Les Ursidés (Ursidae) sont une famille de mammifères de l’ordre des carnivores (Carnivora), du sous-ordre des caniformes. Ces animaux de taille moyenne à très grande sont répartis en trois sous-familles, cinq genres pour huit espèces actuelles, mais sont collectivement désignés sous le nom d’Ours. Le Grand panda, dont la classification a longtemps prêté à débat à cause de ses caractéristiques ostéologiques, est aujourd'hui considéré comme un véritable membre de cette famille... Bien que restreints à huit espèces vivantes, les Ursidés sont largement répartis dans une grande variété d'habitats, occupant la majeure partie de l'hémisphère Nord et une fraction de l'hémisphère Sud, sur les continents d'Europe, d'Asie et d'Amérique.
Les Ursidés actuels partagent une morphologie caractéristique : un corps massif et trapu aux membres puissants, une tête dotée d'un long museau et de petites oreilles arrondies, un pelage dense, une queue courte ainsi que des pattes plantigrades pourvues de cinq griffes non rétractiles. Ils disposent par ailleurs d'un excellent odorat. Leur régime alimentaire varie considérablement selon les taxons : l'ours blanc est presque exclusivement carnassier et un prédateur marin, le panda géant se nourrit quasi uniquement de bambou, tandis que les six autres espèces sont omnivores, exploitant une grande diversité de matières végétales et animales selon les saisons.
À l'exception de la période de reproduction et de l'élevage des oursons par les femelles, les ours mènent une existence solitaire. Principalement diurnes, ils adoptent fréquemment un rythme crépusculaire ou nocturne, en particulier à proximité des implantations humaines. Malgré leur corpulence lourde et leur démarche chaloupée, ils se révèlent d'habiles coureurs, nageurs et grimpeurs. Cavernicoles et opportunistes pour leur gîte, ils s'abritent dans des grottes, des troncs creux ou des terriers ; la plupart des espèces y passent la mauvaise saison en léthargie hivernale (hivernation), pouvant s'étendre sur une centaine de jours.
Chassés dès la Préhistoire pour leur viande et leur fourrure, les ours ont profondément marqué la culture humaine (mythologies, traditions populaires, arts), tout en étant capturés pour le spectacle de foire (montreurs d'ours) ou les combats sanglants d'arène (bear-baiting). À l'époque moderne, les populations sont confrontées à de multiples pressions anthropiques : conflits avec les éleveurs (notamment dans les Pyrénées), empiètement et fragmentation de leur habitat, artificialisation des forêts, ainsi que braconnage et commerce illicite de leurs organes, à l'instar du marché asiatique de la bile d'ours. L'UICN classe six des huit espèces comme vulnérables ou menacées d'extinction, tandis que les espèces en préoccupation mineure, telles que l'ours brun, demeurent menacées d'extiction à des échelles localisées dans plusieurs pays européens.
Étymologie et dénominations
Le mot français « ours » dérive, tout comme le nom scientifique des taxons Ursidae et Ursus, du latin (au féminin ). Le prénom féminin « Ursula », issu du nom d'une sainte chrétienne, représente un diminutif signifiant « petite ourse ». En Suisse, le prénom masculin « Urs » demeure particulièrement usité, et la toponymie attribue traditionnellement le nom de la ville et du canton de Berne au vieil allemand (« ours »). D'autres anthroponymes germaniques s'y rattachent, à l'instar de Bernard (ou Bernhardt), formé des racines signifiant « ours fort » ou « ours courageux », tandis que le héros vieil-anglais Beowulf porte un kenning littéralement interprété comme « loup des abeilles », métaphore désignant l'ours et, par extension, un vaillant guerrier.
Les taxons scientifiques tels que les Arctoidea ou le genre Helarctos tirent quant à eux leur racine du grec ancien (« ours »). Ce radical hellénique est également à l'origine des vocables géographiques « Arctique » et « Antarctique », forgés d'après la constellation boréale de la Grande Ourse (Ursa Major).
Dans les langues germaniques, l'anglais bear provient du vieil anglais , apparenté au suédois (également usité comme prénom). L'étymologie traditionnelle rattache ce groupe de termes à une racine proto-indo-européenne désignant la couleur brune, faisant de l'ours « le brun ». Cependant, le linguiste Donald Ringe souligne qu'aucun adjectif correspondant de manière probante à ce radical ne peut être reconstruit avec certitude pour le « brun » en proto-indo-européen ; il suggère plutôt une dérivation à partir de l'indo-européen commun *ǵʰwḗr- ~ *ǵʰwér, signifiant « animal sauvage ». Ce vocabulaire germanique procède d'un tabou d'évitement : les peuplades proto-germaniques ont substitué à la désignation originelle de l'animal des euphémismes descriptifs par crainte superstitieuse d'attirer le prédateur en prononçant son véritable nom.
Taxonomie
Histoire taxonomique La première classification des ours dans la taxonomie moderne se trouve dès la Dixième édition du Systema Naturae en 1758 sous le nom de genre Ursus, ainsi que de son espèce-type : l’Ours (Ursus arctos), mais de nombreux naturalistes doutant de la véracité spécifique sur le plan taxonomique, des différentes espèces d’ours brun, noir et blanc, Ursus arctos fut la seule espèce d’Ours du genre. Finalement l’ours blanc et l’ours noir furent décrits comme des espèces distinctes dans le courent des années 1770 et l’ours lippu dans les années 1790, mais fut toutefois considéré comme un premier temps comme une espèce de paresseux comme en témoigne son protonyme Bradypus ursinus, le genre Melursus qui lui fut finalement assigné fut le premier genre d’Ursidé théorisé après le genre d’Ursus de Linné. Le premier taxon supérieur dont le genre Ursus est le type apparut pour la première fois sous la plume de Fischer en 1817 sous le nom d’Ursini cependant, le taxon fut monotypique. Taxonomie contemporaine En 1992, McLellan et ses collaborateurs ont divisé les Ursidés en sept sous-familles : les Amphicynodontinae, les Hemicyoninae, les Ursavinae, les Agriotheriinae, les Ailuropodinae, les Tremarctinae et les Ursinae. De leur côté en 1997, McKenna et Bell ont plutôt rassemblé les Ursidés au sein de la superfamille des Ursoidea, classant les Hemicyoninae et les Agriotheriinae dans la famille distincte des « Hemicyonidae ». Selon cette classification, les Amphicynodontinae étaient considérés comme des formes basales de pinnipèdes rattachées à la superfamille des Phocoidea. Dans l'arrangement de McKenna et Bell, les ours et les pinnipèdes sont tous deux regroupés dans un sous-ordre de carnivores nommé Ursida, aux côtés des amphicyonidés éteints (les « chiens-ours »).
En 2005, Wesley-Hunt et Flynn placent les Ursidés parmi l'une des neuf familles du sous-ordre des Caniformia, au sein de l'ordre des Carnivora. Les Ursidés modernes regroupent huit espèces réparties en trois sous-familles : les Ailuropodinae (monotypique, avec le Panda géant), les Tremarctinae (monotypique, avec l'Ours à lunettes) et les Ursinae (qui rassemble six espèces réparties entre un et trois genres selon les auteurs). Les analyses chromosomiques révèlent que le caryotype des six espèces d'ursinés est presque identique, chacune possédant 74 chromosomes, tandis que le panda géant en compte 42 et l'ours à lunettes 52. Ce nombre plus faible s'explique par la fusion de plusieurs chromosomes ; la disposition des bandes chromosomiques correspond à celle observée chez les ursinés et diffère de celle des procyonidés, ce qui confirme l'appartenance de ces deux espèces aux Ursidae plutôt qu'aux Procyonidae, où certains auteurs les classaient auparavant.
Classification Liste des taxons actuels +Liste des espèces actuelles de la famille des Ursidae selon :Sous-familleGenreSous-genreEspèce, nom et auteurDescriptionRépartitionStatut UICNUrsinaeUrsinésUrsusLinnaeus, 1758Ours proprement ditsUrsusOurs véritablesUrsus arctosLinnaeus, 1758Ours (stricto sensu)Ours brun150px|sans_cadre|centreL'ours brun présente une bosse musculaire prononcée au-dessus des épaules et de longues griffes antérieures peu recourbées adaptées au creusement. Sa fourrure varie du blond chamois au brun foncé ou presque noir selon les populations.150px|sans_cadre|centreRussie, Asie centrale, Chine, Canada, États-Unis (principalement en Alaska), Scandinavie, région des Carpates (notamment en Roumanie), Anatolie et Caucase.Ursus maritimusPhipps, 1774Ours blancOurs polaire150px|sans_cadre|centreL'ours blanc est le plus grand carnivore terrestre ; il se caractérise par un cou allongé, une tête relativement fine, des oreilles courtes et une fourrure translucide paraissant blanche à jaunâtre. Ses larges pattes palmées lui permettent de nager et de marcher sur la banquise.150px|sans_cadre|centreBassin arctique et masses continentales adjacentes, vers le sud jusqu'à Terre-Neuve.EuarctosUrsus americanusPallas, 1780Ours noir d’AmériqueBaribal150px|sans_cadre|centrePlus petit que l'ours brun, le baribal est dépourvu de bosse scapulaire marquée, ce qui lui confère une croupe plus haute que les épaules. Ses griffes antérieures courtes et recourbées en font un excellent grimpeur. Sa robe est typiquement noire, mais présente des phases cannelles ou claires.150px|sans_cadre|centreCanada, États-Unis (hors plaines centrales) et nord du Mexique.SelenarctosOurs-luneUrsus thibetanusG. Cuvier, 1823Ours du TibetOurs noir d'Asie150px|sans_cadre|centreL'espèce arbore un pelage noir lustré muni d'une marque pectorale blanche ou crème en forme de croissant ou de « V ». Elle présente de grandes oreilles rondes et une silhouette trapue adaptée à la vie en forêt à escalader les arbres.150px|sans_cadre|centreSous-continent indien, Corée, nord-est de la Chine, Extrême-Orient russe, îles de Honshū et Shikoku au Japon, et Taïwan.MelursusMeyer, 1793Mélours(Parfois considéré comme un sous-genre d’Ursus)Melursus ursinus(Shaw, 1791)Ours lippuJongleur150px|sans_cadre|centreL'ours lippu se distingue par son pelage noir ébouriffé et hirsute, une marque pectorale blanche en forme de « Y » ou de « V », un museau blanchâtre et mobile muni de lèvres préhensiles dépourvues de poils, ainsi que de longues griffes recourbées adaptées à l'éventrement des termitières.150px|sans_cadre|centreHelarctosHorsfield, 1825Hélarctes(Parfois considéré comme un sous-genre d’Ursus)Helarctos malayanus(Raffles, 1821)Hélarcte malaisBruan150px|sans_cadre|centrePlus petit représentant actuel des ursidés, il présente un pelage ras et lisse d'un noir profond, un museau clair et court, ainsi qu'une marque en demi-cercle blanc-jaunâtre à orangée sur le poitrail. Ses pattes sont massives avec de longues griffes arquées et des soles plantaires glabres favorisant l'escalade arboricole.150px|sans_cadre|centre TremarctinaeTremarctinésTremarctosGervais, 1855Tremarctos ornatus(F. G. Cuvier, 1825)Ours à lunettesJucmari150px|sans_cadre|centreSeul représentant actuel des ursidés en Amérique du Sud, il se caractérise par une fourrure noire à brun-roux ornée de marques blanc-crème à jaunâtres variables autour des yeux (évoquant des lunettes), sur le museau et le poitrail. Plus petit que l'ours brun, il est adapté à la vie arboricole.150px|sans_cadre|centreCordillère des Andes (Venezuela, Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie et nord de l'Argentine).AiluropodinaeAiluropodinésAiluropodaMilne-Edwards, 1870AiluropodesAiluropoda melanoleuca(David, 1869)Panda géantAiluropode noir et blanc150px|sans_cadre|centreReconnaissable à son pelage noir et blanc distinctif (oreilles, lunettes oculaires, épaules et pattes noires, reste du corps blanc), le panda géant possède un corps massif, une tête ronde aux mâchoires puissantes et un « faux pouce » (os sésamoïde radial hypertrophié) facilitant la préhension des tiges de bambou.150px|sans_cadre|centreChine centrale (régions montagneuses des provinces du Sichuan, du Shaanxi et du Gansu).
Évolution
Histoire fossile