vignette|L'empire Qing en 1820. Les régions de l'Asie centrale sont indiquées en vert (sans Taïwan) et en rose. La dynastie Qing en Asie centrale est l’extension du territoire de la dynastie Qing en Asie intérieure aux de notre ère, en Mongolie intérieure et extérieure, en Mandchourie, au Tibet, au Qinghai et au Xinjiang. Les guerres ayant permis l'annexion de ces régions ont principalement été menées contre la dynastie Yuan du Nord (avant 1636) et le Khanat dzoungar (1687-1758). Avant même la fin de la conquête de la Chine proprement dite, les Mandchous avaient déjà pris le contrôle de la Mandchourie (ce qui correspond actuellement à la Chine du Nord-Est et à la Mandchourie extérieure) et de la Mongolie intérieure, cette dernière étant auparavant contrôlée par les Mongols dirigés par Ligden Khan. Après la répression de la Rébellion des trois feudataires et de la conquête de Taïwan, ainsi que la fin des conflits frontaliers sino-russes, la guerre Dzoungar-Qing éclate. Ce conflit s’achève par la conquête par les Qing de la Mongolie extérieure, du Tibet, du Qinghai et du Xinjiang. Tous ces territoires sont intégrés à l'empire Qing et des garnissons militaires y sont installées par le pouvoir central. Cependant, ils sont gouvernés via différents types de structures administrativesThe Cambridge History of China: Volume 10, Part 1, by John K. Fairbank, et conservent également bon nombre de leurs institutions d'avant la conquête. En outre, ils ne sont pas gouvernés comme des provinces régulières, du moins pas avant que le Xinjiang et la Mandchourie soient transformés en provinces à la fin de la période Qing. En dehors de ces deux exceptions, de leur conquête jusqu’à la fin de la dynastie Qing, ils sont supervisés par le Lifan Yuan, une agence gouvernementale chargée de superviser les régions frontalières de l'empire.

Mandchourie vignette|La Mandchourie au sein de la dynastie Qing en 1820.

La dynastie Qing est fondée non pas par des Chinois d'ethnie Han, qui constituent la majorité de la population chinoise, mais par un peuple d'agriculteurs sédentaires connu sous le nom de Jurchen. Il s'agit d'un peuple toungouse vivant dans la région qui correspond actuellement aux provinces chinoises du Jilin et du Heilongjiang. Ce qui va devenir l'État mandchou est fondé par Nurhachi, le chef des Aisin Gioro, qui sont alors une tribu jürchen mineure, à Jianzhou au début du . À l'origine vassal des empereurs Ming, Nurhaci s'embarque en 1582 dans un conflit entre tribus qui se transforme en une campagne d'unification des tribus voisines. En 1616, il a suffisamment consolidé son emprise sur les Jurchens pour pouvoir se proclamer Khan du Grand Jin, en référence à un précédente dynastie Jurchen qui avait régné sur le nord de la Chine. Deux ans plus tard, il fait établir un document intitulé les Sept Grandes Causes d'irritation, dans lequel il énonce ses griefs envers les Ming, puis rejette son allégeance à la dynastie chinoise. Dès lors, il entreprend de mener à bien l'unification des tribus Jurchen encore alliées à l'empereur Ming et entre en révolte ouverte contre ce dernier. Après une série de victoires contre les Ming et diverses tribus de la Mandchourie extérieure, lui et son fils Huang Taiji finissent par contrôler toute la Mandchourie. Cependant, au cours des dernières décennies de la conquête des Ming par les QIng, le tsarat de Russie tente d'annexer les terres situées au nord du fleuve Amour. Cela engendre des frictions, qui dégénèrent en conflits frontaliers. Finalement, les deux pays signent en 1689 le traité de Nertchinsk qui met fin au conflit et donne toute la Mandchourie à la Chine. Toutefois, au milieu du , la Mandchourie extérieure est finalement perdue par la Chine au profit des Russes lors de l’annexion de la région de l'Amour par l’Empire russe à la suite du traité d'Aigun (1858) et de la convention de Pékin (1860). Officiellement, il est interdit aux Chinois "Han" de s'installer dans cette région, mais cette loi est ouvertement violée durant toute la durée de la dynastie Qing et ils finissent par devenir majoritaires dans les zones urbaines au début du .

vignette| Salle Chongzheng du palais de Mukden

Tout commence en 1668, sous le règne de l'empereur Kangxi, lorsque le gouvernement Qing décrète qu'il est interdit à toute personne n'appartenant pas aux Huit Bannières de pénétrer dans la région qui a vu naître la dynastie. Cependant, ce décret se révèle rapidement inapplicable, et aussi longtemps que dure la dynastie Qing, un nombre croissant de Chinois entrent illégalement et légalement en Mandchourie et s'y installent pour cultiver des terres. Cet afflux est encouragé par les riches propriétaires mandchous qui souhaitent que des paysans chinois Han louent leurs terres et y cultivent des céréales. La plupart de ces migrants Chinois ne sont pas expulsés après qu'ils ont réussi à passer au-delà de la Grande Muraille et de la palissade de saules, cette dernière étant une extension de la grande muraille implantée pour essayer de bloquer ce flot de migrants. Au cours du , les paysans chinois exploitent de terres privées en Mandchourie et appartenant à des relais de courrier, des domaines nobles et des terres des huit Bannières. Ce phénomène migratoire prend une telle ampleur que, dans les garnisons et les villes de Mandchourie, 80% de la population est d'origine chinoise à la fin du siècleRichards 2003, ..

Mais si les grands propriétaires profitent de ce flux de migrants pour faire cultiver leurs terres, il y a aussi une part non négligeable de petits paysans chinois indépendants, qui, après être entrés en Mandchourie, s'installent illégalement sur des terres en friche qu'ils mettent en cultureReardon-Anderson 2000, .. De plus, une partie de cette migration est voulue par les autorités, qui, par moments, autorisent officiellement des Chinois à s'installer en Mandchourie. C'est ainsi que des agriculteurs chinois ont été réinstallés du nord de la Chine par les Qing, dans la région située le long de la rivière Liao, afin de remettre les terres en cultureReardon-Anderson 2000, .. Durant la décennie 1780, les Qing décident d’installer des réfugiés chinois du nord de la Chine souffrant de la famine, d’inondations et de sécheresses en Mandchourie et en Mongolie intérieure, afin qu'ils mettent en culture en Mandchourie et des dizaines de milliers d’hectares en Mongolie intérieureReardon-Anderson 2000, .. L'empereur Qianlong lui-même a autorisé des paysans chinois Han souffrant des conséquences de la sécheresse à s’installer en Mandchourie, alors même que ce sont ses décrets de 1740 et 1776 qui ont rendu ce genre d'installation illégalScharping 1998, .. On en arrive à un stade où les métayers chinois louent ou même revendiquent la propriété de "domaines impériaux" et de terres relevant des Huit Bannières situées dans cette régionReardon-Anderson 2000, .. Bien souvent, lorsque des Chinois sont autorisés officiellement à s'installer en Mandchourie, la zone où ils s'installent déborde largement de ce qui était prévu par les autorités. Ainsi, pendant le règne de l'empereur Qianlong, en plus de la région du fleuve Liao, dans le sud de la Mandchourie, les paysans chinois s'installent tout le long de la route reliant Jinzhou, Fengtian, Tieling, Changchun, Hulun et NinggutaReardon-Anderson 2000, .. Au début du règne de l’empereur Daoguang, et dans le but d'augmenter les revenus du Trésor impérial, les Qing vendent aux paysans chinois des terres mandchoues. Dans un premier temps, ces ventes se limitent aux terres situées le long du Songhua, mais là aussi, l'opération déborde rapidement de la zone prévue au départ.

Tout ceci cumulé explique pourquoi, dès les années 1840, l'abbé Huc peut constater que la plus grande partie de la population des villes de Mandchourie est d'origine chinoiseReardon-Anderson 2000, ..

Mongolie intérieure et extérieure vignette|Mongolie intérieure et extérieure au sein de la dynastie Qing en 1820.

Au cours des , la plupart des régions peuplées d'ethnies mongoles, notamment la Mongolie extérieure et la Mongolie intérieure, sont intégrées à l'empire des Qing. Même avant que la dynastie ne commence à prendre le contrôle de la Chine proprement dite en 1644, les frasques de Ligden Khan, le dernier khan de la dynastie Yuan du Nord, avaient conduit un certain nombre de tribus mongoles à s'allier à l'État mandchou. Si les premières relations de Nurhaci avec les tribus mongoles consistent principalement en une alliance, il finit par entrer en conflit ouvert avec Ligden Khan, qui est rapidement vaincuMarriage and inequality in Chinese society By Rubie Sharon Watson, Patricia Buckley Ebrey, Tumen jalafun jecen akū: Manchu studies in honour of Giovanni Stary By Giovanni Stary, Alessandra Pozzi, Juha Antero Janhunen, Michael Weiers. Après la mort du Khan, son fils Ejei Khan doit se soumettre aux Mandchous, qui prennent le contrôle de la majeure partie de ce qui est maintenant la Mongolie intérieure. De leur côté, les trois khans des tribus Khalkhas de Mongolie extérieure, ont noué des liens étroits avec la dynastie Qing dès le règne de Hong Taiji, mais ils restent autonomes. La situation change avec l'intervention des Oïrats, un autre ensemble de tribus mongoles qui a fondé le Khanat dzoungar, dont le territoire se situe à l'ouest des Khalkhas. Leur Khan, Galdan Boshugtu, entend bien prendre le contrôle de la Mongolie aux dépens des Qing et réunifier à son profit tous les peuples mongols. Après la fin de la répression de la rébellion des trois feudataires, l'empereur Kangxi peut enfin tourner son attention sur ce problème et de tenter de négocier avec les Oïrats. Mais Galdan finit par attaquer les terres des Khalkhas et Kangxi réagit en prenant personnellement le commandement des contingents des Huit Bannières équipés d'armes lourdes qui partent sur le terrain pour combattre les troupes du khan des Oïrats. Cette campagne s’achève par une victoire des Qing. Entretemps, Kangxi a eu le temps d'organiser à Duolun, en 1691, un qurultay regroupant les dirigeants des Khalkhas et de la Mongolie intérieure, au cours duquel les khans Khalkhas lui déclarèrent officiellement allégeance. La guerre contre Galdan a donc eu comme conséquence directe d'intégrer tous les Khalkhas à l'empire, et les trois khans Khalkhas de Mongolie extérieure ont été officiellement introduits dans les cercles intérieurs de l'aristocratie Qing en 1694. Ainsi, à la fin du , la dynastie Qing a pris le contrôle de la Mongolie extérieure et de la Mongolie intérieure.

Lors de l'intégration de la Mongolie dans le territoire des Qing, il est officiellement interdit aux Chinois de s’installer en Mongolie intérieure et extérieure et, de leur côté, les Mongols n'ont pas le droit de pénétrer dans les 18 provinces chinoises (neidi) sans autorisation, sous peine de lourdes punitions. De plus, il est interdit aux Mongols d'entrer dans d'autres ligues mongoles.

Mais les Qing n'arrivent pas à faire respecter cet édit car, à l'image de ce qui se produit au même moment en Mandchourie, des colons chinois violent l'interdit et pénètrent en Mongolie intérieure pour s'y installer. Et, comme il l'a été précisé dans le paragraphe sur la Mandchourie, malgré cette interdiction, les Qing ont décidé au d’établir en Mongolie intérieure des réfugiés chinois originaires du nord de la Chine et souffrant de famine, d’inondations et de sécheresses. Au dix-huitième siècle, un nombre croissant de colons d'origine chinoise s'installent illégalement dans les steppes de la Mongolie intérieure. Ce phénomène prend une telle ampleur qu'en 1791, le jasak de la Bannière de Front Gorlos demande au gouvernement Qing de légaliser le statut des paysans qui s'y sont déjà installés.

vignette| Palais d'hiver du Jebtsundamba à Urga