Notre Jeunesse est un essai publié en par Charles Péguy. Il prend place dans la série des Cahiers de la Quinzaine comme le douzième cahier de la onzième série. Péguy y développe longuement l’idée de la dégradation politique de la France après les multiples rebondissements de l'Affaire Dreyfus, avec la conviction que . Constatant que les années 1880-1882 sont marquées par la réforme scolaire de Jules Ferry, il fixe à la date de 1881 le début de en France, parti qui a trahi l’idéal républicain, et qui méprise également les héros et les saints, selon les propres mots de Péguy. Il démontre en effet que , surtout préoccupés de faire carrière et de remporter des élections ; dans le tissu même du peuple de France, on rencontrait des êtres animés par une haute et noble idée de la République, que Péguy définit en ces termes : .

Présentation Charles Péguy a voulu consacrer le douzième Cahier de sa revue aux archives d', écrites par Paul Milliet : ce cahier constitue la préface destinée à introduire l’ensemble de ces archives ; mais, au fil de la rédaction, la préface de Péguy est devenue une longue réponse au dixième Cahier de la même série, intitulé Apologie pour notre passé de Daniel Halévy, paru en . En juin, Alain-Fournier annonce la publication prochaine des cahiers Milliet, et précise que . Car il y eut en France un patriotisme républicain exceptionnel :

Charles Péguy, en effet, dresse un bilan de son évolution, que justifie le diagnostic qu’il porte sur l’évolution de la France politique de son époque : il développe la conviction que c’est lui et les siens qui sont fidèles à l’idéal républicain et socialiste de leur jeunesse, et non les républicains et les socialistes de la classe politiqueHenri Lemaitre, L'aventure littéraire du , 1890-1930, Pierre Bordas et Fils, 1984, 260. ; entre autres cibles, Péguy vise Jean JaurèsCharles Péguy reproche à Jaurès, « mû par les plus bas intérêts électoraux », d’avoir tiré profit de l’affaire Dreyfus pour mieux développer la démagogie antipatriotique et antichrétienne, jouant ainsi double jeu, pour cumuler les avantages de sa politique et de l’idéal des purs républicains dreyfusards comme Bernard Lazare. Lire sur Wikisource, pages 155 et suiv. ; Bibliothèque de la Pléiade 1992, 89-91., Gustave Hervé et Émile Combes, mais également Georges Sorel qui venait de publier en 1909 La Révolution dreyfusienne :

Alors que son collaborateur aux Cahiers de la Quinzaine, Georges Sorel, lui exprime ses inquiétudes au sujet des abonnements dreyfusards de cette revue, après le succès du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, Charles Péguy marque nettement la distance qui le sépare de Sorel. Il s’applique à montrer dans Notre Jeunesse qu’il reste et restera dreyfusiste, réfutant un à un tous les arguments des anti-dreyfusards et de l’Action française ; en effet, le dreyfusisme n’est ni une affaire montée par le parti juif, ni un complot intellectuel, ni un mouvement à la solde du parti de l’étranger. Il a été corrompu par les politiques après l’affaire Dreyfus, et Charles Péguy fustige ici tout particulièrement la responsabilité culminante de Jean Jaurès et de sa . Dans la réalité, le dreyfusisme a plutôt été, selon Péguy, un mouvement chrétien enraciné dans la tradition française. Cette tradition s’enracinait dans l’héroïsme cornélien et dans la foi chrétienne de saint Louis : .

Réception Les Cahiers de la Quinzaine enregistrèrent le désabonnement d’Alfred Dreyfus en . Cependant, Charles Péguy confie à son ami Joseph Lotte : , et apporté de nouveaux abonnés à la revue.

Notre Jeunesse ne laissa personne indifférent. Charles Péguy reçut plusieurs lettres de félicitations, entre autres de Maurice Barrès, d’Alexandre Millerand, de l’auteur dramatique Edmond Sée Lettre d’Edmond Sée du 21 octobre 1910., de l’archéologue Salomon Reinach et de Bergson. Ce dernier lui écrit le : .

Les critiques sont venues de Michel Arnauld, qui estime que ; Georges Guy-Grand quant à lui relève , mais reproche à Péguy, malgré ses attaques contre l’Action française, de donner indirectement raison à Charles Maurras qui voyait dans les dreyfusistes des mystiques, des . Enfin, les pages de Notre Jeunesse dans lesquelles Charles Péguy critique l’Église, , et qui aurait cessé selon lui, faute de charité, d’être une communion, une religion du cœur, l’ont rendu suspect pour longtemps aux autorités catholiques.

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie

Liens externes

Notre Jeunesse par Charles Péguy, Cahiers de la quinzaine (1910)

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