L'autobiographie () est un genre littéraire et artistique. Son étymologie grecque définit le fait d'écrire (graphè, graphie) sur sa propre vie ( et ). Au sens large l'autobiographie se caractérise donc par une identification entre l'auteur, le narrateur et le personnage principal du récit. Le mot est assez récent, il n'est fabriqué qu'au début du (1815 en anglais, 1832 pour l'adjectif et 1842 pour le substantif en français). L'approche actuelle parle dans ce cas plutôt de « genre autobiographique », réservant à « autobiographie » un sens plus étroit qu'a établi l'universitaire Philippe Lejeune dans les années 1970.

Historique du mot vignette|Manuscrit médiéval des Confessions de Saint Augustin. Le mot « autobiographie » est venu trop tard pour s'imposer d'emblée et absorber d'autres dénominations qui existaient avant lui et ont continué leur chemin après sa naissance. Une certaine confusion a présidé à son apparition, qui s'est faite par étapes successives, avec des refus, des réticences, des hésitations.

Il semble qu'il ait d'abord été employé en Allemagne à la fin du Georg Mish, A History of Autobiography in Antiquity, traduit pas E. W. Dickes, Londres, Routledge and Kegan Paul Ltd, 1950, .. , avec un trait d'union, s'est trouvé ensuite repris par des critiques anglais en 1797 sous la même forme : . Cependant, l'allure compliquée du mot composé ne plaisait pas à tout le monde, l'association d'une racine saxonne à une composition d'origine grecque paraissant pédanteWilliam Taylor, Monthly Review, Londres, décembre 1797, , ..

Pourtant, en 1809, l'un des grands poètes romantiques anglais, Robert Southey, l'utilise dans un article publié par le The Quarterly Review, toujours avec le trait d'union. Puis, après une éclipse de vingt années, il réapparaît dans l'une des plus célèbres revues littéraires de Londres, le Blackwood's Magazine, cette fois sous la forme qu'on lui connaît aujourd'hui, avec ses trois composantes sémantiquement grecques : The Autobiography of Timothy Tell et The Autobiography of Mansie Wauch, Tailor, Blackwood's Magazine, Londres, n° XII-XIII et XVII-XIX. À de nombreuses reprises cependant, le trait d'union revient sous la plume des spécialistes, jusque dans les années 1860, témoignant des balbutiements de la typologie : H. G. Wells, en 1934, hésite encore ; le titre de son ouvrage est , mais l'adjectif reste . Il faut attendre le pour que s'impose « autobiographie », encore que certains auteurs ne font guère de différence entre les termes : en 1928, André Maurois consacre un chapitre à l'autobiographie, mais à l'intérieur d'un livre intitulé Aspects de la biographie. Sans doute a-t-on longtemps pensé que l'autobiographie constituait un sous-genre de la biographie : on pense aujourd'hui qu'il s'agit de deux genres différents.

En France, le mot autobiographie apparaît en 1842Dictionnaire Le Petit Robert..

Définition vignette|Marie Bashkirtseff, Autoportrait à la palette, 1880. L'analyse littéraire moderne s'accorde à définir avec lui l'autobiographie comme

Cependant, il convient de faire quelques réserves sur l'exigence de la prose, sur laquelle Philippe Lejeune est lui-même revenu. Nombre de véritables autobiographies, en effet, ont été rédigées en vers. L'une des plus célèbres et des plus réussies est () de William Wordsworth.

On établit ainsi une distinction avec les mémoires qui mettent l'accent sur le contexte historique de la vie de l'auteur, en donnant souvent en exemple les Mémoires du cardinal de Retz ou ceux de Saint-Simon. Furetière, dès le , définissait les mémoires comme (Dictionnaire universel, 1684). Dans les mémoires les écrivains racontent leur vie publique, dans leur autobiographie, ils racontent leur vie individuelle, « l’histoire de [leur] personnalité » (Lejeune, autobiographique), leur intimité.

Philippe Lejeune précise sa définition en incluant la caractéristique de « récit rétrospectif » , ce qui distingue l’autobiographie du journal/journal intime (Catherine Pozzi, Journal 1913-1934) ou de la correspondance (Correspondance 1918-1951, Jean Paulhan ; André Gide) dont l’écriture est concomitante des faits vécus. L’autobiographie où l’auteur est à la fois dans la confidence, parfois la justification, et dans la recherche de soi, constitue toujours une reconstruction rétrospective ce qui la différencie des textes parcellaires à contenu autobiographique comme les recueils de poèmes lyriques.

Un autre point déterminant est la sincérité du propos : implicitement, l'auteur conclut un « pacte » avec le lecteur en utilisant la catégorie « autobiographie », il peut aussi préciser son intention dans une préface comme Jean-Jacques Rousseau pour . La frontière est parfois floue avec le genre du roman comme pour le roman autobiographique (Benjamin Constant, Adolphe, 1816) ou l'autofiction moderne (Annie Ernaux, Passion simple, 1991) et ses précurseurs de l'autofiction (Colette, Louis-Ferdinand Céline, Jean Genet…) qui se réclament de la fiction par des intitulés comme récit, roman ou simplement par l'absence du mot « autobiographie », qui rejettent le pacte autobiographique. Ce pacte autobiographique n'est d'ailleurs pas accepté par tous, la prétendue sincérité paraissant impossible : que l'auteur se mente à lui-même, voire qu'il essaie de tromper son lecteur est, pour qui sait lire un texte, tout aussi révélateur d'un être qu'une relation affichée comme de simple bonne foi.

Quoi qu'il en soit, l'autobiographie ainsi définie constitue donc une forme particulière de « l'écriture de soi » et des « récits de vie », un genre littéraire de l'époque moderne que l'on s'accorde à faire naître avec de Jean-Jacques Rousseau dans la deuxième partie du et qui s'épanouit avec l'époque romantique (Chateaubriand, George Sand, Musset) jusqu'à nos jours, en particulier avec les récits d'enfance grand public (Marcel Pagnol, Robert Sabatier) et les souvenirs réécrits (Philippe Noiret, Mémoire cavalière). Cependant les œuvres les plus intéressantes sont celles qui ont été renouvelées par l'apport de la psychanalyse (Michel Leiris, L’Âge d’homme ; Sartre, Les Mots), par les recherches formelles (Colette, Sido ; Jean Giono, Jean le Bleu), et par le questionnement du genre (l’œuvre de Colette dans son ensemble ; Nathalie Sarraute, Enfance ; Georges Perec, W ou le Souvenir d'enfance ; André Malraux, Antimémoires).

Histoire L'autobiographie au sens précis du terme a mis beaucoup de temps à s’imposer, même si l’on peut trouver de nombreuses œuvres anciennes qui s’y apparentent.

Le Proche-Orient ancien fournit ainsi quelques exemples de textes qui relèvent du genre autobiographique : il s’agit notamment de l’Apologie de , qui présente le roi hittite éponyme racontant, à la première personne, son parcours de la naissance à l’accession au trône, ou encore de l’Édit de Télépinu, où le roi hittite Télépinu se décrit comme un souverain restaurateur. Ces textes ont néanmoins une portée politique et propagandiste évidente qui les éloigne de l’autobiographie au sens moderne du terme : ils n’ont pas pour visée d’offrir au lecteur un aperçu sur la vie intime du roi, mais seulement de lui imposer une interprétation unilatérale de faits publics, connus de tous. Dans le cas de l’Apologie de , le récit autobiographique sert à justifier l’usurpation du trône par Hattusili.

L’Antiquité gréco-latine offre de nombreux textes autobiographiques qui relèvent davantage du genre des mémoires que de l’autobiographie intime : on peut citer par exemple l’Anabase de Xénophon, dans laquelle celui-ci raconte l’expédition des à laquelle il a participé et où il parle de lui-même à la troisième personne ; procédé imité par Jules César dans les récits des guerres qu’il a menées, en particulier dans des Gaules, ou encore Flavius Josèphe ou Libanios dont certaines textes ont été très tardivement intitulés « Autobiographie ».

La littérature des premiers siècles chrétiens, animée par la pratique religieuse de l’aveu des fautes et le désir de proposer des modèles de vies sauvées, produit au les Confessions de saint Augustin. Cependant l’œuvre ne correspond pas exactement aux critères de l’autobiographie : en effet, bien qu’elle soit l’une des premières œuvres d’introspection, les Confessions d’Augustin n’ont pas pour but de mettre l’accent sur la singularité individuelle de l’auteur, mais au contraire de présenter sa vie comme un cheminement intellectuel et spirituel caractéristique de la condition humaine en général ; elles s’inscrivent de plus dans une démarche religieuse visant à convaincre le lecteur de l’importance de la rédemption.

Le genre autobiographique naît avec la littérature moderne au Bas Moyen Âge comme un acte de critique sociale et d'affirmation de la liberté du sujet avec le ou Ma vie ou les chants à une voix de Guibert de Nogent en 1115 suivi en 1132 par l’ ou Récit de mes malheurs d'Abélard, deux auteurs inspirés par l'augustinisme qui préfigurent la révolution humaniste, mais la réforme grégorienne a tôt fait de reléguer les récits à la langue vulgaire et au registre de cour.

Au cours du XIIIe siècle, le roi Jacme, dit Jacques Ier (roi d'Aragon) ou Jaume I ou Jaime I (1208-1276), dicta ses mémoires en langue catalane, le Llibre dels fets qui a été de multiples fois transcrit et édité, dont deux éditions récentes de sa traduction en français.

Il faut attendre Dante et Pétrarque pour lire de nouveau une littérature qui, sans être autobiographique, ose du moins mettre en avant une expérience personnelle et s'exprimer à la première personne.

À la Renaissance, la littérature britannique, quant à elle, présente, à partir du et tout particulièrement au , nombre de récits personnels, le plus souvent d’inspiration religieuse, catholiques mais surtout protestants, dont les principaux ont été répertoriés et analysésVoir Robert Ferrieux et Elisabeth Soubrenie in Robert Ferrieux, La Littérature autobiographique en Grande-Bretagne et en Irlande, ouvrage collectif, Paris, Ellipses, 2001, , chapitres , et .. Une œuvre originale est l’autobiographie vestimentaire du banquier Matthäus Schwarz..

vignette|Michel de Montaigne. Au , avec l’humanisme, le genre s’affirme grâce à l’intérêt centré sur l’individu. On le voit avec Montaigne et ses Essais. Les resteront cependant comme les siècles des grands mémorialistes français (Blaise de Montluc, cardinal de Retz, duc de Saint-Simon).

C’est plus tard, dans la seconde partie du , que Rousseau écrit avec , la première véritable autobiographie au sens moderne du terme, c’est-à-dire un genre qui se définit, certes, par l’identité revendiquée du narrateur et de l’auteur représenté par un « je » unique, mais aussi par une reconstruction du passé qui la différencie du journal intime, genre auquel les Essais de Montaigne se rattachent davantage.

À la suite de Rousseau, le porté par l’esthétique romantique met au premier plan le « moi » individuel et les « récits de vie » connaissent un véritable engouement, et nombre d’auteurs vont écrire leur autobiographie, tels Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe) et Stendhal (Vie de Henri Brulard).

Au , l’autobiographie change de nature avec le développement des sciences humaines : psychanalyse, sociologie et ethnologie y marquent un tournant, notamment avec l’apparition de la notion d’inconscient. L’autobiographie s’intériorise et la justification sociale s’estompe au profit d’une difficile quête de soi.

Caractéristiques du genre Selon Philippe Lejeune, on trouve derrière l’autobiographie un « pacte » conclu entre le lecteur et l’auteur : l’autobiographe prend un engagement de sincérité et, en retour, attend du lecteur qu’il le croie sur parole. C’est le « pacte autobiographique ». L’auteur doit raconter la vérité, se montrant tel qu’il est, quitte à se ridiculiser ou à exposer publiquement ses défauts. Seul le problème de la mémoire peut aller à l’encontre de ce pacte.