Danielle Darrieux, née le à Bordeaux en Gironde et morte le à Bois-le-Roi dans l'Eure, est une actrice et chanteuse française.

Au cours d'une des plus longues carrières cinématographiques , elle a traversé l’histoire du cinéma parlant de 1931 à 2010.

Au début de sa carrière, Danielle Darrieux passe des rôles de jeunes filles ingénues dans des comédies musicales à ceux de jeunes filles romantiques de drames historiques (Marie Vetsera dans Mayerling en 1936, Catherine Yourevska dans Katia en 1938). On la voit ensuite notamment dans les mélodrames et les comédies d'Henri Decoin, dont Abus de confiance (1938), Retour à l'aube (1938), Battement de cœur (1939), Premier Rendez-vous (1941), La Vérité sur Bébé Donge (1952) et surtout les films de Max Ophuls, qui, après la bourgeoise de La Ronde, lui fera jouer une prostituée dans Le Plaisir et une aristocrate dans Madame de.... Elle tourne également pour Jacques Demy dans deux comédies musicales Les Demoiselles de Rochefort (1967) et Une Chambre en ville (1982) pour lequel elle est nommée au César de la meilleure actrice dans un second rôle, l'année suivante. Elle renoue avec le genre vingt ans plus tard avec Huit Femmes de François Ozon qui lui vaut une seconde nomination dans la même catégorie.

La comédienne mène également une carrière internationale, qui la conduit en Italie, au Royaume-Uni, et aux États-Unis où elle tourne pour Universal Studios, la MGM et United Artists. Vingt ans avant Brigitte Bardot, cette comédienne imposait ses initiales : DD.....

Biographie Enfance Née au sein d'une famille de mélomanes, Danielle Yvonne Marie Darrieux. voit le jour à Bordeaux mais passe son enfance à Paris. Son père Jean Darrieux, bordelais, est ophtalmologue ; sa mère Marie-Louise Darrieux-Witkowski qui a des ascendances alsacienne, polonaise et provençale (familles Witkowski, Boitel, Ehrenpfort, Bez, Guigues, Imbert), est une célèbre cantatrice.. Elle a un frère cadet, Olivier (1921-1994), qui deviendra lui aussi acteur.

La mort prématurée de son père d'une crise cardiaqueDanielle Darrieux sur Encinémathéque.net., alors qu'elle n'a que sept ans, contraint sa mère à donner des leçons de chant pour subsister. Danielle Darrieux en retire très tôt un goût prononcé pour la musique. Elle est dotée d’une voix menue, mais juste et claire. Elle prend également des cours de violoncelle et de piano, puis, à quatorze ans, entre en classe de violoncelle au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

Débuts Par l’intermédiaire du mari d’une élève de sa mère, Marie Serta, elle apprend que deux producteurs, Delac et Vandal, cherchent une héroïne de treize ou quatorze ans pour leur prochain film. Elle se présente aux studios d’Épinay et fait des essais qui se révèlent concluantsDanielle Darrieux, avec le concours de Jean-Pierre Ferrière, Ramsay Cinéma, Paris, 1995 .. Elle débute à dans Le Bal (1931) de Wilhelm Thiele et, séduisant les producteurs par son allant et sa spontanéité, elle obtient immédiatement un contrat de cinq ans. Ne pensant pas alors exercer le métier d'actrice, elle n'a jamais pris de cours d'art dramatique, préférant entrer à l'École commerciale, puis prendre des cours de dessin à l'académie Julian, tout en continuant à jouer du violoncelle, son « violon d'Ingres ».

Sa carrière commence avec des rôles de gamine facétieuse et fantasque aux côtés d'acteurs populaires du cinéma français d'avant-guerre : Jean-Pierre Aumont, Henri Garat, Pierre Mingand et surtout Albert Préjean avec qui elle forme, en six films, le couple de charme des comédies musicales françaises des années 1930 (La crise est finie, Dédé, etc.). Elle tourne dans plusieurs productions franco-allemandes de l'entre-deux-guerres, allant de Paris à Berlin et parfois à Prague et à BudapestPhilippe d'Hugues, « Danielle Darrieux, talent, gloire et beauté », Le Figaro, vendredi 20 octobre 2017, page 31.. Dès son premier film, elle chante et crée, dans bon nombre de ses films (bien souvent des compositions de Georges van Parys), des chansons populaires qui deviendront des succès : La crise est finie, Un mauvais garçon, Une charade et Premier rendez-vous.

Durant cette période, elle tourne dans Mauvaise Graine (sorti en 1934), co-réalisé par Alexander Esway et par un scénariste autrichien exilé fuyant l’Allemagne nazie, Billy Wilder, et tourné en décors naturels dans les rues de Paris. « C’était une sorte de film d’avant-garde » dira WilderBilly Wilder par Jerome Jacobs, Rivage/Cinéma . dont c'était le premier film.

Elle devient, en 1935, l'épouse du réalisateur Henri Decoin, rencontré un an plus tôt lors du tournage de L'Or dans la rue.. Il lui fait tourner des comédies comme J'aime toutes les femmes, Le Domino vert, Mademoiselle ma mère On la surnomme alors « la fiancée de ParisNoir & blanc - 250 acteurs du cinéma français 1930-1960, Danielle Darrieux, Flammarion . » et elle rencontre déjà le succès :

vignette|gauche|redresse=0.9|La Coqueluche de Paris (1938). vignette|redresse=0.9|Également dans La Coqueluche de Paris.

Toujours en 1935, Anatole Litvak lui offre un rôle plus dramatique. Dans Mayerling, elle interprète une fragile et touchante comtesse Marie Vetsera aux côtés de Charles Boyer, déjà star en Amérique du Nord. Le film connaît un succès mondial qui lui ouvre les portes d’Hollywood : elle signe un contrat de 7 ans avec les studios Universal. En , accompagnée de son mari, elle s’embarque pour Hollywood à bord de Normandie pour aller tourner son premier film américain en 1938, La Coqueluche de Paris avec Douglas Fairbanks Jr.. Nino Frank, journaliste, déclare : Mais très vite elle s’ennuie à Hollywood et préfère casser son contrat. Elle rentre en France à bord de Normandie au mois de .

Entre-temps, Danielle Darrieux a déjà tourné dans le film de Maurice Tourneur, Katia, qui exploite le succès et la magie de Mayerling. Henri Decoin confirmera également le talent dramatique de Danielle Darrieux avec Abus de confiance et Retour à l'aube, et surtout, profitant de son expérience acquise aux États-Unis, il tourne Battement de cœur.

Danielle Darrieux déclare à propos d'Henri Decoin :

Les trois derniers films de Decoin sont des succès et Darrieux est l’une des vedettes les plus populaires du moment.

Darrieux tourne un nouveau film avec Decoin, Coup de foudre, mais la guerre est déclarée et le film interrompu restera inachevé. Elle séjourne avec lui dans une villa au style basque à Saint-Palais-sur-Mer (près de Royan, en Charente-Maritime) surplombant la plage de Nauzan.

Années de guerre Divorcée d’Henri Decoin, en 1941, avec qui elle conservera toujours des relations amicales, Danielle accepte, la même année, de tourner dans Premier Rendez-vous pour la Continental.

Le film et la chanson éponyme connaissent un énorme succès.

Elle rencontre Porfirio Rubirosa, , ambassadeur de la République dominicaine, qui sera soupçonné d’espionnage contre l’Allemagne au point d’être interné à Bad Nauheim (Haute-Hesse). Alfred Greven, directeur de la Continental, exige de Danielle Darrieux, si elle ne veut pas que , de tourner deux autres films, Caprices et La Fausse Maîtresse, qui sont des succès.

Elle fait également partie du voyage à Berlin de (dans ce qui sera appelé le « train de la honte ») en compagnie d’autres acteurs français sous contrat avec la Continental, dont Albert Préjean, René Dary, Suzy Delair, Junie Astor et Viviane Romance, Les Actualités mondiales, , (à partir de ) Ina.... Dans un documentaire diffusé sur Arte au début des années 1990, elle déclare qu’elle n'est partie en Allemagne qu'après un accord avec les Allemands l'assurant de pouvoir rencontrer son fiancé incarcéré Porfirio Rubirosa.. On lui reprochera cependant ce voyage.

Une fois son fiancé libéré, elle rompt son contrat avec la Continental, et l'épouse en à VichyL'Ouest-Éclair : journal quotidien d'informations, politique, littéraire, commercial du 21 septembre 1942.. Ils passent la fin de la guerre en résidence surveillée à Megève puis, sous un faux nom, dans la région parisienne. Elle n'est que peu inquiétée à la Libération, notamment grâce au statut diplomatique de son époux.

Après-guerre vignette|redresse|Photographie publicitaire de Danielle Darrieux pour L'Affaire Cicéron (1952).

Après trois ans d’interruption, Danielle Darrieux revient à l’écran décidée à tourner la page des rôles de jeunes filles écervelées de ses débuts.

Après quelques années un peu grises, elle se remarie une troisième et dernière fois le avec Georges Mitsinkidès avec qui elle adopte son unique filsMathieu Mitsinkidès (1958-1998) épouse Sylvie, fille des acteurs Jean Poiret et Françoise Dorin. Mathieu., et commence une seconde carrièreLe Cinéma - Grande histoire illustrée du . Volume 3. Éditions Atlas..

Jean Cocteau avait envisagé, quelques années plus tôt, d’adapter La Princesse de ClèvesCocteau et le Cinéma - Désordres, Philippe Azoury, Jean-Jacques Lalanne, Cahiers du Cinéma – Centre Pompidou, . avec Danielle Darrieux. Après quelques films mineurs, il fait appel à elle pour interpréter la reine d’Espagne dans Ruy Blas (1948) de Pierre Billon avec Jean Marais. Mais c’est Claude Autant-Lara qui, l’employant différemment, lui donne l’occasion de renouer avec le succès avec trois films, un vaudeville Occupe-toi d'Amélie (1949), où elle joue une femme entretenue de la Belle Époque, dans Le Bon Dieu sans confession (1953) où, rouée et ambiguë, elle interprète la garce assumée et Le Rouge et le Noir.

À nouveau, Henri Decoin la sollicite et l’impose dans un rôle très noir dans La Vérité sur Bébé Donge (1952) avec Jean Gabin où elle incarne une épouse aimante et bafouée qui devient une meurtrière statufiée. Elle fera deux autres films avec Decoin, un polar, Bonnes à tuer, et un film historique, L'Affaire des poisons, où elle incarne Madame de Montespan.

Dans les années 1950, elle retrouve Hollywood pour quelques films. Elle chante et danse dans une comédie musicale aux côtés de Jane Powell dans Riche, jeune et jolie. Elle est choisie par Joseph Mankiewicz pour incarner la comtesse Anna Slaviska dans L'Affaire Cicéron avec James Mason, elle joue également la mère de Richard Burton (pourtant son cadet de sept ans seulement) dans Alexandre le Grand (1956) de Robert Rossen.

Un grand directeur d’actrices va exploiter son talent de tragédienneCinéma Français, Vincent Pinel, Éditions Cahier du Cinéma. et, revenu de son exil américain, Max Ophuls fait de Darrieux, au début des années 1950, son égérie.

Elle tourne dans trois films majeurs : La Ronde (1951) où elle incarne une épouse infidèle que ni son mari ni son amant ne parviennent à satisfaire ; Le Plaisir (1952) et surtout Madame de... Film qui commence comme une comédie légère et sombre dans le drame. Danielle Darrieux y est comparée à Dietrich et à GarboEncyclopédie Alpha du cinéma, volume 5 Le Drame psychologique..

Karl Guérin écrira sur cette collaboration :

Elle tourne aussi avec les plus grands acteurs de l’époque, tels Jean Gabin, Jean Marais, Jeanne Moreau, Bourvil, Fernandel, Michèle Morgan… Elle donne également la réplique à Gérard Philipe dans deux adaptations de classiques de la littérature, en amoureuse éplorée dans Le Rouge et le Noir (1954) de Claude Autant-Lara d’après Stendhal et en femme d’affaires mêlant autorité et séduction dans Pot-Bouille (1957) de Julien Duvivier d’après Zola, deux énormes succès.

Sous la direction de DuvivierJulien Duvivier, le mal aimant du cinéma français, Éric Bonnefille, tome 2 : 1940-1967, L'Harmattan ., elle est entourée d’acteurs comme Paul Meurisse, Lino Ventura, Serge Reggiani, Bernard Blier… dans un huis clos dramatique, Marie-Octobre (1959), dans lequel elle incarne une résistante. Elle tournera encore avec Marcel L'Herbier, Sacha Guitry, Christian-Jaque, Marc Allégret, Henri Verneuil, etc.

Années 1960 et 1970