Talking Heads est un groupe américain de rock, originaire du New York. Le nom « talking head » désigne en anglais un spécialiste intervenant à la télévision. Issu de la scène punk de New York et associé plus tard aux mouvements post-punk et new wave, le groupe existe entre 1974 Talking Heads, Rock and Roll Hall of Fame. et 1991 et a notamment joué au CBGB aux côtés de groupes tels que les Ramones, Television ou Patti Smith.
Le style musical new wave de Talking Heads combine des éléments de punk, avant-garde, pop, funk, world music et d'art rock. Le chanteur-compositeur David Byrne apporte des paroles ésotériques et fantasques aux chansons du groupe et accentue leur côté spectaculaire par son apport multimédia.
David Byrne, Tina Weymouth et Chris Frantz se rencontrent à l'école de design de Rhode Island où ils décident de former leur premier groupe, The Artistics, en 1974. Le nouveau groupe se sépare rapidement pour ne se reformer que plus tard : en 1975, les trois comparses, désormais présentés sous le nom de Talking Heads, donnent leur premier concert au CBGB à New York. Mais c'est seulement en 1976 que le groupe est au complet avec l'arrivée du chanteur, guitariste et claviériste Jerry Harrison.
Le quatuor signe son premier contrat chez Sire Records en 1977 et sort peu de temps après son premier single, . La même année l'album Talking heads: 77 paraît dans les bacs. Par ailleurs, les Talking Heads connaîtront un premier succès auprès du grand public en 1979 avec la sortie de leur deuxième album, . Composé de onze titres inédits, il est produit en collaboration avec le célèbre producteur Brian Eno. Cependant le véritable succès ne sera au rendez-vous qu'en 1980, avec l'album qui mélange le son rock à des rythmes africains. Ce dernier album les projettera au sommet des charts britanniques et entraînera une tournée européenne et américaine.
En 2002, le groupe entre au Rock and Roll Hall of Fame. En 2011, Rolling Stone classe le groupe de sa liste des 100 meilleurs artistes de tous les temps..
Historique Origines et débuts (1974–1977) Au début des années 1970, Chris Frantz, Martina « Tina » Weymouth et David Byrne étudient à la Rhode Island School of Design. Vers 1974, Chris et David se rencontrent. Le premier est batteur, l'autre est guitariste et chanteur. Tous deux, ils forment un premier groupe nommé The Artistics (ou The Autistics selon l'humeur du jour) Gittins, Ian, Talking Heads: Once in a Lifetime : the Stories Behind Every Song, Hal Leonard Corporation, 2004, p. 140 , .. Byrne et Frantz y interprètent surtout des reprises, mais également quelques morceaux que David compose, tels Psycho Killer, I'm Not in Love ou encore Warning Sign (trois morceaux réinterprétés par Talking Heads ensuite). La plus grande fan du duo est Tina Weymouth, petite amie du batteur Chris. Peu de temps après, le duo se dissout et les trois étudiants emménagent ensemble dans un loft du Lower East Side de New York Simon Reynolds. Rip It up and Start Again: Postpunk 1978–1984. Penguin books (2005) pages 159..
Les deux amis forment donc un nouveau groupe encore sans nom, et cherchent sans résultat un bassiste. Chris demande alors à Tina, joueuse occasionnelle de guitare, d'apprendre la basse et de les rejoindre. Quelques mois plus tard, tout au début de l'année 1975, le groupe s'est constitué un petit répertoire et il est prêt à jouer sur scène. Il ne leur manque qu'un nom. C'est en fouillant dans un guide TV qu'un ami du groupe trouve le nom de Talking Heads, qui évoque les "têtes parlantes", c'est-à-dire les speakerines et autres présentateurs typiques de la télévision américaine. Au début de l'été caniculaire de 1975, les Talking Heads se produisent pour la première fois sur scène. Ils ouvrent en première partie pour le concert des Ramones au célèbre CBGB. Là, ils jouent Psycho Killer, qui devient directement le morceau le plus identifiable du groupe. À cette époque, New York connait une véritable explosion musicale : The Ramones, Patti Smith, Tom Verlaine et son groupe Television, etc. Tous ces groupes participent à l'atmosphère arty-punk propice au développement d'un groupe comme Talking Heads. Les concerts ne manquent pas et le groupe commence à se créer une image, celle de trois étudiants en art bien habillés qui jouent un punk arty et intelligent (les vêtements, la façon décousue de jouer et de chanter, les paroles en français de Psycho Killer...)
Au début de l'année 1976, le groupe enregistre ses premières démos pour le label CBS Records. Parmi celles-ci, des morceaux tels que Psycho Killer, First Week, Last Week/Carefree et Artists Only. Ces démos n'ont jamais été publiées officiellement mais un bootleg fait surface au début des années 1980. Le son du trio est de plus en plus construit, minimaliste, certes, mais plein de charme. Toujours en 1976, le groupe signe finalement avec le tout nouveau label de Seymour Stein, Sire (qui a également signé les Ramones). En décembre, un premier single est produit. Il s'agit de Love→Building on Fire qui sera publié en . À cette même période, un certain Jerry Harrison (clavier de Modern Lovers, le groupe de Jonathan Richman) est engagé comme second guitariste, choriste et claviériste. Le groupe devenu quatuor enregistre entre avril et juillet son premier album, produit par Tony Bongiovi (le cousin de Jon Bon Jovi)..
En 1977, le groupe fait sa première tournée en Europe en tant que première partie des Ramones. L'album, intitulé Talking Heads: 77, sort début septembre et se voit porté par le single Psycho Killer.. Il est considéré comme un petit succès et détonne complètement face aux autres productions new-yorkaises beaucoup plus énergiques, sombres et punk. 77 sonne comme un mélange d'art rock, de pop-punk et de funk.
Ère Brian Eno (1977–1980) vignette|Talking Heads sur scène à the Horseshoe Tavern de Toronto (Canada), le 13 mai 1978.
Lors de la première tournée européenne de Talking Heads au milieu de l'année 1977, Brian Eno se présente à eux lors d'un concert à Londres. Il est impressionné par le groupe et devient rapidement un bon ami de David. Plus tard dans la même année, Eno rend hommage au groupe en écrivant la chanson King's Lead Hat dans son album Before and After Science. Le nom du morceau est une anagramme de « Talking Heads ». Pour l'enregistrement de leur disque suivant, les Talking Heads demandent à leur label Sire un nouveau producteur, quelques tensions de nature musicale ayant éclaté entre le groupe et le producteur Tony Bongiovi lors de l'enregistrement du premier album. C'est donc Brian Eno, ancien clavier de Roxy Music et récent collaborateur de David Bowie et de Robert Fripp, qui produit le nouvel album.. Dès , direction les Bahamas et les studios Compass Point de Nassau pour enregistrer ce qui deviendra More Songs About Buildings and Food.
Avec Eno aux manettes, le son minimaliste du groupe se retrouve plus étoffé : les arrangements sont plus complexes, agrémentés d'électronique. Ce nouvel album mélange l'évidence rock du Velvet Underground au groove de Parliament/Funkadelic.. Simon Reynolds. Rip It up and Start Again: Postpunk 1978–1984. Penguin books (2005), page 163.. Il reste dans la continuité de 77, en y apportant donc une sensibilité un peu plus éclectique. Parmi les tours de force de l'album, on peut noter Found a Job. et son énergie débordante, ou encore la reprise d'Al Green, Take Me to the River qui permettra aux Talking Heads de connaître leur premier véritable succès aux États-Unis (top 30). L'enregistrement de l'album marque deux points majeurs dans l'histoire de Talking Heads : l'introduction du producteur Brian Eno et celle du studio Compass Point qui servira de lieu d'enregistrement pour les cinq années à venir. Le reste de l'année voit le groupe parcourir le monde, cette fois en tête d'affiche. Leur album fonctionne bien et le groupe commence doucement à se créer une renommée mondiale.
Un nouvel album est déjà préconçu tout au début de l'année 1979. Le groupe l'enregistre directement et en quasi-intégralité dans le loft de Chris et Tina situé au bord de l'East River. En l'espace de trois dimanches (jours choisis afin d'éviter les nuisances sonores urbaines pendant l'enregistrement, les camions étant interdits de circuler dans la rue), l'album est prêt à être mixé sous la houlette du "non-musicien" Eno. Au milieu de l'année, juste avant de partir en tournée, le groupe compose un drôle de morceau, inspiré de la musique africaine de Fela Kuti, avec l'aide de Brian Eno et de Robert Fripp. Construit comme un hommage polyrythmique au dadaïste Hugo Ball, en reprenant un de ses poèmes surréalistes, le morceau I Zimbra ouvre ce nouvel album nommé Fear of Music Simon Reynolds. Rip It up and Start Again: Postpunk 1978–1984. Penguin books (2005) page 163..
Le disque sort en . Les critiques le considèrent comme le « chef-d’œuvre » de Talking Heads. C'est l'album du groupe préféré de Lester Bangs, célèbre journaliste musical new-yorkais. L'album reprend le concept des deux premiers, mais en le poussant à l'extrême : la production est à la fois explosive et étouffante, les paroles de Byrne sont plus folles et paranoïaques qu'auparavant (cf. les chansons Animals ou Drugs) et les morceaux sont minimalistes au possible. La pochette du disque (signée Jerry Harrison) représente une plaque de métal larmé noire, à contre-pied des pochettes de disques post-punk sortis à la même époque (par exemple les premiers albums de Sex Pistols, de Devo ou des B-52's arborent des pochettes jaunes). À la fin de la même année sort également un album live promotionnel, reprenant la setlist des concerts de la tournée.
Début 1980, le groupe repart pour quelques mois aux studios Compass Point, à Nassau, pour enregistrer un quatrième album. Le processus de création de ce nouvel album sera assez long. Les quatre membres du groupe sont rejoints à Nassau, au début du printemps 1980, par un Brian Eno assez peu enjoué à l'idée de produire à nouveau un album de Talking Heads. Pourtant, le groupe est parvenu à créer quelques plages instrumentales particulièrement funky en partant d'abord de I Zimbra et en s'inspirant toujours de la musique polyrythmique de Fela Kuti. Eno est finalement séduit par ce qu'il entend et décide de produire le nouvel album, dont le titre de travail est Melody Attack. Entre avril et , le groupe jamme, compose, retravaille et enregistre la matière brute. Brian Eno devient presque le cinquième membre du groupe, ce qui provoque certaines tensions entre les autres membres du groupe, surtout en ce qui concerne les crédits. De retour à New York, Byrne se retrouve avec des morceaux instrumentaux et doit lutter avec la page blanche. S'inspirant une nouvelle fois de la musique africaine, il décide d'écrire de façon aléatoire et absurde des mots qui sonnent bien avec la musique. Les overdubs sont enregistrés à la même période et le groupe invite Adrian Belew (ex-guitariste de Bowie et futur membre influent de King Crimson) pour qu'il pose sur les morceaux ses solos de guitare, ainsi que Nona Hendryx, chanteuse noire de soul, pour les chœurs et les harmonies.