Le baron Carl Gustaf Emil Mannerheim (Prononciation en suédois finlandais retranscrite phonémiquement selon la norme API. ) est un maréchal et homme d'État finlandais, né le à Askainen et mort le à Lausanne.
Régent en 1918, il était le commandant en chef des forces finlandaises à la fin du premier conflit mondial, poste qu'il occupe à nouveau durant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, il fut président de la Finlande entre 1944 et 1946.
Biographie gauche|vignette|upright=1.0|Les sept enfants de la famille Mannerheim ; le futur maréchal est debout à droite.
Mannerheim est né au manoir de Louhisaari, dans la commune d'Askainen du grand-duché de Finlande. Il est issu d'une famille finno-suédoise d'ascendance allemande anoblie en 1768. Troisième enfant d'une famille aristocratique traditionnelle dans laquelle le fils aîné hérite du titre de comte et les fils plus jeunes du titre de baron (Vapaaherra en finnois et Friherre en suédois), il est baptisé Carl Gustaf Emil. Toute sa vie durant, Mannerheim utilisera son deuxième prénom, Gustaf (Kustaa en finnois), signant ses lettres privées Gustaf ou G..
Outre sa langue maternelle, le suédois, il parlait russe, allemand, anglais et polonais et usait toujours du français avec sa femme et ses enfants. Paradoxalement, Mannerheim n'a jamais parlé couramment le finnois.
Origines La famille Mannerheim descend d'un homme d'affaires allemand, propriétaire de moulins, Henrik Marhein, qui a émigré à Gävle en Suède dans les années 1640, alors que la Suède et Finlande ne formaient à l'époque qu'un seul et même pays (voir histoire de la Finlande). On a longtemps pensé que la famille était originaire des Pays-Bas.
Son fils, Augustin Marhein, a été anobli par lettres patentes en 1693 par Charles XI de Suède, et choisit à cette occasion — comme c'était l'usage alors en Suède — un nouveau nom de famille : Mannerheim. Le fils d'Augustin, un colonel d'artillerie et propriétaire de moulins, Johan Augustin Mannerheim, fut élevé au rang de baron, en même temps que son frère en 1768. Carl Erik Mannerheim, l'arrière grand-père de Gustaf Mannerheim, est le premier Mannerheim à s'installer en Finlande dans la dernière partie du . C'est l'un des politiciens les plus éminents du début du grand-duché de Finlande, occupant plusieurs fonctions publiques pendant les premières années de l'autonomie de la Finlande, passée sous domination russe depuis 1809. Il a été deux fois membre du gouvernement finlandais, dans les conseils de gouvernement 1809–1816 et au sénat 1820–1825. En 1824, il reçoit le titre de comte, dont héritera le fils aîné de la famille.
Le père du futur maréchal Mannerheim, le comte Carl Robert (1835-1914), était poète, mais aussi homme d’affaires. Celles-ci firent malheureusement faillite, ce qui l'incita à divorcer de sa femme, née Hedvig Charlotta von Julin (1842-1881), mère du maréchal, puis à partir se consacrer à l'art en s'installant à Paris avec sa nouvelle épouse.
La mère de Mannerheim, née Hedvig Charlotta von Julin, appartenait à une famille ayant fait fortune avec la révolution industrielle. Malgré cette fortune, le manoir de Louhisaari dut être vendu en 1880 pour payer les dettes du comte Carl Robert après son départ pour Paris. L’année suivante, la mère de Carl Gustav mourut et ses enfants furent élevés par la famille d'Hedvig Charlotta.
Études Gustaf Mannerheim est envoyé à l'école des cadets finlandais à Fredrikshamn le . Il est alors âgé de . Ses matières d'excellence sont le français et le suédois, ainsi que l'histoire, mais il n'est pas aussi fort en russe et en finnois (qu'il parlera toujours avec difficulté). La situation financière de Mannerheim n'est pas bonne et il doit souvent emprunter de l'argent à son tuteur Albert von Julin. Il ne se sent pas non plus à l'aise à l'école des cadets: il ne tolére ni l'atmosphère de l'école ni les règles strictes et il est souvent puni.
Mannerheim espérait passer de l'école des cadets à l'école de cavalerie Nicolas à Saint-Pétersbourg, l'une des écoles militaires les plus prestigieuses du pays dont l'examen d'entrée était particulièrement difficile. De plus, il était exigé que leur père ou grand-père ait au moins le grade de lieutenant général ou un équivalent civil dans la table des rangs, ce qui équivalait à la noblesse. Les positions civiles étaient assimilées aux grades d'officiers selon cette table des rangs imposée par Pierre le Grand. Toutefois le général de division Neovius, le directeur de l'école des cadets, n'a pas recommandé Mannerheim, arguant que les compétences en français et en russe de Mannerheim n'étaient pas assez bonnes. En raison de la lettre de Neovius, la demande de Mannerheim a été rejetée et cela l'a profondément blessé et il s'est révolté contre l'école des cadets dont il sera finalement expulsé le .
Il s'inscrit alors à Helsingfors (aujourd'hui Helsinki) dans une école privée pour se préparer à l'examen, pendant un an, et il passe ses examens d'entrée à l'université d'Helsingfors en puis il passe plusieurs mois à Kharkiv pour approfondir son apprentissage du russe auprès de son parent l'ingénieur Bergenheim et d'un professeur privé.
Après les examens, il part pour Saint-Pétersbourg, où il est accepté dans cette prestigieuse École de cavalerie Nicolas qu'il convoitait tant, et a comme professeur le général-baron von Bilderling, avec qui il forme des liens d'amitié. À cette époque, la Finlande est en effet toujours intégrée dans l’Empire russe, en tant que grand-duché par union personnelle. Gustaf Mannerheim en ressort diplômé en 1889, à 22 ans, avec le grade de cornette, et est envoyé au des dragons d'Alexandre en Pologne. Il espère obtenir une affectation dans les Chevaliers-Gardes.
Le début de sa carrière en Russie
Mariage Devenu officier dans l'armée impériale russe, il est affecté en dans le corps des chevaliers-gardes de Sa Majesté impériale Maria Feodorovna à Saint-Pétersbourg. Pour un officier de la garde, le train de vie dans la capitale impériale est très cher : sa famille et ses amis le poussent à se marier. C'est donc pour des raisons économiques que le baron Mannerheim se marie avec Anastasie Arapova, fille d'un général russe et très riche héritière. La cérémonie a lieu le à l'église suédoise de Saint-Pétersbourg. Deux filles naîtront de ce mariage : Sophie et Anastasie. Officieusement, cette union est rompue dès 1902, mais le divorce formel ne sera annoncé qu'en 1919.
Sacre de Nicolas II thumb| Après son couronnement, Nicolas II de Russie quitte la Cathédrale de la Dormition. Le Lieutenant des Chevalier-Gardes marchant devant à gauche du Tsar (à droite du spectateur) est Mannerheim. En 1896, il participe au couronnement de l'empereur Nicolas II, debout pendant quatre heures dans son uniforme de grande tenue de la garde impériale au bas des marches menant au trône impérial. Mannerheim a toujours considéré le couronnement comme un point culminant de sa vie, rappelant avec fierté son rôle dans ce qu'il a appelé un couronnement "indescriptiblement magnifique".
Guerre russo-japonaise Le baron Mannerheim sert dans les chevaliers-gardes jusqu'en 1904, détaché à l'administration impériale des Écuries de la Cour de 1897 à 1903. Mannerheim s'est en effet spécialisé en tant qu'expert des chevaux, et sa mission est d'acheter des chevaux pour l'armée. Puis il prend le commandement d'un escadron et devient membre du conseil équestre de formation des régiments de cavalerie.
En , Mannerheim est muté, à sa propre demande, au de dragons de Nejine en Mandchourie, avec le grade de lieutenant-colonel. Il prend part aux combats de la guerre russo-japonaise et obtient le grade de colonel à la suite de la bataille de Moukden, durant laquelle il fait preuve d'un grand courage. Cette expérience de la guerre lui sera profitable : il prend en effet conscience des faiblesses de l’armée russe et apprend beaucoup sur le plan tactique.
À la fin de la guerre, le baron Mannerheim retourne en Suède et en Finlande (1905-1906), où la Révolution en Russie a eu une influence très forte. Mannerheim, présent en tant que représentant de la noblesse lors de la dernière session de la Diète de Finlande, participe aux réformes votées par celle-ci et accepte le principe d'un nouveau parlement monocaméral, ainsi que le suffrage universel et l'éligibilité pour tous les hommes et femmes de plus de 21 ans.
Expédition en Asie L'oncle de Mannerheim, le baron (Nils) Adolf Erik Nordenskiöld (né le à Helsingfors et mort le à Dalby) était un grand explorateur qui a contribué à la connaissance de la Sibérie. Gustav Mannerheim s'en est sans doute inspiré lorsqu'il a planifié son expédition en Asie centrale.
L’Asie centrale était alors l’objet de l’intérêt de trois puissances, la Chine, le Royaume-Uni et la Russie. L’état-major russe, évincé d'Extrême-Orient après sa défaite dans la guerre russo-japonaise, avait décidé de réorienter ses visées stratégiques dans cette direction et souhaitait obtenir des renseignements précis sur cette région.
Officiellement, ce voyage était présenté comme une exploration privée menée par un Finlandais (et non un Russe) dans un but essentiellement anthropologique et ethnographique. Naturellement, pour l’état-major russe, le voyage était surtout destiné à couvrir des missions de renseignement servant l’expansion russe en Asie centrale. Il fut conseillé par son ancien directeur de l'École de cavalerie Nicolas, le général Alexandre von Bilderling (qui avait commandé la de Mandchourie, pendant la bataille de Moukden).
Néanmoins, les Finlandais s'attachèrent à la dimension scientifique du voyage et Mannerheim saura les en récompenser puisque le musée national de Finlande dispose de larges collections ethnographiques et anthropologiques provenant de cette expédition. Un modus vivendi est finalement trouvé, les frais étant partagés entre l'état-major russe et le gouvernement finlandais. vignette|gauche|Mannerheim en Mandchourie dans les années 1900. Les voyageurs partent en de Tachkent en Ouzbékistan, et rejoignent la mission Paul Pelliot, en attente à Boukhara. Ils rencontrent à Yarkand le célèbre linguiste suédois Gösta Raquette qui entretiendra une longue amitié avec le futur maréchal. L’expédition continue jusqu’à l’automne 1908 et les mènera jusqu’à Pékin. Après ce voyage, en 1909, Mannerheim est nommé commandant du de uhlans de Vladimir.
L'année suivante (1910), Mannerheim est fait général de brigade et il est nommé commandant du régiment des Uhlans de la Garde impériale, basé à Varsovie. En 1912, il est général à la Cour impériale, puis nommé commandant de la brigade de cavalerie impériale en 1913.
Première Guerre mondiale Durant la Première Guerre mondiale, Mannerheim sert en tant que commandant de cavalerie sur les fronts austro-hongrois et roumain. Le courage qu'il montre au combat contre les forces austro-hongroises lui vaut en une des décorations les plus prestigieuses de la Russie impériale, la croix de Saint-Georges de . En 1915, Mannerheim prend le commandement de la de cavalerie, devient Lieutenant-Général en 1917, puis après la révolution de Février, commande le du de cavalerie à partir de l'été.
Cependant Mannerheim n'est pas en faveur auprès du nouveau gouvernement provisoire qui le tient pour un officier peu favorable à la révolution. En septembre, alors qu'il est en convalescence après une chute de cheval, il est démis de ses fonctions. Placé dans la réserve, il part se soigner à Odessa. Dès lors, il commence déjà à penser à la retraite et envisage de rentrer en Finlande.
Le retour en Finlande
Guerre civile La révolution débute en Finlande à l'automne 1917, mais la position des différents partis politiques au sujet de l'avenir du pays — et de son indépendance — est très fluctuante. Les gardes rouges (sociaux-démocrates) et blancs (conservateurs) cherchent à fédérer le maximum de personnes.
vignette|gauche|Mannerheim défilantPhoto Gunnar Lönnqvist (1918).