upright=1.5|vignette|Ordnance Survey Map of Hadrian's Wall, publié en 1964 - carte très détaillée avec l'ensemble des camps auxiliaires, fortins et tourelles, sites présumées et vestiges visibles. upright=1.5|vignette|Carte avec les voies romaines et les principaux forts auxiliaires. upright=1.5|vignette|Une portion du mur d'Hadrien à environ 1,5 km à l'ouest du fort romain de Housesteads.
Cet article porte sur les forts et autres structures du mur d'Hadrien, système de fortifications fait de pierre et de terre et édifié de 122 à environ 128 dans l'ancienne province romaine de Bretagne, aujourd'hui en Cumbria et Northumberland dans le nord de l'Angleterre.
Sur le mur même, on dénombre seize principaux camps auxiliaires, plus de quatre-vingt fortins (« MC », pour "milecastles", le mur faisant plus de 90 milles romains) ainsi que leurs deux tourelles associées ("associated turrets"), à 500 mètres de part et d'autre de chaque fortin. A cela s'ajoutent quatre principaux camps sur la côte de la mer d'Irlande, en Cumbria, avec plus de vingt-cinq fortins (« MF », pour "milefortlet") et leurs tourelles associées ("associated tower", « Tn1 et Tn2 » avec le numéro du camp situé au nord) ; ainsi qu'un certain nombre d'autres camps auxiliaires, certains au-delà du mur au nord en avant-poste, d'autres en deçà du mur, sur la Stanegate et/ou d'approvisionnement.
L'ordre des forts auxiliaires est donné d'est en ouest, de Wallsend (Wall's end : « Fin du mur ») à l'est de Newcastle upon Tyne, sur l'embouchure de la Tyne vers la mer du Nord, et traverse l'île jusqu'à Bowness-on-Solway à l'ouest de Carlisle, sur l'embouchure de l'Eden sur le Solway Firth de la mer d'Irlande ; puis du nord au sud pour ceux de la côte de la mer d'Irlande, en Cumbria.
Description upright=2|vignette|Coupe transversale du Mur d'Hadrien.
Mur, fossés et route
thumb|Buste de l'empereur Hadrien. thumb|Vestiges du mur.
La construction du mur, constitué de blocs de pierre et de tourbe, commence en 122 sous le règne de l'empereur Hadrien qui visite la province de Bretagne à l'été. Cette tâche est alors confiée à Aulus Platorius Nepos, qui devient gouverneur de Bretagne en juillet pour l'organisation du système défensif et de la construction du mur, après que son prédécesseur Quintus Pompeius Falco ait réprimé d'importants troubles. L'ouvrage est édifié au cours des années par les soldats de trois légions romaines qui participent à la tâche : la II Augusta, arrivée en Bretagne dès 43 avec Aulus Plautius, basée sous Hadrien à Isca Silurum (Caerleon, sud du Pays de Galles). la XX Valeria, elle aussi débarquée en 43, et installée à Deva Victrix (Chester, en Angleterre mais proche de la frontière avec le nord du Pays de Galles). la VI Victrix, établie en Bretagne seulement en 121 à Eburacum (York) pour renforcer les effectifs romains en Bretagne.
De ce fait, les tronçons construits, liés aux plis du terrain et aux matériaux utilisés, ont été bâtis par des légions différentes, avec des largeurs de à , et des hauteurs variant de à . La partie orientale est initialement faite de mottes de gazon sur des fondations de petites pierres, avant d'être reconstruite en muraille de pierre comme la partie occidentale.
Des fortins (des postes fortifiés) et des tourelles sont élevés à intervalles réguliers sur toute sa longueur. Les fondations du mur ont d'abord été tracées, puis les fortins et tourelles construits, ensuite le mur a été fait en tourbe et/ou en pierre, auquel se sont ajoutés seize camps auxiliaires, parfois en lieu et place d'un fortin ou d'une tourelle préexistante et qui a alors été démoli seulement quelques années après sa construction.
Postérieurement à l’édification du mur, d'autres ouvrages ont été ajoutés de manière progressive. Le mur est précédé au nord par un glacis et un profond fossé. Au sud du mur, un grand fossé est creusé, avec des monticules parallèles adjacents, un de chaque côté. C'est ce qu'on appelle le Vallum : c'est aujourd'hui le nom communément retenu pour le grand fossé sud du mur d'Hadrien mais ce terme désigne à l'origine un type de palissade et non le « fossé » seul. Ce large fossé ne peut être franchi qu'au niveau des forts et fortins par une chaussée. Enfin, entre le mur et le vallum, une route militaire a été tracée après 160.
L'itinéraire choisi est largement inspiré de la voie romaine de Stanegate qui va des villes de Carlisle à Corbridge, qui a toujours été protégée par un limes et par de nombreux forts. Le mur s'étend sur de l'embouchure de la Tyne jusqu'au Solway Firth. De là, construits à partir de 130, des tours de guet en pierre reliées par une palissade en bois s'étirent le long de la côte de Cumbria, système conçu pour empêcher le contournement du flanc occidental du mur. Ils sont contemporains des structures défensives sur le mur d'Hadrien, et sont traités comme faisant partie du système défensif du mur dans cet article.
Bref historique Au début du règne d'Antonin le Pieux, la construction du mur d'Antonin repousse la frontière calédonienne vers le nord, aux alentours de 139-145. Le mur n'a donc plus qu'une utilité marginale pendant une quinzaine d'années. Certains camps gardent une garnison normale, d'autres reçoivent des détachements de légionnaires pour l'entretien de ces places, mais la grande partie des troupes auxiliaires sont re-déployées au nord. Les portes des milecastles sont démontées, les tourelles abandonnées et les fossés sont remblayés à certains endroits.
Il est ensuite réhabilité vers 157-158 puis vers 162-163 par les légions, totalement en pierre notamment sur sa partie occidentale, et le camp auxiliaire dArbeia est construit sur la mer à l'est vers 160. Les tourelles sont reconstruites, les milecastle à nouveau dotés d'une porte, le fossé déblayé et la rocade construite. Entre 169 et 208, certaines tourelles sont abandonnées et les portes de certains fortins sont rétrécies.
Le mur est à nouveau renforcé et rationalisé sous les Sévères, avec la reconstruction voire la finalisation du mur en pierre sur toute sa longueur, le renforcement des défenses des camps auxiliaires, mais aussi une limitation du nombre de tourelles et un réaménagement des fortins. Une plus grande importance est aussi donnée aux forts avancés tandis que le Vallum semble être abandonné et que les vici se développent près des forts.
Les structures du mur se dégradent à nouveau pendant la crise du troisième siècle, et il faut attendre 296 ou 297 et Constance Chlore pour une remise en état voire une reconstruction partielle. La situation se dégrade à nouveau à partir du milieu du IVe siècle avant une nouvelle remise en état par Théodose l'Ancien en 368 mais l'abandon des forts avancés.
L'abandon définitif du mur est généralement daté d'environ 410, date à laquelle la plupart des forts sont abandonnés, mais il reste encore quelques unités dans les décennies qui suivent jusqu'au milieu du Ve siècle. vignette|gauche|Plan du camp romain : 1. Prætorium 2. Via prætoria 3. Via principalis 4. Porta principalis (dextra, droite) 5. Porta decumana 6. Porta principalis (senestra, gauche) 7. Porta prætoria
Le système de numérotation a été introduit par , érudit et historien britannique, à la fin du ; il est devenu une norme autour de 1930.
Camp / Fort auxiliaire (Castrum)
Un camp romain est une installation, durable dans le cas du mur d'Hadrien, construite par les armées romaines pour protéger leur cantonnement. Le principe d'un camp est toujours le même, ce qui permet une construction très rapide, même si l'on retrouve rarement deux camps identiques.
Deux voies principales, la via principalis et le decumanus, coupent à angle droit le camp. Au milieu, le long de la via principalis et coupant le decumanus, se situe le quartier général (principia, où se retrouve aussi la trésorerie, dans une salle forte, le centre administratif, une grande salle servant de lieu de réunions et généralement un lieu sacré). Celui-ci est entouré sur cette via par le prætorium (la maison du commandant, avec appartements privés et une série de pièces de service) et les horrea (les greniers). À l'origine, le principia et le prætorium ne font qu'un, et c'est ce dernier terme qui désignait le quartier général.
Les troupes auxiliaires logent dans de longs baraquements rectangulaires habituellement divisés en dix chambrées, accueillant huit soldats chacune. Toute une centurie loge dans un baraquement, constitué d'une succession de doubles-pièces. La première sert de vestiaire aux soldats pour entreposer leurs armes et autres effets personnels encombrants. La deuxième est la chambrée proprement dite, avec une cheminée et des châlits superposés pour coucher les huit hommes du contubernium, placés sous la surveillance d'un chef de chambrée. Chaque chambrée se compose d'une chambre précédée d'une antichambre au sol de terre battue.
Les valetudinaria sont des zones médicales incorporées au camp et sont les versions militaires des aesculapia. Le camp abrite aussi des ateliers et des écuries.
vignette|Reconstitution du camp romain de Templeborough, Angleterre. Produit par Rotherham Museums and Galleries.
Le camp est entouré d'une muraille en pierre, arrondi aux angles et s'appuyant sur un fort talus descendant en pente douce à l'intérieur du camp, et un fossé profond à l'extérieur. Quatre tours de garde sont prévues aux angles ainsi que quatre portes donnant sur les deux axes. Les portes principales se trouvent sur les grands côtés. Des portes intermédiaires peuvent être ajoutées et des tourelles ponctuent à intervalle régulier la muraille. Les deux ouvertures principales sont pourvues de deux portes séparées par un pilier et sont flanquées par un corps de garde de part et d'autre. Elles sont fortement défendues.
À proximité des forts, côté sud pour ceux du mur, un vicus (village) se développe ainsi que des thermes, des latrines et des fours sont édifiés.
Dans le cas du mur d'Hadrien, les camps auxiliaires ont été construits peu de temps après le mur, les fortins et les tourelles. Ainsi, certains camps prennent place à la place de fortin ou tourelle préexistante. Enfin, un camp auxiliaire préexistant le long de la Stanegate est maintenu et incorporé à la garde du mur, bien que non accolé à celui-ci, et certains deviennent des forts d'approvisionnement. D'autres sont construits au nord pour le renseignement et l'exploration.
Ces forts sont conçus pour accueillir des unités de 500 auxiliaires environ, fantassins et/ou cavaliers. Les légions romaines de Bretagne peuvent, en cas de besoin, venir renforcer les effectifs stationnés, mais sont basés dans des camps beaucoup plus importants situés bien plus au sud à Isca Silurum (Caerleon, sud du Pays de Galles), Deva Victrix (Chester, en Angleterre mais proche de la frontière avec le nord du Pays de Galles) et Eburacum (York).
vignette|Reconstitution d'un milecastle. vignette|upright=0.6|Reconstitution d'une tourelle.
Fortin / Milecastle (MC) Il s'agit d'un petit fort ou fortin, de forme rectangulaire, construit pendant la période de l'Empire romain. Ils sont placés à intervalles réguliers le long de plusieurs frontières majeures, notamment le mur d'Hadrien en Bretagne, environ tous les milles romains (1,481 km), d'où son nom en langue anglaise (meilenkastelle en allemand).
upright=2.5|centré|vignette|Schéma du mur avec les fortins et tourelles associées. MK pour les fortins / milecastle (MC dans l'article) et WT pour les tourelles (TnA et TnB dans l'article).
Les milecastles sont initialement construits en pierre dans les deux tiers orientaux et en tourbe avec une palissade en bois dans le tiers occidental, ces derniers étant reconstruits plus tard en pierre. La taille varie, mais en général ils mesurent environ 15 mètres sur 18 mètres à l’intérieur, avec des murs de pierre jusqu’à 3 mètres d’épaisseur et probablement entre 5 et 6 mètres de hauteur.