Savinien de Cyrano, dit de BergeracQuand Savinien a adopté ce titre de noblesse, le fief de Bergerac, situé dans la vallée de Chevreuse, n'appartenait plus à sa famille, mais il n'en a pas moins continué à le revendiquer pour s'attribuer des origines gasconnes., est un écrivain français, né à Paris, rue des Deux-Portes, baptisé le en l'église Saint-Sauveur et mort à Sannois le .

Auteur d'une œuvre audacieuse et novatrice, qui l'inscrit dans le courant libertin de la première moitié du , il est surtout connu aujourd'hui du grand public pour avoir inspiré en 1897 à Edmond Rostand son drame romantique de Cyrano de Bergerac, qui, tout en reprenant des éléments de la biographie du poète, s’en écarte par de nombreux aspects.

Par-delà la renommée de la pièce de Rostand, on assiste, depuis la fin des années 1970, à un renouveau des études autour de Cyrano et de son œuvre, auxquels ont été consacrés, en France et à l'étranger, une foison de thèses, articles, biographies et essais.

Ses deux relations de voyage — Les États et empires de la Lune et Les États et empires du Soleil — figurent parmi les premières œuvres de science-fiction.

Biographie Sources La brève existence de Cyrano est relativement peu documentée. Certains chapitres essentiels n’en sont connus que par la préface de l’Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac, contenant les Estats et empires de la Lune, publiée vingt mois après sa mort. Sans Henry Le Bret, ami de l'auteur, qui en rédigea les quelques pages de nature biographique, nous ne saurions rien de l’enfance campagnarde du libertin, de son engagement militaire, des blessures qu’il lui occasionna, de ses prouesses de bretteur, des circonstances de sa mort, ni de sa prétendue conversion finale.

Depuis qu’en 1872, Auguste Jal a fait connaître que le « sieur de Bergerac » était parisien et non gascon, les recherches menées dans les registres paroissiaux et les actes notariés par un petit nombre de chercheurs, et au premier chef par Madeleine Alcover (1938-2014), professeur émérite à la Rice University de Houston, ont permis d’en savoir plus sur sa généalogie, son milieu familial, ses domiciles parisiens et certains de ses amis, mais aucun document nouveau n’est venu corroborer ou infirmer les points essentiels du récit de Le Bret, ni en combler les principales lacunes. Aussi ne saurait-on trop se méfier des amplifications paraphrastiques et romanesques auxquelles il a donné lieuVoir ce qu'écrit Madeleine Alcover, au seuil de la : .

Familles Savinien de Cyrano est le fils d'Abel de Cyrano, sieur de Mauvières, (156?-1648), avocat au parlement de Paris, et d'Espérance Bellanger (1586-164?), « fille de défunt noble homme Estienne Bellanger, Conseiller du Roy et Trésorier de ses Finances ».

Ascendants alt= Savinien I de Cirano, vendeur de poisson de mer|left|vignette|280x280px|Savinien de Cirano, vendeur de poisson de mer. Le grand-père paternel, Savinien de Cyrano (15??-1590), est né probablement dans une famille de notables sénonais (de SensSaint Savinien est le nom du premier archevêque de Sens. Voici ce que Cyrano de Bergerac pouvait lire en 1629, dans L’Idée des bons prélats et la vie de saint Savinian, primat et premier archevêque de Sens et de ses saints compagnons, par le R.P. Étienne Binet, de la Compagnie de Jésus : « On devrait bien marquer dans les annales de la France en lettres de fin or et de diamants le jour fortuné de l’arrivée en France de ce nouveau soleil. Car y portant les premiers rayons de l’aurore du paradis et le soleil oriental de la foi, il se peut dire, et il est vrai, que S. Savinian fut le premier qui porta la lumière qui chassa les ténèbres de cet enfer idolâtre, pour rendre la France un paradis de délices et de bonheur. Ce fut donc à peu près en l’an 46 de Jésus-Christ qu’il arriva en France avec saint Potentian. », en Champagne). Il liquide son héritage foncier situé en la paroisse Saint-Hilaire de Sens en 1578, paroisse qui est aussi celle des Coypeau (Dassoucy) et voisine de celle de la belle-mère du comédien MontfleuryÉtienne Meunier, "Mémoires de maisons : histoire de trois logis de la place du Marché au Blé", Bulletin de la Société Archéologique de Sens, nouvelle série, volume 3, 1998-1999 (2002), pp. 83 à 134. Le plus lointain ancêtre, Mahyet Cirano, était bourrelier à Sens en 1498. Le père de Savinien I, marchand à Paris, époux de Jehanne Ratier, était Pierre Cirano, procureur au bailliage de Sens, époux de Perrenelle Tramblay.. La documentation le qualifie successivement de « marchand et bourgeois de Paris » (), de « vendeur de poisson de mer pour le Roy » dans plusieurs autres documents des années suivantes, enfin de « conseiller du Roi, maison et couronne de France » (). Le , à Paris, il a épousé Anne Le Maire, fille d'Estienne Le Maire et de Perrette Cardon, qui mourra en 1616. On leur connaît quatre enfants : Abel, père de l'écrivain, Samuel (15??-1646), Pierre (15??-1626) et Anne (15??-1652).

Du grand-père maternel, Estienne Bellanger, « contrôleur des finances en la recette générale de Paris », et de son ascendance, on ignore à peu près tout.

On connaît mieux la famille de sa femme, Catherine Millet : son père, Guillaume II Millet, sieur des Caves, était secrétaire des finances du roi ; son grand-père, Guillaume Millet (149 ?-1563), licencié en médecine en 1518, médecin ordinaire de trois rois successifs (, Henri et François ), avait épousé Catherine Valeton, fille d'un receveur des fouages de Nantes, Audebert Valeton, lequel, accusé de complicité dans l'Affaire des Placards, fut « brûlé vif du bois pris en sa maison » , le , au carrefour de la Croix-du-Trahoir, devant la maison du « Pavillon des singes », où Jean-Baptiste Poquelin, futur Molière, devait voir le jour près d'un siècle plus tard.

Parents Espérance Bellanger et Abel I de Cyrano se sont mariés le à l'église Saint-Gervais de Paris. Elle avait au moins vingt-six ansElle avait été baptisée le 11 juin 1586 à l'église Saint-Gervais., lui environ quarante-cinqLe compte des exécuteurs testamentaires porte que, quelques jours avant sa mort, en janvier 1648, Abel de Cyrano se dit « âgé de plus de quatre-vingts ans ». Il serait donc né avant 1568.. Leur contrat de mariage, signé le précédent à l'hôtel de Maître Denis Feydeau, conseiller, secrétaire et notaire du roi, cousin issu de germain de la mariée, a été publié en 2000 seulement par Madeleine Alcover, qui étudie avec minutie le parcours social des témoins signataires (et plus particulièrement leurs liens avec les milieux dévots) et note que nombre d'entre eux « ont atteint les sphères de la grande finance, de la grande noblesse de robe, de l'aristocratie (y compris celle de Cour) et même de la noblesse d'épée ».

La bibliothèque d'Abel En 1911, Jean Lemoine a fait connaître l'inventaire des biens du mariéReproduit dans . Sa bibliothèque, relativement peu fournie (126 volumes inventoriés), témoigne d'une formation de juriste et d'une curiosité très ouverte : goût des langues et des littératures anciennes, lecture des grands humanistes de la Renaissance (Érasme, Rabelais, Juan Luis Vivès), pratique de l'italien, intérêt pour les sciences.

Côté religion, on relève la présence de deux Bibles, d'un Nouveau testament italien et des Oraisons de saint Basile en grec, mais aucun ouvrage de piété. On ne trouve, du reste, aucun objet de cette nature (gravure, tableau, statue, crucifix) parmi les autres biens inventoriés, mais, en revanche, « douze petits tableaux de portraits de dieux et déesses » et « quatre figures en cire : l'une de Vénus et Cupidon, une autre d'une tireuse d'épine, une d'un flûteux et une d'une femme nue, honteuse » .

Enfin, on note la présence de plusieurs œuvres de protestants notoires : les Discours politiques et militaires de François de la Noue, deux volumes de George Buchanan, la Dialectique de Pierre de La Ramée, l’Alphabet de plusieurs sortes de lettres de Pierre Hamon et La Vérité de la religion chrétienne, de Philippe Duplessis-Mornay, présence qui confirme qu'Abel a vécu ses années de jeunesse dans un milieu huguenot.

Fratrie Espérance et Abel auront au moins six enfants : Denis, tenu sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache, le , par Anne Le Maire, sa grand-mère, et Denis Feydeau, financier. Il fera des études de théologie à la Sorbonne et mourra dans les années 1640 ; Antoine, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le , par sa tante paternelle, Anne Cyrano, et un parrain qui n'est pas nommé dans le baptistaire relevé par Auguste Jal, mais qui pourrait bien être le financier Antoine Feydeau (1573-1628), frère cadet de Denis. Mort en bas âge ; Honoré, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le , par Honoré Barentin, trésorier des parties casuelles, et une marraine non nommée. Mort en bas âge ; Savinien (1619-1655), qui fait l'objet de cet article ; Abel , né vers 1624Dans deux documents de janvier et concernant la succession d'Abel de Cyrano, Abel est dit « émancipé d'âge, procédant sous l'autorité de Savinien dudit Cyrano, son frère et curateur »., qui reprendra le titre de « sieur de Mauvières », après la mort de son père en 1648 ; Catherine, dont on ignore la date de naissance et qui sera religieuse au couvent des Filles de la Croix, rue de Charonne.

Enfance et adolescence Baptême, parrain et marraine À l'historien Auguste Jal revient le mérite d'avoir découvert, dans les années 1860, l'acte de baptême du prétendu Gascon :

Savinien a des parents âgés : Espérance Bellanger est dans sa trente-quatrième année, Abel de Cyrano a environ cinquante-deux ans. À titre de comparaison, le futur Molière, qui naîtra trois ans plus tard, grandira sous l'autorité d'un père âgé de au moment de sa naissance.

Le patronyme du parrain, Fanny, n’apparaissant nulle part dans l’étude très complète que le comte Henry Coustant d’Yanville a publiée en 1875 sur La Chambre des comptes de Paris (il n’apparaît, du reste, dans aucun document français du ), le généalogiste Oscar de Poli suggérait, en 1898, qu’il devait s’agir d’une erreur de transcription et proposait de lire Lamy. Un Antoine Lamy a en effet été reçu auditeur des comptes le , un an avant Pierre de Maupeou, cousin d'Espérance Bellanger, gendre de Denis Feydeau et témoin en 1612 au mariage des parents de Savinien. Sa femme, Catherine Vigor, collaboratrice de Vincent de Paul, sera présidente de la Confrérie de la Charité de Gentilly, ville dans laquelle les deux époux fonderont une mission en 1634. Elle pourrait bien être la marraine de Catherine de Cyrano.

Marie Feydeau, commère d'Antoine Fanny ou Lamy, est la sœur de Denis et Antoine Feydeau, et l'épouse de Louis (ou Loys) Perrot (15??-1625), lequel, outre ses titres de « conseiller et secrétaire du roi », a également celui d’« interprète du roi en langues étrangères ».

Mauvières et Bergerac vignette|La Vallée de Chevreuse en 1701. On distingue Sous-Forêt et Mauvières à l'ouest de Chevreuse, sur les bords de l'Yvette.|left|360x360pxEn 1622, Abel de Cyrano quitte Paris avec sa famille et part s'installer sur ses terres de Mauvières et de Bergerac., dans la vallée de Chevreuse, qui lui sont advenues en partage après la mort de sa mère, en 1616.

Ces fiefs, situés sur les bords de l'Yvette, paroisse de Saint-Forget, Savinien I de Cyrano les avait achetés, quarante années plus tôt, à Thomas de Fortboys, qui les avait lui-même achetés, en 1576, au sieur Dauphin de Bergerac (ou Bergerat), dont les ancêtres les détenaient depuis plus d'un siècle.