thumb|260px|La Nourrice, Josse-François-Joseph Leriche, d'après Louis Boizot, 1775.

Le terme nourrice désigne historiquement une femme chargée d’allaiter un enfant qui n’est pas le sien, en lieu et place de sa mère. Dérivé du latin nutrix, puis nutricia, il désigne à la fois la fonction biologique de l’allaitement et la délégation sociale du soin et de l’éducation de la petite enfance.

Pratique ancienne, attestée dès l’Antiquité dans les milieux aristocratiques, la mise en nourrice se généralise en Europe à partir de l’époque moderne, en particulier dans les sociétés urbaines. Au XIXe siècle, elle devient une institution sociale de grande ampleur, impliquant une main-d’œuvre féminine populaire, souvent rurale, rémunérée pour accueillir ou accompagner les nourrissons de familles bourgeoises ou assistées.

Figure ambivalente, à la fois idéalisée et surveillée, la nourrice incarne un travail de soin genré, corporéisé et de classe, inscrit dans une relation de dépendance et d’inégalité. La littérature médicale, les règlements administratifs et les annonces d’embauche décrivent un idéal de nourrice répondant à des critères physiques et moraux précis — ni trop jeune ni trop vieille, ni trop maigre ni trop grasse, saine, douce, discrète — révélant la construction sociale de ce métier féminin comme un corps à louer au service des autres.

Massivement encadrée par l’État au tournant des XIXe et XXe siècles, la pratique décline après la Première Guerre mondiale, en lien avec la montée du lait artificiel, des structures collectives de garde, et l’émergence de la profession d’assistante maternelle, créée en 1945. Le terme « nourrice » reste toutefois présent dans les usages contemporains, notamment à travers la figure familière de la « nounou », et continue d’habiter les représentations sociales du soin à la petite enfance.

Ainsi, une assistante maternelle, aussi appelée nourrice ou nounou, est une personne qui s'occupe contre rémunération d'un ou plusieurs jeunes enfants qui ne sont pas les siens sur une durée limitée dans le temps.

Il ne faut pas confondre « garde d'enfant à domicile » et « Assistante Maternelle agréée ». La première exerce au domicile des parents tandis que la seconde accueille les enfants à son propre domicile. L'assistante maternelle agréée reçoit une formation par le département, un agrément et un contrôle régulier par les services de la Protection maternelle et infantile. Les deux métiers donnent droit aux familles qui les emploient à une allocation par la Caisse d'allocations familiales (France).

Lorsque la garde est de courte durée et ponctuelle au domicile des parents (quelques heures par jour, notamment en soirée), on emploie l’anglicisme ou gardienne.

Histoire de la mise en nourrice en France thumb| et sa nourrice, Dame Longuet de La Giraudière, en 1638. (Henri et Charles Beaubrun). La mise en nourrice, c'est-à-dire la délégation de l’allaitement, des soins et de l’éducation à une autre femme — est une pratique ancienne, attestée dès l'Antiquité dans les familles aristocratiques.

L’image de la nourrice était déjà très présente avec les mythes grecs et romains. Ainsi, Thémis, une titanide, avait déjà le rôle de nourrice auprès d’Apollon. De plus, les fondateurs de Rome, Remus et Romulus ont été allaités par une louve. Dès l’Antiquité, on assiste aux prémices de cette profession. En effet, à la naissance de l’enfant, la mère était entourée d’une sage-femme et d’assistantes. Celles-ci donnaient les premiers soins à l’enfant. Par la suite, le nourrisson était gardé par une esclave qui était spécialisée aux soins de la petite enfance.

Il était courant de faire appel à une nourrice, si la mère ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas allaiter, par exemple en cas de naissances multiples ou de maladie (les morts en couche étant extrêmement fréquentes). Les nourrices étaient soit logées chez leur employeur, soit restaient chez elles, où elles accueillaient l'enfant.

Au Moyen Âge, dans la noblesse, confier l'enfant à une nourrice permettait aussi à la mère d'enfanter de nouveau plus tôt et de s'assurer un héritier. Certaines légendes avançaient aussi que l'allaitement maternel était néfaste pour l'enfant. Par ailleurs, l'allaitement pour les aristocrates renvoyait à une animalité mal acceptée, les besoins affectifs du bébé étaient largement ignorés, la proximité mère-enfant étant juste bonne pour les familles du « bas peuple »Histoire de l'allaitement en France. Au Moyen Âge, pour les familles nobles, il existait même des berceresses. Leur rôle était de bercer l’enfant. De plus, c’est au Moyen Âge que la bourgeoisie a commencé à apparaître. Par conséquent, il était plus demandé à la mère d’être une femme que d’assurer son rôle maternant. De ce fait, les nourrissons étaient confiés à des femmes issues de milieux populaires ayant pour rôle d’allaiter. Néanmoins, les conditions de garde sont précaires. Si par chance, le bébé a survécu au voyage, sur place, il est logé avec plusieurs autres enfants et dort dans des sacs suspendus ou encore avec la nourrice qui peut l’écraser dans son sommeil.

Les enfants allaités par la même nourrice étaient appelés frères ou sœurs (par opposition aux frères ou sœurs ). thumb|alt=Devant la cour un grand immeuble où se trouvent des nourrices en attente, un homme donne un bébé à une femme assise dans un charriot attelé.|Bureau de la Direction générale des nourrices, XIXe s. Si jusqu’au XVIIe siècle, la mise en nourrice constitue une pratique réservée à l’aristocratie et à la bourgeoisie urbaine, au XVIIIe siècle, elle se développe dans les classes populaires urbaines où les femmes placent leurs enfants pour pouvoir travailler à plein-temps : à Paris et à Rouen c’est près d’un enfant d’artisan sur deux qui est placé en nourrice. "De cette massification perçue par les pouvoirs publics comme l’avènement d’un vaste "trafic de nourrissons" découle une mise en administration du marché nourricier". Les déclarations royales de 1715 et 1727 et la promulgation en 1781 d’un Code des nourrices marquent les débuts d’une organisation hospitalière, sanitaire et policière du commerce nourricier. Il pose les fondements d’une mise sous tutelle étatique et municipale qui culmine dans la loi Roussel relative à la protection de la petite enfance et à l’encadrement systématique des enfants placés en nourrice de 1874. thumb|left|alt=Les tenanciers du bureau posent devant la façade ornée au 1er étage d'un panneau aussi haut que les fenêtres.|Maison Chérut - Grand bureau de nourrices fondé en 1836, photo recadrée d'Eugène Atget, 1906. La mise en nourrice a été une des plus grandes causes de la mortalité infantile. En effet, un bébé sur quatre mourait avant d’avoir atteint sa première année. Le plus grand facteur étant le manque d’hygiène très répandu à cette époque, ainsi que le manque d’attention pour le nourrisson. Celui-ci n’était pas considéré comme une personne à part entière tant qu’il n’avait pas acquis la faculté de langage. Cependant, c’est à partir de cette époque que les personnes ont pris conscience que l’alimentation du bébé était à revoir.

À l'époque moderne, les mères qui ne pouvaient pas allaiter leurs bébés les confiaient à une nourrice à domicile pour les familles les plus aisées ou les envoyaient chez des nourrices à la campagne pour les classes sociales moins favorisées. Moins fréquemment elles donnaient aux nourrissons des laits artificiels préparés par elles-mêmes, le plus souvent à base de lait de vache non stérile, ce qui provoquait la mort de nombreux bébés, mortalité également fréquente chez les bébés allaités par les nourrices de campagne qui louaient souvent leurs services à plusieurs familles pour gagner plus d'argent.

La pratique de la mise en nourrice ne connaît un réel déclin qu’au début du XXe siècle. Pendant tout le XIXe siècle, elle reste florissante dans les régions pauvres, peu industrialisées et éloignées des spécialisations économiques induites par les révolutions industrielles à l'instar du Morvan. À cette époque, elle concerne environ 10 % des nourrissons à l’échelle nationale, bien que cette proportion varie fortement selon les localités et la taille des villes, les grands centres urbains confiant entre un tiers et deux tiers de leurs nourrissons à des nourrices. La Première Guerre mondiale marque un tournant décisif, notamment en raison de la pénurie de nourrices qu’elle entraîne. L’entre-deux-guerres fit apparaître des changements majeurs : la crise de l’emploi féminin, le développement du lait maternisé, la généralisation de nouveaux modes de garde comme les crèches et la garde de jour, ainsi que l’évolution du rôle des nourrices, désormais plus centrée sur la garde et les soins, en vertu de l’ordonnance de 1945. Ces transformations sonnent le glas de cette pratique séculaire, qui disparaît progressivement après la Seconde Guerre mondiale.

Les Assistantes maternelles à l'époque contemporaine En France En France, les nourrices ont un statut particulier qui s'appelle assistante maternelle et qui nécessite un agrément et une formation professionnelle obligatoire. Une assistante maternelle accueille chez elle ou en regroupement (maison d'assistantes maternelles) de manière non permanente ( par jour maximum sauf dérogation), et moyennant rémunération, de un à quatre enfants maximum (quelle que soit la situation professionnelle des parents). C'est en France le mode de garde le plus employé, par choix ou par nécessité mais ce n'est que récemment que cette profession a été organisée dans un cadre statutaire précis. L'association la plus ancienne s'appelle l'UFNAFAAM. Elle a été créée en 1983, par fusion de plusieurs associations.

En France, les assistantes maternelles sont contrôlées par la Protection maternelle et infantile. L'assistante maternelle est l'un des cinq modes de garde d'enfant subventionné par l'État (voir PAJE). Le Centre National Pajemploi est l'organisme public de référence en matière de relation entre les assistantes maternelles et les parents employeurs. C'est lui qui verse par exemple le complément de libre choix du mode de garde aux parents-employeurs. Des dispositifs existent pour aider les parents à payer le salaire de leur assistante maternelle, notamment ceux de la Caf, qui peut prendre en charge une partie de la rémunération. En France, les assistantes maternelles sont rémunérées sous forme de salaire horaire par enfant. En 2019, celui-ci est de net par heure par enfant en moyenne, bien que de fortes variations existent selon les régions. La France est le pays le moins cher d'Europe pour les assistantes maternelles, grâce à un système d'aides efficace : par mois pour une famille au revenu médian.

Statut professionnel vignette|Le Baiser enfantin, tableau de Jacques-Eugène Feyen (1865). Il est maintenant défini par la loi du Loi 2005-706 du relative aux assistants maternels et aux assistants familiaux sur Légifrance relative aux assistants maternels et aux assistants familiaux. Auparavant, il était régi par les lois 77-505 du puis 92-642 du .

Concernant les assistantes maternelles directement employées par les parents, une convention collective nationaleLégifrance : détail de la Convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur du a été signée le , un an avant la parution de la dernière loi. Une nouvelle convention collective est en place depuis le Légifrance : Convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur du 1er juillet 2004. Etendue par arrêté du 17 décembre 2004 JORF 28 décembre 2004 - Remplacée par la convention collective nationale des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile du 15 mars 2021 résultant de la convergence des branches des assistants maternels et des salariés du particulier employeur (IDCC 3239).