Cao Cao (155 à Bozhou - à Luoyang) ou Ts’ao Ts’ao (), de son prénom social Mengde (, ), est un seigneur de guerre, écrivain et poète de la fin de la dynastie Han en Chine antique.

Premier ministre du dernier empereur de la dynastie Han, Han Xiandi, il se rend maître de tout le nord de la Chine et établit les fondations du royaume de Wei dont il reçoit à titre posthume le nom d'Empereur Wu (, ). Surnommé le « Héros du chaos », il est l'auteur de nombreux livres portant sur la stratégie et la tactique militaire et est l'un des commentateurs traditionnels de L'Art de la guerre de Sun Zi. En tant que poète, il est avec ses fils Cao Pi et Cao Zhi la figure de proue du style dit jian'an (du nom de l'ère jian'an) ; ils sont surnommés les Trois Cao.

Le roman de Luo Guanzhong Les Trois Royaumes, ainsi que le théâtre et l'opéra chinois, contribuent à déformer l'image de Cao Cao en faisant de lui, dans la tradition populaire, l'archétype du ministre félon et machiavélique.

Cao Cao est connu au Japon sous le nom de Sōsō Mōtoku, en Corée sous le nom de Jojo Maengdeog et au Viêt Nam sous celui de Tào Tháo Mạnh Đức.

Biographie Généalogie Cao CaoChén Shòu et Péi Sōngzhī, Chroniques des Trois Royaumes (, Sānguózhì), Chronique des Wèi, livre 1 - Disponible sur Wikisource naît en 155 ( de Yongxin) à Qiao () dans le district de Pei (), aujourd’hui la préfecture de Bozhou dans la province d’Anhui. Il est le fils de Cao Song, officier de la Cour impériale des Han, lequel était le fils adoptif de Cao Teng, un des eunuques favoris de l’empereur Huandi.

Selon certaines sources historiques, dont la Biographie de Cao le Fourbe, Cáo Mán zhuàn, Cao Song aurait eu pour nom de famille Xiahou, ce qui aurait fait de Cao Cao le cousin de Xiahou Dun et Xiahou Yuan qui avait comme cousin éloigné Cao Ren. C’est également cette généalogie qui est reprise dans le roman Les Trois Royaumes.

Cao Cao reçoit pour prénom « tabou » Cāo (), pour prénom d’enfance Ā-Mán (), et pour prénom social Mèngdé (). Cao Cao aurait également été appelé Jí Lì ()Chroniques des Trois Royaumes citant la Biographie de Cao le Fourbe, Chronique des Wèi, livre 1..

Enfance et jeunesse Lors de son enfance, Cao Cao se montre brillant. Il est cependant plus connu pour sa roublardise et sa débauche que pour ses talents politiques et littéraires. Selon la Biographie de Cao le Fourbe, également repris dans le roman Les Trois Royaumes, Cao Cao se complaît dans la chasse et la musique en compagnie de Yuan Shao. Cette situation déplait à son oncle qui reproche régulièrement à Cao Song son indulgence envers son fils. Un jour, Cao Cao fait semblant d’avoir une attaque devant son oncle, lequel se précipite pour en informer Cao Song. Lorsque celui-ci vient voir son fils, il le trouve en parfaite santé et s’en étonne. Cao Cao lui dit : « Je n’ai jamais souffert d’aucune maladie de cette sorte, mais j’ai perdu l’affection de mon oncle, et celui-ci t’a trompé. » À la suite de cet épisode, Cao Song cesse de prêter attention à tout ce que l’oncle puisse lui dire, et Cao Cao se fait de plus en plus téméraire.

Les Anecdotes contemporaines et nouveaux propos de Liu Yiqing, Liú Yìqìng « shì shuì xīn yǔ » - Disponible sur Wikisource dans le chapitre Duperie et fourberie narrent une anecdote selon laquelle dans leur jeunesse, Cao Cao et Yuan Shao font irruption dans une cérémonie de mariage, et crient : « Au voleur ! » Tous les invités sortent dans le jardin, et profitant de la confusion, Cao Cao enlève la mariée, la violeLe caractère , jíe, très formel, possède un sens extrêmement large, incluant « voler », « piller », « contraindre », « imposer », « menacer », « désastre », « malheur », etc. sous la menace d'un couteau, imité ensuite par Yuan Shao. En partant, Yuan Shao se prend dans les ronces d'un oranger, zhǐ, est un oranger à feuilles trifoliées. et ne peut bouger. Cao Cao crie alors : « le voleur est ici ». Finalement, Yuan Shao parvient à s'extirper et à s'enfuir.

En raison de son comportement débauché, peu de personnes s’intéressent vraiment au talent de Cao Cao, en dehors du commandant Qiao Xuan, réputé d’après les Annales des Han de Zhang Fan, Zhāng Fán « Hàn jì » pour son impartialité et par le Livre du Wei pour évaluer correctement le potentiel des gens. Qiao Xuan assoit la réputation de Cao Cao en reconnaissant ne jamais avoir vu un tel talent, et lui conseille de faire partie du cercle des connaissances de Xu Zijiang (le devin Xu Shao dans le roman Les Trois Royaumes) afin de faire connaître son nom.

Selon les Chroniques de Sun Sheng, Sūn Chéng « Zájì », Cao Cao aurait un jour demandé à Xu Zijiang : « Quelle sorte de personne suis-je ? ». Xu Zijiang aurait au début refusé de lui répondre, puis pressé à plusieurs reprises lui aurait dit : « En temps de paix, tu serais un ministre capable, en temps chaotiques tu serais un héros félon. » Un jiānxióng (), littéralement « félon héros », désigne une personne pour qui la fin justifie les moyens, surtout du point de vue de sa carrière.. Flatté, Cao Cao éclate de rire. C'est cette scène, qui apparaît également dans le roman Les Trois Royaumes, qui a valu à Cao Cao son surnom de « Héros du chaos » ou « Héros des temps chaotiques » ().

Carrière de mandarin

À vingt ans, Cao Cao est cité pour sa piété filiale et son incorruptibilité. Il est fait mandarin et reçoit la magistrature du district nord de Luoyang, alors la capitale. Selon la Biographie de Cao le Fourbe, Cao Cao n'hésite pas à faire fouetter à mort tous ceux qui ne respectent pas le couvre-feu, indépendamment de son rang ou de sa richesse. Jian Shuo, eunuque favori de l'empereur Lingdi, viole le couvre-feu et est exécuté. Cao Cao accumule alors les rancunes d'autres mandarins qui le recommandent pour qu'il soit muté hors de la capitale, dans le district de Dunqiu.

Cao Cao est ensuite promu à Yilang. Selon le Livre du Wei, Wèi shū - Disponible sur Wikisource, vers cette époque, le grand général Dou Wu et le grand tuteur Chen Fan tentent de s’en prendre aux eunuques. Mais ces derniers les font tomber en disgrâce. Cao Cao écrit alors un mémoire à l’empereur dans lequel il fait l’apologie de la probité de Dou Wu et Chen Fan, et se montre extrêmement critique envers le climat de traîtrise et d’iniquité qui règne à la Cour. L’empereur Lingdi s’en fâche et fait publier un édit déclarant que « quiconque présente un mémoire critiquant l’inefficacité du gouvernement dans les affaires locales et régionales se verra considéré comme un semeur de rumeurs et sera démis de ses fonctions. » Cao Cao envoie néanmoins un nouveau mémoire qui expose les failles des Trois Ministères qui dans leurs édits se dérobent à leur devoir afin d’éviter tout conflit avec la noblesse. L’empereur, cette fois sensible aux arguments de Cao Cao, pense résoudre le problème par la dissolution des Trois Ministères, mais cette action ne fait qu’empirer la situation politique. Pensant la résolution de ces problèmes impossibles, Cao Cao ne dit plus rien.

Débuts militaires En 184 (dernière année de Guanghe et de Zhongping) éclate la révolte des Turbans Jaunes, une insurrection populaire où les paysans s'enroulaient une étoffe jaune autour de la tête en signe de ralliement avec la secte religieuse La voie de la grande paix mené par Zhang Jiao. Cao Cao est promu commandant de la cavalerie (, ) et est envoyé combattre les bandits du fleuve Yin. Il reçoit ensuite la chancellerie du pays de Ji'nan, lequel englobait alors dix districts. Selon le Livre du Wei, les mandarins recevaient alors de nombreux pots-de-vin et la corruption rendait toute administration efficace impossible. En outre, les bourgeois de la région au fil des siècles avaient fait construire de nombreux temples à leur nom. En prenant la direction de Ji'nan, Cao Cao écrit un mémoire pour faire déposer huit fonctionnaires corrompus et ce faisant, faciliter l'administration du pays. Il fait également interdire les sacrifices, fait démolir de nombreux temples et en fait exorciser les fantômes.

Cao Cao est ensuite rappelé pour être nommé Grand Administrateur du district de Dong (, ), mais il refuse cette promotion, et se fait passer malade pour rentrer dans son village natal. Selon le Livre du Wei, il craint alors que sa région natale n’ait à souffrir de ses critiques du pouvoir, et préfère être sur place pour la garder. Il fait construire une cabane en dehors des murs de la ville et s’en sert comme base pour étudier les classiques durant le printemps et l’été, et pour chasser à l’arc durant l’automne et l’hiver.

Peu après, l'inspecteur de Jizhou, Wang Fen, ainsi que Xu You de Nanyang et Zhou Jing de Peiguo montent un complot pour déposer l'empereur Lingdi et établir à sa place le marquis de Hefei. Ils tentent d'associer Cao Cao à leur entreprise mais ce dernier refuse, et le complot finit par échouer.

Cette même année, à Jincheng, deux hommes, Bian Zhang et Han Sui, assassinent l'inspecteur de la région et montent une rébellion à laquelle se joignent plus de cent mille personnes. Cao Cao reçoit la charge de « colonel qui s'occupe de l'armée » (, ).

En 189 ( de Zhongping), l'empereur Lingdi meurt et son fils aîné, Bian (l'Empereur Shaodi), lui succède.

Rébellion contre Dong Zhuo

La mère du nouvel empereur, l'impératrice douairière He, assure la régence. À cette époque, le frère de cette dernière, le maréchal He Jin, complote avec Yuan Shao contre les eunuques. Toutefois, ceux-ci bénéficient du soutien de l'impératrice, qui refuse de le leur retirer. He Jin décide donc d'appeler Dong Zhuo à la cour, avec l'intention d'utiliser ses troupes militaires pour faire pression sur sa sœur. Mais avant que Dong Zhuo n'atteigne Luoyang, He Jin se fait assassiner par les eunuques. Lorsque Dong Zhuo arrive dans la capitale, il dépose l'empereur Shaodi pour faire monter sur le trône le jeune frère de ce dernier, Xian, qu'il estime plus apte à régner. Puis, Dong Zhuo nomme Cao Cao « colonel de la cavalerie vaillante » (, xiāo qí jiào wèi) dans l'intention de s'associer ses talents de stratège. Néanmoins, Cao Cao préfère fuir la capitale et retourner vers son village natal, à l'est, en suivant les petites routes sous un nom d'emprunt (selon le Livre du Wei, il aurait déjà prévu la défaite de Dong Zhuo et ne désirait pas s'associer à lui). D'après diverses chroniques dont les avis divergent quant aux circonstances, il aurait été contraint de tuer la famille de Lü Boshe, un de ses vieux amis qui l'hébergeait (voir plus bas la section Citations attribuées à Cao Cao).

Dong Zhuo lance un mandat d'arrêt contre Cao Cao, qui est arrêté par des gardes suspicieux alors qu'il traverse Zhongmou. Il est reconnu par un des habitants de la ville qui se porte garant pour lui et le fait libérer. En arrivant à Qiao, il vend toutes ses possessions familiales afin de monter vers janvier 190 une armée contre Dong Zhuo. Selon l’Histoire du monde, Shì yǔ, Wei Zi de Chenliu lui vient en aide financièrement, ce qui lui permet d'ajouter cinq mille hommes à ses troupes.