est le deuxième album studio de l'auteur-compositeur-interprète américain Bob Dylan. Il est sorti le sur le label Columbia Records.
Contrairement à son premier album, principalement composé de reprises, ne contient presque que des chansons écrites et composées par Dylan. Certaines ont pour sujet l'actualité politique et sociale, avec des références au mouvement des droits civiques et à la crainte d'une guerre nucléaire, tandis que d'autres sont des chansons d'amour plus personnelles, en partie inspirées de sa relation amoureuse avec Suze Rotolo. La pochette de l'album montre Dylan et Rotolo marchant dans les rues de New York.
Porté par le succès international de la reprise de par le trio Peter, Paul and Mary, permet à Dylan de percer. Ses chansons engagées, comme ou , lui confèrent une réputation de porte-parole de sa génération dont il lutte pour se défaire par la suite. L'album reste considéré comme l'un des sommets de sa discographie et il est ajouté au registre national des enregistrements de la bibliothèque du Congrès en 2002.
Histoire
Contexte
Le premier album de Bob Dylan, simplement intitulé Bob Dylan, sort le . Ni les critiques, ni le grand public n'y prêtent une grande attention : il ne s'écoule qu'à au cours de l'année qui suit, juste assez pour ne pas faire perdre d'argent à Columbia Records. Plusieurs cadres de la maison de disques estiment qu'il vaudrait mieux rompre le contrat offert à Dylan par le producteur John Hammond, mais celui-ci défend vigoureusement son poulain et compte bien voir son second album rencontrer le succès.
L'écriture de Dylan évolue dans les mois qui suivent l'enregistrement de son premier album : il écrit de nombreuses chansons sur l'actualité et la politique. D'après son biographe , ce changement est la conséquence de l'emménagement du chanteur avec sa petite amie Suze Rotolo dans un appartement sur la Rue, à Manhattan. Rotolo est issue d'une famille aux opinions politiques bien tranchées ; ses deux parents sont membres du Parti communiste des États-Unis.
L'influence de Rotolo sur Dylan est également d'ordre plus personnel. Après six mois de vie en couple, elle se rend en Italie pour des études d'art, sur la suggestion de sa mère qui n'approuve pas leur relation. Elle manque énormément au chanteur, qui lui écrit de longues lettres et attend avec impatience de la retrouver. Cependant, elle repousse à plusieurs reprises son retour et ce n'est qu'en qu'elle rentre à New York. Plusieurs critiques estiment que cette séparation est la source des sentiments intenses d'abandon et de solitude exprimés dans les chansons d'amour de .
Enregistrement
Les premières séances
Bob Dylan commence à travailler sur son deuxième album le . Les séances d'enregistrement prennent place au même endroit que pour le premier : le studio A de Columbia Records, au 799 de la Septième Avenue à Manhattan. Son titre de travail, qui reste d'actualité au moins jusqu'au mois de juillet, est . Lors du premier jour, Dylan enregistre sept chansons : quatre compositions originales (, , et ), ainsi que des reprises de de Hank Williams et des airs traditionnels et .
Le lendemain, Dylan retourne au studio pour enregistrer une nouvelle chanson sur les abris antiatomiques, , ainsi que d'autres compositions originales (, et ) et deux prises supplémentaires de . Des reprises de , de Big Joe Williams et de Robert Johnson sont également enregistrées ce jour-là. En fin de compte, aucun des morceaux des et ne figure sur l'album final.
Après plusieurs semaines d'interruption, les séances reprennent le . Dylan enregistre ce jour-là cinq nouvelles chansons : , qu'il a jouée pour la première fois en public au Gerde's Folk City le , , , et . À l'exception de cette dernière, elles sont toutes reprises sur l'album.
Dylan et Grossman
C'est alors que l'homme d'affaires commence à s'intéresser à Dylan. Il le persuade de changer d'éditeur pour rejoindre , une filiale de Warner Bros. Le chanteur signe chez Witmark le . Il ignore cependant l'existence d'un accord secret entre Grossman et Witmark en vertu duquel le premier touche la moitié des revenus générés par les chansons des artistes qu'il convainc de rejoindre cet éditeur. Cette situation engendre un long conflit juridique entre Dylan et Grossman dans les années 1980.
Grossman devient l'imprésario de Dylan le . Il tente immédiatement d'obtenir une renégociation du contrat qui lie le chanteur à CBS, arguant du fait qu'il était mineur au moment de sa signature. Hammond prend directement contact avec Dylan pour lui faire signer une confirmation du contrat original, court-circuitant la stratégie de Grossman. Les méthodes musclées auxquelles ce dernier a recours pour défendre ses clients en font une figure à part sur la scène folk de Greenwich Village où les imprésarios sont plus souvent des amateurs moins agressifs. Andy Gill estime que Grossman a incité Dylan à se montrer moins sociable et plus hautain, voire paranoïaque.
Les séances d'automne
Le travail sur l'album reprend le . Pour la première fois de sa carrière, Dylan est accompagné de musiciens de studio : au piano, Howie Collins et Bruce Langhorne à la guitare, à la contrebasse et à la batterie. Ils travaillent sur trois chansons, mais les différentes prises qu'ils font de et sont jugées insatisfaisantes et laissées de côté. En revanche, ils parviennent à produire une version de qui est retenue pour l'album final.
Lors de la séance suivante, le , Howie Collins est remplacé par le guitariste de jazz et le contrebassiste Art Davis rejoint le groupe d'accompagnement de Dylan. De nouvelles versions de et sont enregistrées, mais elles sont à leur tour rejetées. Une troisième chanson, , donne davantage satisfaction et rejoint les morceaux retenus pour l'album.
La séance du , avec Gene Ramey à la contrebasse, est principalement consacrée à , dont une version acceptable est finalement enregistrée. Cette chanson est éditée en 45 tours le , avec une version alternative de enregistrée le , mais Columbia retire rapidement le disque du marché. est un morceau aux accents rockabilly, très éloigné de la musique folk pratiquée par Dylan entre 1961 et 1964, qui témoigne de son intérêt pour Elvis Presley et les disques de Sun Records.
Une nouvelle composition est également enregistrée le : . Les notes d'accompagnement de l'album affirment que Dylan y est accompagné par les musiciens de studio, mais Clinton Heylin note qu'ils sont complètement inaudibles. Le chanteur enregistre ensuite trois chansons supplémentaires en n'étant accompagné que par la guitare de Langhorne : , et .
La dernière séance de l'année 1962 prend place le . Ce jour-là, Dylan enregistre cinq de ses compositions. L'une d'elles est , qu'il a interprétée pour la première fois lors d'un hootenanny à Carnegie Hall le et qui devient par la suite l'un de ses morceaux les plus fameux. Parmi les quatre autres, et aboutissent sur l'album, tandis que et ne sont pas retenues pour y figurer.
Voyage en Europe
Le mois de décembre voit Dylan effectuer son premier voyage hors d'Amérique du Nord. Le réalisateur britannique Philip Saville, qui l'a vu se produire à Greenwich Village, a invité le chanteur à participer à , une pièce de théâtre filmée pour la BBC. Dylan y interprète quelques chansons, dont .
Arrivé à Londres le , Dylan découvre la scène folk locale. Il entre en contact avec Anthea Joseph, chargée de la programmation du club , et fait la connaissance des chanteurs Martin Carthy et , qui partagent avec lui leur répertoire de chansons traditionnelles anglaises. Carthy enseigne notamment les ballades et à Dylan, qui en reprend les mélodies pour concevoir les chansons et respectivement.
Après son séjour en Angleterre, Dylan se rend en Italie pour retrouver Albert Grossman, qui accompagne la chanteuse Odetta, une autre de ses clientes, en tournée. Dylan espère aussi retrouver Suze Rotolo, ignorant qu'elle a déjà quitté le pays pour rentrer à New York. Il continue à travailler sur ses chansons : de retour à Londres, il surprend Carthy en lui jouant .
Retour à New York
Dylan rentre à New York en avion le . Il est heureux d'y retrouver Rotolo et la convainc de revenir dans l'appartement qu'ils partageaient sur la . Il enregistre plusieurs de ses nouvelles compositions pour le magazine , dont , écrite pendant son séjour à Londres.
Alors que Dylan a hâte de reprendre le travail sur son album, Albert Grossman cherche à évincer John Hammond de sa position de producteur. L'antipathie entre les deux hommes est telle que Columbia finit par assigner un nouveau producteur à Dylan en la personne de Tom Wilson, un jeune producteur de jazz qui a travaillé avec Sun Ra et John Coltrane. Il n'aime pas le folk, mais Dylan le séduit par la qualité de ses morceaux. Sous son égide, le chanteur enregistre cinq nouvelles chansons le : , , , et .
Parution et accueil
vignette|Joan Baez et Bob Dylan en août 1963.
Dylan effectue une série de concerts et d'émissions de radio afin de promouvoir son prochain album. En mai, il se produit au festival de folk de Monterey aux côtés de Joan Baez, qui interprète à ses côtés une nouvelle composition intitulée . Baez, qui a fait la couverture de quelques mois auparavant, est alors au sommet de sa gloire et son duo avec Dylan apporte une notoriété accrue à ses chansons. Les deux artistes entament au même moment une relation amoureuse décrite par comme l'une des plus fameuses de la décennie.
Dylan est censé passer dans l'émission de variétés , diffusée sur CBS, le . Avant l'émission, il prévient le présentateur Ed Sullivan qu'il compte chanter , mais un cadre de CBS craint que la John Birch Society n'en prenne ombrage et demande au chanteur d'interpréter un autre morceau. Dylan refuse cette censure et décide de ne pas participer à l'émission.
Certains biographes de Dylan affirment que cet incident a des conséquences sur . En découvrant que la chanson controversée est censée paraître sur ce disque quelques semaines plus tard, les avocats de CBS s'inquiètent et réclament qu'elle n'y figure pas. C'est pour cette raison que le contenu de l'album aurait été radicalement modifié, avec l'éviction de quatre chansons (, , et ) au profit de quatre morceaux issus de la séance du (, , et ). Anthony Scudato affirme que Dylan est impuissant à empêcher ce changement qui le désole. Néanmoins, Clinton Heylin considère que ce n'est pas l'incident du Ed Sullivan Show qui a causé ce changement, car Columbia n'aurait pas le temps de faire presser à nouveau les disques et réimprimer les pochettes entre la date de l'émission et celle de la sortie de l'album. D'après lui, le retrait de aurait été imposé à Dylan par les avocats de CBS plusieurs semaines auparavant, et la séance du aurait eu pour objectif de produire de quoi la remplacer. Les rares copies existantes de la version originale de sont très recherchées par les collectionneurs.
Columbia Records publie le . Il rencontre un succès immédiat, avec chaque mois qui apportent à Dylan un revenu mensuel d'environ . Le journaliste Nat Hentoff, auteur des notes d'accompagnement de l'album, accorde au chanteur une place de choix dans l'article sur la musique folk qu'il publie dans le magazine Playboy au mois de juin. Le disque fait son entrée dans le classement des meilleures ventes établi par le magazine au mois de septembre. S'il ne dépasse pas la , il finit par se vendre à plus d'un million d'exemplaires, ce qui lui vaut d'être certifié disque de platine.
À la fin du mois de juillet, Dylan se produit au deuxième festival de folk de Newport tandis que la reprise de par Peter, Paul and Mary atteint la du hit-parade établi par le magazine . Baez, qui participe aussi au festival, monte sur scène à deux reprises pour chanter avec Dylan, qui est devenu le centre d'attention de toute la scène folk. Tom Paxton les décrit ultérieurement comme « le roi et la reine du festival », qui constitue à ses yeux une sorte de sacre pour le couple Dylan-Baez.
Postérité