours de bénéficier d'un traitement favorable de la part des nouveaux maîtres. Ainsi, pour régler les conflits opposant Chinois et Ouïghours, une juridiction mixte spécifique sera créée..
Ce changement de suzeraineté a un impact direct et concret sur la vie du royaume de Qocho. En voici un exemple : après avoir été vaincus par les Mongols.., les Alains deviennent des fidèles serviteurs de ces derniers et sont regroupés dans une unité nommée « Garde Alain de la Droite ». Cette garde se bat aux côtés des soldats « ralliés de fraîche date », dont des soldats chinois. Ces Chinois encadrés par des Alains sont installés par les Mongols dans le royaume de Qocho, où ils fondent une colonie militaire. D'autres soldats chinois sont installés à Besh Balikh, où ils fondent une autre colonie militaire, dirigée par le général chinois Qi Kongzhi.. Par la suite, le royaume