Marcel Joseph Henri Guillemard est un artiste décorateur et designer français, né le à Paris et mort le à AvonRegistre journalier des inhumations au cimetière du Montparnasse, vue 1/31, avec la mention marginale « Venant de Avon (S et Marne). Mort 19-12-32 ».. Il s'affirme comme le premier dessinateur emblématique et ensemblier de l'atelier Primavera des Grands magasins du Printemps. Il revendique le confort de l'individu comme un luxe qui doit préexister dans toutes les habitations. Son intérêt pour la production en série du mobilier introduit dans les foyers des œuvres dites modernes. Son inspiration s'appuie sur les découvertes du cubisme, qu'il exercera sans excès et avec un rare sens de la mesure. Marcel Guillemard doté d'un esprit de moine soldat fut très impliqué dans les ambitions de l'atelier Primavera, dont il partageait la cause unique. Il recrute Louis Sognot dont l'inspiration réciproque sera souvent une source de confusion dans l'identification de certaines de leurs créations. Son décès prématuré, le , le prive d'un destin, aux portes de l'Union des artistes modernes. vignette|Marcel Guillemard, Chaise en tubulaire en acier nickelé, 1929

Biographie Jeunesse Marcel Guillemard se trouve dans une situation précaire lorsque son père, Étienne, disparait brutalement à l'âge de . Emma, sa mère, décrite comme une femme de caractère, n'entend pas rester seule et se remarie le avec le frère d'Étienne, Simon Guillemard. Dès 1905, la famille recomposée s'installe chez Simon, au 12 rue des Hospitaliers Saint-Gervais à Paris, retrouvant enfin une nouvelle sérénité. Une photographie de classe montre le jeune Marcel, âgé d'une dizaine d'années, à l'institution Cailleux située à quelques encablures de son domicile, au 37 rue des Blancs-Manteaux à Paris.

Formation A l'école Germain Pilon Marcel Guillemard a 15 ans lorsqu'il intègre l'école Germain Pilon, une école d'arts appliqués de garçons, associée à l'école Bernard Palissy, rue Dupetit-Thouars à Paris. Il est fait le constat que les ateliers manquent d'artistes et d'artisans et que la menace de la concurrence étrangère est grandissante. Cette formation apporte à l'artisan des fondements théoriques portant sur l'histoire de l'art, le dessin et la perspective. Ce nouveau cycle d'enseignement forme Marcel au métier de dessinateur d'ameublement et lui ouvre les portes des ateliers-bureaux des grandes firmes parisiennes.

Dans les ateliers-bureaux des grandes firmes parisiennes Marcel Guillemard, formé au dessin et aux projets d'architecture intérieure, participe aux projets de réalisation de mobilier des palais, des grands hôtels et aussi des paquebots. Il forge un temps son trait dans la maison Jansen, avant d'obtenir un emploi véritablement pérenne dans la maison Krieger.(importante maison qui étudiait et exécutait les aménagements du paquebot Timgad). Durant ces années, il noue des relations amicales durables avec la nouvelle génération de dessinateurs, et notamment avec Louis Sognot qui, débutant chez Boisselier, viendra le rejoindre chez Krieger. La proximité de Marcel Guillemard avec Louis Sognot est vérifiéeDenis Guillemard, Archives de Marcel Guillemard. par les liens qui sont nés lors de leurs premiers emplois respectifs et attestée par les archives photographiques familiales qui relatent les vacances, notamment à Saint-Flour en 1928, partagées par les deux familles.

Dessinateur en chef dans l'atelier Primavera des Grands Magasins du Printemps

Le , Marcel Guillemard est contacté par René Guilleré, directeur de l'atelier Primavera des grands magasins du Printemps, en vue d'occuper l'un des premiers postes de dessinateur. Sur le fond d'une concurrence très dynamique entre les magasins du Printemps et ses autres concurrents (les Galeries Lafayette, Pomone, Le Bon Marché), Pierre Laguionie, le directeur des grands magasins du Printemps, recherchait activement des artistes-dessinateurs capables de s'affranchir de ce manque d'inspiration, tournée vers le passé, qui faisait défaut à la création mobilière. Durant les deux premières années qui suivirent le retour à la paix, la production de mobilier de l'Atelier Primavera fut présentée sous l'égide de la directrice de l'atelier Primavera, Charlotte Chauchet-Guilleré. Les enjeux économiques de l'Après-guerre consistait à et non pas uniquement destinés à une clientèle élitiste. vignette|Marcel Guillemard, Bureau-bibliothèque, projet, dessin à la gouache, SAD de 1924Léon Moussinac cite le travail de Marcel Guillemard dans Intérieurs III : un ensemble de planches regroupant une sélection de réalisations d'artistes décorateurs qui « restent préoccupés d'organiser l'espace de façon nouvelle, de répondre à des besoins modifiés. (Intérieur III, Paris, Ed. Albert Lévy, 1924-1928, pl. 21-24).L'atelier Primavera s'avéra être un véritable laboratoire au sein de l'Art décoratif moderne, et constitua une véritable entité créatrice à l'intérieur du magasin du Printemps. L'année 1920 marqua le début de la reconnaissance du travail de Marcel Guillemard. En effet, l'anonymat qui pesait sur les dessinateurs-collaborateurs et les coulisses de la création est levé. En 1922, le Salon d'Automne présenta deux créations qui furent saluées par les critiques comme les œuvres les plus accomplies, Le cabinet de travail, presque Américain, massif et pourtant raffiné et La chambre de jeune homme, qui est un espace aménagé avec une grande clarté, et qui pose les nouveaux principes qui constitueront le corpus d'inspiration de Marcel Guillemard. Il est cité parmi les artistes de premier plan, à l'image de Djo Bourgeois, Étienne Kholmann, René Herbst et André Frechet, directeur de l'École Boulle. Dès le salon des Artistes décorateurs de 1923, Marcel Guillemard s'engage vers une recherche de simplification des formes. Il compose au salon des Artistes décorateurs un mobilier agréable et fort ingénieux Cabinet en acajou et marqueterie». C'est une manière de retraiter une inspiration de style Empire, tout en conservant la monumentalité des volumes et l'essence du bois d'acajou. Marcel Guillemard s'affirme à la fois comme dessinateur et maître d'œuvre à la tête de l'atelier qu'il dirige. Il se place du côté des  qui travaillent sur l'espace, limités à de petites surfaces qui sont cloisonnées et permettent d'individualiser les scénographies, et de l'autre, « les artistes » qui souhaitent valoriser et individualiser leurs créations.

Le pavillon Primavera à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925

La carrière de Marcel Guillemard est lancée et il n'aura de cesse de présenter de nouvelles créations aux grands Salons annuels et d'étendre ses responsabilités au nom des principes de l'atelier Primavera. La consécration officielle de sa carrière est sans conteste l'obtention en 1925, lors de l'exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, du diplôme de grand prix : classe 7- ensemble de mobilier. L'atelier Primavera présenta une salle à manger réalisée par Marcel Guillemard que certains qualifièrent de « (à) décoration pompéienne » mais qui en revanche « se maintient dans une note gaie assez rare dans les ensembles modernes». Il exécute, par ailleurs, un beau cabinet de travail renfermant des meubles pratiques et des fauteuils confortablesExposition internationale des arts décoratifs et industries modernes, Rapport général, Paris, Imprimerie de Vaugirard, 1925, 765 p..

Lors du salon des artistes décorateurs de 1926, Marcel Guillemard présenta trois ensembles qui s'inscrivent dans la recherche d'objectifs de rationalisation de l'espace, sans jamais s'éloigner d'une recherche d'élégance et de raffinement dans le décor. Au salon d'Automne de 1927, Marcel Guillemard réalisa dans « le hall », une démonstration de la maîtrise de son style, en réunissant les principes qui orchestraient son inspiration. Le public et les critiques ne s'y trompèrent pas et accueillirent cet aménagement avec un vif succès : « Guillemard (atelier Primavera) a réalisé un hall d'une grande beauté ».

Les petites foires des Arts décoratifs Modernes (1 ère et 4e ).

L'activité créatrice de Marcel Guillemard ne se limite pas aux créations de mobilier et d'ensembles mobiliers, mais aussi à une activité de décorateur qui trouve des applications dans les manifestations commerciales que sont les petites foires des Arts décoratifs modernes. L'ordonnancement et l'aménagement de ces expositions, le renouvellement de l'aspect des vitrines et des étalages du Printemps. Le succès de ces expositions organisées par les grands magasins du Printemps, était très attendu, et rassemblaient encore, d'années en années, les critiques d'art et une foule de visiteurs. Guillemard était l'architecte de ces ensembles importants qui devaient être préparés, montés, organisés en quelques jours, nous révélant une énergie constituée de fantaisie et de rêves, dont il est difficile de reconstituer la véritable histoire : « Je puis croire que c'est vraiment à son impulsion que nous avons dû le succès de ces remarquables expositions». L'atelier de création du mobilier Primavera est à ce moment là dirigé par deux personnes : chez les dames, M. SougezSougez, Madeleine, (1891-1945) : Designer et peintre., et chez les hommes, Marcel Guillemard en tant que chef d'atelier qui coordonne l'action des dessinateurs : L. Sognot, J.Louis, H. Boulenger, J.Brieu, H. Boudier, Espérance, R. Favreau, A. Mozer, P. Pinsard, A. Rigoulot, P. Siegrist.

Vers la modernité Le mobilier métallique comme manifeste de la modernité vignette|Bureau en bois laqué, 1927, piètement tubulaire Marcel Guillemard propose au printemps de 1927, un bureau de dame et son fauteuil1927, Le concours : un bureau de dame et son siège : L'Union centrale des Arts décoratifs avait institué, au printemps de 1927, un concours pour l'exécution d'un bureau de dame et son siège, afin que de jeunes artistes puissent se faire connaître et exposer dans des conditions favorables., en tubes creux, reposant sur un faisceau de lames nickelées, formées de tranchants de métal disposés en croix, d'un dessin net et franc et « d'un aspect d'ailleurs un peu menaçant ». Face aux artistes, Étienne KholmannÉtienne Kohlmann (1903- 1988), désigner et ensemblier., René Herbst et Louis Sognot qui proposèrent un mobilier en métal tout à fait original, Marcel Guillemard présente un schéma qui rompt ainsi avec le dessin tubulaire, son bureau reposant sur un piètement en lames d'acier, et s'intégrant parfaitement dans la structure laquée supérieure. Au contraire, Louis Sognot présente un siège reposant sur ce type de structure tubulaire et fait reposer son bureau sur deux caissons de tiroirs. Marcel Guillemard réalise son projet dans une subtile synthèse entre les deux styles. Cette recherche sur le développement du mobilier métallique correspondait à un vrai questionnement sur lequel il s'était positionné lors de ses conférences sur l'aménagement intérieur, « Le meuble moulé, le meuble en métal qui font l'objet de tant de recherches en ce moment seront sans doute, les meubles de l'avenir. Mais ces recherches ne seront encore qu'à l'état de travaux de laboratoire et dépassent le cadre de ce cours». La recherche de modernité ne constituait pas l'unique vecteur du retour au métal, mais un problème éminemment pratique qui avait été évoqué et posé : la fragilité des placages du mobilier dans les espaces chauffés et plus particulièrement la question de l'exportation de ceux-ci.

alt=Marcel Guillemard, bureau et siège, concours pour un bureau de dame, 1928|vignette|Bureau et siège, concours pour un bureau de dame, 1928.