Pierre Fromont, né à Rigny-le-Ferron (Aube) le et mort à Paris le , est un universitaire français.

Ancien élève de l'École normale supérieure, il enseigne l'économie politique et spécialement l'économie rurale, comme professeur à la faculté de droit de Rennes (depuis 1928), puis à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris (depuis 1942) et à l'Institut national agronomique de Paris (depuis 1942) jusqu'à sa mort à Paris le . Très proche des milieux agricoles, il a été membre du Conseil économique au titre de la « Pensée française » de 1948 à 1952, membre de l'Académie d'agriculture à partir de 1947, directeur du Figaro agricole de 1953 à 1959.

Biographie

Durant les années trente, Pierre Fromont, qui s'était marié en 1924 et avait deux fils, Philippe (1928-2008) et Michel (né en 1933), s'est contenté d'écrire des articles de caractère technique principalement dans des revues économiques, notamment la Revue d'économie politique, ou dans des revues agricoles, notamment le Journal d'agriculture pratique. Durant la guerre, Pierre Fromont s'est abstenu d'écrire pour éviter la censure.

Après la guerre, il publie dans la presse beaucoup de textes de vulgarisation sur les problèmes économiques de l'agriculture et du monde rural. Dans la presse quotidienne, il écrit dans Le Monde de 1944 à 1948, où il est confronté à la très grave crise frumentaire de l'après-guerre en Europe.

Puis, à la suite de désaccords avec la ligne politique suivie par le directeur de ce journal, Hubert Beuve-Méry, il écrit dans Le Figaro de 1951 à 1959 à raison d'un article en première page chaque mois. Il écrit également beaucoup dans la presse agricole, notamment dans La France agricole de 1945 à 1950 et Le Figaro agricole de 1952 à 1959.

Son enseignement de l'économie rurale est exposé principalement dans les cours polycopiés de la faculté de droit de Paris de 1942 à 1957. Les thèmes variaient chaque année. Selon les années, ces cours portaient sur les problèmes de la production agricole et de sa modernisation, les échanges intérieurs, le commerce international. Les dernières années, ils ont porté principalement sur les économies rurales étrangères et aussi sur le progrès agricole tant au Moyen Âge qu'au cours des derniers siècles.

Enfin, si l'on met de côté un livre portant sur une matière étrangère à l'économie rurale, la démographie., le résultat des recherches de Pierre Fromont se retrouve principalement dans deux ouvrages. Le premier a pour titre Économie rurale.; il devait être le d'un traité général d'économie rurale ; il porte principalement sur l'entreprise agricole et parut en 1958. Le deuxième livre est un ouvrage posthume qui s'efforce de combler l'absence du qui n'a pas vu le jour du fait du décès du professeur Pierre Fromont en 1959 ; il s'intitule Problèmes d'économie rurale. et est paru en 1963 ; il a été réalisé par un disciple du maître de l'économie rurale, Démosthène Nacou, ingénieur du CNRS. C'est un recueil des meilleurs articles publiés dans les revues et dans la presse ; il porte principalement sur les relations entre les entreprises agricoles et les autres acteurs de la vie économique tant dans le cadre national (enseignement agricole, statistiques et comptabilité agricoles, financement de l'agriculture, progrès technique, coopération agricole, organisation des marchés agricoles, ) que dans le cadre international (commerce international, pays sous-développés, Marché commun européen).

Pensées Plusieurs économistes, René Courtin.., François Houillier., Henri Denis. et Démosthène Nacou. ont consacré des articles à l'œuvre de Pierre Fromont après sa mort. La lecture des deux livres de Pierre Fromont sur l'économie rurale et des articles qui viennent d'être cités permet de mettre en lumière les principales idées qui dominent cette œuvre.

La loi de la population agricole décroissante Le livre Économie rurale commence dès sa première page par une véritable confession : . Il précise alors immédiatement la cause majeure de cette sympathie : .

Du fait de l'inélasticité des besoins alimentaires de l'homme, le surplus de produits alimentaires créés par le progrès technique ne trouve pas preneur, ce qui incite une partie des producteurs agricoles à cesser d'être agriculteurs. C'est la loi de la population agricole décroissante à laquelle Pierre Fromont consacre le du même livreet à laquelle il avait déjà consacré une dizaine de pages dans son livre Démographie économique. Il montre que cet exode n'est pas un signe de décadence, mais, qu'il est, au contraire, l'effet normal de l'accroissement de la productivité des agriculteurs, c'est-à-dire du progrès agricole. Pierre Fromont distingue d'ailleurs deux sortes d'exode affectant les agriculteurs, l'exode agricole qui consiste pour des agriculteurs à exercer une activité professionnelle autre que l'agriculture sans toutefois quitter la campagne et l'exode rural qui consiste à abandonner leur activité agricole et à aller s'établir en ville.

Le particularisme de l'activité agricole Pierre Fromont a beaucoup insisté sur les particularités du producteur agricole et de son entreprise. Certes quelques particularités tendent à disparaître ou à s'atténuer beaucoup : l'autarcie, car autrefois, le village fournissait pratiquement tout ce dont le paysan avait besoin à quelques exceptions près (y compris les vêtements, les outils et les moyens de construction), également le goût de l'épargne, et donc une certaine réticence à emprunter des capitaux pour améliorer sa productivité, enfin le contact avec le monde vivant des plantes et des animaux, ce qui explique sa patience et sa ténacité et le caractère familial de l'exploitation agricole qui permet d'associer sa descendance aux travaux et à la gestion de l'entreprise.

Les particularités qui sont persistantes, ou même qui s'affirment de plus en plus, sont la juxtaposition des travaux manuels et de la gestion de l'exploitation, également la volonté des agriculteurs de mettre en commun une partie de leur activité, malgré un individualisme traditionnel, tels que l'achat et l'utilisation en commun de machines, d'engrais et de semences, le stockage et la vente en commun de leur production, ou encore, la mise en commun de leurs réflexions sur la politique d'investissement et de production de leurs exploitations. De même, l'agriculteur des rencontre encore quelques difficultés à s'informer des progrès des méthodes et du matériel à utiliser, l'État et les organisations agricoles manquant souvent de dynamisme en ce domaine.

Le plaidoyer en faveur de l'enseignement agricole Pour le professeur Pierre Fromont, la formation des hommes commande le développement de toute activité économique. Or précisément, l'agriculture n'a jamais bénéficié d'un grand effort de la part de l'État en ce domaine. Il suffit de comparer les crédits consacrés à l'enseignement agricole avec ceux de l'enseignement industriel et commercial. Ainsi, selon un manuscrit rédigé en , intitulé Programme pour l'organisation de l'enseignement et des recherches agricoles et adressé aux nouveaux dirigeants de la France, il dénonçait l'insuffisance de la participation de l'État à la formation professionnelle des agriculteurs ; certes il se fondait sur des chiffres déjà anciens (du fait des perturbations dues à la guerre), mais qui ne lui semblaient pas avoir beaucoup évolué depuis leur établissement : en 1933, de francs étaient attribués à l'enseignement agricole et à l'enseignement industriel et commercial.

Selon lui, il importe de faire accéder les agriculteurs à la modernité et dans ce but, il propose un programme ambitieux : pour la recherche, créer un Centre national de recherches agronomiques et une dizaine de centres régionaux ; pour l'enseignement des jeunes, prévoir une dizaine de grandes écoles nationales (du type de l'Agro), créer une soixantaine d'écoles de niveau intermédiaire dans les départements et enfin, mettre sur pied un réseau d'écoles cantonales qui ne fonctionneraient que l'hiver, mais qui devraient accueillir tous les jeunes ruraux pour une première initiation aux méthodes modernes de culture, d'élevage et de gestion d'une entreprise familiale ; enfin, pour la vulgarisation et l'information des adultes, l'agent essentiel serait le conseiller agricole cantonal qui n'est autre que l'enseignant principal et l'animateur des écoles cantonales d'agriculture dont il souhaite la création.

Dans ses deux livres sur l'économie rurale, le professeur Fromont donne des exemples concrets des lacunes de la formation actuelle des agriculteurs, qu'il s'agisse des connaissances sur les nouveaux instruments de culture (semences, engrais, matériels, etc.), sur l'amélioration des méthodes de culture, et surtout des connaissances en économie, notamment le calcul de la rentabilité des investissements et la prévision des coûts et des recettes probables de la culture et de l'élevage. De plus, il compare fréquemment les insuffisances de la recherche et de la diffusion des connaissances en France avec les effets positifs produits par une recherche et un enseignement agricoles plus développés comme on peut l'observer dans certains pays comparables, notamment le Danemark, la Suisse, la Hollande, l'Allemagne, l'Amérique ou même l'Union soviétique.

Le regard au-delà des frontières nationales Une des constantes des réflexions de Pierre Fromont est son souci de connaître les problèmes et les solutions dans d'autres pays que la France. Non seulement, il a suivi l'évolution de quelques pays de même développement que la France, notamment l'Allemagne, le Danemark, la Hollande, la Suisse et les États-Unis pour la comparer avec celle de la France, mais encore il s'est intéressé à deux problèmes qui se posaient avec acuité durant les dernières années de sa vie, le sort des pays sous-développés et l'union de l'Europe comme le montrent les de Problèmes d'économie rurale.

En 1954, à la suite d'un voyage auprès de la faculté de sciences économiques de l'Université du Caire, Pierre Fromont consacre à l'agriculture égyptienne la moitié de son cours d'économie rurale à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris et la publie sous la forme d'une brochure de . ; il expose successivement les problèmes techniques, notamment ceux de l'eau, des semences, des engrais, des nouvelles cultures, (particulièrement des cultures pour l'exportation tels que le coton et le maïs), les problèmes économiques, principalement ceux dus à l'insuffisance quantitative de terres cultivables disponibles et au choix de nouvelles méthodes de culture, et les problèmes sociaux, notamment ceux dus à l'extrême pauvreté du paysan égyptien (la majorité a moins d'un hectare à cultiver) que la réforme agraire de Neguib de 1952 n'a pas suffi à éliminer.