La franc-maçonnerie à Dunkerque, étudiée pour la période des , présente la particularité de son ancienneté : la ville a vu l'implantation d'une des premières loges de la franc-maçonnerie en France.
Histoire Le , est instituée la première loge maçonnique de Dunkerque, « Amitié et Fraternité », rattachée à la franc-maçonnerie en Grande-Bretagne.Les relations entre Dunkerque et l'Angleterre sont anciennes, ainsi Dunkerque a été anglaise de 1658 à 1662 et occupée par des troupes anglaises de 1712 à 1715, en liaison avec les traités d'Utrecht (1713); voir Histoire de Dunkerque.. Il s'agit d'une des premières en FrancePaul Naudon, cité dans la bibliographie, p. 66..
En 1741, la loge dunkerquoise voit confirmée sa primauté dans le département maritime de la Flandre française, avec pouvoir d'inspecter toutes les autres loges dans cet espace. En application de ce droit, elle délivre en 1765 des lettres de constitution et d'installation aux personnes souhaitant en créer une à Gravelines, à laquelle les dunkerquois donnent le nom de « Saint-Jean-du-Désert », sous le patronage de Louis de Bourbon-Condé, grand-maître de la première Grande Loge de FranceR. de Bertrand, , p. 263.
En ce , elle n'accepte pour membres que des personnes de qualité ou notables (administrateurs, négociants, agents publics, membres de la chambre de commerce, les artisans étant refusés....), seules estimées disposer de l'éducation nécessaire pour recevoir correctement les personnalités de haut rang de passage..
À côté des loges « officielles », affiliées à la première Grande Loge qui devient le Grand Orient de France, se constituent épisodiquement des ateliers considérés comme non réguliers car formés de personnes de toute qualité et/ou non reconnues par les instances nationales..
En 1786, se crée la loge de « La Trinité »..
En 1790, sur l'intercession du vénérable d'Amitié et Fraternité auprès du Grand Orient de France, est reconnu et officiellement installé un atelier formé de réfugiés hollandais sous le nom de « Loge des Vrais-Bataves »R. de Bertrand, , p. 269., dont le sceau est visible en ligne. Ainsi, à la fin du , Dunkerque compte au moins trois loges maçonniques régulières, sans compter les loges militaires, non considérées comme dunkerquoises, car arrivées avec les régiments qui passaient par la ville avec leur loge, à une époque où leur affectation variait souvent..
La période de la Révolution française est un moment difficile. Les loges sont « concurrencées » dès 1790 par le club politique dunkerquois , la « société des amis de la Constitution », club dont plusieurs fondateurs sont des membres influents des loges. Les débats importants ont désormais lieu dans le club et les loges sont moins fréquentées.. Comme partout en France, en particulier lors de la Terreur, où toute réunion, a fortiori de « notables », aurait pu facilement être considérée comme suspecte, elles doivent interrompre leur activité jusqu'en 1797., année de suppression des sociétés populaires par le conseil des Cinq Cents.. Par la suite, elles sont autorisées mais sous la surveillance de la police qui a le droit de pénétrer dans leur enceinte. Les loges attirent alors de nouveau des personnalités locales..
Les loges maçonniques de Dunkerque poursuivent leurs activités dans les années qui suivent, années considérées comme une période faste par un observateur., considérant l'appartenance à la « bonne société » des membres, la tenue d'assemblées dans une certaine transparence comme l'organisation de manifestations conviviales, (banquets, voire « soirées dansantes »R. de Bertrand, , p. 282..
Dans les années 1830-1840, des difficultés, problèmes financiers en particulier, apparaissent. Dans un sursaut, en 1845, les loges Amitié et Fraternité, La Trinité, La Vertu unissent leur action pour créer une école pour adultes ouvertes aux ouvriers pour améliorer leur condition sociale. Le maire par intérim de Dunkerque y assiste et prononce un discours lors de l'inauguration du . L'école accueille cinquante élèvesR. de Bertrand, , p. 285-286..
En 1849, Amitié et Fraternité, plus ancienne loge dunkerquoise, cesse d'exister. Dans la principale loge qui demeure, La Trinité, un certain déclin se constate également, par la qualité sociale moindre des présidents ou vénérables qui n'appartiennent plus obligatoirement à la « bonne société » et elle disparait à son tour en 1860.
La franc-maçonnerie renait à Dunkerque tout à la fin du avec l'installation en 1891 d'une nouvelle loge Amitié et Fraternité.
Loges Plusieurs loges maçonniques ont existé à Dunkerque au fil du temps : à la fin du règne de Charles X, quatre loges régulières sont recensées : L'Amitié et Fraternité, La Trinité, La Vertu, La Trinité unitaire, qui disparut rapidement en 1832., certains francs-maçons faisant partie de plusieurs loges .. Pour la période considérée, deux d'entre elles ont fait l'objet de recherches plus approfondies.
Amitié et Fraternité La « Loge chapitrale et Écossaise de Saint-Jean de l'Amitié et Fraternité » , parfois dénommée « Loge de Saint-Jean d'Écosse », est fondée le sous l'égide du duc de Montagu, (John Montagu), grand-maître de la grande Loge de Londres qui préside un banquet maçonnique à Dunkerque. Il donne à la loge un manuscrit sur parchemin, richement enluminé, écrit en français par Brunetto Lattini, le maître de Dante Alighieri, document disparu lors d'un incendie en 1929Maurice Braure, cité dans la bibliographie, p. 330.. Le premier maître de la loge dunkerquoise est le « frère » RomaletJean-André Faucher, Achille Ricker, cité dans la bibliographie, pp. 78-79..
Elle est d'abord réservée aux seuls marins Anglais : depuis les Traités d'Utrecht (1713), ceux-ci sont nombreux à Dunkerque pour veiller au comblement du port prévu par ces traités., puis elle passe à « l'Écossisme »Maurice Braure, , p. 331.. À ses débuts, elle n'adopte que les trois degrés primitifs des loges : apprenti, compagnon, maître., puis inspirée par la franc-maçonnerie écossaise, les grades, accessibles après cérémonie d'initiation, se multiplient..
En 1738, le grand maître de la Grand Loge d'Angleterre, vient confirmer la charte de constitution dans les mains du vénérable dunkerquois : de la BretaigneJean-André Faucher, Achille Ricker, , p. 90.. Selon R. de Bertrand, cette confirmation est le fait, en 1732Dans ce cas, cette confirmation n'a pas lieu en 1732 comme le dit R. de Bertrand, car Charles Radclyffe, Duc de Derwentwater, n'est le grand-maître des maçons de France qu'après 1735 et la Grande Loge de France n'est véritablement constituée qu'en 1738 (voir Franc-maçonnerie en France)., non du grand maître de la loge d'Angleterre, mais de Charles Radclyffe, comte de Derwentwater en tant que « grand maître de la Grande Loge de France ». Il confirme les patentes constitutives de la loge symbolique de Saint-Jean, Orient de Dunkerque.
Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin, et grand maître de la Grande Loge de France, reconnait le la régularité de la loge, sa primauté dans le département et son droit d'inspecter les autres loges de celui-ci signale que le souverain Chapitre de Rose-Croix, a priori lié à la loge Amitié et Fraternité, fondé le novembre 1743, a reçu toutes confirmations par lettres capitulaires du Grand Orient de France, sous la présidence du très illustre frère duc de Crussol. Mais le Grand Orient de France n'existe sous ce nom que depuis 1773.. Elle reçoit des constitutions en 1756, renouvelées en 1760. L'auteur parle de constitutions accordées, par le Grand Orient, sous la présidence du duc de Luxembourg. Or, le Grand Orient n'est fondé qu'en 1773 et en 1756, le grand maître de la Grande Loge de France est Louis de Bourbon-Condé.. Selon certains historiens, la date de 1756, ou à la rigueur celle de 1743, serait celle à retenir pour la fondation d'une loge maçonnique régulière à Dunkerque. La date de 1756 est celle retenue par le site data de la Bibliothèque nationale de France.
Le Grand Orient de France étant devenu en 1773 l'obédience nationale de la franc-maçonnerie en France, les dunkerquois demandent leur affiliation et de nouvelles constitutions conformes au nouvel ordre créé. Celles-ci sont lues en assemblée en et la loge installée conformément à ces dispositions. Elle verse sa contribution annuelle à la loge-mère en fonction du nombre de frères inscrits sur ses tableaux. Du fait de cette inscription régulière, le Grand Orient lui demande fréquemment des renseignements sur des ateliers non affiliés dont il avait entendu parler, ainsi à plusieurs reprises entre 1781 et 1784, ou encore en 1786 à propos d'une loge dite de Saint-Georges. Selon L. Lemaire., Amitié et fraternité s'y pliait volontiers, redoutant de voir l'institution dégénérer en se démocratisant.
En 1786, la loge est reconnue par le « Grand Orient de Bouillon », (loge du duché de Bouillon rattaché à la principauté de Liège; voir franc-maçonnerie en Belgique) avec signatures de plusieurs princes de différentes branches princières de la maison de Rohan, ce qui fut considéré par les dunkerquois comme un grand honneur et une reconnaissance du travail accompli.
Confrontée aux difficultés de la période de la révolution française, elle met fin à ses activités le . L'interruption dure cinq ans jusqu'à la reprise des sessions le .
La loge, en relations avec nombre de ses semblables de différents pays d'Europe, jouit d'une bonne réputation : en 1802, lors du congrès maçonnique rassemblant à Douai des délégués venus de la région et de Paris, le vénérable d'Amitié et Fraternité est élu président de l'assemblée, en reconnaissance de cette renommée..
Elle montre son souci de se rattacher aux origines écossaises de la franc-maçonnerie. En 1803, un « souverain chapitre des grands Inquisiteurs commandeurs du Rit écossais philosophique », (rite maçonnique), y est institué avec l'accord du Grand Orient de France.. De même, en 1809, y est créé le « souverain chapitre régulier du sublime ordre royal de Heredom Kilwinning d'Écosse, en vertu de l'autorisation de la grande loge métropolitaine d'Édimbourg et sous les auspices du très illustre frère Jean Matheus, grand maître provincial du Rit Heredom en France », (ordre royal d’Écosse)..
Au cours de son évolution, la loge recherche les moyens d'approfondir les réflexions menées : en 1812, installation d'un atelier ou chapitre des grands architectes; en 1814, fondation d'un convent philosophique., en 1815, elle compte sept ateliers différents.. On cultive les relations avec les maçons des autres villes : en 1815, Amitié et Fraternité est affiliée à 37 loges, dont plusieurs situées dans la région. La même année, alors que la France est occupée par les Alliés à la suite de la chute de Napoléon , on reçoit des officiers de cavalerie anglaise dont le régiment stationne à CasselEt la loge reçoit en récompense de cet accueil un portrait du régent du royaume d'Angleterre, le prince de Galles, futur George IV, avec ses insignes maçonniques. ..
Après 1821, la situation se dégrade : perte de membres, perte des valeurs, investissements discutables, création dans la société de l'époque d'associations diverses faisant « concurrence ». Un sursaut intervient en 1845 avec l'ouverture de l'école d'adultes évoquée ci-dessus, mais la situation financière étant devenue impossible, des poursuites judiciaires et saisies ont lieu : en 1847, le tribunal d'instance de Dunkerque vend les biens immobiliers , et en 1849, vient le tour des biens mobiliers pour dédommager les créanciers, les archives étant récupérées par les loges La Trinité et La Vertu. La loge comptait alors soixante membres.L. Lemaire () que Raymond de Bertrand a pu consulter les archives de la loge à l'occasion de cette liquidation..
Nombre de ses anciens affiliés vont se retrouver dans une nouvelle association : la société savante « société dunkerquoise d'encouragement aux sciences, aux lettres et aux arts » fondée en 1851, qui s'inscrit dans le grand mouvement des sociétés savantes du .