Satu Mare (en hongrois Szatmárnémeti, en allemand Sathmar, en yiddish ) est une ville de Transylvanie, en Roumanie, chef-lieu du județ de Satu Mare, dans la région de développement du nord-ouest.
Située à proximité des frontières ukrainienne et hongroise, Satu Mare est un important centre économique et culturel.
Ville de (2011), elle comporte une importante minorité hongroise et d'autres communautés linguistiques, partagées entre plusieurs obédiences chrétiennes, toutes d'implantation ancienne. À la suite de la chute du communisme en Roumanie, une forte migration a eu lieu dans plusieurs villes de la Roumanie. Satu Mare est concernée. Elle comporte notamment une diaspora moyennement forte en France et en Italie.
Toponymie
Selon les sources hongroises et allemandes, , en roumain , vient du patronyme , car la cite à l'emplacement de Satu Mare une localité fortifiée du : (le ). En 1925, les Roumains, pensant que vient de (), renommèrent ainsi la ville, selon ce qui est probablement une proximité phonétique mais une fausse étymologie. Quant à l'adjectif , il signifie « allemande »..
Géographie
Situation
Satu Mare est située au nord-ouest de la Roumanie, dans la plaine alluviale formée par le Someș, à une altitude moyenne de . La ville s'étend de nos jours sur les deux rives de la rivière, déviée dès le par un système de digues pour éviter les crues. Cependant, la cœur historique de la ville est situé sur la rive droite.
Satu Mare se trouve à de la frontière hongroise à l'ouest, à de la frontière ukrainienne au nord et à au nord-ouest de la capitale du pays, Bucarest. À l'époque communiste, Satu-Mare était à seize heures de train de Bucarest, ce qui a donné lieu à un dicton local : « Pourquoi les trains mettent-ils seize heures pour faire ? Pour montrer aux citoyens et aux touristes à quel point notre patrie est grandeRecueil de blagues de l'époque : Bancuri din iepoca odiosului, ed. Orientul Latin, Braşov, 1992 ! ».
Autres villes proches : à l'est, Baia Mare ; au sud-ouest, Oradea ; au sud-est, Cluj.
La municipalité de Satu Mare est composée de la ville de Satu Mare elle-même ( en 2002) et du village de Sătmărel (le « petit Satu Mare » en roumain, en 2002).
Climat Le climat est de type continental avec des saisons bien contrastées (hivers froids et neigeux, étés chauds et secs) dont la température moyenne annuelle est de (hivers , étés )Site de la ville de Satu Mare, repères géographiques. La moyenne annuelle des précipitations est de d'eau.
Administration
La ville de Satu Mare est divisée en 12 arrondissements (, Carpates (Carpați) I, Carpates II, Nouveau Centre, Horea, Cloșca, Crișan, Gelu, Menumorut, Sătmărel, Soleil (Soarelui) et Solidarité (Solidarității).
Justice
Satu Mare est le siège du tribunal du județ qui supervise les juridictions de Carei, Ardud, Negrești-Oaș, Tășnad et Livada. La ville est d'autre part le siège d'une cour d'appel, de tribunaux de commerce ainsi que d'un tribunal militaire.
Histoire
Peuplé dès l'âge de la pierre et l'âge du bronze, le site de Satu Mare a été habité par les Daces sans faire partie de l'Empire romain. La ville est citée dans la Gesta Hungarorum, chronique des premiers Magyars, comme appartenant au chef valaque Menumorout. Au , une citadelle du nom de Castrum Zotmar est citée. La première mention écrite de la ville apparaît sous le nom de Villa Zotmar dans un document de la cour de la reine Gisèle de Hongrie décidant de l'établissement de colons allemands à Mintiu (aujourd'hui un quartier de Satu Mare au bord du Someș).
La ville appartient au royaume de Hongrie jusqu'à l'effondrement de celui-ci en 1526 face aux Ottomans, lorsqu'elle passe aux Habsbourg puis à la principauté hongroise de Transylvanie. En 1543, elle est un fief de la famille Báthory qui règne sur la Transylvanie. De cette époque datent les dérivations du Someș pour former les douves de la citadelle construite sur la rive droite de la rivière. Les armées ottomanes l'assiègent en 1562 et lors de l'offensive de reprise de la citadelle par les Habsbourg, celle-ci est incendiée. La reconstruction s'effectue sur des plans de l'architecte italien Ottavio Baldigara sous la forme d'un pentagone doté de cinq tours de défense.
En 1623, le Prince Gabriel Bethlen de Transylvanie autorise des Juifs ashkénazes à s'installer comme tailleurs, bottiers, joaillers, usuriers, écrivains publics, notaires. En même temps que le judaïsme, la Réforme se répand en ville et les deux religions, tout comme la Contre-Réforme catholique, contribuent à la vie intellectuelle et à la publication d'écrits en latin, roumain, hongrois, allemand, yiddish, qui bénéficient désormais de l'imprimerie. Les deux noyaux urbains de Satu Mare et Mintiu sont réunis entre 1712 et 1715, union qui sera reconnue en 1721 par l'empereur (connu aussi sous le nom de ) qui donnera alors à Szatmárnémeti le statut de ville franche royale.
En 1711 est signée dans la ville la paix de Szatmár entre et les partisans hongrois du prince transylvain , qui transfère la ville de la principauté de Transylvanie à la Hongrie royale au sein de l'empire des Habsbourg. Pendant le , la ville s'urbanise rapidement. De cette époque subsistent le vieil hôtel de ville, de nombreux bâtiments civils et les églises grecque-catholique et réformée.
Le développement se poursuit au long du avec le pavage des rues en 1844, l'industrialisation (moulins, briqueteries, travail du bois, textile). Le commerce, la construction de lieux d'enseignement, d'hôpitaux, de parcs, l'installation de succursales bancaires, la création d'un réseau de tramways enrichissent la ville.
En 1804, un diocèse catholique est créé et, en 1858, une grande synagogue est élevée par la communauté juive.
Le développement des chemins de fer de l'Autriche-Hongrie fait de la ville un nœud ferroviaire entre Carei (1871), Sighetu Marmației (1872), Baia Mare (1894), Ardud (1900) et Bixad (1906), relié aux grandes métropoles de Budapest et Vienne.
Satu Mare n'est cependant pas le chef-lieu du comitat de Szatmár qui est situé à Carei. Avant la Première Guerre mondiale, la ville compte une forte majorité hongroise et une communauté juive de quelque (presque 20 % de la population totale)Histoire de la communauté juive de Satu Mare. La Dynastie hassidique de Satmar, célèbre pour son opposition radicale au sionisme, est originaire de cette ville. Quant aux Roumains, alors en majorité ruraux, ils sont à cette époque encore minoritaires dans les villes et n'habitent que les quartiers périphériques, à Satu-Mare comme ailleurs.
Le , le conseil national des Roumains de Hongrie présidé par Iuliu Maniu proclame à Alba Iulia le rattachement des territoires à majorité roumaine à la Roumanie, mais Satu Mare n'est pas concernée ; le , le chef de la mission militaire de la Triple-Entente, le lieutenant-colonel Fernand Vix, remet au chef de l'État hongrois Mihály Károlyi une note (dite Note Vix) exigeant sous 24 heures qu'il remette aux Roumains de Hongrie (et à l'armée roumaine victorieuse) une zone d'environ dans le Körösvidék, comprenant le comitat de Bihar, celui de Szatmár et leurs alentours. Ne pouvant accepter cet ultimatum, Károlyi démissionneMiklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, . En 1920, le traité de Trianon intègre le comitat de Szatmár à la Grande Roumanie : la ville devient le chef-lieu du nouveau județ. De nombreux Hongrois quittent la ville pour la Hongrie alors que, par l'exode rural, la population d'origine roumaine augmente notablement.
La Chambre de Commerce de Satu Mare est créée en 1929.
En 1940, à la suite du Deuxième arbitrage de Vienne, Satu Mare est rendue à la Hongrie. En 1944, la communauté juive est livrée aux nazis par leurs alliés fascistes hongrois. Du au , sont déportées ( sont assassinées à Auschwitz)Les persécutions juives à Satu Mare.
La ville est prise par l'armée roumaine et l'Armée rouge fin 1944 et réintègre la Roumanie qui devient le une dictature communiste.
Satu Mare a été victime de très graves inondations en 1970. En 1977, le recensement dénombre pour la première fois plus de Roumains que de Hongrois en ville. Le est devenu jour de fête pour la ville (date du renouveau).
Depuis la Libération de 1989, la ville, revenue à la démocratie, a grandement bénéficié de sa position frontalière, situation encore améliorée avec l'entrée de la Hongrie, puis de la Roumanie, dans l'Union européenne, la frontière hongro-roumaine étant désormais ouverte.
Démographie
En 1910, à l'époque austro-hongroise, la ville comptait (6,31 %), (91,41 %) et 647 Allemands (1,77 %) ; les Juifs étaient alors comptés comme Hongrois ou AllemandsRecensements transylvains de 1850 à 2002.
La composition ethnique de Satu Mare a été profondément modifiée au cours du . La ville, à majorité hongroise dans les deux premiers tiers du siècle, a acquis une majorité roumaine depuis les années 1970, avec l'afflux de ruraux et l'agrandissement de la ville. D'autre part, la très importante communauté juive a été décimée par les nazis pendant la seconde Guerre mondiale.
En 1930, on dénombrait (33,35 %), (41,39 %), (20,22 %) et 944 Allemands (1,78 %).
En 1956, après la Seconde Guerre mondiale, (36,52 %) côtoyaient (58,19 %), 131 Allemands (0,24 %), (4,45 %) et 76 Roms (0,14 %).
En 2002, la ville comptait (57,87 %), (39,34 %), (0,96 %), (1,39 %) et 30 Juifs (0,02 %).
En 2002, le roumain est la langue maternelle de 57,96 % de la population, le hongrois de 41 % et l'allemand de 0,53 %.
Religions
En 2002, la composition religieuse de la ville était la suivanteStatistiques officielles du recensement de 2002 : Chrétiens orthodoxes, 48,59 % ; Catholiques de rite romain, 19,79 % ; Réformés, 19,51 % ; Catholiques de rite grec, 8,41 % ; Juifs, 1,50 % ; Pentecôtistes, 1,40 % ; Baptistes, 0,51 % ; Adventistes du septième jour, 0,29 %.
Politique
+ Élections municipales de 2016PartiSiègesStatut Parti social-démocrate (PSD)5 Parti national libéral (PNL)4Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR)2 Parti Mouvement populaire1 Parti national démocrate (PND)1
Économie
La ville a connu un important développement industriel tout au long du dans des domaines aussi divers que les industries alimentaires, la fabrication des meubles, la sous-traitance automobile (pièces, robots, caoutchouc), les matériaux de sécurité, les textiles, les verres et les plastiques, l'électro-ménager, les centres d'appel téléphoniques.
De par sa proximité avec l'Ukraine et la Hongrie, le commerce, la logistique et les transports sont également très présents. La ville a bénéficié d'importants investissements des entreprises d'Europe de l'Ouest comme Electrolux qui a créé , Quelle (centre d'appel de vente à distance), Saint-Gobain et de nombreuses entreprises allemandes de sous-traitance automobile (Voestalpine, Kuka, Phoenix AG...).
On compte plusieurs implantations d'hypermarchés et supermarchés des grandes chaînes de distribution (les Allemands Real, Kaufland, Plus, Praktiker, l'Autrichien Billa, le français Les Mousquetaires).
Trois grands centres commerciaux existent en ville : le Grand Mall, inauguré en 2008 ( de surface de vente) ; le Plaza Europa (2005) de ; le Someșul Mall (2005) de .
Jumelages
Communications
Routes
Satu Mare est desservie par deux itinéraires européens : la route européenne 81 qui rejoint Halmeu et l'Ukraine au nord (route nationale DN1C) ainsi que Ardud, Zalău et Cluj-Napoca (route nationale DN19A puis DN1F) au sud-est ; la route européenne 671 qui rejoint Livada au nord-est et Carei, Oradea, Arad et Timișoara (route nationale DN19) au sud-ouest.
La route nationale DN19 permet d'atteindre Negrești-Oaș et Sighetu Marmației au nord-est et la route nationale DN1C Baia Mare et Dej à l'est. La route nationale DN19A se dirige vers la Hongrie et Nyíregyháza.
Trains
La gare de Satu Mare se trouve à au nord-est du centre de la ville. De nombreuses lignes des Chemins de fer roumains (Căile Ferate Române) relient la ville à :