Raymond Barre, né le à Saint-Denis (La Réunion) et mort le à Paris, est un économiste, universitaire et homme d'État français.
Professeur d'université, il est directeur de cabinet de Jean-Marcel Jeanneney, ministre de l'Industrie dans le gouvernement Debré. De 1967 à 1973, il est vice-président de la Commission européenne, chargé de l'Économie et des Finances.
En , sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, il est nommé ministre du Commerce extérieur du premier gouvernement Jacques Chirac, puis devient Premier ministre. Il met en œuvre une politique monétaire visant à réduire la pression de la monnaie sur les prix et une politique budgétaire stricte du fait de la hausse de la dette. Il démissionne après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981.
Candidat de l'UDF à l'élection présidentielle de 1988, pour laquelle il est un temps donné favori dans les sondages. Il arrive finalement en troisième position avec 16,5 % des suffrages exprimés, le plaçant derrière Jacques Chirac et François Mitterrand. Il est député du Rhône de 1978 à 2002 et maire de Lyon de 1995 à 2001.
Classé au centre droit et proche de l'UDF, Raymond Barre est l’une des rares personnalités politiques contemporaines ayant occupé d'aussi hautes fonctions sans jamais avoir été membre d'un parti politique.
Situation personnelle Origines thumb|left|La villa Déramond-Barre, maison natale de Raymond Barre à Saint-Denis de La Réunion.
La famille Barre est installée à Saint-Denis, à La Réunion, depuis 1843.
Raymond Barre est le fils de René Barre (1898-1975), négociant, et de Charlotte Déramond (1902-2002). René Barre, fils d'un directeur de pénitencier en poste à la Guyane puis en Nouvelle-Calédonie, s'est engagé au service de la France en 1915, à l'âge de 17 ans. Il était alors amoureux de l'héritière d'une grande famille, Charlotte Déramond, fille d'Octave Déramond, chirurgien, et de Marie Martin (issue des Martin, riches sucriers). Les parents de Raymond Barre se marient à La Réunion le et ont deux filles (Anne-Marie et Marguerite Marie) et un fils. Ils se séparent lorsque Raymond Barre a quatre ans, à la suite d'une affaire frauduleuse dans laquelle son père est impliqué. Jugé aux assises le avec son associé et conseiller Jules BocquéeRaymond Barre, Le Nouvel Observateur, René Barre est finalement acquitté, mais les Déramond ne peuvent tolérer que leur honneur et leur réputation aient été salis. Il ne revoit jamais plus son père, mort le ..
À l'exception de quelques mois à Paris en 1934, Raymond Barre passe son enfance sur son île natale de La Réunion, dans l'imposante case créole de Saint-Denis appartenant à son grand-père maternel et dans laquelle il est né. Cette villa, qui fut habitée par le poète Léon Dierx, est aujourd'hui appelée villa Déramond-BarreAlbert Weber, L'émigration réunionnaise en France, L'Harmattan, 1994 ..
Il y est d'abord scolarisé dans la même école maternelle que Raymond Bourgine, l'école de l'Immaculée Conception, avant d'être élève au lycée Leconte-de-Lisle, aux côtés notamment de Paul et Jacques Vergès. Il entre à la faculté de droit de La Réunion au sortir du lycée.
Le débarquement des Alliés permet le ralliement de l'île à la France libre, sous la houlette du général Legentilhomme. C'est l'occasion pour Raymond Barre de rejoindre les troupes de la France combattante. Mobilisé à l'âge de vingt ans, il met de côté son vœu d'étudier la médecine à Montpellier, comme l'avait fait le reste de sa famille avant lui. Après son instruction à La Réunion sur la batterie de la pointe des Galets, il part en 1945 pour Madagascar rejoindre son régiment d'artillerie du CEFEO et débarque à Tamatave, d'où il doit s'embarquer pour l'Indochine. Mais les Américains sont hostiles au rétablissement de la souveraineté de la France sur l'Indochine, si bien qu'ils ne fournissent pas les navires de transport nécessaires avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Démobilisé, il prend le bateau pour Paris le .
Études Logé à la Cité internationale universitaire jusqu'en 1950, Raymond Barre est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (promotion 1948, section « Service public ») et agrégé de droit et de sciences économiques, finissant deuxième en 1950.
Mariage Le , Raymond Barre épouse Eva Hegedüs (1920-2017), qu'il a rencontrée à Tunis.. D'origine hongroise, héritière d’une famille israélite., elle est fille de l'avocat Barthélémy Hegedüs et de Berthe Salamon.. Ils ont ensemble deux fils : Olivier (né en 1955) et Nicolas (né en 1961).
Maladie et mort thumb|La tombe de Raymond Barre et de son épouse au cimetière du Montparnasse ( division). Aux problèmes rénaux dont il souffre de longue date s'ajoutent des problèmes cardiaques. Le , à la suite d'un malaise cardiaque, il est hospitalisé au centre cardio-thoracique de Monaco, puis transféré à l'hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce, à Paris, où il meurt le , à l'âge de Dépêche AFP du 25 août 2007..
Ses obsèques sont célébrées par l'archevêque de Paris André Vingt-Trois le dans la chapelle du Val-de-Grâce, en présence de nombreuses personnalitésLe président de la République Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon, l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing et son épouse Anne-Aymone, les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, les ministres Michèle Alliot-Marie, Christine Lagarde, Michel Barnier, André Santini, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Darcos, le président du Sénat Christian Poncelet, le premier président de la Cour des comptes Philippe Séguin, le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, le président du MoDem François Bayrou, le maire de Paris Bertrand Delanoë et le maire de Lyon, Gérard Collomb ainsi que le président de la région Île-de-France Jean-Paul Huchon, l'amiral Philippe de Gaulle et l'acteur Alain Delon sont présents pour rendre un ultime hommage à l'ancien chef du gouvernement., dont le président de la République Nicolas Sarkozy. Le même jour, l'ancien Premier ministre Pierre Messmer décède lui aussi à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce.
Il est inhumé peu après à Paris, au cimetière du Montparnasse, en bordure de la . Son épouse, Eva, morte en à l'âge de 97 ans, dix ans après lui, est inhumée à ses côtés.
Carrière d'économiste Formation et premières années d'enseignement Durant sa formation d'économiste, il fait la connaissance de François Bourricaud et de Raymond Aron. C'est également durant cette période qu'il devient un admirateur d'Alexis de Tocqueville. À cette même période il fait aussi connaissance de deux amis d'Aron qui deviendront aussi ses amis, l'historien Eric Dardel et l'éditeur Éric de Dampierre. Ce dernier publiera outre la traduction de Barre de l'ouvrage d'Hayek intitulé Scientisme et science sociales, des ouvrages de Max Weber, Talcott Parsons et Leo Strauss.
thumb|left|François Perroux en 1984. Jeune, il est influencé par l'économiste François Perroux, qu'il qualifie sa vie durant d'. Se noue entre eux une relation que Christiane Rimbaud, la biographe de Raymond Barre, qualifie de de la part de Perroux. Les deux hommes resteront proches et Raymond Barre présidera, à la mort de son maître à penser, la fondation François Perroux. Sous son influence, il s'intéresse à Joseph Schumpeter ainsi qu'à un de ses disciples Paul Sweezy et à son livre The theory of Capitalist Development. En cette période d'après-guerre très marquée par le marxisme, il aborde également l’œuvre de Marx . À cette époque, il collabore aussi à la revue Critique d'Éric Weil, à laquelle contribuent aussi Claude Lévi-Strauss et Alexandre Kojève.
Barre présente sa thèse La Période dans l'analyse économique. Une approche de l'étude du temps en , un thème qui lui a été proposé par André Piatier alors directeur de la conjoncture à l'INSEE. Son directeur de thèse est André Marchal. Cette thèse, si l'on en croit Thierry de Montbrial, lui apprend .
S'il passe en 1949 l'agrégation, c'est parce que Piatier lui a dit que l'enseignement lui apportera la liberté qui convient à son caractère. Après l'agrégation, il va enseigner à Tunis, où il fait la connaissance de Philippe Malaurie. Jean-Claude Paye, qui est alors son étudiant, note :. C'est également à Tunis qu'il fait connaissance de Eva Hegedüs qui deviendra sa femme.
Raymond Barre a pour habitude de rédiger entièrement ses cours. Aussi quand Maurice Duverger demande à André Marchal de rédiger un manuel d'économie politique et que ce dernier lui délègue cette tâche peut-il s'en acquitter sans trop de problème. Ce livre qui connaît un grand succès, assoit la position de Barre en tant qu'économiste. Pour Jean-Claude Casanova, qui a été son étudiant et qui sera plus tard membre de son cabinet ministériel, cet ouvrage .
Chef de cabinet au ministère de l'Industrie (1959-1962) upright|vignette|Chevalement du puits central à Decazeville. En , lors du retour au pouvoir du général de Gaulle, il fait partie d'une délégation française chargée d'étudier la planification russe où figure Jean-Marcel Jeanneney. Dans leur ensemble, les membres de cette délégation sont hostiles au retour du général, Raymond Barre au contraire se refuse à voir en lui et est favorable à ce retour. Revenu à Paris, Jeanneney, qui fait partie du Comité Rueff-Armand, n'hésite pas à le consulter. Quand il est appelé fin 1958 à entrer au gouvernement, comme ministre de l'Industrie, il demande à Raymond Barre d'être son chef de cabinet. Au départ, leur arrivée au ministère est accueillie avec scepticisme par les hommes du Corps de mines qui dominent dans cette administration mais très rapidement, le ministre et son chef de cabinet s'imposent.
Au moment où Jeanneney et Barre sont au ministère de l'Industrie se produit la libéralisation des échanges et la baisse de 10 % des droits de douane avec les partenaires du traité de Rome. Malgré les craintes, les choses se passent bien. En 1961, lors de la fermeture de mines de charbon de Decazeville dans le cadre du plan Jeanneney, Barre doit négocier avec les grévistes. Enfin, pour accroître la concurrence sur le marché du pétrole, le ministre commence à envisager la création d'un groupe pétrolier d’État, Elf.
En , un nouveau Premier ministre, Georges Pompidou, arrive et Jean-Marcel Jeanneney quitte le ministère, tandis que Barre est rendu à l'enseignement.
Professeur et expert (1963-1967 et 1973-1975) Après son départ du ministère de l'Industrie, il est d'abord professeur à Caen, puis à compter de 1963 à Paris.
Parallèlement à son travail de professeur, il est choisi en 1963 par le ministre des finances Valéry Giscard d'Estaing, pour faire partie d'un groupe d'experts qui doit, sous la gouverne d'un ancien directeur général des impôts, préparer le budget de ce pays pour 1963. Il fait également partie du comité Maurice-Lorain chargé d'un rapport sur le financement des investissements en France. Il débouchera notamment sur la création des SICAV.
Il est également membre de la commission du Financement du cinquième plan de 1965 à 1967, il est membre d'une commission chargée de la mise en œuvre d'une politique des revenus qui débouchera sur la création du Centre d'étude des revenus et des coûts.
À la fin de son mandat de commissaire européen, il retrouve l'enseignement et entame une série de conférences en Pologne. Il enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po), faisant partie d'une nouvelle génération de professeurs d'économie qui renouvellent son enseignement au sein de l'école, aux côtés de Gabriel Pallez, de Jean Saint-Geours et d'autres. Il dirige le mémoire de Jacques Attali. Joseph Fontanet, alors ministre de l'Éducation nationale, lui demande un rapport sur la refonte du second cycle du secondaire et de l'enseignement supérieur. Il préconise d'en finir avec , et d'adopter des unités de valeur capitalisables. Il suggère également une certaine autonomie des universités.