Pour la période antérieure à 1928, voir : NEP. Pour la période postérieure à 1991, voir notamment économie de la Russie.

L'économie de l'Union soviétique était basée sur la propriété étatique et la planification centralisée. Si l'Empire russe était à la veille de la révolution d’Octobre une économie archaïque largement dominée par les capitaux étrangers, l'Union soviétique est devenue au une puissance économique majeure. De 1928 à 1991, le développement économique fut guidé par une série de plans quinquennaux. L'Union soviétique devint une des trois premières économies productrices d'un grand nombre de produits industriels, mais restait en retard dans les domaines de l'industrie légère et des biens de consommation.

L'économie à la veille de la révolution

Dans les années précédant la guerre et la révolution, l'économie russe connut un essor important, avec un taux de croissance industrielle dépassant les 5 % par an entre 1885 et 1913.

La Russie est alors le premier pays producteur et exportateur de céréales, en bonne place pour d'autres produits (lin, bétail notamment). Pourtant, la production reste médiocre au regard de l'importance de la population et de la superficie du territoire. Les rendements à l'hectare sont faibles, à peine plus de la moitié de ceux des pays occidentaux.

Malgré les progrès industriels, l'économie dans son ensemble reste archaïqueVoir Marc Ferro (1967), La Révolution de 1917, p. 36., et reste loin derrière celle des pays industrialisés. La valeur de la production industrielle est en 1913 deux fois et demi inférieure à celle de la France, six fois moins que celle de l'empire allemand, ou quatorze fois moins que celle des États-UnisRené Girault et Marc Ferro (1989), De la Russie à l'URSS.. Le pays produit seize fois moins de charbon que les États-Unis, neuf fois moins que la Grande-Bretagne, six fois moins que l'Allemagne.

La pénurie de transport paralyse toute tentative de modernisation économiqueMarc Ferro (1967), La Révolution de 1917, p. 39.. Pour cent kilomètres carrés, l'Allemagne dispose de 11 km de voies ferrées, la France d'environ 8 à 9 km et la Russie (Sibérie exclue) de 400 m.

Le pourcentage de terres détenues par la noblesse est passé de 96,3 % en 1867 à un peu plus de 55 % en 1906, il existait encore 159 domaines de plus de .

Le PIB par habitant est alors inférieur à celui de la Hongrie ou de l'Espagne de l'époque, et environ un quart de celui des États-Unis3 593 dollars par habitant en Russie en 1913, 13 327 aux États-Unis .

Surtout, le pays est dominé par les capitaux étrangers bien que ceux-ci soient en recul relatif: en 1914, le capital russe contrôle 51 % de l’économie nationale contre 35 % en 1905. Les seuls capitaux français possèdent 60 % de la production russe de fonte, 51 % de celle de charbon, 55 % des banques de Petrograd.

L’organisation économique L'économie soviétique était gérée par le Gosplan (la Commission de Planification d'État), la Gosbank (la Banque d'État) et le Gossnab (Commission d'État pour la fourniture en Matériaux et Équipements).

Les recettes budgétaires du pays proviennent à 90 % de l'État lui-même.

Les structures et les procédures de la planification soviétique ont connu d'incessantes réformes: après l'hypercentralisation du "communisme de guerre", et l'assouplissement de la NEP, le régime stalinien a mis en place un système administratif extrêmement centralisé. Après la mort de Staline, sur base des résultats de moins en moins efficients dus à la fin de la période de récupération (et notamment une élévation du coefficient de capital autour de 1954-1955), une régionalisation est intervenue en 1957, rapidement récupérée. Les blocages persistants ont conduit les économistes, et après eux, le parti, à reconsidérer certains dogmes: par des voies détournées, on a revisité plusieurs concepts marxistes comme la valeur-travail, le profit, la rentabilité, les prix, en donnant une place accrue à la demande. L'importante réforme de l'entreprise de 1965 a consacré cette évolution. Mais les forces conservatrices, représentées par le clan de Leonid Breznev, ont peu à peu érodé ces avancées. Il fallut attendre l'arrivée au pouvoir de Michail Gorbacev pour un nouveau programme de réformes, avec les conséquences que l'on sait.

Le Gosplan Combinant les objectifs larges donnés par le Conseil des ministres avec les données fournies par les niveaux administratifs inférieurs concernant l'état de l'économie, le Gosplan donnait, par essai et erreurs, un ensemble d'objectifs du plan préliminaires. Parmi plus de vingt comités d'État, le Gosplan était à la tête de l'appareil de planification du gouvernement et était de loin l'agence la plus importante de l'administration économique. La tâche des planificateurs était d'équilibrer les ressources et les besoins pour s'assurer que les entrées nécessaires étaient fournies pour les sorties planifiées. L'appareil de planification seul était une vaste organisation constituée de conseils, commissions, officiels gouvernementaux, etc. chargés de l'exécution et de la surveillance de la politique économique.

L'agence de planification d'État était subdivisée en ses propres départements industriels, tels que charbon, fer ou construction de machines. Elle possédait aussi des départements transversaux tels que la finance. À l'exception d'une brève expérience avec la planification régionale pendant la période Khrouchtchev dans les années 1950, la planification soviétique était faite de manière sectorielle plutôt que régionale. Les départements de l'agence de planification d'État assistaient le développement d'un ensemble complet de cibles du plan en accord avec les besoins d'entrée, un processus impliquant une négociation entre les ministères et leurs supérieurs.

Ministères Les ministères économiques jouaient un rôle clé dans la structure de l'organisation soviétique. Chaque ministère englobait l'ensemble d'un secteur productif, et gérait les entreprises et les groupes d'entreprises de ce secteur.

Les entreprises Les entreprises en URSS étaient plus que de simples lieux de travail. Elles étaient responsables d'un large éventail de fonctions de protection sociale ; elles géraient la construction et l'entretien de logements pour leurs employés, d'infrastructures de santé, de loisirs, d'instruction, etc.

Chaque entreprise avait un nom, un compte à la Gosbank, et un directeur responsable de la réalisation du plan. Sa capacité d'investissement était limitée par le plan. Les grandes entreprises offraient généralement plus d'avantages sociaux et de sécurité que les entreprises plus petites.

La grande entreprise est divisée en départements : ateliers, administration, bureaux d'études, approvisionnement, planification, regroupés sous l'autorité du directeur général.

À la différence des entreprises occidentales, les entreprises soviétiques étaient constituées en général d'un seul site de production. D'où la relative prédominance, dans le tissu industriel, de grandes usines, et la faiblesse relative du nombre des PME.

Au fil des réformes de la planification soviétique, le statut de l'entreprise a évolué vers une plus grande autonomie: à la place de centaines d'indicateurs analytiques de résultats, des indicateurs plus synthétiques ont été introduits, permettant à l'entreprise de se guider davantage sur la demande solvable. Cette évolution a été de pair avec la révision de la structure des prix et des concepts de profit et de rentabilité. Un moment important fut la réforme de l'entreprise de 1965.Entreprise publique

Les formes de propriété Outre la propriété d’État, prédominante, il existait plusieurs autres formes juridiques de propriété des moyens de production dites « collectives » telles que le kolkhoze et la coopérative.

Les formes les plus courantes de propriété coopérative étaient les coopératives d'habitation (жилищные кооперативы) dans les zones urbaines, les coopératives de consommateurs (потребительская кооперация, потребкооперация), et les sociétés de consommateurs ruraux (сельские потребительские общества, сельпо).

Le droit soviétique faisait la distinction entre la propriété privée (частная собственность, chastnaya sobstvennost) et la propriété personnelle (личная собственность, lichnaya sobstvennost). La première concernait la propriété individuelle de moyens de production, qui avait été abolie, alors que la seconde décrivait la possession personnelle.

L'économie souterraine L'économie souterraine dans le secteur secondaire se développe massivement. De grands ateliers voire industries totalement illégaux se sont mis à massivement produire des biens de consommation très demandés dans un but de profitabilité privée : cela va de la production d'alcool à la réparation de voitures. D'après Jacques Sapir, spécialiste de l'économie russe, le travail officiel des travailleurs n'était pratiquement plus qu'une couverture légale pour pouvoir illégalement travailler dans ces entreprises. Le tiers des actifs aurait un deuxième travail plus ou moins légal, où ils gagnent un salaire du double au triple de celui dans une entreprise officielle. Jacques Sapir considère même que cette économie souterraine a permis de rendre acceptable la situation de pénurie permanente en URSS pour les travailleurs. Cette situation était connue de tous en URSS, mais les pouvoirs publics n'ont pas fait grand chose pour lutter contre cette économie souterraine.

Industrie

L'industrie était entièrement nationalisée depuis la révolution d'Octobre. En 1928, 61 % de la production industrielle concerne les biens de consommation et 30 % les biens d'équipement.

Rattraper les nations industrielles du monde fut un objectif majeur de Staline. L’industrie devint focalisée à partir de cette date et avec le développement de la planification sur la production lourde : métallurgie, machines, industrie chimique Dans la terminologie soviétique, il s'agissait des « biens du groupe A », ou « moyens de production ». Cette stratégie était basée sur la nécessité reconnue d'une industrialisation et d'une modernisation très rapide de l'URSS. Le taux d'investissement était très élevé dans ces secteurs.

thumb|right|225px|Chars T-90 équipant l'armée indienne, en manœuvre en décembre 2008.

Après la mort de Joseph Staline en 1953, les biens de consommation (« bien du groupe B ») reçurent plus d'attention mais en 1956, 29 % de la production concernent les biens de consommation contre 71 % pour les biens d'équipement Sylvie Arend, Processus Politique: Environnements, Prise de décision et pouvoir, Les presses de l'université d'Ottawa, , p. 406.

Avec l’effort de guerre et l’industrialisation intensive, un très puissant complexe militaro-industriel se mit en place. Il comprenait la production d’armes mais aussi l’ensemble de l’industrie lourde. Ce secteur économique était privilégié : les travailleurs avaient plus d’avantages sociaux et les dirigeants avaient plus d’influence politique. Il représentait plus de 14 millions d'employés avec .

L'industrie de défense proprement dite absorbait 20 % du revenu national, 8 % du produit intérieur brut et 47 % des dépenses publiques pour les besoins de l'Armée rouge. La production d’armes soviétiques était la plus importante au monde. Ainsi, en 1981, on comptait , , de combat, , , balistiques (IRMB, ICBM).

L’agriculture