Les Souhaits ridicules est un conte populaire, dont la version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue une première fois dans Le Mercure galant en 1693, puis rattachée aux Contes de ma mère l'Oye à partir de l'édition de 1781, « première édition complète ».

Histoire Jupiter apparaît devant un bûcheron, et lui offre de réaliser trois souhaits. De retour chez lui, le bûcheron prend conseil auprès de sa femme qui, rêvant déjà de richesses, le convainc de remettre au lendemain la formulation des souhaits après une nuit de réflexion. Mais, alors qu'il se repose de sa journée près du feu, le bûcheron formule par mégarde une envie de boudin. Jupiter exauce son vœu. Sa femme lui reproche d'avoir utilisé son vœu à une chose futile alors qu'il aurait pu obtenir un empire. Le bûcheron s'emporte et demande par colère que le boudin lui pende au nez. Ce second souhait est exaucé.

Avec le souhait qui lui reste, il pourrait devenir roi, mais la reine garderait son boudin au nez. Il pourrait aussi rendre son aspect à son épouse, mais ils resteraient simples bûcherons. Il laisse finalement sa femme décider de son destin : Celle-ci préfère continuer de plaire et le bûcheron utilise son vœu pour lui rendre son état.

Analyse

Le réalisme satirique

À l'inverse des contes merveilleux, Les Souhaits ridicules se veut proche de la réalité sociale de l'époque. Perrault en prenant le peuple et ses vices comme objets principaux de cette satire sociale. L'auteur s'inscrit dans une vision pessimiste, où le déterminisme social ne laisse aucune chance à l'individu d'échapper à sa condition initiale. L'auteur apparaît en outre comme anti-populaire, parce qu'il n'hésite pas à intégrer dans sa morale une violente critique des paysans. D'après Perrault, ceux-ci, par leur simplicité d'esprit (illustrée dans le conte par le gâchis des vœux par Blaise), méritent leur condition misérable..

Le registre burlesque

Le registre burlesque est un art du décalage et consiste à adopter un ton grotesque pour une situation dramatique ou l'inverse. Il mélange différents niveaux de langues, eux-mêmes en décalage par rapport à la condition des personnages. Perrault adopte un style très soutenu pour évoquer le désir de mort du bûcheron « Aller reposer aux bord de l'Achéron », puis un niveau de langue soutenu pour évoquer un objet trivial comme le boudin, évoquant le désir sexuel du peuple.

La modernité de Perrault

Par ce décalage de registres, l'auteur souhaite dénigrer les conventions littéraires de son époque et en cela apparaît comme un véritable Moderne. En effet, dans le conte, ce ne sont plus des fées qui permettent au personnage de poursuivre sa quête ; ici, elles sont remplacées par Jupiter. Cette référence à la mythologie participe du jeu littéraire de Perrault..

Comparaison avec d'autres œuvres

Avant Perrault Le thème des trois souhaits est présent dans plusieurs œuvres de fiction. Mais, plus précisément certains contes ou poèmes peuvent être rapprochés des Souhaits ridicules. Dès le , en Inde, le cinquième livre du Pañchatantra attribué à Vishnusharman, inclut Les SouhaitsVishnusharman, Les Souhaits, dans Pañchatantra, livre V (lire en ligne, fable VIII., p. 333), fable où un homme s'attire des ennuis avec un souhait. Une des fables que Marie de France a écrites quelque part entre 1189 et 1208, Dou Vilain qui prist un folet (ou Les trois Oremenz, ou Le Vileins et de sa fame)Marie de France, Dou Vilain qui prist un folet (lire en ligne)., montre un paysan recevant d'un lutin la possibilité d'exaucer trois de ses vœux. Citons aussi deux Fables Jean de La Fontaine : Jupiter et le Métayer (1668), ainsi que Les Souhaits (1678), où des Indiens peuvent exaucer trois vœux, mais se rendent compte des conséquences inattendues du premier d'entre euxCharles Deulin analyse Les Souhaits ridicules, dans Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault (lire en ligne)..

Après Perrault Plusieurs versions postérieures ont été écrites ou recensées en France. Dans Les Trois Souhaits de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, publié dans son Magasin des enfantsJeanne-Marie Leprince de Beaumont, Les Trois Souhaits, dansMagasin des enfants (lire en ligne). (1756), c'est une fée qui promet d'exaucer trois vœux. Albert Meyrac dans son Traditions, coutumes, légendes et contes des ArdennesAlbert Meyrac, Les Trois Souhaits, dans Traditions, coutumes, légendes et contes des Ardennes, comparés avec les traditions, légendes et contes de divers pays, p. 425 (lire en ligne). En note de fin de conte, il signale : (1890), propose un conte du même titre.

Ce conte se trouve aussi en Allemagne, puisque Johann Peter Hebel intègre dans son calendrier (1808) et son recueil de contes calendaires (1811). Un autre similaire, (1815) figure dans les Contes de l'enfance et du foyer des frères Jacob et Wilhelm Grimm. Le (1856) de Ludwig Bechsteins comprend . C'est un conte du même titre, Les Trois Souhaits, dans Deutsche Märchen, traduit en Contes allemandes du temps passé en 1869 par Félix Frank et E. Alsleben, p. 136 (lire en ligne). que publie, dans ses Deutsche Märchen (1864).

Notes et références

Textes complets sur Wikisource Charles Perrault Les Souhaits ridicules, version moderne

Charles Deulin Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault, Les Souhaits ridicules (1878)

Liens externes

Épisode 4 : Le Chat botté et Les souhaits ridicules (audio : 29 minutes) dans l'émission Les lectures baroques d'Eugène Green diffusée sur France Culture

Souhaits, Les