Serge Korber, utilisant parfois le pseudonyme John Thomas, est un réalisateur français, né le dans le et mort le dans le .

Biographie

Jeunesse

Né à Paris d'une modeste famille de confession juive, Serge Korber passe une partie de la guerre caché par une famille protestante du Chambon-sur-Lignon, ses parents étant réfugiés en zone libre à MontaubanPour tout ce paragraphe, cf. l’émission Étonnez-moi, Benoît de Benoît Duteurtre du 6 mars 2021 sur France Musique..

Il quitte l'école dès , après le certificat d'études pour devenir apprenti tapissier. Il entre à l'école Boulle, section tapisserie, où il apprend l'histoire de l'art.

Par ses amis au sein des Jeunesses communistes qu'il intègre un temps, il découvre la lecture et les grands poètes, notamment au travers des chanteurs poétiques et prolétariens de l'époque. Il découvre la littérature américaine en lisant Henry Miller, Ernest Hemingway, William Faulkner, John Steinbeck, William Saroyan ; suivra la littérature française.

Fréquentant les bars de la Contrescarpe, notamment le bistrot La Choppe, il y rencontre bon nombre des artistes débutant alors dans les cabarets du quartier (Ricet Barrier, Boby Lapointe, Daniel Laloux, Henri Serre, Jacques Florencie, Jean-Pierre Suc).

Débuts En 1955, avec celui-ci et quelques amis, il crée dans une ancienne bonneterie de la rue Descartes le cabaret Le Cheval d’Or où se produisent des débutants : Raymond Devos, Pierre Perret, Anne Sylvestre, Pierre Richard, ou Boby Lapointe.

Il y côtoie aussi François Truffaut, cinéaste débutant, qui y engagera notamment Henri Serre pour Jules et Jim, Boby Lapointe pour Tirez sur le pianiste et bon nombre des artistes du lieu pour le film Tire-au-flanc 62, ce qui l’introduit pleinement dans le milieu de la Nouvelle Vague.

Parallèlement à ses activités au Cheval d'Or, il fréquente assidûment la cinémathèque : son rêve est d'écrire et de réaliser des films.

Il entre en contact avec Guy Debord, récent fondateur de l'Internationale situationniste qui, à l’automne 1958, vient lui-même d’ouvrir, avec son épouse Michèle Bernstein et leur ami Jacques Florencie, le cabaret La Méthode situé également rue Descartes. Il participe même à l'enregistrement d'une conférence sur magnétophone destinée à une manifestation du mouvement situationniste programmée avec le Stedelijk Museum d'AmsterdamGuy Debord, Œuvres, Quarto Gallimard, 2006, pp. 464-469.. Debord le prend comme premier assistant du court métrage Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, dont la première partie du tournage a lieu en Jean-Marie Apostolidès, Debord, le naufrageur, Flammarion, Paris, 2015, .. Cependant, en août, au moment de débuter le montage, un différend éclate entre eux et Korber est écarté par Debord qui ne le fait donc pas figurer au génériqueCf. le développement sur cet incident dans : Guy Debord, Correspondance, volume 1, Paris, Fayard, 1999, et 251 à 257..

Carrière de 1960 à 1975 En 1960, Jean-Michel Boris, directeur de l'Olympia lui propose de travailler avec lui. Il collabore aux derniers spectacles d'Édith Piaf et de Joséphine Baker.

En 1962, Claude de Givray et François Truffaut lui proposent un rôle dans le film Tire-au-flanc 62. Puis, il est co-auteur et assistant de Claude de Givray sur son deuxième film, La Grosse Tête, écrit par Truffaut. La même année, Agnès Varda le fait jouer dans Cléo de 5 à 7, où il est le parolier des chansons de Cléo mises en musique par Michel Legrand (qu'il mettra en scène bien des années plus tard pour ses concerts au Châtelet et au Palais des Congrès).

Toujours en 1962, il rencontre grâce à François Truffaut le producteur Pierre Braunberger qui, de 1962 à 1964, va produire ses huit premiers courts métrages., primés dans de nombreux festivals.

Il refuse cependant de produire son neuvième projet : c'est Marin Karmitz qui, commençant sa carrière de producteur, le produit . Ce film, Un jour à Paris, avec Jean-Louis Trintignant, est vendu dans le monde entier et Marin Karmitz entame alors une carrière de producteur distributeur avec sa société, MK2. La rencontre avec Jean-Louis Trintignant, devenu vedette après Et Dieu… créa la femme (1956), permet à Serge Korber de réaliser son premier long métrage, Le Dix-septième Ciel.

Il se voit alors confier par le producteur Alain Poiré la réalisation de l'adaptation du roman de René Fallet par Michel Audiard, Un idiot à Paris. Satisfait de cette collaboration, Audiard lui propose le scénario de La Petite Vertu.

Suivent deux films avec Louis de Funès et deux avec Annie Girardot, grandes vedettes de l'époque. Avec cette dernière, Korber adapte un roman de Catherine Paysan, Les Feux de la Chandeleur, un drame dans lequel l'actrice incarne en 1972 la mère de Claude Jade et de Bernard Le Coq, délaissée par son mari (Jean Rochefort).

Serge Korber et Louis de Funès Serge Korber est notamment connu pour avoir tenté de moderniser le personnage de Louis de Funès dans deux films qui connaîtront un succès relatif au regard de la popularité de l'acteur à cette époque : L'Homme orchestre et Sur un arbre perché en 1970.

Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française, écrit :

La période « John Thomas » (1975-1977) En 1975, Serge Korber bouscule la censure à la suite d'un pari avec François Truffaut et Claude Chabrol en réalisant une suite de films pornographiques sous le pseudonyme de John Thomas (infra).

Carrière ultérieure (1977-2014) Serge Korber réalise ensuite quelques longs métrages puis, dans les années 1980, se tourne vers la télévision.

En 1996, il revient au cinéma avec l'adaptation de la bande dessinée de Christian Binet, Les Bidochon.

Dans les années 2000, il est principalement producteur et réalisateur de documentaires, notamment sur Maurice Béjart, Jean Gabin, Jean-Louis Trintignant et Boris Vian.

Vie privée thumb|redresse|Tombe de Serge Korber au cimetière du Père-Lachaise (division 40). Serge Korber est marié, de 1962 jusqu'à sa mort, à Marie-Claire Korber. ; ils ont un fils, Thomas, qui est scénariste.. Sa femme Marie-Claire est la chef monteuse de presque tous ses films. Il vécut de nombreuses années à Brens, dans le Tarn, dans une maison dont il s'était séparé en 2019.

Mort et funérailles Serge Korber meurt à Paris. - Note. Mention de son décès dans le arrondissement de Paris le 23 janvier 2022 le , à l'âge de ., jour où France 3 avait programmé de longue date un de ses films les plus connus, L'Homme orchestre, comme film du dimanche après-midi..

Ses obsèques ont lieu le au crématorium du Père-Lachaise à Paris.. Ses cendres sont ensuite inhumées dans la division du cimetière.

Sous le nom de John Thomas : l'affaire de L'Essayeuse (1975) En 1975, François Truffaut, Serge Korber et Claude Chabrol évoquent lors d’une réunion amicale le poids de la censure. Ils font un pari, que Serge Korber qualifie avec le recul d’un peu stupide : réaliser un film pornographique. Le nom de Serge Korber est tiré au hasard parmi les trois réalisateurs et il réalise L'Essayeuse, l’idée étant de faire reculer la censure« Les infortunes de la liberté », Positif, , février 1977, . Le film était auto-produit, et les distributeurs, UGC et SND, très demandeurs. Parce que l’État introduit en 1975 le classement X pour les films pornographiques, L'Essayeuse obtient le un visa de contrôle par le CNC. En cinq semaines de projections dans une dizaine de salles de cinéma (date de sortie en salle : le ), près de ont pu voir ce film.

Dans la foulée, de vertus se liguent et portent plainte contre le film auprès de la justice afin que ce dernier soit retiré des salles de cinémas. Parmi ces associations, le Comité de liaison pour la dignité et de la personne humaine (CLDPH) affirme même : . Le président des AFC (Associations familiales et catholiques) affirme également à l’époque : . Bien que le film ne soit pas plus obscène et de mauvais goût que les autres films de ce genre, les plaignants veulent ici faire un exemple. Le , la chambre correctionnelle de Paris demande la destruction du corps du délit pour incitation à la débauche et à la dépravation, le réalisateur, le producteur, les techniciens, les acteurs, ainsi que le scénariste sont d'abord condamnés (pour atteinte à la dignité humaine) à des amendes allant de 400 à francs pour outrages aux bonnes mœurs. La condamnation est confirmée et amplifiée en appel le , les amendes allant cette fois de à francs, la cour d'appel ordonnant, pour la première fois en France depuis la guerre, Histoire juridique des interdits cinématographiques en France, 1909-2001, Albert Montagne..

Le film est interdit, sa copie brûlée, et Serge Korber condamné à une lourde amende. La mort de Jean Gabin le advient en même temps que le jugement de la chambre correctionnelle de Paris est rendu. Charlie Hebdo titre : . La procédure pénale a duré : Serge Korber a donc pu réaliser d'autres films porno durant les années 1975-1977, sous le même pseudonyme, John Thomas, avec comme interprètes réguliers Alain Saury (son acteur dans trois films), Richard Darbois, Bob Asklöf, Gabriel Pontello, Richard Allan, Emmanuel Pluton, Emmanuelle Parèze, Sylvia Bourdon. Dans le film 3001. L'odyssée de l'extase, il a utilisé des plans de L'Essayeuse : deux scènes de viol d'Emmanuelle Parèze par le gang. Après sa condamnation définitive le , Serge Korber paye une amende de francs et dit adieu à la pornographie. Mais, avant sa mort, il affirme : .

Plusieurs personnalités dont des critiques réclament en 2013 la réhabilitation de , qu'ils qualifient rétrospectivement de .

Filmographie Réalisateur Longs métrages

Réalisation sous le nom de John Thomas

Courts métrages

Télévision

Documentaires

Scénariste 1984 : Canicule d'Yves Boisset (coécrit avec Michel Audiard) 1995 : L'Enfant en héritage téléfilm de Josée Dayan

Acteur 1961 : Tire-au-flanc 62 de Claude de Givray et François Truffaut : le troupier à lunettes 1962 : Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda : Maurice, dit « Plumitif » 2001 : Le Cœur sur la main de Marie-Anne Chazel : le mari de la femme au gros chien

Distinctions

Notes et références Notes

Références

Liens externes

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