Les mécanismes de défense (Abwehrmechanismen) désignent, dans la psychanalyse freudienne, des procédés inconscients employés principalement par le Moi dans différentes organisations psychiques comme les névroses.

Les travaux d'Anna Freud, fille de Sigmund Freud, sont particulièrement centrés sur ce thème. Elle est l’autrice du livre Le moi et les mécanismes de défense.

Vue d'ensemble

Définition Laplanche et Pontalis donnent des mécanismes de défense la définition suivante: ce sont J. Laplanche et J. B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Mécanismes de défenses », Paris, P.U.F., 1984, .. Ils précisent ensuite qu'.

Pour Elsa Schmid-Kitsikis, Elsa Schmid-Kitsikis, « défense (mécanismes de -) », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir.:Alain de Mijolla), Hachette, 2005,.. Quant à la définition de la « défense », lorsque le mot « défense » est pris absolument, le terme désigne pour le même auteur Elsa Schmid-Kitsikis, « défense », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir.:A. de Mijolla), Hachette, 2005,.. Chez Freud, . Selon Schmid-Kitsikis, la comme mécanisme de défense renvoie .

Élisabeth Roudinesco et Michel Plon estiment que , ..

Sigmund Freud

Freud utilise le terme « mécanisme » afin de . Les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse citent à cet effet . Le terme « mécanisme » sera freudienne. Celui de « mécanisme de défense » figure dans les essais métapsychologiques de 1915. Celui de « défense » se trouve dans Inhibition, Symptôme et Angoisse (Hemmung, Symptom und Angst, 1926) dans l'expression « méthodes de défense ».

Anna Freud Laplanche et Pontalis considèrent qu'après 1926, , Le Moi et les mécanismes de défense (Das Ich und die Abwehrmechanismen, 1936).

, disent-ils, . Laplanche et Pontalis ajoutent toutefois que dans cet ouvrage, . Anna Freud évoque aussi d'autres procédés défensifs : .

Dans le cadre de ses travaux de 1936, Anna Freud va se trouver . Roudinesco et Plon sont d'avis que , si bien que . Dans une telle perspective, ils ajoutent que le Moi, redevenu . Selon les mêmes auteurs, ainsi s'explique pourquoi . Elle a été dans les années 1950-1960 : ce dernier la dénonce comme une .

Melanie Klein et l'école kleinienne

Melanie Klein .

et les « défenses » s'apparentent à . Selon Susan Isaacs en 1952, rapporte en effet Elsa Schmid-Kitsikis, . En 1952 et 1958, Melanie Klein pour sa part .

Généralisation de la notion L' pose un certain nombre de questions théoriques. Laplanche et Pontalis évoquent entre autres celle de différences reconnues par à propos des « mécanismes de défense du moi », celle de la à ne pas négliger ce — une spécificité que Freud a rappelée dans L'Analyse finie et infinie (Die endliche und die unendliche Analyse, 1937), enfin la question que pose une centration de la théorie par rapport à la pulsion.

Mécanismes de défense présents dans le registre des névroses

Refoulement Il s'agit de l'ensemble des opérations dont la finalité est de réduire, de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger l'intégrité et la constance de l'individu bio-psychologique. Pour la psychanalyse, les mécanismes de défense — à la différence de ce qu'exposent des philosophes comme Alain ou J.-P. Sartre — ne sont pas des stratégies conscientes. Ils représentent des processus psychiques visant à défendre les dérivés des pulsions, jugées inconciliables et douloureuses pour le Moi (incluant le Surmoi et l'Idéal). Le Moi défend le fonctionnement psychique avant tout contre l'angoisse. Le sujet est ainsi inconsciemment porté à mettre en œuvre des moyens de défenses pour rendre la réalité moins menaçante en rejetant certaines représentations d'affects hors de sa conscience, c'est le modèle premier du refoulement ; les autres mécanismes, projection, clivage, etc., viennent ensuite basés sur le même principe : éviter la douleur d'une instance (Moi, Ça, Surmoi) du fait des besoins ou désirs d'un autre (l'Inconscient ou le Ça).

Sublimation La sublimation est la capacité de satisfaire la pulsion sans atteindre le but originel. Le désir sexuel peut se trouver purgé sans qu'il y ait sexualité. La sublimation est à l'œuvre dans les processus sociaux, comme l'art ou les sports. Parmi les défenses, la sublimation occupe un statut particulier, puisqu'elle ne nécessite pas de refoulement. Une pulsion consciente peut trouver une sublimation. Il ne s'agit donc pas d'une défense à proprement parler. La sublimation est l'un des quatre destins de la pulsion chez Freud. Ce n'est donc pas un mécanisme de défense du Moi à proprement parler.

Refoulement et isolation Le refoulement est le premier mécanisme décrit par Sigmund Freud, en 1895. Il s'agit d'un processus actif qui maintient hors de la conscience les représentations inacceptables. Trois niveaux sont distingués. Le premier est le refoulement originaire ; à une époque archaïque de l'histoire du sujet, ce refoulement inaugural porte sur une représentation particulièrement gênante (séduction par un adulte, images de la scène primitive…) sans que cette représentation soit consciente. Ce refoulement primaire détermine en quelque sorte l'orientation future des autres refoulements. Le second niveau est le refoulement proprement dit ; en premier lieu, le refoulement primaire attire les représentations qui lui sont proches et, ensuite, les instances de censure (le Surmoi allié au Moi) repoussent ces représentations dans l'inconscient. Le troisième et dernier niveau est le retour du refoulé ; les représentations qui ont été refoulées dans l'inconscient peuvent se lier entre elles. À l'occasion, certaines représentations, altérées ou déguisées, peuvent réapparaître dans le conscient sous la forme de rêves, de fantasmes, de lapsus, d'actes manqués, et enfin, sous la forme de symptômes signalant alors l'échec du processus de refoulement. Le fantasme peut se révéler comme un retour classique et salutaire du refoulé, nécessaire telle une soupape.

Sigmund Freud, décrit également, en 1894, pour la première fois le fonctionnement du mécanisme de défense qu'est l'isolation. Elle permet de séparer complètement la représentation de l'affect, lequel se retrouve alors libre. La représentation privée de toute association peut alors rester dans le conscient. L'isolation, ainsi que d'autres mécanismes, est à l'œuvre après l'échec d'un refoulement. À la suite de l'isolation, l'affect libéré peut être déplacé sur une autre représentation et peut par exemple conduire à la névrose hystérique par déplacement d'un affect sur le corps ou à la névrose obsessionnelle (ou névrose de contrainte) où la représentation sexuelle inconciliable avec l'instance du surmoi se fixe sur un autre objet.

Identifications L'identification est un mécanisme élaboré. Elle consiste à se reconnaître en quelqu'un d'autre, à se prendre pour lui. Néanmoins, de nombreuses identifications différentes ont été distinguées par Freud lui-même. Il existe aussi le « désir mimétique » du modèle-obstacle de René Girard qui conteste Freud sur le terrain du désir et Marx sur celui de la valeur. L'identification à l'agresseur est un mécanisme décrit par Sándor Ferenczi puis Anna Freud. Son expression la plus banale se retrouve dans les jeux enfantins : jouer au voleur, au loup, au docteur... Il s'agit d'une croyance magique où devenir celui qui fait peur permet de le neutraliser ou, en tout cas, d'essayer de maîtriser la peur qu'il inspire. Il s'agit d'une inversion des rôles. Ce mécanisme peut être plus radical et consister en une véritable incorporation de l'objet dangereux et de ses exactions.

Annulation rétroactive Dans le cas de l'annulation rétroactive, le sujet n'assume pas certaines représentations lors d'actes ou de pensées. Il va tout mettre en œuvre pour considérer que ces actes ou pensées n'ont jamais existé. C'est un mécanisme de défense très régressif car il porte non pas sur une représentation mais sur un acte même, c'est-à-dire sur la réalité. Des exemples d'annulation se retrouvent dans certains rites animistes et dans beaucoup d'activités obsessionnelles : les actes de l'obsessionnel, répétés inlassablement, ont pour objectif l'annulation d'autres actes ou pensées.

Condensation Le travail de la condensation est particulièrement apparent lors du rêve. Une seule représentation va en remplacer plusieurs autres. Elle est également à l'œuvre dans les actes manqués, les jeux de mots…

Retournement sur la personne propre Le retournement sur la personne propre est un « destin pulsionnel » au sens de Freud. Cela consiste à retourner la pulsion contre soi-même. Ce mécanisme est particulièrement visible dans le masochisme secondaire d'une névrose obsessionnelle lorsque la personne retourne contre elle-même sa propre agressivité par des auto-punitions ou des auto-mutilations. Il est également appelé agression passive.

Renversement en son contraire Le renversement en son contraire fait partie des mécanismes de défense névrotiques. Le renversement en son contraire est un autre destin pulsionnel, avec le « refoulement », « le renversement sur la personne propre » et « la sublimation ». Dans le renversement en son contraire la pulsion originelle est inversée au niveau de son but. Par exemple, le sadisme se transforme en masochisme, la rétention en expansion…

Contre-investissement Plutôt que mécanisme de défense à proprement parler, le contre-investissement est un Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de psychanalyse, .. Il aide au maintien du refoulement par l'investissement de représentations opposées à ce qui a été refoulé, ces représentations conservant cependant un lien associatif inconscient avec la représentation interdite. .

Dénégation La dénégation est le refus d'admettre une vérité. Le névrosé dira « pas du tout, au contraire », là où il se sent menacé. Freud en donne un exemple : un névrosé lui relate qu'il a rêvé d'une femme. Il dit ne plus se souvenir de l'identité de cette femme, mais être certain, en tout cas, qu'il ne s'agit pas de sa mère. Le sujet nie la représentation incestueuse, mais la révèle par le fait même de la nier. Il ne faut pas confondre déni et dénégation.

Formations La formation réactionnelle amène le sujet à se conduire à l'inverse de ce qu'il désire. La représentation d'un désir frappé d'interdit se trouve refoulé dans l'inconscient. Selon le principe de plaisir, il existe donc un manque que le Moi va essayer de compenser. Le Moi va substituer à cette représentation initiale d'un désir une autre représentation qui va discrètement, par des associations d'idées, évoquer le désir initial.

La formation de compromis constitue elle aussi un mode de retour du refoulé, mais ce dernier sera suffisamment déformé pour ne pas être reconnu. Il y aura compromission entre les désirs inconscients et les interdictions. Ce mécanisme est particulièrement apparent dans les rêves ou dans certains symptômes (le besoin systématique d'un objet contra-phobique).

Régression Face à certaines relations conflictuelles, le sujet cherche à résoudre le conflit en revenant à un stade précoce. Sa libido va retourner à un stade où elle avait trouvé une gratification.

Autres mécanismes non spécifiquement névrotiques

Projection La projection consiste à attribuer à autrui ses propres motifs, émotions, idées ou pulsions inacceptables. La projection n'est pas présente uniquement dans les psychoses mais aussi dans toutes les formes de la névrose. Ainsi le phobique projette son angoisse sur un objet extérieur (objet phobique) ; l'hystérique projette son angoisse sur une partie de son corps (conversion) ; et l'obsessionnel projette son angoisse sur des pensées substitutives.

Clivage du Moi