Les relations entre la France et la Mongolie ou relations franco-mongoles sont les liens, échanges, rencontres, collaborations et confrontations, qu'ils soient d’ordre économique, diplomatique ou culturel, qu’ont entretenus hier et entretiennent aujourd’hui la France et la Mongolie.
Si de premiers contacts se nouèrent entre les souverains français et mongols au , les relations entre les deux pays n'eurent pas de caractère officiel avant la reconnaissance de la Mongolie par la France le , ni de réelle intensité avant la révolution démocratique de la Mongolie en 1990, induisant sa sortie du « joug » soviétique.
Depuis, ces relations se sont renforcées, à la suite notamment de deux événements : la visite en 1996 du président mongol Ochirbat en France qui aboutit à la signature du premier accord d’amitié entre les deux pays, et le décollage de l'économie mongole, au début des années 2010, qui donna lieu à la signature de nombreux accords franco-mongols. Pour autant, ces relations demeurent aujourd'hui ténues, particulièrement dans le domaine économique.
Pour la Mongolie, la France fait partie des « troisièmes voisins » européens, et incarne pour elle un partenaire alternatif qui peut contribuer à son émancipation face aux deux puissances qui l'entourent, la Russie et la Chine. Les relations franco-mongoles s'inscrivent dans un cadre plus général de partenariat avec l'Union européenne, qui est aujourd'hui le troisième partenariat commercial de la Mongolie. Un accord-cadre de partenariat Union européenne-Mongolie voit ainsi le jour en 2017.
Histoire des relations
Premiers contacts ()
Les premiers contacts officiels entre deux personnalités publiques française et mongole semblent remonter au milieu du et l’envoi des émissaires André de Longjumeau et Guillaume de Rubrouck à la cour des souverains gengiskhanides...
Voyages d'André de Longjumeau en Mongolie (1245-1251) André de Longjumeau, un frère prêcheur et diplomate dominicain, prit part en 1245 à une mission religieuse voulue par le pape Innocent IV et le roi Saint Louis afin de servir leurs ambitions orientales.. Il est envoyé une première fois au Levant en vue d'en apprendre davantage sur les intentions de baptême des Mongols. et remet la correspondance du pape Innocent IV à un général mongol à Tauris près de Tabriz, la capitale mongole en Perse. En 1249, il est renvoyé en mission par Saint Louis, dans le but de gagner la capitale mongole de Karakoroum, de tenter de nouer une alliance contre les musulmans afin de secourir la Terre sainte et enfin d'essayer d'introduire dans ces contrées le christianisme romain. Cette ambassade était une réponse à une lettre d'un général mongol que reçut Saint Louis, censée relayer la volonté du Grand Khan, Güyük, de lui proposer une alliance militaire. Cette mission échoua dans ses objectifs puisque, arrivé à destination, André de Longjumeau ne put que constater premièrement le décès du Grand Khan, et ensuite que les intentions des Mongols étaient davantage belliqueuses qu'amicales, avec la volonté de faire de Saint Louis le vassal de leur empire.
Voyage de Guillaume de Rubrouck (1253-1255)
vignette|Itinéraire du voyage de Guillaume de Rubrouck.|alt=Itinéraire du voyage de Guillaume de Rubrouck au départ de Acre jusqu'à Karakoum, capitale de l'Empire mongol Saint Louis refusa de répondre aux menaces des Mongols, mais persévéra en envoyant une deuxième mission en Mongolie, avec à sa tête Guillaume de Rubrouck, un franciscain. Le souverain restait persuadé que les Mongols pouvaient être des alliés contre l'Islam et potentiellement de futurs chrétiens, en raison de leur apparente tolérance religieuse.. Si la mission s'avéra être un nouvel échec (ne parvenant ni à conclure une alliance entre les deux puissances, ni à convertir le Grand Khan), la lettre que de Rubrouck écrivit au roi et le rapport détaillé de son voyage intitulé Voyage dans l’Empire mongol qui l’accompagne demeurent un témoignage extraordinaire et l'une des rares sources existantes sur la vie mongole au , puisqu'elle précède les voyages de Marco Polo. En 1262, une ambassade mongole fut envoyée à Saint Louis, renouvelant l'offre d'une alliance avec les chrétiens. Ne se différenciant pas des autres, conservant notamment la condition de reconnaitre la supériorité mongole, ce que ni Saint Louis ni la papauté n'étaient prêts à accepter., elle enterra l'idée d'une telle alliance.
La Mongolie sous la domination Mandchoue (fin ) Aucune trace historique ne permet d'attester de relations entre la France et la Mongolie entre les missions envoyées par Saint Louis jusqu'au . En outre, à partir de la fin du , l'Empire mongol s'effondre et passe sous la domination de la dynastie mandchoue, empêchant la Mongolie d'entretenir des relations diplomatiques avec la France..
En revanche, la Mongolie n'est pas absente de la littérature française, pour le meilleur et pour le pire. Montesquieu dans De l'Esprit des lois ou Voltaire dans son Essai sur les mœurs et l'esprit des nations sont aujourd'hui accusés d'avoir colporté des idées reçues souvent erronées sur ces peuples lointains..., tandis que le Père Évariste Régis Huc ou les Carnets de voyages de Catherine de Bourboulon qui traverse la Mongolie en 1861., suscitèrent l’intérêt des élites françaises pour ces portraits de vastes territoires peuplés de nomades.
Époque contemporaine ( - aujourd'hui) Mongolie autonome (1911-1924) gauche|vignette|Lettre du ministre des Affaires étrangères de Mongolie annonçant aux ministères des Affaires étrangères français, anglais, allemand, américain, belge, japonais, danois, hollandais et australien, la déclaration d'indépendance de la Mongolie de 1912.|alt= Profitant de la révolution chinoise de 1911 et de l'éviction du dernier empereur mandchou, Puyi, l'actuelle Mongolie proclama son indépendance le en tant que Mongolie autonome sous la forme d'un gouvernement théocratique.. Mais cette autonomie, entre l'Empire russe et la Chine, eux-mêmes en plein bouleversement, était précaire. La France ne reconnut pas officiellement cette indépendance malgré l'envoi d'une requête par les autorités mongoles aux puissances occidentales. Les autorités françaises s’interrogèrent, en effet, sur les conséquences qu'auraient une reconnaissance de ce nouvel État, et l'ingérence que cela pourrait représenter dans le conflit entre la Russie et la Chine. Ainsi, les diplomates français consultèrent les autres pays concernés par cette requête afin de connaitre leur position. Ceux-ci, semblant opérer la même stratégie de prudence, empêchèrent la Mongolie de disposer d'une autonomie reconnue internationalement. D'ailleurs, seul le Tibet, lui aussi en conflit avec la Chine, reconnut cette indépendance..
République populaire mongole (1924-1990) En 1924, la Mongolie devint un État satellite de l'Union soviétique, à parti unique. La transformation d'une Mongolie indépendante naissante en une Mongolie sous influence soviétique, ne disposant pas d'une parole libre sur la scène internationale empêcha la France d'entretenir des relations officielles avec elle.
Ce n'est qu'en 1961 qu'un premier rapprochement s’opéra, lorsque la France soutint la huitième tentative, depuis 1946, de demande d'adhésion de la Mongolie pour intégrer l'ONU. Celle-ci est effective le .. À la suite de cela, le , un diplomate mongol, Nyamiyn Nouvsanchultem, rencontra l'ambassadeur français d'URSS à Moscou pour proposer l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays.. Nouvsanchultem propose que la France accrédite à Oulan-Bator son représentant à Moscou et que la Mongolie accrédite à Paris son représentant à Londres. La proposition est acceptée côté français, tout en précisant que la Mongolie ne disposerait que d'un chargé d'affaires permanent : « l'importance du poste ne parait pas nécessiter la nomination d'un ambassadeur» d'après le ministre des Affaires étrangères français Maurice Couve de Murville. Leurs relations diplomatiques sont donc officialisées pour la première fois le par un courrier de Couve de Murville envoyé à son homologue mongol, s'accordant sur l'échange de représentants diplomatiques..
Le diplomate français Philippe Richer est envoyé en voyage de deux à trois semaines quatre fois par an, devenant ministre plénipotentiaire en Mongolie, le premier envoyé diplomatique français en Mongolie depuis 1253. L'ambassadeur mongol Bayaryn Jagarlsaikhan est agréé le et l'ambassade mongole est ouverte à Paris le . Le premier ambassadeur français en Mongolie, Georges Perruche, est nommé le et l'ambassade à Oulan-Bator ouverte le . C'est à cette époque que les premières formations de français sont dispensées à l'université nationale de Mongolie..
L'ambassade de France est néanmoins fermée en 1984 « faute d'avoir pu développer des échanges significatifs avec un pays encore très fermé jusqu'à cette époque et en raison de l'impossibilité de doter l'ambassade de locaux dignes de la représentation française. » d'après le groupe d'amitié franco-mongole interparlementaire pourtant créé en 1982.
À partir de 1984, les relations diplomatiques subsistent, mais les responsabilités françaises ont été fragmentées entre trois postes : l'accréditation politique à Moscou, les relations commerciales à Pékin et la couverture financière à Tokyo. Un tel éparpillement ne facilita évidemment pas des relations rapprochées.
Dans les faits, la présence française effective en Mongolie à partir de 1984 s'est résumée au maintien d'un lecteur à Oulan-Bator, chargé d'animer la politique linguistique et culturelle française.
L’établissement de la démocratie en Mongolie (depuis 1990) vignette|Ochirbat, premier président mongol à se rendre en France.|alt=Portrait du président de la République de Mongolie en 1996, Punsalmaagiyn Ochirbat Dès la fin des années 1980, les meetings populaires qui demandaient la fin du règne du parti unique en Mongolie ne faiblirent pas malgré les réformes économiques entreprises par Jambyn Batmönkh. Après ces manifestations inédites, des élections libres furent organisées en 1990.. Concomitant a ce bouleversement politique, le passage à l’économie de marché fut délicat et douloureux pour son économie, en raison notamment de son ancienne dépendance vis-à-vis de l'URSS. Pour la première fois de son histoire, l'opposition remporta l'élection présidentielle de 1993 avec la victoire de Punsalmaagiyn Ochirbat, et la première majorité à l'assemblée en 1996..
Ce renouvellement politique contribua au nouveau départ dont bénéficièrent les relations franco-mongoles, symbolisé par la visite officielle () du président Ochirbat en France, premier chef d’État mongol à s'y rendre.. Cette visite est marquée par la signature d’un accord d’amitié et de coopération, et la conclusion de plusieurs accords techniques (scientifique, culturel et militaire). À la suite d'une autre visite, cette fois celle du groupe d'amitié franco-mongol du Sénat français en Mongolie, le gouvernement français prend également la décision de rouvrir l'ambassade française en . S'ensuivront des rencontres bilatérales entre ministres des deux pays structurant un peu plus ces nouvelles relations.
L'envol économique de la Mongolie (depuis 2010)