Le Mouvement Européen International (MEI) est une association et un groupe de pression international promouvant l'intégration européenne principalement dans les années 1940 et 1950. Fondé en 1948 lors du Congrès de La Haye, son siège est à Bruxelles.. Le mouvement est à l'origine des documents qui permettront la création du Conseil de l'Europe. Après 1950, le mouvement est resté actif dans le soutien de l'intégration politique de l'Europe. Objectifs

Agissant comme une « organisation parapluie » fédérant des associations promouvant l'intégration européenne, elle publie des documents informationnels à destination des groupes, associations et institutions ayant un intérêt dans les affaires européennes.

En 1948, lors du congrès fondateur du mouvement, trois objectifs sont énoncés: prouver qu'il existe dans la population européenne un mouvement d'opinion en faveur de l'unité européenne ; proposer aux gouvernements des solutions pratiques pour unifier l'Europe ; amplifier la campagne internationale d'opinion déjà menée par le Comité international de coordination des mouvements pour l’unité européenne (CICMUE), ancêtre du MEI.

Dès sa création, l'un des objectifs prioritaires du MEI est la création d'une Assemblée européenne, qui pourrait être composée de parlementaires issus des assemblées nationales des différents pays, ou d'extraparlementaires.

Histoire Initialement nommé « Mouvement Européen », le MEI a été créé sous l'impulsion de plusieurs hommes politiques européens de toutes tendances.. Le MEI prend forme lors du Congrès de La Haye de 1948. Ce congrès a eu lieu grâce à l'initiative du Comité international de coordination des mouvements pour l’unité européenne (CICMUE). Le CICMUE rassemblait notamment l'Union des fédéralistes européens et du United Europe Movement. d’État, parlementaires, hommes d’affaires, syndicalistes, universitaires, etc ont participé au congrès fondateur du MEI.

Quelques mois après le congrès, le CICMUE se transforme en Mouvement Européen. Le MEI choisit des présidents d'honneur, notamment Winston Churchill et Léon Blum, dont les opinions politiques variées placent l'action du MEI au-delà du clivage droite-gauche.

Le Mouvement véhicule des doctrines divergentes, puisqu'il a longtemps rassemblé les « unionistes », partisans d'une simple coopération intergouvernementale et les « fédéralistes », partisans d'un gouvernement fédéral de l'Europe.

En réalité, les mouvements et associations (unionistes ou fédéralistes) pro-européens qui composèrent à l’origine le MEI puisent leurs idées, dès les années 1941-1944, dans les programmes pour l’Europe d’après-guerre des mouvements de résistance anti-fascistes ou anti-nazis (Mouvement fédéraliste européen d’Altiero Spinelli en Italie, mouvement Combat en France) et c’est le discours de Winston Churchill sur les « États-Unis d’Europe »Winston Churchill destinait son propos aux États continentaux, ne souhaitant pas que le Royaume-Uni fasse partie des « États-Unis d’Europe ». à Zurich () qui fut à l’origine de la création du Comité international de coordination des Mouvements pour l’unité européenne qui organise le Congrès de La Haye en , d’où est issu le Mouvement Européen.

Le fait que le Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe (qui réclamait la construction d’une Europe troisième force « indépendante des États-Unis et de l’URSS ») ait intégré le MEI est une preuve de la diversité d’associations représentées par le MEI à l’origine..

Des passerelles existaient entre le MEI et les partis politiques, notamment les partis socialistes. Les idées fédéralistes étaient particulièrement présentes au sein des partis socialistes français, belge et italien. Par ailleurs, dans les six pays qui adhérèrent à la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1952, les partis chrétiens-démocrates, qui à l'époque étaient tous au pouvoir ou bien participaient à des coalitions, soutenaient le fédéralisme européen..

Dès 1950, le Mouvement Européen participe à la fondation du Collège d'Europe, et soutient le développement de celui-ci : l'école est considérée comme l'une des réussites symboliques du mouvement.

Aujourd'hui, conservant son esprit fondateur d'ouverture à tous les courants « pro-européens », le Mouvement fait montre d'une attitude plus ambiguë vis-à-vis des fédéralistes européens.

Organisation Le MEI regroupe, sans les fusionner, des organisations très diverses, comme l’Association des journalistes européens, l’Union des résistants pour une Europe unie, le Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe…

Le Mouvement Européen possède un bureau exécutif et son comité international repose sur des conseils nationaux en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche, au Luxembourg, au Danemark, en Suède, en Norvège, en Islande, en Irlande, au Portugal, en Grèce, en Suisse et en Turquie. Après la création du MEI en 1948, le secrétaire général en est le Français Georges Rebattet, et André Philip et Joseph Retinger en sont les deux délégués généraux. D'abord situé à Londres, puis à Paris, le secrétariat international du Mouvement Européen s’installe définitivement à Bruxelles en 1951.

Présidents

1948 : Duncan Sandys 1950 : Paul-Henri Spaak 1955 : Robert Schuman 1961 : Maurice Faure 1968 : Walter Hallstein 1974 : Jean Rey 1978 : Georges Berthoin 1982 : Giuseppe Petrilli 1985 : Gaston Thorn 1987 : Enrique Barón 1989 : Valéry Giscard d'Estaing 1997 : Mário Soares 1999 : José María Gil-Robles 2005 : Pat Cox 2011 : Jo Leinen 2017 : Eva Maydell Paunova 2023 : Guy Verhofstadt

Membres du Conseil d'administration La politique est formulée par un conseil d'administration. Une Assemblée fédérale, composée de délégués des mouvements locaux dans toute l'Europe, détermine les politiques pour le MEI et est responsable des comptes de l'organisation. Plusieurs comités spécialisés rapides, consacrées à l'examen des politiques individuelles, existent aussi. Les comités politiques sont : « Plus de démocratie, droits et libertés de citoyens » ; « Emploi, compétitivité et croissance durable » ; « L'Europe dans le monde ». Le travail quotidien du bureau est effectué par le secrétariat international, qui est dirigé par Petros Fassoulas, secrétaire général depuis Homepage EMI..

Financement Financement général du Mouvement Européen Le Mouvement Européen International, comme toute association, bénéficie des cotisations de ses membres, mais reçoit aussi une subvention de la Commission européenne..

Financement américain (1949-1960) Une des questions posée par l'historiographie de l'intégration européenne est celle des financements américains.

Incertitudes sur la part du financement américain Alan Milward, historien américain, considère que l'importance des financements en provenance des États-UnisEn particulier du plan Marshall., notamment ceux destinés à divers groupes et mouvements en Europe, était minime..

Richard J. Aldrich, un autre historien américain, considère que l'influence des États-Unis, et leur soutien financier dans le cadre de l'endiguement du communisme (en plus du plan Marshall), jouèrent un rôle important dans l'essor du Mouvement Européen.. Ce soutien américain se serait élevé à de dollars versés sur une période de (1949 à 1960), ce qui représentait alors, selon Aldrich, entre la moitié et environ les deux tiers du budget global du mouvement.. D'après Aldrich, en 1951, Paul-Henri Spaak, alors président du MEI, crée un budget spécial qui permet de rendre moins apparent les apports croissants des fonds américains, ceux-ci servant à financer le European Youth Campaign, un programme orienté vers la jeunesse européenne. Le baron Boel, trésorier du MEI, explique en 1953 que la discrétion était nécessaire, afin que les adversaires de l'unité européenne ne puissent pas accuser certains des programmes du MEI d'être une création américaine. Pour cette raison, les fonds du Comité américain ne servirent plus au fonctionnement habituel du MEI. Grâce à la création de budgets spéciaux, des sommes importantes allouées par les Américains n'apparurent plus dans le budget ordinaire du MEI, ce qui rendit complexe l'évaluation de l'apport américain dans le financement du MEI.

Christophe Deloire et Christophe Dubois, deux journalistes, estiment, quant à eux, que les financements américains étaient « absolument nécessaires » au Mouvement Européen.

Contexte du financement américain Après la Seconde Guerre mondiale, alors que la guerre froide débutait, les Américains étaient soucieux d'empêcher la progression du communisme en EuropeEn effet, Aldrich rappelle que les États-Unis ont également financé, jusqu'à 1950, de nombreux mouvements de résistance anti-communistes durant la Seconde Guerre mondiale ., défendre les valeurs occidentales, empêcher une nouvelle guerre, et assurer le succès du plan Marshall. Ils créèrent l'ACUE, Comité américain pour une Europe unie, un organisme dirigé par deux anciens des services secrets américainsLe Comité a été établi en 1948 par d'anciens membres de la Central Intelligence Agency et du Conseil de sécurité nationale à la demande de l'Autrichien Richard Coudenhove-Kalergi et de Winston Churchill ., et qui fut utilisé pour financer le Mouvement Européen..

Même si le soutien du MEI par les Américains était une opération secrète, Aldrich précise bien que l'ACUE ne cherchait pas à manipuler, mais visait à soutenir des structures ou des hommes indépendants ayant une proximité naturelle avec leurs objectifs.. Le Comité américain était particulièrement attentif à n’intervenir en aucune manière dans les programmes d’action du MEI, dans la crainte justement d’être accusé de manipuler cette organisation. Il considéra simplement le MEI comme « un agent indépendant » susceptible de véhiculer la culture politique fédéraliste. L’utilisation des fonds n’était pas soumise à un contrôle strict, le Mouvement en disposant librement.

Les Américains souhaitaient grâce à leurs financements promouvoir les efforts visant à réaliser le plan Schuman, mais également la Communauté européenne de défense (projet que le gouvernement français soutenait également afin d'éviter une remilitarisation de l'Allemagne, mais finalement rejeté par l'Assemblée nationale française) et une Assemblée européenne (l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.L'Assemblée parlementaire est une institution du Conseil de l'Europe différente du Parlement européen qui, lui, est une institution de l'Union européenne. En ce sens, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe est composée de députés nationaux siégeant à Strasbourg. Le Parlement européen était également composé de députés nationaux à l'époque, mais les députés européens sont désormais élus au suffrage universel direct depuis 1979 et ne peuvent avoir de double mandat. Il siège à Strasbourg où se tiennent les sessions plénières et se réunit à Bruxelles pour les commissions et réunions de groupes politiques., concentrée sur les droits de l'homme, l'État de droit et la démocratie). L'objectif était d'empêcher une nouvelle guerre en Europe, mais également de promouvoir les valeurs occidentales face à l'URSS.

Activités Promotion de l'unité européenne Le MEI organise notamment des conférences internationales, où sont présents des acteurs du monde politique, mais aussi des économistes, des chefs d'entreprises, des leaders des syndicats, etc. En voici deux exemples : 1949 : la conférence de Westminster met notamment en lumière des opinions divergentes entre les Britanniques et les continentaux ; 1950 : la conférence de Rome aborde plus particulièrement des questions sociales, entre autres l'harmonisation des cotisations sociales en Europe.