Marie Sautet, née le à Metz et morte à Issy-les-Moulineaux le , a utilisé, avec son mari, la totalité de sa fortune pour envoyer des colis aux soldats de la Première Guerre mondiale.

Biographie Jeunesse Marie Sautet est née Étienne à Metz le au 61 rue Serpenoise. Elle est la cadette de deux autres enfants et la fille de Jean-Pierre Étienne, rentier né à Murville (Meurthe-et-Moselle) et de Marie-Jeanne-Joséphine Étienne née à Mercy-le-Bas (Meurthe-et-Moselle). Elle habite l'artère principale de la ville jusqu'au décès de son père en 1864. Elle change ensuite plusieurs fois d'adresse.

La guerre de 1870 entre la France de Napoléon III et le royaume de Prusse provoque le blocus de la ville de Metz. Marie et sa mère participent aux soins des malades de la typhoïde, de la variole et des blessés aux côtés des Dames de Metz. Elle est décorée d'une petite croix en or par le médecin-chef en 1871 pour acte de solidarité.

En 1882, elle épouse Alfred Sautet dans l'église Saint-Vincent de Metz. Le couple s'install à Paris, tient une boutique de maroquinerie, au 36 rue Réaumur, dans le arrondissement.

Guerre de 1914-1918 Au début de la guerre, les époux, n'ayant pas d'enfants, décident d'aider les soldats mobilisés. Ils envoient des colis depuis leur boutique à Paris. Soutenus par un réseau d'expatriés et par les autorités militaires, ils créent une entreprise de solidarité. Avec l'aide de cinq ouvrières, ils envoient des centaines de colis quotidiennement, accompagnés de cartes de soutien.

Des entreprises les fournissent en tabac, chocolat, bonbons, boîtes de conserve, livres et magazines et les blanchisseries leur rapportent le linge oublié.

Chaque colis est distribué aux troupes par un gradé, à raison d'un paquet par personne. De tous les fronts, prisonniers ou blessés dans les hôpitaux, les soldats décident de répondre en retour : quelques-uns confectionnent des souvenirs, d'autres joignent à leur courrier des dessins, des photographies les représentant, des poèmes, des chansons ou des fleurs séchées.

Bilan de guerre Marie Sautet a été la marraine de quarante régiments d'infanterie et bataillons de chasseurs, de huit régiments belges, de batteries d'artillerie, d'escadrons de cavalerie, de régiments de zouaves et de spahis, de fusiliers marins, d'hôpitaux et de trains de blessés, ainsi que de camps de prisonniers.

Sur les cinq années de guerre, les époux dépensent approximativement plus de six millions de francs, envoient aux combattants plus d'un million de colis, et plus de cent tonnes de tabacs. Ces dons continuent après l'armistice : Marie Sautet étend son aide aux soldats démunis, aux veuves et orphelins de guerre. Ce travail entraînera leur ruine.

Les hommages En 1921, Alfred Sautet, aidé par le général de Maud'Huy, décide de regrouper toutes les Amicales de chasseurs à pied et alpins en une seule fédération. Son but sera de fournir une aide morale ou matérielle aux soldats dans le besoin. Il en devient le premier président et lui attribue le nom de « Fédération nationale des Anciens Chasseurs ».

Marie est surnommée « Marraine de France » ou « Maréchal des Marraines » par les soldats et la presse. Le régiment d'infanterie, alors premier régiment de France, la désigne comme sa marraine officielle. Les et bataillons de chasseurs lui octroient le titre de « chasseur de classe ».

Sa poitrine est couverte par les décorations : chevalier de l'Ordre d’Élisabeth de Belgique, médaille de la Reconnaissance française, le ruban rouge, médaille hospitalière des Sauveteurs bretons, médaille de la bataille du Hartmannswillerkopf, prix de vertu par l'Académie française, médaille militaire, médaille commémorative de la guerre de 1870. Elle reçoit un diplôme d'honneur pour son œuvre durant la guerre et « l'œuvre du souvenir des défenseurs de Verdun » pour sa contribution financière à l'élaboration du monument de Douaumont.

Le décret du la présente ainsi : .

Elle est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur, à la demande de 50 chefs de corps, le . Le , la croix lui est remise des mains du général Gouraud dans la cour des Invalides à Paris.

En 1928, le maire de Metz, Paul Vautrin, convie le couple en tant qu'invités d'honneur de la Fête nationale du . Durant la cérémonie, il lui remet un diplôme de reconnaissance.

Marie Sautet est invitée dans toute la France par les anciens combattants et leurs fractions militaires. Elle participe à des banquets et des festivités, dès la fin de la guerre et jusqu'au milieu des années 1930.

Fin de vie Durant le conflit, les animaux ont joué un rôle technique et moral. Sa petite chienne, « Mémère », est nommée « Mascotte des Chasseurs » par le commandant du bataillon, en 1917, dans l'Aisne. Elle est élevée au titre de « brigadier d'honneur », l'un des rares animaux. La petite chienne meurt en 1930, et repose au cimetière pour animaux d'Asnières sous un monument érigé en son honneur.

En , Alfred Sautet meurt dans leur maison, rue Réaumur.

Marie se retire dans un hospice pour déshérités. Elle vit d'une rente viagère obtenue par les anciens combattants. Elle ne garde comme effets personnels que les lettres et cadeaux que les poilus lui ont envoyés pendant le conflit. Elle dira au Journal Paris-Midi du : .

Le , âgée de 78 ans, elle meurt dans l'hospice d'Issy-les-Moulineaux. Des obsèques nationales ont lieu dans l'église de la ville, financées par le président de la République et la ville de Metz. Ils reposent ensemble au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Des articles d'hommage sont publiés par des journaux du monde entier : au Canada, aux États-Unis, en Espagne, au Royaume-Uni et en Allemagne.

Le , une rue dans sa ville natale prend son nom.

Le don au musée Au soir de leur vie, les époux Sautet décident le don à la ville de Metz de l'ensemble des courriers, documents et objets reçus dans le cadre de leur action.

Le don est accepté dans la séance du conseil municipal de Metz du . La collection suit l'inscription de douze tapisseries de jeunesse de Marie. Le préposé aux collections dresse l'inventaire de éléments : courriers, cartes, décorations, diplômes, journaux, photographies, objets et souvenirs Depuis, la collection Marie Sautet est conservée en réserve du musée de la Cour d'Or à Metz.

Distinctions

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Anne Simon, Marie Sautet, "marraine des Poilus": Une femme dans la Grande Guerre, éditions des Paraiges, 2019. Francis Kocher, La petite dame de Metz, article du Républicain lorrain du 11/11/1988. Claude Claudin, L'odyssey d'une vieille messine, article de l'Illustré messin du 21/06/1936. Mme Sautet, Marraine de guerre, Chevalier de la Légion d'Honneur – Nous conte ses souvenirs, article du Paris Midi du 21/04/1927. L'assemblée générale de la flamme, article de Le Gaulois du 28/10/1927. La Réception de Mme et Mr. Sautet à l'Hôtel de Ville, article du Lorrain du 16/07/1928. Paluel-Marmont, Mme Sautet Chasseur de 1ere Classe, article de l’Écho de Paris du 01/04/1937. Elisabeth Bonnefoi, Marie Sautet, la plus généreuse marraine des poilus, aleteia.org le 10/11/2017. Nadine Bobenrieth-Del, Marie Sautet mère courage des poilus, article de la revue En passant par la Lorraine, Janvier-. Lettre d'une française, article du journal Le Devoir de Montréal du 06/07/1928. Article du journal El Diario du 04/02/1928. Marie Sautet – die Mutter der französischen soldaten, article de la revue Süddeutsche Sonntagspost du 30/08/1936. Brave Frenchwoman honoured, article du journal The Scotsman du 02/11/1927. Godmother of an army, article du Belfast Telegraph du 22/04/1927. Colonel receives battlefield urn – Gold Star Mothers see Paris by night, article du Chicago Sunday Tribune du 08/06/1930. Journal officiel de l'année 1927.

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