vignette|.Illustration provenant de (1917) par Alfred W. Pollard, abrégé de Le Morte d'Arthur de Sir Thomas Malory. Illustration d'Arthur Rackham.
La légende arthurienne, ou cycle arthurien, est un ensemble de textes écrits au Moyen Âge autour du roi Arthur, de son entourage et de la quête du Graal. C'est un thème fort de la matière de Bretagne.
Il n'existe non pas une légende arthurienne, mais plusieurs. Ceci est dû aux nombreux auteurs qui ont assemblé ces traditions au cours des siècles, depuis les premiers moines collecteurs jusqu'aux écrivains qui l'ont enrichie, comme Chrétien de Troyes ou plus récemment Xavier de Langlais. Ainsi, le nom des personnages et les circonstances de leur vie (jeunesse, hauts faits, mort) varient d'une époque à l'autre, d'un pays à l'autre. Il existe cependant une unité de lieu : le royaume de l'île de BretagneL'article « Armorique au Haut Moyen Âge » tente, rétrospectivement à ce terreau légendaire, d'identifier les faits historiques des gestes surajoutées., qui recouvre les territoires du centre, du sud et de l'ouest de la Grande-Bretagne actuelle ainsi qu'une partie non définie de la Bretagne continentale, et une unité de temps : la fin du et le début du quand les Romains viennent de quitter l'Île de Bretagne, période des grandes invasions qui précédèrent et suivirent la chute de l'empire romain d'Occident. Il ne s'agit donc pas, à l'origine, de personnages du Moyen Âge central, même si leur popularité en France a été portée par des écrivains de cette période.
Le cycle littéraire de la légende arthurienne est le plus connu des cycles de la matière de Bretagne. Il doit son succès à son statut de double récit, approché par de très nombreux auteurs depuis le . D'un côté Camelot, utopie chevaleresque, défaite par les conflits entre Arthur, Lancelot du Lac et Mordred, entre autres. De l'autre, la fabuleuse quête du Graal, entreprise par de nombreux chevaliers, dans laquelle beaucoup échouent (comme Lancelot) et de rares élus réussissent (son fils Galahad, notamment aidé de Perceval et de Bohort). Le cycle arthurien est, depuis quelques siècles, centré sur des thèmes du christianisme, tels que le péché, illustré par les actes des héros tour à tour vertueux ou malins, ou la quête de l'absolu, symbolisé par la relique suprême, le saint Graal. Les relations amoureuses, telles que celle de Lancelot et Guenièvre ou de Tristan et Iseut, comportent des éléments inspirés de l'amour courtoisOn parle peut-être un peu hâtivement de « l’amour courtois » dans les légendes arthuriennes, où l’on trouve essentiellement mise en œuvre la dimension de « l’amour chevaleresque » (cf. René Nelli: L’Érotique des Troubadours). De fait, la dimension qui pourrait s’appliquer à ce que l’on appelle depuis le , « l’amour courtois », c’est-à-dire un amour idéalisé (et non charnel), tourné vers une femme inaccessible, peut se retrouver en partie dans un seul des textes de Chrétien de Troyes : Lancelot ou le chevalier de la charrette.. Plus récemment, la tendance est d'établir le lien de ces légendes avec la mythologie celtique, surtout depuis le début du .
L’arthurianisme est la discipline qui étudie la littérature arthurienne.
Origines de la légende vignette|La Table Ronde, Évrard d'Espinques 1470 La légende arthurienne a pour source primaire la matière de Bretagne qui met en scène les Celtes britanniques, originaires des îles Britanniques (dont une partie migre en Bretagne au cours du haut Moyen Âge). Cette composante est bien sûr particulièrement visible dans les productions galloises (, etc.). Arthur y apparaît tout d’abord comme un guerrier et un chef de troupe, accédant ultérieurement au statut de roi à travers les efforts « patriotiques » des historiens (Annales Cambriae, , ) pour mettre en valeur les Bretons. Presque tous les textes les plus anciens s'inspirent de lHistoire des rois de Bretagne, récit pseudo-historique rédigé au milieu des années 1130 par Geoffroy de MonmouthMark Adderley et Alban Gautier, Les origines de la légende arthurienne : six théories, Médiévales, 59, automne 2010, mis en ligne le 20 mars 2013, consulté le 22 octobre 2020.
Les écrivains francs et ceux issus de l'Empire Plantagenêt, notamment, ont considérablement modifié la matière originelle par des ajouts issus de leur propre imagination ou d'autres traditions (comme la tradition chrétienne, par exemple). L'apport principal de ces écrivains de langue française est l'accent mis sur les valeurs chevaleresques propres à la France du nord et les références à l'amour courtois propre à la France du sud (Aliénor d'Aquitaine tenait cour à Poitiers, mais aussi à Domfront en marge de Petite Bretagne). Cela a eu pour conséquence d'atténuer considérablement ses origines celtiques et bretonnes.
Thèmes celtiques et bretons Thomas GreenThomas Green (2007b) Concepts of Arthur, Stroud: Tempus, pp 45-176 . distingue trois traitements du personnage d’Arthur dans les sources bretonnes : guerrier terrassant les menaces humaines et surnaturelles, figure folklorique au centre de légendes restées locales liées à la toponymie, chef d’une troupe comprenant peut-être d’anciens dieux celtes, doté d’une femme dont le nom la relie à l’Autre Monde où il se rend pour en rapporter des trésorsConcernant le lien de Guenièvre et des possessions d’Arthur avec l’Autre Monde, voir aussi P. K. Ford (1983) On the Significance of some Arthurian Names in Welsh, "Bulletin of the Board of Celtic Studies" (30): 268–73..
Plusieurs personnages du cycle arthurien apparaissent dans la littérature galloise comme des personnages caractéristiques de la société bretonne, chefs (Uther Pendragon, Yvain, Urien etc.) ou bardes (Merlin, plus tard renommé Merlin l'Enchanteur). D’autres ont une nature mythologique pré-chrétienne, comme la fée Morgane et la Dame du Lac, ou la femme d’Arthur portant un nom de fée. Morgane a été rapprochée de Modron qui, dans les Triades galloises, a comme elle Urien pour mari et Yvain pour fils. Uther Pendragon est, selon les Triades galloises, outre un chef de guerre, l’auteur d’enchantements.
Le thème du Graal, parallèlement à son interprétation chrétienne explicitée pour la première fois par Robert de Boron, rappelle aussi la quête du chaudron magique qui nourrit les héros ou ressuscite les guerriers morts au combat évoquée dans Preiddeu Annwn (le héros est ici Arthur) et dans la légende de Bran le Béni.
Selon Wace, le premier à la mentionner, la table ronde serait à l’origine un thème breton et pourrait selon certainsWilliam W. Kibler (1991) "Round Table." In Lacy, Norris J. (Ed.), The New Arthurian Encyclopaedia, p. 391. New York: Garland. . rappeler le cercle des guerriers autour du chef évoqué dans des mythes celtes.
Avalon, terre de félicité où est, selon Geoffroy de Monmouth, emmené Arthur après sa blessure à Camlan, a été rapproché d’Annwn ou de Caer Sidi.
Le thème du retour possible d’Arthur qui serait en dormance à Avalon ou sous un tumulus, mentionné pour la première fois par Guillaume de Malmesbury, peut être interprété comme une expression du patriotisme breton.
La magie observée dans la légende arthurienne est druidique et liée à la nature, en mettant en évidence une confrontation entre la magie blanche de Merlin et la magie noire de Morgane. Cette magie évolue par la retranscription chrétienne de l'histoire vers une observation sacrée et divine de cette magie comme avec l'exemple du Graal relique judéo-chrétienne et objet de la quête menée parles chevaliers de la table ronde.
Le « test de décapitation » auquel se soumet Caradoc le Jeune dans Le Livre de Caradoc est un motif celtique présent dans Le Festin de Bricriu (Fled Bricrend). Le thème est repris dans Sire Gauvain et le Chevalier vert.
Le roman de Littleton et de Malcor Dans leur roman De Scythie à CamelotC. Scott Littleton, Linda A. Malcor, From Scythia to Camelot, New York-Oxon, 1994 (rééd. 2000)., Covington Scott Littleton, professeur d'anthropologie à Los Angeles, et Linda Ann Malcor, docteur en folklore et mythologie, ont remis en cause l'origine celtique du cycle arthurien en imaginant une autre explication. Pour eux, le cœur de cet ensemble fut apporté entre le par des cavaliers alains et sarmates. Ces peuples barbares, enrôlés dans les légions romaines, auraient répandu leurs récits mythologiques dans les régions où ils s'étaient installés, l'Angleterre et la Gaule principalement. Ces récits se nourriraient d'un terreau commun : l'ancienne Scythie (région de steppes au sud de la Russie et de l'Ukraine actuelles), région d'origine des descendants des Alains et des Sarmates.
La thèse de Littleton et de Malcor se fonde sur trois principaux arguments : La culture des Ossètes (qui vivent aujourd'hui dans le Caucase), les cousins contemporains des Alains, possède des récits qui ressembleraient aux aventures d'Arthur et des chevaliers de la Table ronde. Il y est notamment raconté la saga du héros Batraz et de sa bande, les Narts. Dans cette histoire, il est, entre autres, question d'épée magique (Excalibur ?) et de coupe sacrée (le Graal ?). L'histoire des Sarmates et des Alains confirmerait leur rôle décisif dans la naissance du cycle arthurien. À partir du , ces peuples se sont installés, en tant que soldats de l'armée romaine, dans plusieurs régions de l'Empire Romain : le nord de l'Angleterre puis la Gaule. Or, ces régions ont vu ensuite naître la légende arthurienne. De plus, Sarmates et Alains auraient été en contact avec des événements ou des personnages inspirateurs de cette légende. Selon eux, des Sarmates d'Angleterre étaient commandés à la fin du par Lucius Artorius Castus, un officier romain qui serait le Arthur historique D'autre part, les Alains ont participé au sac de Rome en 410 avec les Wisigoths d'Alaric et auraient dérobé, à cette occasion, des objets religieux chrétiens, point de départ à la légende du Graal.
Ces thèses n'ont cependant pas la valeur d'une étude scientifique et ne sont pas reprises par les philologues, les historiens et les spécialistes de la mythologie. Elles sont en revanche l'inspiration majeure du film Le Roi Arthur d'Antoine Fuqua.
Auteurs
Auteurs du Moyen Âge () + Auteur Siècle ŒuvresTaliesinLivre de TaliesinNenniusHistoria BrittonumLifric de LlancarfanLa vie de Saint CadogGuillaume de MalmesburyChronique des rois d’AngleterreGeoffroy de MonmouthHistoria regum BritanniaeCaradoc de LlangarfanLa vie de GildasBéroulTristanMarie de FranceLai du Chevrefoil et Lai de LanvalChrétien de TroyesÉrec et Énide, Cligès ou la Fausse Morte, Lancelot ou le Chevalier de la charrette, Yvain ou le Chevalier au lion, Perceval ou le Conte du GraalRobert de BoronLe Roman de l'histoire du Graal (Joseph d'Arimathie, Merlin et Perceval en prose)Hartmann von AueÉrec, YvainThomas d'AngleterreTristan et IseutEilhart von ObergTristrantWaceLe Roman de Brut, Le Roman de RouWolfram von EschenbachParzivalRaoul de HoudencMéraugis de PortlesguezRenaut de BeaujeuLe Bel InconnuPaïen de MaisièresLa Demoiselle à la muleRustichello de PiseGyron le courtois, Meliadus de LeonnoysUlrich von ZatzikhovenLanzeletWirnt von GrafenbergWigalois, le chevalier à la roueFrère RobertLa Saga de Tristan et IseutManessierTroisième continuation du conte du GraalGuillaume Le ClercRoman de FergusLayamonBrutPearl PoetSire Gauvain et le Chevalier vertJean FroissartMéliadorGeoffrey ChaucerLes Contes de CanterburyThomas MaloryLe Morte d'Arthur
Auteurs modernes ()