vignette|Direction de la police de Berlin et monument de la Platz der Luftbrücke.
La direction de la police de Berlin (en allemand : Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API. ou , dans l'usage courant ) est un service de police du royaume de Prusse puis de l'Allemagne, créé en 1809 pour assurer la sécurité de la capitale. De 1949 à 1991, elle est partagée entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest. Elle dépend aujourd'hui de l'autorité sénatoriale à l'Intérieur et aux sports du Land de Berlin.
Historique Dans le royaume de Prusse (1809-1918) Fondation et développement vignette|gauche|Uniformes de la police berlinoises en 1804, gravure d'Albert Ballhorn, 1852.
La police de Berlin est créée en 1809, sous le règne du roi Frédéric-Guillaume III de Prusse. À l'origine, elle cumule les attributions de et de . Elle assure les services de police politique, police criminelle, police de voie publique, conscription, censure de la presse et des théâtres, ainsi que des fonctions d'assistance sociale, santé publique, voirie et prévention des incendiesAnke Boeck et al., "Pr.Br.Rep.30 Bln C Polizeipräsidium Berlin" in Quellen zur Geschichte der Juden in den Archiven der neuen Bundesländer - Band 3: Staatliche Archive der Länder Berlin, Brandenburg und Sachsen-Anhalt, K.G.Saur, München, 1999, p. 257.. Son premier chef, Justus Gruner (plus tard anobli comme « von Gruner »), est nommé le : il supprime la direction collégiale de la police et la remplace par une structure hiérarchisée. Le règlement de police du établit 4 secteurs territoriaux correspondant à Berlin-Ville, à Charlottenbourg, au Tiergarten (parc zoologique) et à l'arrondissement de Teltow-, supervisés par 4 départements : le service de police (Polizeiamt), le service des étrangers (Fremdenamt), compétent notamment pour les passeports, le bureau de la Sûreté (Sicherheitsbüro) et le bureau des Affaires générales (Geschäftsbüro). Gruner prévoyait 130 employés pour le bureau de la Sûreté, chiffre qui doit être réduit pour des raisons budgétaires. Il établit 24 commissariats et 30 « sergents de police » dirigés par 4 inspecteurs de police dont le plus ancien porte le titre de « commandant de l'équipe exécutive » (Kommandeur der Exekutivmannschaft). La police est habilitée à prononcer des peines corporelles allant jusqu'à 20 coups de bâton, d'emprisonnement jusqu'à 14 jours, des amendes jusqu'à 40 Reichsthaler, et à expulser de la ville les étrangers et les personnes sans emploi. Les policiers incompétents peuvent être démis de leurs fonctions et punisDominik Glorius, Im Kampf mit dem Verbrechertum: Die Entwicklung der Berliner Kriminalpolizei von 1811 bis 1925, Berliner Wissenschafst-Verlag, 2016, p. 46-47.. vignette|150px|Le préfet Justus von Gruner, toile de J. S. L. Halle, v. 1811. Une certaine rivalité oppose la police berlinoise à la gendarmerie, dépendant de l'armée prussienne et qui compte 50 hommes dans la capitale. Les policiers portent un uniforme de type militaire, gris fer puis, à partir de 1810, bleu sombre, avec casque et sabre. Pour les missions secrètes, désignées sous le nom de « haute police », ils peuvent opérer en civil avec une médaille cachée sous sa veste, portant l'aigle prussien et inscription « Polizei von Berlin » : cela comprend la lutte contre les espions français et autres ennemis intérieurs. La « haute police », dirigée par Gruner en personne avec 3 assistants, s'appuie sur un réseau d'informateurs et d’indicateursDominik Glorius, Im Kampf mit dem Verbrechertum: Die Entwicklung der Berliner Kriminalpolizei von 1811 bis 1925, Berliner Wissenschafst-Verlag, 2016, p.48-49..
Parallèlement à ses fonctions publiques, Gruner soutient les organisations patriotiques qui s'opposent à la domination de la France napoléonienne après les traités de Tilsit. Le , le chancelier Karl August von Hardenberg promeut Gruner à la direction générale de la haute police pour toute la Prusse. Mais, à la suite du traité d'alliance franco-prussien signé le , dirigé contre la Russie, Hardenberg doit écarter du service les personnalités les plus opposées à la politique française. Gruner s'exile à Prague où il travaille comme agent d'influence du tsar Alexandre ; il est arrêté le , sous la pression des Français, par les autorités autrichiennesAllgemeine Deusche Biographie, Gruner, Justus von (preußischer Staatsmann)..
Le , un accord est signé entre Diederich Friedrich Carl von Schlechtendal, successeur de Gruner à la préfecture, et Caspar Heinrich Schoenemark, président du tribunal de Berlin, autorisant la police à intervenir de sa propre initiative si elle a connaissance d'un méfait en cours ; dans tout autre cas, elle n'intervient qu'à la demande du juge, mais elle peut arrêter un suspect et le placer en détention avant d'en référer au juge d'instruction. Le partage des compétences entre police et justice reste cependant contestéDominik Glorius, Im Kampf mit dem Verbrechertum: Die Entwicklung der Berliner Kriminalpolizei von 1811 bis 1925, Berliner Wissenschafst-Verlag, 2016, p.53-57..
De la révolution de 1848 à l'unité allemande vignette|gauche|Uniformes de la police berlinoises au milieu du siècle, gravure d'Albert Ballhorn, 1852. vignette|125px|Moritz von Bardeleben, préfet de juin à novembre 1848.
Pendant la révolution allemande de 1848, trois chefs de police se succèdent en moins d'un an. Le roi Frédéric-Guillaume IV instaure, le , une « troupe royale de protection » (Königliche Schutzmannschaft) chargée du maintien de l'ordre :
La Schutzmannschaft, de recrutement en grande partie local, montre des sympathies pour le mouvement démocratique mais rentre dans le rang lorsque l'armée prussienne intervient pour étouffer le mouvement révolutionnaire. Symboliquement, en 1852, la Schutzmannschaft (plus tard Schutzpolizei) adopte le casque à pointe imité de celui de l'armée. Les policiers restent cependant exempts de service militaireHsi-Huey Liang, Die Berliner Polizei in der Weimarer Republik, Walter de Gruyter, 1977, p. 26-28..
La censure des publications et spectacles, instaurée par Frédéric II en 1749, avait été renforcée sous le gouvernement autoritaire du chancelier Hardenberg en 1820. Elle dépendait du ministère de l'intérieur avec des services distincts pour les théâtres royaux et les théâtres privés. La révolution de 1848 s'accompagne d'une prolifération des nouveaux spectaclesHeinrich Hubert Houben, Polizei und Zensur, Unikum, 2012, p. 101 à 103.. La censure préalable est abolie par un édit du ; cependant, à partir du , le nouveau préfet Karl Ludwig Friedrich von Hinckeldey, une des figures les plus marquantes de l'ère réactionnaire qui suit la révolution, envoie régulièrement ses inspecteurs assister aux représentations pour signaler tout risque de trouble à l'ordre publicHeinrich Hubert Houben, Polizei und Zensur, Unikum, 2012, p. 103-104.. Pendant l'été 1850, un conflit de compétence oppose le préfet de police au haut président de la province de Brandebourg, celui-ci s'estimant seul responsable de la surveillance des spectaclesHeinrich Hubert Houben, Polizei und Zensur, Unikum, 2012, p. 104.. Le , Hinckeldey obtient une ordonnance qui rétablit une censure unique des théâtres royaux et sous privilègeHeinrich Hubert Houben, Polizei und Zensur, Unikum, 2012, p. 113..
À partir de 1866, la police berlinoise utilise le fourgon cellulaire, voiture à chevaux de couleur verte, familièrement appelée « Minna la verte » (« Grüne Minna »). En 1873 est créée la police de circulation : les agents en service portent un brassard et un shako blancs, ce qui leur vaut le surnom de « souris blanches » (« Weiße Mäuse »).
De 1906 à 1945, la circonscription de police du Grand Berlin est désigné par l'abréviation IA qui figure aussi sur les plaques d'immatriculation.
vignette|300px|Alexanderplatz avec la préfecture de police (en rouge au centre), v. 1900.
La population urbaine augmente rapidement, dépassant les deux millions d'habitants en 1907. Les affaires criminelles deviennent plus nombreuses et plus complexes : le département des fraudes commerciales passe d'une à deux, puis trois sections avant 1914. La préfecture a du mal à trouver des employés ayant un niveau d'éducation suffisant, ceux-ci préférant les carrières commerciales ou techniques mieux rémunérées : aussi les inspecteurs sont-ils souvent recrutés parmi les sous-officiers de l'arméeDominik Glorius, Im Kampf mit dem Verbrechertum: Die Entwicklung der Berliner Kriminalpolizei von 1811 bis 1925, Berliner Wissenschafst-Verlag, 2016, p. 296-297..
La rapide croissance industrielle s'accompagne de conflits sociaux, généralement de gravité limitée. La police intervient pour disperser une manifestation de chômeurs devant le palais royal en 1892, une émeute dans le quartier de Moabit en 1910, et, en 1905, pour protéger un convoi de briseurs de grève débarquant à la gare de Silésie pour travailler dans une cimenterie. L'apparition d'une dizaine de policiers suffit pour calmer les manifestations ouvrières, le mouvement social-démocrate restant profondément légalisteHsi-Huey Liang, Die Berliner Polizei in der Weimarer Republik, Walter de Gruyter, 1977, p. 32-35..
Dans l'État libre de Prusse (1918-1933) Police et révolution vignette|gauche|300px|Policiers armés de fusils et de mitrailleuses, derrière une barricade, prêts à combattre les spartakistes. « Activités ennemies », fiche du War Department américain, 1919.
Pendant la révolution allemande de 1918-1919, la police berlinoise est au centre des affrontements qui opposent les révolutionnaires de la Ligue Spartakus, du Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USDP) puis du Parti communiste d'Allemagne (KPD) aux forces gouvernementales et aux corps francs (Freikorps) monarchistesHsi-Huey Liang, Die Berliner Polizei in der Weimarer Republik, Walter de Gruyter, 1977.Pierre Broué, Révolution en Allemagne (1917-1923), Éditions de Minuit, 1971..
Au début de , les manifestations, mutineries et grèves se multiplient contre la poursuite de la guerre et contre le régime de Guillaume II. Le , les manifestants rassemblés à l'appel de l'USPD, scission de gauche du Parti social-démocrate (SPD) s'emparent de la préfecture de police : Emil Eichhorn, chef de l'USPD, s'installe dans les fonctions de préfet. Les manifestants encerclent ensuite le Reichstag (parlement) où la République allemande est proclamée. Le gouvernement provisoire, le Conseil des commissaires du peuple, confirme la nomination d'Eichhorn comme préfetPierre Broué, Révolution en Allemagne (1917-1923), Éditions de Minuit, 1971, « Berlin, 9 novembre »..
vignette|300px|Assaut de la préfecture de police de Berlin tenue par les partisans de la Ligue Spartakus le 12 janvier 1919, The New York Times, 1919.