thumb|right|Cercle des quintes donnant les armures des tonalités En musique, le mot tonalité peut prendre deux significations. En un sens général, il est synonyme de l'expression système tonal, qui désigne « le langage musical prédominant dans le monde occidental aux ». Ce langage se caractérise notamment par des phénomènes d'attractions (en particulier autour d'un degré principal : la tonique) et des alternances tension-détente. En cela, il s'oppose au système modal, fondé sur des gammes diatoniques qui, la plupart ne comportant pas de sensible, ne présente pas les mêmes tensions-détentes ; une œuvre modale reste dans son mode, dont elle explore harmoniquement la couleurYves Feger ..

Dans son sens particulier, qui est l'objet de cette page, une tonalité est « une échelle majeure ou mineure utilisée dans une œuvre »..

Origine du terme Le mot tonalité est utilisé dès 1810 par Alexandre-Étienne Choron, dans son Dictionnaire historique des musiciens, à propos de « la tonalité des Grecs », de « la tonalité ecclésiastique » et de « la tonalité moderne »Alexandre-Étienne Choron, Dictionnaire historique des musiciens, pp. xxxvii-xxxviii (lire en ligne). Il est repris, en 1821, par Castil-Blaze, qui le définit comme la « propriété du mode musical qui existe dans l'emploi de ses cordes essentielles »Castil-Blaze, Dictionnaire de musique moderne, p. 529 (lire en ligne). Enfin, en 1844, François-Joseph Fétis définit ce concept comme « la collection des rapports nécessaires, successifs ou simultanés, des sons de la gamme »François-Joseph Fétis, Traité complet de la théorie et de la pratique de l'harmonie, p. 22, no 70 (lire en ligne).Carl Dahlhaus, La tonalité harmonique, étude des origines, ,cité par ..

Définition La tonalité d'une œuvre (ou d'un mouvement, d'un passage donné) est le cadre général dans lequel elle se déploie (le « chemin principal » qu’elle va suivre), lequel s’appuie sur une gamme diatonique particulière (do majeur, ré mineur…) constituée de sept notes ou degrés, dont le premier (la tonique) est le « centre de gravité » mélodique et harmonique. Pour enrichir le langage de la pièce, le compositeur peut procéder à des modulations (sortes d’« excursions harmoniques » à travers d’autres tonalités, en général voisines – voir ci-dessous), avant, le plus souvent, de revenir à la tonalité de départ.

Une tonalité est définie et désignée par deux éléments : le nom de sa tonique et son mode (majeur ou mineur) — on parlera, par exemple des tonalités de « sol majeur », de « fa♯ mineur », etc. La différence entre le mode majeur et le mode mineur repose sur la position des tons et des demi-tons dans la gamme. Le mot mode ayant aussi un sens plus général en musique, certains musicologues préfèrent ne pas l'utiliser dans le cadre du système tonal, et préconisent l'emploi des expressions « tonalité majeure » et « tonalité mineure », ou encore « gamme majeure » et « gamme mineure ».

Tonalités relatives

right|thumb|200px|Spirale des tonalités relatives Sont dites relatives deux tonalités de toniques et de modes différents (l'une majeure, l'autre mineure), mais ayant pour point commun la même échelle diatonique, et donc la même armure.

Par exemple, la gamme de do majeur :

et sa gamme relative, la mineur (ici dans sa forme « naturelle ») :

La tonique de la gamme mineure (la, dans cet exemple) est toujours située une tierce mineure (intervalle d'un ton et demi) au-dessous de la tonique de sa relative majeure (ici, do) — cf. Armures et tonalités.

Tonalités homonymes Sont dites homonymes deux tonalités de modes différents, mais ayant la même tonique. Par exemple, do majeur a pour tonalité homonyme do mineur — et réciproquement.

Du point de vue des armures, la différence est toujours de trois altérations entre les deux tonalités. Par exemple, do majeur a une armure vierge, et do mineur, trois bémols à la clé — cf. Armures et tonalités.

Tons voisins

Pour une tonalité donnée, on peut identifier cinq tonalités dites voisines : sa relative ; la tonalité, transposée d'une quinte juste ascendante, du même mode que la tonalité principale, ainsi que sa relative ; la tonalité transposée d'une quinte juste descendante, dans le même mode que la tonalité principale, ainsi que sa relative.

Une méthode simple, utilisant le cercle des quintes, pour trouver les tons voisins est de prendre, à partir d'une tonalité donnée, celles dont l'armure possède une altération (dièse ou bémol) en plus et une altération en moins — ainsi que leurs trois relatives.

Par exemple, ré majeur (2 dièses à la clef) a pour ton voisins : sa relative, si mineur ; la transposition à la quinte juste ascendante, la majeur (3 dièses à la clef) et sa relative, mineur ; la transposition à la quinte juste descendante, sol majeur (1 dièse à la clef) et sa relative, mi mineur.

Notation : armure

L'armure est l'ensemble des dièses ou des bémols réunis au début de chaque portée, juste après la clé. Elle caractérise la tonalité en indiquant les altérations constantes, et a pour fonction de transposer l'échelle diatonique naturelle. Gamme de si majeur, avec son armure caractéristique (cinq dièses) :

Dès le , le compositeur prend l'habitude de rassembler à la clé toutes les altérations constitutives de chaque nouvelle tonalité, afin d'éviter de surcharger la partition : c'est ainsi qu'est née l'armure. La notion de tonalité principale apparaît : il s'agit de la tonalité qui débute et termine un morceau, celle qui correspond à l'armure. Les autres tonalités, traversées plus ou moins brièvement — grâce aux modulations — sont appelées tonalités secondaires. Lorsque la modulation est brève — modulation passagère : quelques notes à quelques mesures —, ses différences avec la tonalité principale sont indiquées par des accidents : dièses, bémols ou bécarres « accidentels ». Lorsque la modulation est très longue — plusieurs phrases —, on change parfois l'armure.

Liste des tonalités Armure Tonalités relatives Sensible Do♯ majeur La♯ mineur Sol Fa♯ majeur Ré♯ mineur Do Si majeur Sol♯ mineur Fa Mi majeur Do♯ mineur Si La majeur Fa♯ mineur Mi Ré majeur Si mineur La Sol majeur Mi mineur Ré Do majeur La mineur Sol Fa majeur Ré mineur Do Si♭ majeur Sol mineur Fa Mi♭ majeur Do mineur Si La♭ majeur Fa mineur Mi Ré♭ majeur Si♭ mineur La Sol♭ majeur Mi♭ mineur Ré Do♭ majeur La♭ mineur Sol

Identification de la tonalité Il est généralement possible d'identifier une tonalité (c'est-à-dire de trouver la tonique et le mode d'un morceau donné) à partir de l'armure, en procédant en trois étapes : rechercher la tonique de la tonalité majeure correspondante ; en déduire la tonalité mineure relative ; et, enfin, déterminer laquelle des deux tonalités est bien celle du morceau.

Recherche de la tonique de la tonalité majeure Cette tonique majeure doit être trouvée à partir de l'armure du morceau. Trois cas peuvent se présenter : Lorsque l'armure ne contient ni dièses ni bémols, il s'agit de la tonalité de do majeur. Lorsque l'armure ne contient que des dièses, le dernier (le plus à droite, donc) est toujours la sensible de la tonalité majeure. La tonique se trouve donc une seconde mineure au-dessus de ce dernier dièse. Exemple : deux dièses à la clé ( et ) ; le dernier dièse () est la sensible de la tonalité de ré majeur ; Lorsque l'armure ne contient que des bémols, le dernier est toujours la sous-dominante de la tonalité majeure. Par conséquent, la tonique se trouve une quarte juste en dessous de ce dernier bémol (soit à la place de lavant dernier bémol ; en effet, les bémols se succèdent à la clé par quartes justes ascendantes). N.B. : dans le cas particulier où l'armure ne compte qu'un seul bémol (et donc pas d'« avant-dernier » bémol), celui-ci () n'en demeure pas moins la sous-dominante de la tonalité recherchée, et la tonique se trouve toujours une quarte juste en dessous : fa. Exemple : trois bémols à la clé (, et ) ; le dernier bémol () est la sous-dominante de la tonalité de majeur — dont la tonique, , correspond bien à l'avant-dernier bémol.

La méthode indiquée ci-dessus est celle enseignée dans les conservatoires. Elle présente toutefois certains inconvénients : elle n'insiste pas assez sur la notion de transposition, qui fonde le système ; elle donne, pour les armures avec dièses et pour celles avec bémols, deux règles sans lien apparent ; elle est relativement difficile à mémoriser, notamment parce qu'il n'est pas facile de la justifier ; elle rend malcommode l'opération inverse : passer du nom d'une tonalité majeure à la détermination de son armure.

On pourra donc lui préférer la méthode alternative suivante, qui convient bien aux jeunes musiciens qui ont des difficultés de mémorisation ou qui possèdent une bonne mémoire visuelle (surtout s'ils disposent d'un piano) ; elle est basée sur l'utilisation de l'image suivante qui représente une partie du clavier d'un piano : center on convient de considérer les bémols comme des dièses « négatifs » ; on représente donc le nombre d'altérations de l'armure par un nombre N, auquel on affecte le signe moins s'il s'agit de bémols (par exemple, N vaut pour une armure à 3 bémols, et vaut pour une armure à 4 dièses) ; si ce nombre N est ou , on regarde dans l'image ci-dessus où est écrit ce nombre ; si ce nombre N est , on regarde dans l'image ci-dessus où est écrit ce nombre .

La note du clavier qui correspond à l'emplacement du nombre N ainsi trouvé indique immédiatement la tonalité majeure correspondante. Ainsi, on voit que : les nombres , , , , , , correspondent respectivement aux tonalités majeures de , , , do, ré, mi, ; les nombres , , , , , , , correspondent respectivement aux tonalités majeures de , , , fa, sol, la, si et .

En réalité, les deux méthodes sont complémentaires. La méthode traditionnelle permet d'expliquer la succession des dièses et des bémols (fa do sol ré la mi si — si mi la ré sol do fa) si on prend la peine de montrer sur le clavier chaque altération au niveau des gammes en montant ou en descendant d'une quinte. La méthode alternative permet de mieux mémoriser les changements d'armure en montant ou en descendant d'un ton.

Remarques : On notera que chacune des deux successions de notes écrites ci-dessus (, , , do, ré, mi, d'une part, et , , , fa, sol, la, si et d'autre part) forme une succession d'intervalles de seconde majeure. Ce constat évite de commettre une erreur par confusion enharmonique qui consisterait par exemple à dire que la tonalité majeure dont l'armure présente six dièses à la clé est la tonalité de majeur ! Les nombres écrits en noir dans l'image ci-dessus (au-dessus du clavier) se succèdent de 1 en 1 avec pour origine (place du zéro) un do ; les nombres écrits en bleu sont placés exactement en dessous des nombres en noir qui leur sont égaux, tandis que les nombres écrits en rouge sont décalés de six graduations par rapport aux nombres en noir qui leur sont égaux. Autrement dit, l'origine (la position du zéro) des nombres écrits en bleu dans l'image ci-dessus est située sur un des do du clavier tandis que l'origine (zéro) des nombres écrits en rouge correspond à une touche /''' qui est située exactement à égale distance de deux do successifs. Cette remarque permet, si l'on n'a plus la figure sous les yeux, de la reconstituer facilement de mémoire. Les théoriciens de la musique expliquent facilement tout ceci : il leur suffit de remarquer que quand on passe d'une tonalité donnée à celle située à la quinte supérieure, l'armure augmente d'un dièse (ou diminue d'un bémol) et que si l'on répète l'opération deux fois (deux quintes successives), on gagne deux dièses (ou l'on perd deux bémols) ; or, un intervalle formé de deux quintes est équivalent, à l'octave près, à une seconde majeure.