Joseph Kabila, né le à Hewa Bora II dans le territoire de Fizi (province du Sud-Kivu), est un homme d'État kino-congolais. Il est président de la république démocratique du Congo du au et sénateur à vie depuis le .

Fils du président Laurent-Désiré Kabila, il succède à celui-ci après son assassinat, le , au cours de la deuxième guerre du Congo. Joseph Kabila est le plus jeune chef de l'État kino-congolais. Il est à la tête de l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) et crée en 2002 le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Il se maintient au pouvoir après l'accord global et inclusif de Pretoria ayant mis fin à la guerre en 2003 en tant que président du nouveau gouvernement de transition.

Il est crédité d'avoir mis fin à la deuxième guerre du Congo et d'avoir rétabli la stabilité dans la majorité du pays, bien qu'un conflit armé continue encore à ce jour dans l'est du pays contre des rebelles soutenus par le Rwanda. La taille de l'économie congolaise est multipliée par un facteur cinq au cours de sa présidence, mais le taux de croissance ralentit au cours de ses dernières années en pouvoir et le pays fait face à des difficultés économiques. La distribution des richesses issues de la croissance économique s'avère très inégale ; à son départ de la présidence, la majorité de la population vivait toujours sous le seuil de la pauvreté. Il est également reconnu pour avoir mené un régime autoritaire responsable de détournements de fonds généralisés, une corruption endémique et de nombreuses violations des droits de l'homme.

En 2006, il est élu au second tour de l'élection présidentielle. Il est réélu en 2011 tandis que son principal adversaire, Étienne Tshisekedi, conteste les résultats. En 2016, alors qu'il ne peut se représenter pour un troisième mandat, il ajourne sine die l'élection présidentielle qui devait avoir lieu, provoquant une crise politique.

Félix Tshisekedi lui succède en 2019, établissant la première alternance pacifique dans l'histoire du pays. Les conditions dans lesquelles se déroule cette alternance sont cependant très controversées en raison de forts soupçons de fraude électorale pesant sur l'élection présidentielle de 2018. L'ancien président Kabila est suspecté de vouloir continuer à diriger le pays dans l'ombre jusqu'à la rupture de l'alliance entre Kabila et Félix Tshisekedi en . Il occupe depuis les fonctions de sénateur à vie.

Depuis fin 2023, Joseph Kabila est au cœur de tensions politiques. Il est accusé par le gouvernement congolais et Félix Tshisekedi de soutenir l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), une coalition politico-militaire qui a pris le contrôle d'une partie de l'est de la RDC. Son parti est suspendu, la saisie de ses biens est ordonnée, et le , son immunité est levée, l'exposant à des poursuites judiciaires.

Fin , il se rend à Goma, la capitale du Nord-Kivu, une ville sous contrôle du M23, où il rencontre des leaders locaux et religieux, en présence d'un porte parole du M23. Accusé de « crime de guerre » et « trahison » par le pouvoir en place à Kinshasa pour sa proximité avec le M23, il est jugé par un tribunal militaire et condamné à mort par contumace en . Ce jugement est critiqué par plusieurs diplomates. En , Joseph Kabila est sanctionné par l'Office of Foreign Assets Control du département du Trésor des États-Unis et placé sur sa Specially Designated Nationals and Blocked Persons List.

Jeunesse et formation

D'après sa biographie présidentielle, Joseph Kabila Kabange est né le à Hewa Bora II. dans la région du Fizi (Sud-Kivu). Il a une sœur jumelle, Jaynet.

Sous le régime de Mobutu, il est en exil en Tanzanie où il se fait appeler, pour des raisons de sécurité liée à sa clandestinité, Hippolyte Kanambe Mtwale« Les Quatre premiers présidents du Congo », par Célestin Kabuya Lumuna Sando, , information reprise dans l'article « Pierre Yambuya déballe Joseph Kabila, mais… » sur Congo indépendant ainsi que par Éric Kennes dans « Kabila et la révolution congolaise, panafricanisme ou néocolonialisme ? », repris par « Coups de projecteur sur Laurent-Désiré Kabila », Le Soir, 9 janvier 2004.. Il est inscrit à l’école française de Dar es Salaam. Il s’occupe également des pêcheries que son père possédait alors sur le lac Tanganyika. En , il rejoint ce dernier, lors de la première guerre du Congo et est formé au métier des armes par le chef d’état-major de l’armée rwandaise, James Kabarebe. Il devient major-général.

En 1998, alors que son père est président, il a tenté d’arrêter la guerre civile et fait retirer, avec succès, les troupes étrangères stationnées dans le pays. Il participe cependant à la bataille de Pweto en .

Il fréquente la faculté de droit de l'université Makerere.

Congolité et identité de Joseph Kabila Il y a une polémique populaire sur la naissance de Joseph Kabila, ses détracteurs affirmant qu'il serait le fils de Laurent-Désiré Kabila et d'une femme tutsie, Marcelline Mukambukuje (ce qui était mal vu durant et peu après la deuxième guerre du Congo), ou même d'autres origines. Quelques jours avant qu'il ne devienne président en 2006, le gouvernement avait révélé que sa mère était une Congolaise du Maniema, Sifa Mahanya. Par la suite l'opposition présente Étienne Kabila qui se déclare aussi fils de Laurent-Désiré Kabila et qui affirme que Joseph Kabila est le fils d'un ancien opposant rwando-tanzanien, Christophe Adrien Kanambe, et de Marcelline Mukambukuje, résidant en Ouganda. Selon lui, il a été adopté par Laurent-Désiré Kabila après la mort de son père..

Le gouvernement publie plus tard des photos de famille ainsi qu’un témoignage de Sifa Mahanya affirmant son identité officielle.

En 2001, Erik Kennes, dans sa biographie de Laurent-Désiré Kabila, retrace l’enfance de Joseph Kabila, montre que celui-ci est le fils de Kabila et Sifa Mahanya, donne le nom de l’accoucheuse des jumeaux Kabila et explique que Joseph Kabila dut aller à l’école française sous le nom d’Hippolite Kabange Mtwale pour des raisons de sécuritéColette Braeckman, « Coups de projecteur sur Laurent-Désiré Kabila « Essai biographique sur Laurent-Désiré Kabila », Erik Kennes (en collaboration avec Munkana N'Ge) « Kabila et la révolution congolaise, panafricanisme ou néocolonialisme ? », tome 1, Ludo Martens « République démocratique du Congo, guerres sans frontières, de Joseph-Désiré Mobutu à Joseph Kabila », Olivier Lanotte », Le Soir, 9 janvier 2004.. Pour Ludo Martens, ancien président du PTB, ce livre met fin à la polémique relative à l’origine de Joseph et de Jaynet Kabila, mais a quelques lacunes« La Grande Biographie Imaginaire de Laurent Désiré Kabila », La Conscience, 29 mars 2004.. En 2006, dans un entretien pour Le Soir, Sifa Mahanya contredit certains des faits décrits par Kennes dans son livre« Les demi-vérités de Mama Sifa Mahanya », Congoindependant.com, 9 juin 2006. (copie sur Afriquechos.ch)..

Président de la République

Transition (2001-2006)

En 2001, à la suite de l'assassinat de son père, Joseph Kabila est désigné par l'entourage de ce dernier pour tenir la présidence de la république démocratique du CongoTanguy Berthemet, « Joseph Kabila, le président silencieux », Le Figaro, vendredi 23 décembre 2016, page 8..

thumb|left|Le palais de la Nation, résidence officielle du président de la république démocratique du Congo.

À la suite d'un accord de paix, le dialogue inter-congolais, qui met fin à la deuxième guerre du Congo, un gouvernement de transition est mis en place en 2003 et comporte les chefs des deux principaux groupes rebelles qui deviennent ainsi vice-présidents. Cette transition, prévue pour durer deux ans, devait déboucher sur des élections avant la fin de l'année 2005. En fait, les retards dans l'exécution la repoussent jusqu'à fin 2006.

En , il effectue un voyage officiel en Belgique. Il présente son pays aux investisseurs européens« Kabila rencontre des hommes d'affaires », RTBF, 9 février 2004.. Lors de son allocution au Sénat belge, il déclare : « L'histoire de la République démocratique du Congo, c'est aussi celle des Belges, missionnaires, fonctionnaires et entrepreneurs qui crurent au rêve du Roi Léopold II de bâtir, au centre de l'Afrique, un État. Nous voulons rendre hommage à la mémoire de tous ces pionniers« Le président Joseph Kabila au Sénat belge : « Un appel pathétique pour un plan de développement pour le Congo » », 18 février 2004.. » Cette prise de position lui a été reprochée et ses propos qualifiés de « révisionnistes ».

Le , des supporters de l'ancien président Mobutu Sese Seko tentent en vain de renverser Joseph Kabila par un coup d'État..

Depuis son arrivée au pouvoir, Joseph Kabila doit faire face à des guerres répétées dans l'Est du Congo, où des forces rebelles internes ou appuyées par des gouvernements voisins (Ouganda, Rwanda) tentent de déstabiliser le pays par la violence, le crime, le pillage des ressources. Néanmoins ces rebelles sont aussi motivés par autre chose que l'appât du gain et le contrôle des mines d'or et de diamant : les anciens génocidaires hutus se réarment au Congo et mènent des raids militaires au Burundi. Le Rwanda, comme le Burundi, qui souhaitent entrer dans une période de calme dans la région des Grands Lacs, pourchassent les miliciens interahamwe dans l'Est de la RDC.

La famille de Joseph Kabila reçoit de dollars américains de l’État congolais, comme dommages et intérêts pour le meurtre de sa tante Espérance Kabila par le colonel Mwamba Takiriri.

Premier mandat (2006-2011)

Joseph Kabila s'est présenté à l'élection présidentielle du Congo en 2006. Il a été accusé par ses opposants de ne pas être Congolais mais Tanzanien (tantôt Rwandais). Ces arguments qui n'ont aucun fondement historique n'ont pas été considérés comme recevables par la Cour suprême congolaise. Des combats à l'arme lourde ont aussi eu lieu dans Kinshasa contre son rival du second tour, Jean-Pierre Bemba.

Pour la campagne Joseph Kabila fait appel à une compagnie de relations publiques basée à Washington, D.C., Stevens & Schriefer Group, qui s'était précédemment occupé de deux campagnes électorales de George W. BushThe Economist, 8 juillet 2006, Vol. 380, numéro 8485 ; , London..

Deuxième mandat (2011-2016)

En 2011, Joseph Kabila est proclamé vainqueur de l'élection présidentielle de 2011 par la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Le processus électoral est considéré comme entaché d'irrégularités et non crédible par certaines organisations internationales, dont le Carter Center et la Mission d'observation des élections de l'Union européenne.

Le , les autorités de la république démocratique du Congo annoncent avoir déjoué un complot visant à assassiner le président Joseph Kabila et à renverser le gouvernement.

vignette|redresse|Kabila en 2014.

Le , Kabila félicite Donald Trump pour sa victoire à l'élection présidentielle américaine de 2016. Il dit également exprimer sa disponibilité « à œuvrer avec le président élu à l’affermissement des relations d’amitié et de coopération qui existent fort heureusement entre la république démocratique du Congo et les États-Unis »..

Bilan économique Son bilan est en demi-teinte. En effet, lorsqu'il arrive au pouvoir en 2001, le pays était surendetté, avec 150 % du PIB. De nos jours, elle n'est plus qu'à 17 %. Cependant, à part la gestion de la dette, les résultats sont plus que décevants : le PIB n'augmente que de , la croissance, bien que positive durant la plupart de son mandat, fluctue d'une année sur l'autre, le pays étant en récession depuis 2016. Le chômage de 16 % en 2001 baisse à 11 % et le président Kabila ne parvient pas à régler le déficit, qui est toujours de 5 %.

À la fin de son dernier mandat, le Congo est classé pays sur 200 sur l'indice de développement humain. La misère y est très grande, alors que les riches matières premières (cobalt, diamants, or) sont accaparées par des personnalités corrompues et des entreprises étrangères.

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