Attila József (en hongrois József Attila ), né le à Budapest et mort le à Balatonszárszó au bord du lac Balaton, est un poète hongrois. Poète de la révolte, son poème De l'air !, écrit avant la Seconde Guerre mondiale pendant le régime dictatorial de Horthy, fut repris par les Hongrois en , et a fait la première page de la revue estudiantine Po Prostu en 1956« tout simplement » ou « sans détour » en polonais, revue d'intellectuels publiée de 1947 à 1957..
Biographie vignette|gauche|Plaque au rue du Vieux-Colombier ( arrondissement de Paris), où il vit en 1926. thumb|Statue d'Attila József à Szeged. thumb|Monument commémoratif à Balatonszárszó. Fils d'Áron József, ouvrier dans l'industrie savonnière d'origine roumaine, et d'une paysanne hongroise Borbála Pőcze, il naît à Ferencváros, un quartier pauvre de Budapest. Il a deux grandes sœurs : Eta et Jolán. Il n'a que trois ans quand son père abandonna sa famille. Celle-ci vit dans une extrême pauvreté, sa mère, blanchisseuse, pouvant à peine s'occuper de ses trois enfants et payer la location du petit appartement où ils vivaient. Elle confie Etelka et Attila à des parents adoptifs du village d'Öcsöd, où ce dernier travaille dans une ferme. On fait remplir la pénible tâche de porcher à cet enfant qui finira en loques et couvert d'ecchymoses. Là-bas, son père adoptif ne respecte pas même son prénom et l'appelle « Pista » ; les conditions de vie y sont si dures qu'il s'enfuit pour retrouver sa mère à Budapest.
Sa mère meurt en 1919, à . Son beau-frère , avocat et époux de sa sœur Jolán, le prend alors en charge et lui offre des études dans un bon lycée. Après être tombé amoureux de la fille du proviseur et avoir publié un poème sur cette idylle, Attila se voit interdit de toute publication. Il en est désespéré, tente de mettre fin à ses jours puis est chassé du lycée. Plus tard, il parviendra à passer le baccalauréat en assimilant en quelques mois le programme de deux ans d'étude.
Attila Jozsef a et demi quand son destin de poète trouve une nouvelle dimension sur la scène publique. Le , dans la revue Kékmadar (L'oiseau bleu), il publie un poème, Le Christ révolté, qui va lui attirer les foudres du régime très moraliste de l'amiral Horthy, le dirigeant de la Hongrie. Accusé de blasphème dans ce poème où il est demandé au Christ plus de justice et plus de compassion face au malheur d'un pauvre travailleur, le poète doit comparaître devant un tribunal. Il est condamné à huit mois de prison, mais la Cour Suprême annulera un peu plus tard cette condamnationAttila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, Phébus, 2005, .. Il est ensuite reçu à la Faculté des lettres de l'université de Szeged - son rêve étant de devenir enseignant - mais il s'en détourne à cause d'un conflit avec un professeur scandalisé par la provocation de l'un de ses poèmes. Attila a bien l'intention d'y préparer deux licences, l'une de hongrois et l'autre de français, mais la publication de son poème Cœur pur dans un journal local effraie les sensibilités conservatrices et les professeurs de l'Université. Dans ce poème, il crie qu'il est orphelin, qu'il n'a , qu'il est affamé et qu'il tuerait s'il le fallait. « Ma puissance, c'est vingt ans / Ma puissance, je la vendsAttila Jozsef, Cœur pur, traduction de Marcel Lallemand, in Aimez-moi, L'œuvre poétique, ..» Ce poème, perçu comme un cri de révolte, et qui fait beaucoup de bruit jusque dans les colonnes des critiques de Budapest, recueille louanges et réprobation. Son professeur de linguistique, ulcéré par cette publication, fait savoir au jeune poète qu'il est prêt à tout mettre en œuvre pour s'opposer à son projet d'entrer dans l'enseignementAttila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, .. Attila, qui a tout juste vingt ans, comprend que sa place n'est plus à l'université et la quitte.
Ayant gagné en notoriété, acclamé par ses pairs, Attila Jozsef rentre à Budapest où il espère vivre de sa plume, mais très vite il déchante. Il décide alors de voyager. Il se rend d'abord à Vienne où il rencontre de nombreux poètes, et il commence à s'intéresser aux grands mouvements de l'Europe occidentale : dadaïsme, surréalisme et expressionnisme. Puis il se rend à Paris où il se trouve au plus près de cette révolution littéraire et esthétique. Il y rencontre des peintres, des poètes surréalistes et fait la connaissance de Tristan Tzara. Attila en est ravi ; pourtant, il n'aura lui-même jamais recours à l'inspiration surréaliste dans sa poésie si proche du travailleur, des malheurs du peuple opprimé et de ses propres tourments.
Rentré au pays, Attila Jozsef poursuit son écriture poétique. En 1929, il publie son recueil Ni père, ni mère et, deux ans plus tard, son recueil Abattre les chênes contenant des poèmes militants dans un contexte de revendications ouvrières et de grande tension entre le peuple en souffrance et le régime de plus en plus autoritaire. Le parquet engage des poursuites contre le poète et ses éditeurs pour « excitation de la classe ouvrière à la haine » et pour « attentat à la pudeur». À ce moment critique, la santé mentale d'Attila se dégrade, lequel se voit contraint d'avoir recours à un traitement psychanalytique. Dans le champ politique, il se trouve en position du révolté harcelé. Il est de nouveau inculpé à la suite de la découverte, chez un ami communiste, de son poème Ceux que l'on a raflés. Attila Jozsef, qui vient de se rapprocher du parti communiste clandestin dont les membres sont durement réprimés en cas d'arrestation, a écrit ce poème à la demande du Secours Rouge, organisme d'entraide administré depuis MoscouAttila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, . : Et plus loin : «... Frère, il te faut aider ceux que l'on a raflésAttila Jozsef, Ceux que l'on a raflés, traduction de Charles Dobzynski, in Aimez-moi, L'œuvre poétique, ..» Par ce poème, qui deviendra célèbre en Hongrie, Attila subit de nouveau un procès duquel il va ressortir relaxé.
Attila Jozsef n'est pas libéré pour autant de toute vexation politique. C'est du côté de ses frères de lutte communistes que les critiques vont pleuvoir contre lui. Au sein du Parti, son esprit de révolté indépendant finit par être taxé de , par certains côtés de , et l'on juge son style poétique de facture classique. Se sentant rejeté, le poète est mis en demeure de quitter le Parti bien qu'il n'ait rien perdu de sa foi révolutionnaire. Selon Armand Robin, poète et traducteur, ..
À partir de ce moment, Attila Jozsef essaye de se prendre en charge lui-même grâce au peu d'argent qu'il gagne en publiant ses poèmes. Il commence à montrer des signes de schizophrénie et est soigné par des psychiatres. Le poète se montre très intéressé par les théories psychanalytiques de Freud et se prête volontiers aux tests qu'on lui fait subir, mais sa neurasthénie chronique persiste. Son instabilité psychique se fait ressentir dans ses relations amoureuses. Délaissant assez sèchement la fervente communiste , pourtant fidèle et dévouée à son égardAttila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, ., Attila déclare ouvertement sa flamme pour une jeune inconnue dans un poème intitulé Ode écrit en 1933. À la découverte du poème, Judit tente de se suicider, mais Attila, guère déconcerté par son geste, continue de se tenir à distance de l'amour que lui voue la jeune femme blesséeAttila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, .. C'est dans cette même année 1933 que l'écrivain d'origine hongroise Arthur Koestler fait la connaissance d'Attila Jozsef à Budapest ; ils ont le même âge. Dans son autobiographie Hiéroglyphes, il décrit Attila de cette manière : « Il était Magyar pur sang, de souche paysanne, de taille moyenne, mince, maigre, musclé ; il se tenait droit comme un sergent-major ; son visage étroit avait un front haut, des yeux bruns au regard tranquilleArthur Koestler, Hiéroglyphes (1955), Le livre de Poche, Collection Pluriel, 1978, tome 2, .. » Koestler dit d'Attila qu'il est un ; il le présente comme un passionné très volubile qui peut tenir la conversation pendant des heures sur un même sujet et qui est apparemment « tout à fait normal, à part quelques excentricités et marottes intellectuelles telles que la psychanalyse et la dialectique marxisteArthur Koestler, Hiéroglyphes, .».
La vie de poète d'Attila Jozsef se poursuit difficilement, marquée par une santé mentale de plus en plus fragile et une quête sentimentale vaine. Au cours d'une nouvelle cure psychanalytique, il tombe éperdument amoureux de son analyste Edit Gyömroi, âgée de huit ans de plus que lui. Celle-ci refuse les avances obstinées de son patient et doit mettre fin à la cure à l'automne 1936Attila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, .. Attila ressort très affecté de cette expérience et s'enfonce dans la maladie en écrivant des poèmes où persistent son ressentiment et l'expression d'une psychologie morbide parfois virulente. Il se sent très proche de la folie, il en a peur et projette ses états tourmentés dans l'écriture. Il est malheureux de n'avoir jamais pu surmonter la mort de sa mère quand il avait quatorze ans ; ce drame le poursuit et perturbe sa vie sentimentale. À la fin de 1936, il écrit le poème Au secours ! où il supplie qu'on veuille bien l'aimer : « Ah, aimez-moi farouchement / Chassez de moi le long tourment / (...) Aimez-moi ! Je pleure, je crie / J'ai peur, j'ai peur du châtiment !Attila Jozsef, Au secours !, traduction de Marcel Lallemand, in Aimez-moi, L'œuvre poétique, . ».
Au printemps de 1937, Attila Jozsef vit son dernier amour. Il vient de rencontrer une jeune fille, ; comme à son habitude, il tombe profondément amoureux. Aussitôt, il lui dédie des poèmes, non dénués parfois d'une certaine exigence, comme dans Pour Flόra où il avoue qu'à défaut de recevoir un amour absolu de sa bien-aimée, il préfère se donner la mortAttila Jozsef, Pour Flόra, traduction de Jean-Paul Faucher, in AImez-moi, L'œuvre poétique, .. Attila se voue à sa nouvelle passion sans retenue, mais ce sera jusqu'aux limites de la déraison. Pendant tout ce printemps, revigoré par cet amour, il écrit beaucoup, clame son bonheur et compose un poème devenu très célèbre en Hongrie Pour mon anniversaire (Születésnapomra) où il se remémore avec une ironie joviale ses anciens déboires à l'université qui l'ont conduit à une grande précarité matérielleSur Youtube, on peut entendre en hongrois différentes versions chantées sous le titre Születésnapomra.. Dans son inspiration poétique, il renoue aussi avec son idéal politique en se rangeant du côté des plus démunis. Au mois de mai, il écrit son célèbre poème Ma patrie qui se décline en sept sonnets où il évoque les souffrances qui accablent son pays, les « innombrables maux qui partout nous accablentAttila Jozsef, Ma patrie, extrait du deuxième sonnet Peuple, les maladies ici sont pléthoriques, traduction de Lucien Feuillade, in Aimez-moi, L'œuvre poétique, .. » Toutefois, ce vif élan du printemps qui porte le poète à écrire des vers qui entreront dans la postérité ne dure pas. Flόra est hospitalisée pour une pneumonie et Attila commence à douter de lui-même dans sa capacité à affronter de nouvelles épreuves. Quand la jeune fille, rétablie, lui propose de venir passer l'été avec sa famille dans une maison de vacances, Attila panique devant cette générosité qui lui est tendue et les joies auxquelles il se refuse, rattrapé par ses tourmentsAttila Jozsef, Aimez-moi, L'œuvre poétique, .. Dès lors, pour Attila, tout va aller de mal en pis.