Le château de Tresneau (orthographié parfois Traineau, Traisneau ou encore Treneau) est un château situé sur la grande route de Paris au Mans, à vingt-deux lieues de Paris, dans la paroisse de Thimert et Ardelles, généralité d'Alençon. Le fief dépend à l'origine de la baronnie de Châteauneuf-en-Thymerais. Le manoir de Tresneau, attesté depuis le , est transformé ultérieurement en château puis vendu comme bien national à la Révolution Française avant d'être détruit au début du . Aujourd'hui, seuls une partie des fossés et quelques reliquats de murs attestent de l'emplacement du château disparu.

La seigneurie de Tresneau: maîtres et serviteurs À l'origine, le fief est vassal de la baronnie de Châteauneuf et chaque seigneur se doit de lui rendre foi et hommage. Il y a l'ancien Tresneau dont restait une motte féodale en 1850 et le nouveau Tresneau, fortifié de murs et fossés à pont-levis.

Les seigneurs, du au

alt=L'actuelle ferme de Tresneau |vignette|L'actuelle ferme de Tresneau.

Au , la seigneurie de Tresneau est dans le giron de la famille de Gruel. Philibert de Gruel demande, le , au maçon Nicolas Huret de procéder à un agrandissement du châteauArchives départementales d'Eure-et-Loir (AD28), série E article 1372: titres de famille. Au , elle appartient successivement à Louis Auzeray de Durie, Pierre de Sabrevois, seigneur de Boissard, David O'Mahony, seigneur de Mosny et Charles Roze, seigneur de Champignolle en NormandieAD28: E 710. Le , ce dernier prête foi et hommage à la baronnie de Châteauneuf pour l'ancien et le nouveau Tresneau. En 1714, Charles Roze cède la seigneurie à Jean-Baptiste-François Desmarets qui la vend le à Jacques-Théodore Parat. Celui-ci l'achète pour son frère, Jérôme Parat, seigneur de Puitsneuf qui lui succède en 1739. Elle reste dans la famille Parat jusqu'en 1761. À cette date, Jérôme-Louis Parat de Mangeron, receveur général des finances de Lorraine, vend la seigneurie à Marie-Jeanne-Catherine Moreau de Séchelles, épouse de François-Marie Peyrenc de Moras, moyennant AD 28, E710. Elle est acquise pour , en 1773, par François-Antoine de Flandre de Brunville, procureur du roi au Châtelet de Paris. Il a alors . Le , Louise-Adelaïde Durey de Meinières, veuve du comte de Guitaut, l'achète . À la Révolution, la propriété est confisquée, démembrée et vendue comme bien national, dès l'an II. Le château n'est vendu que le 25 messidor an V à un avocat de Versailles, Charles-Théodore Maupin, moyennant la somme de AD 28, 1 Q P-V art.106. Parmi les propriétaires figurent des personnages illustres comme le maréchal de France, Jean-Baptiste-François Desmarets, et le ministre de Louis XV, François Marie Peyrenc de Moras, enfin dans une moindre mesure, la comtesse de Guitaut, dont le contrat de mariage est signé en présence de toute la famille royale.

Quelques figures marquantes alt=Jean-Baptiste-François Desmarets, marquis de Maillebois (1682-1762)|gauche|vignette|Jean-Baptiste-François Desmarets, marquis de Maillebois (1682-1762) alt=François-Marie Peyrenc de Moras (1718-1771)|vignette|302x302px|François-Marie Peyrenc de Moras (1718-1771) Jean-Baptiste Desmarets est le fils de Nicolas Desmarets, marquis de Maillebois, contrôleur général des finances de Louis XIV. Quand il achète Tresneau en 1714, il a . Il est marquis de Maillebois et de Blévy, maître de la garde-robe du roi, lieutenant général de la province du Languedoc, brigadier des armées du roi et colonel du régiment de Touraine. Il demeure ordinairement à Paris, rue Saint-Marc, paroisse Saint-Eustache. Il ne sera seigneur de Tresneau que trois ans, de 1714 à 1717.

François Marie Peyrenc de Moras est le fils d'Abraham Peyrenc, devenu marquis de Moras après s'être enrichi dans la spéculation sur le papier monnaie. Disposant d'une solide fortune, il est d'abord intendant de Riom puis du Hainaut. En 1756, il est nommé contrôleur général des finances puis ministre d'État et secrétaire de la marine en 1757. Vivement critiqué à cause des 42 millions de dettes de son département, il abandonne ses fonctions. Quand sa femme, Marie-Jeanne-Catherine Moreau de Séchelles, achète Tresneau en 1761, il a . Un an plus tard, il achète plus près de Paris, le château de Grosbois où il se retire. Tresneau reste leur propriété douze ans durant.

Louise-Adélaïde Durey de Meinières est la fille de Jean-Baptiste-François Durey de Meinières, président au Parlement de Paris. Elle épouse en Charles-Guillaume de Pechpeyrou-Comminges, comte de Guitaut et marquis d'ÉpoissesArchives nationales, T136/25, contrat de mariage du comte de Guitaut et de Louise-Adélaïde de Meinières, tous deux mineurs. Il est comte de Guitaut, marquis d'Epoisses, capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes d'Artois, chambellan de feu sa Majesté Stanislas, roi de Pologne et de Lorraine.. Le comte meurt prématurément de la petite vérole en 1763, laissant deux enfants, Charles-Guillaume-Jean-Baptiste-Louis et Marie-Marc. Au mariage de son fils, la comtesse de Guitaut lui laisse Époisses et achète en 1781 la seigneurie de Tresneau. Elle a alors et demeure à Paris, rue Royale. L'hôtel particulier est la propriété de son pèreArchives nationales, MC/ET/CVIII/720: compte d'exécution testamentaire à la succession de M. le Président de Meinières décédé à Chaillot, elle le partage avec sa fille et son gendre, Armand de Rémont de Montmort, comte de Dognon, officier des gardes du corps du roi Louis XVI, colonel de cavalerie. C'est avec eux qu'elle a fondé en , à Epoisses, une manufacture de bas en cotonAD28, E715. Dans ses terres, elle se fait appeler dame des baronnies et seigneuries de Tresneau, la Coudraye, Ardelles, le grand et le petit Vionnay, la Tasse Cordelle, Vimets, Guillandru, Arpentigny, Longueville et la Picotière dans le pays ThimeraisRegistres paroissiaux de Thimert . Elle s'habille chez Rose Bertin, marchande de mode de la ReineAD28, E art.711, à qui elle commande en 1780 une mantille noire, un grand fichu doublé de gaze noire avec fonds uni rayé, une coiffe longue de laine noire, un bonnet noir et un grand voile de veuve. alt=Louise-Adelaïde Durey de Meinières, comtesse de Guitaut (1741-1820)|gauche|vignette|Louise-Adélaïde Durey de Meinières, comtesse de Guitaut (1741-1820).

Les serviteurs de la comtesse de Guitaut La comtesse de Guitaut a fait bâtir dans les pourtours de son domaine de petites maisons, à l'usage des ouvriers agricoles. Elle a gardé au château, autant par « reconnaissance de ses services que par charité, en raison de son grand âge et de ses infirmités », la nourrice de son fils, la veuve Bauby. Elle dispose d'un fidèle domestique Toussaint qui la suit dans ses déplacements de Paris à Tresneau ou à Époisses. Elle peut également compter sur son régisseur, Charles-François-Simonne Lacroix, qui est à son service depuis 1736 et sur sa femme de chambre, qui l'accompagnera sur les chemins de l'émigration.

alt=Gages du jardinier Jean-Baptiste Gouillot en 1787|vignette|Gages du jardinier Jean-Baptiste Gouillot en 1787.

Les fermiers ont un bail renouvelé tous les neuf ans, comme c'est l'usage. À la ferme du château, rebâtie à neuf, il est de , payable en trois termes, à Noël, à Pâques et à la Saint Jean-BaptisteAD28, E 712: baux et quittances. Sur le bail sont consignées les obligations, les interdictions et les permissions. Ainsi le fermier ne peut faire pâturer ses vaches que dans la partie de la forêt de Châteauneuf dépendant du seigneur, en aucun cas sur le domaine du château. Il a le droit de garder pour lui les mauvaises branches d'arbres fruitiers ou les arbres qui tombent de vétusté ou sous l'effet du vent, à condition d'appeler un homme d'affaires. Il a l'obligation de remplacer les arbres morts par de jeunes plants issus de la pépinière du château. Pour rejoindre la grande route, par la deuxième avenue qui passe près du haha du petit potager, il doit demander au château la clef des barrières pour y passer avec sa voiture et après son passage, refermer les barrières et rapporter la clef.

Le jardinier, quant à lui, est chargé des plantations, des greffes des pommiers à cidre et à couteau ainsi que de l'entretien des allées, des bosquets, des jardins et des bois. Il tient en état la pépinière du château, moyennant un logement gratuit et un jardin attenant. Mais il ne peut prélever les arbres dans les bois qu'en compagnie d'un garde. Il touche par arbre planté dont comptant et si le plant a pris au bout de l'année.

Avec le charron, Michel Ménager, la comtesse ne sera pas remerciée de la confiance qu'elle lui a accordée. Quand il est venu s'installer à Tresneau, il lui manquait les fonds pour se construire une maison. La comtesse lui a avancé les fonds contre la promesse qu'elle se rembourserait plus tard sur la vente de sa maison de Saint-Arnoult. Six années ont passé et le charron se vante de n'avoir rien déboursé. La comtesse l'apprend, il est convoqué au château et prié de repartir à Saint-Arnoult ou de s'acquitter de ses dettes. Mais le charron veut plaider. On est en 1790. Le temps joue pour lui à cause de la révolution Française. Non seulement il ne déboursera rien pour la maison qu'il habite mais il agrandira son jardin en achetant le four banal lorsque les biens de la comtesse seront saisis en l'an IIAD28, 1Q P-V art.40, .

Les routes d'accès au château

Les cartes de la forêt de Châteauneuf alt=Carte de la forêt de Châteauneuf établie entre 1723 et 1748|vignette|Carte de la forêt de Châteauneuf établie entre 1723 et 1748

Deux cartes générales des forêts et bois dans l'étendue de la maîtrise de ChâteauneufAD28, 2Fi 251/3, faites à d'intervalle, montrent que le château de Tresneau, un peu à l'écart des routes, a été relié à Châteauneuf, en exécution de l'arrêt du conseil du roi du . Sur le plan, il est marqué que deux routes ont été ouvertes sur le château de Tresneau, l'une tombant sur le rond-point de la route du Chêne de Lorette à Chappe (marquée par les deux bouts 3 et 4), l'autre tombant dans la plaine de la vallée des Petites Epines (marquée 1 et 2). L'ouverture des deux routes qui relient le château à Châteauneuf par la voie royale coïncide avec l'acquisition de la seigneurie par François-Marie Peyrenc de Moras en 1761. Sans nul doute, on peut conclure que l'instigateur en est bien l'ancien ministre de Louis XV. Ces routes assoient son prestige. Par conséquent, l'interprétation de l'Université de Chartres du Temps Libre dans l'ouvrage les noms des lieux en Eure-et-Loir qui s'appuyait sur le sens de « Mo(o)r » (marais) dans les langues nordiques devient caduque. La route de Moras ne tient pas son nom du terrain marécageux qu'elle est censée traverser.

alt=Chemin qui mène de la Ferme Neuve au château de Tresneau|gauche|vignette|Chemin qui mène de la Ferme Neuve au château de Tresneau (AD28, 1Q400). Si on peut accéder au château, à partir de Châteauneuf, on peut également le rejoindre, à partir de la route de Paris au Mans, par l'allée seigneuriale bordée de tilleuls. Il suffit de tourner à l'angle de la Ferme Neuve qui fait partie de la seigneurie. Le fermier en est Charles-Benoît Lhomme. Le chemin mène le long des bosquets et de l'étang, directement à l'entrée de la ferme du château, là où se dresse le poteau de justice. Cette allée figure sur le plan de Pontcarré qui suit.

alt=Carte de la forêt de Châteauneuf postérieure à 1761|vignette|Carte de la forêt de Châteauneuf postérieure à 1761

Les plans contenus dans les atlas du

alt=Tresneau sur l'atlas de Pontcarré|gauche|vignette|Tresneau sur l'atlas de Pontcarré