Le Casanova de Fellini () est un film italien de Federico Fellini sorti en 1976 et proposant une version de la vie de Giacomo Casanova, aventurier, grand séducteur, espion et écrivain.
Librement inspiré de l'Histoire de ma vie de Casanova, le projet de Fellini est de retourner négativement l'image du grand séducteur italien. Les obsessions sexuelles felliniennes ne se reconnaissent pas dans un personnage perçu explicitement par le réalisateur comme puéril et égoïste.
Tourné entièrement dans les studios Cinecittà à Rome, le film remporte l'Oscar de la meilleure création de costumes 1977 qui revient à Danilo Donati.
Synopsis Le film nous propose une vision réinventée de la vie de Casanova, celle très précisément allant de son emprisonnement dans la prison des Plombs à son extrême vieillesse en Bohême, au château de Dux (aujourd'hui Duchcov, République tchèque) dans l'Europe du .
Il s'ouvre sur une scène du carnaval de Venise, dans le tapage, les feux d'artifice et la nuit. Casanova y reçoit un billet lui donnant un mystérieux rendez-vous. Il doit se rendre, seul, sur un îlot. Là, il devra saillir une nonne pour le plaisir d'un voyeur anonyme. Ce dernier s'avère être l'abbé de Bernis, ambassadeur du royaume de France auprès de la république de VeniseLe Casanova de Fellini sur Comme au cinéma.com : Casanova espère alors nouer des relations politiques avec Bernis, mais ce dernier n'était intéressé que par les prouesses sexuelles du séducteur.
En rentrant de ce rendez-vous, Casanova est arrêté, puis jugé pour magie noire, possession de livres mis à l'Index et mépris de la religion. En prison, il se remémore l'un de ses rendez-vous galants, suivi d'une scène où il réussit, mieux qu'un médecin et ses saignées, à ranimer une jeune fille.
Après s'être évadé de la prison des Plombs, Casanova se sait condamné à quitter la ville de Venise et à courir l'Europe. Une première scène présente Casanova à Paris, invité à un dîner de philosophes ; il doit ensuite honorer la vieille marquise d'Urfé, au prétexte d'une opération d'alchimie.
Deux ans plus tard, de passage à Forlì, il rencontre une jeune femme, Henriette, qui voyage déguisée en homme. C'est une aventurière qui lui ressemble et qui, projection féminine de lui-même, l'a rendu amoureux sans espoir de retour. Lors d'une soirée animée surtout par le très original marquis du Bois, elle plonge l'assemblée et surtout Casanova dans une profonde mélancolie en jouant à la perfection du violoncelle. Après que la jeune femme a quitté Parme à la sauvette, Casanova, que le marquis du Bois tente en vain de consoler, sombre dans un profond désespoir, que la voix off résout en une ellipse narrative de trois ans.
Arrivé à Londres, où il attrape la vérole, abandonné par ses amantes avec toutes ses valises au milieu d'un pont, Casanova se résout à se suicider en se jetant dans la Tamise aux eaux tourbillonnantes. Alors qu'il se retrouve au milieu du fleuve trop peu profond, il aperçoit le spectacle d'une géante accompagnée de deux nains, qui l'intrigue et le fait renoncer à son projet. Il découvre un cirque ambulant où trône une baleine artificielle. Le passage dans la baleine, qui rappelle le ventre maternel, lui fait l'effet d'une renaissance. Il assiste au bain de la géante, une autre figure maternelle alliant la force face aux hommes à la douceur d'une berceuse.
À Rome, après avoir rencontré le pape et lui avoir tant baisé la main qu'il en ressemble à un petit chien, Casanova est invité à un festin à la Trimalcion au cours duquel il fait la démonstration de ses performances sexuelles qui enthousiasment les convives.
En Suisse, après avoir tourné de l'œil en assistant à une scène de préparation d'insectes chez un pharmacien, il fait la cour à une des filles du pharmacien, mais celle-ci voit clair dans son jeu et se moque de lui. À l'auberge, après avoir attendu vainement cette Isabelle, il opte plutôt pour une orgie avec une ex-conquête aux seins opulents, une bossue et la moitié des occupants de l'auberge.
À Dresde, il rencontre fortuitement sa mère, qui lui reproche de l'avoir négligée et à qui il fait de vaines promesses.
Au Wurtemberg, au milieu d'une beuverie, de plusieurs joueurs de grandes orgues et du vacarme, il se rend compte que ses récits invraisemblables n'intéressent plus personne. Il est subjugué par l'apparition d'un pantin mécanique représentant une femme, à qui il fait l'amour. Suit une nouvelle ellipse que l'on devine couvrir de nombreuses années.
En Bohême à Dux, où il occupe une charge de bibliothécaire, Casanova vieilli se bat pour son plat de macaronis. Il continue de jouer les amuseurs en société mais n'a plus rien de sa séduction d'antan : lorsqu'il déclame un poème au cours d'une réception, il suscite la moquerie d'une jeune femme.
Dans la scène finale, Casanova, vieillard fatigué et blafard, rêve de la tête de Vénus à Venise, d'Isabelle, de sa mère et du pape. Il retrouve surtout dans ce rêve le vrai amour de sa vie, qui n'est autre que le pantin mécanique.
Fiche technique Titre original : Titre français : Le Casanova de Fellini Réalisation : Federico Fellini Scénario : Federico Fellini, Bernardino Zapponi, d'après Histoire de ma vie de Giacomo Casanova Direction artistique : Danilo Donati Décors : Federico Fellini, Danilo Donati Costumes : Danilo Donati Photographie : Giuseppe Rotunno Son : Oscar De Arcangelis Montage : Ruggero Mastroianni Musique : Nino Rota Chorégraphie : Gino Landi Production : Alberto Grimaldi Société de production : PEA Société de distribution : Gaumont Distribution Pays d'origine : Langues originales : italien, anglais, français, allemand Format : couleur (Technicolor) — 35 mm — 1,85:1 — son Mono Genre : Film historique Durée : 155 minutes Dates de sortie : Italie : France : , (ressortie) Affiches : Bill Gold (États-Unis), René Ferracci (France)
Distribution Donald Sutherland : Giacomo Casanova Tina Aumont : Henriette Cicely Browne : la marquise d'Urfé Mary Marquet : la mère de Casanova Daniel Emilfork : Marquis Du Bois Carmen Scarpitta : Madame Charpillon Diane Kurys : la fille de Madame Charpillon Mario Cencelli : Dr Mobius, l’alchimiste Olimpia Carlisi : Isabella, la fille de l'alchimiste Silvana Fusacchia : l'autre fille de l’alchimiste Adele Angela Lojodice : le pantin de bois Sandra Elanie Allen : la géante Luigi Zerbinati : le pape Clara Algranti : Marcolina Daniela Gatti : Giselda Margareth Clementi : sœur Maddalena Dan van Husen : Viderol Angelica Hansen : la bossue Dimitri Tamarov : l'aboyeur Clarissa Maryè Roll : Anna Maria, l'employée de Casanova Alessandra Belloni : la princesse Elisa Mainardi : une invitée Marika Rivera : Astrodi Marjorie Belle : Comtesse de Waldestein Micha Bayard : la propriétaire de l'atelier de couture Chesty Morgan : Barberina (rôle coupé au montage) Barbara Steele (rôle coupé au montage) Isabel Pisano Dudley Sutton : le duc de Wuertemberg John Karlsen : Lord Talou Harold Innocent : Comte Saint-Germain
Production Genèse Gianfranco Angelucci et Liliana Betti ont sorti, en 1975, le film Et le Casanova de Fellini ? (E il Casanova di Fellini?). Dans ce court film, cinq acteurs célèbres présentent ce que sera le Casanova de Fellini, qui reste à tourner, s'ils sont choisis. Ce « film sur le film », qui est en quelque sorte l'inverse d'un making of, est là pour faire patienter le producteur, car la gestation du film est difficile. Fellini s'est en effet engagé auprès de Dino De Laurentiis à réaliser un « Casanova », mais la lecture des mémoires de Casanova l'a prodigieusement agacé, car il trouve le personnage particulièrement imbu de lui-même et son récit ennuyeux, et il n'arrive pas à commencer. Au passage, le film de Gianfranco Angelucci doit aussi servir de casting à Fellini pour le rôle principal.
En 1973, De Laurentiis se retire de la production, officiellement parce que Fellini refusait de confier le rôle principal à Robert Redford, Marlon Brando, Al Pacino et Paul Newman et de tourner le film en langue anglaise. En 1974, le jeune Andrea Rizzoli, fils du célèbre producteur Angelo Rizzoli, récupère la production du film. Mais les retards et l'ambition démesurée de Fellini font gonfler les coûts de production et Rizzoli abandonne lui aussi.
C'est finalement Alberto Grimaldi qui prend le relaisRonny Chester, Le Casanova de Fellini, sur dvdclassik.com, 10 octobre 2008. Il exige avec autorité que les coûts soient maîtrisés et propose de tourner le film à Londres. Fellini, de son côté, se bat pour tourner les tableaux fastueux de Casanova dans les studios de Cinecitta et en langue italienne. Finalement, Grimaldi accepte de tourner en Italie, mais le film se fera en anglais en raison du marché international.
Tournage Quand le tournage débute, les relations entre Grimaldi et Fellini sont tendues. L'ampleur de la production est phénoménale. L'équipe atteint presque les cent personnes, le film compte des dizaines de rôles parlants, les décors faramineux recréant des parties d'Europe occupent presque tout Cinecitta et le budget, logiquement, explose. Les médias se font l'écho du tournage considéré comme le plus cher du cinéma européen. L'argent vient à manquer, en plein milieu des prises de vues, et Grimaldi licencie la quasi-totalité de l'équipe. Fellini, désespéré, se voit contraint de renoncer à des scènes entières de son œuvre.
Les deux hommes se livrent à une guerre verbale dans la presse. C'est de cette époque que date la célèbre réplique prononcée par Grimaldi : Les deux hommes parviennent à un compromis et le tournage, coproduit par Daniel Toscan du Plantier, peut reprendre et aller jusqu'à son terme.
Dans un entretien filmé en 2004, Gianfranco Angelucci rapporte quelques détails : lors de la préparation du film, Fellini avait fait appel à son ami Gustavo Rol pour invoquer l'esprit de Casanova depuis l'au-delà ; sur la demande du metteur en scène, Donald Sutherland avait dû se raser l'avant du crâne pour ressembler aux croquis préparatoires de Fellini ; les séances de maquillage duraient quatre heures chaque jour ; rapidement, Donald Sutherland comprit que la seule manière de jouer qui satisfît Fellini était d'arriver épuisé au studio, après une course à pied à travers la ville depuis chez lui jusqu'à Cinecittà ; selon la méthode habituelle au réalisateur, le film était post-synchronisé : lors du tournage, Donald Sutherland parlait anglais et non italien, tandis que Fellini donnait à voix haute ses ordres et indications ; le film s'appelle « Le Casanova de Fellini » pour bien souligner qu'il s'agit là de la vision toute personnelle de Fellini, et non d'une biographie objective.
On remarque les dessins de Roland Topor dans la scène de la lanterne magique, à l'intérieur de la baleineRoland Topor sur Richochet-jeunes.org, qui traitent le thème de l'angoisse de l'homme face au sexe féminin.
Bande originale Nino Rota, collaborateur habituel de Fellini, signe la musique du film. O Venezia, Venaga, Venusia L'uccello magico A pranzo dalla marchesa Dufrè La Grande mouna (Tonino Guerra) Canto della Buranella (A. Zanzotto, N. Rota) L'uccello magico a Parigi L'intermezzo de La Mante religieuse (Antonio Murri, N. Rota) Pin Penin L'uccello magico a Dresda (K.A. Wolken, N. Rota) Ricordo di Henriette L'uccello magico a Roma Le Chasseur de Würtemberg (Karl A. Walken) La Poupée automate
Analyse du film Mémoires de l'exil et de la déchéance Le film présente la vie de Casanova exilé de Venise. En effet, seule la scène avec la nonne n'appartient pas à une forme d'exil et les quelques frasques vénitiennes ou les souvenirs en prison ne sont proposés qu'en flash-back.
Le film se divise en deux temps importants : Le premier temps italien-français tourne en dérision le héros, pris dans des aventures qui toutes conservent un charme.