Les premières sources écrites concernant l'histoire de la Nouvelle-Calédonie remontent à la seconde expédition autour du monde de James Cook en 1774. L'archipel était alors déjà habité par une population autochtone : les Kanak. La Nouvelle-Calédonie, colonisée par la France en 1853, possède actuellement le statut de collectivité sui generis de la France.

Contexte géographique Avec une superficie totale de ., la Nouvelle-Calédonie est comparable, en surface, à la totalité de l'archipel fidjien. La superficie de l'île principale, appelée Grande Terre (16 664 km²), représente environ deux fois celle de la Corse. La population était estimée à lors du recensement de 2019Décret du 25 février 2020 authentifiant les résultats du recensement de la population effectué en Nouvelle-Calédonie en 2019.

Lors de l'arrivée des premiers explorateurs, la population mélanésienne était estimée entre et .

Peuplement et préhistoire ( - )

Il y a environ (v. ), des habitants du littoral de la Chine du sud, cultivateurs de millet et de riz, appelés Austronésiens par les archéologues, commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Vers , des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouveaux mouvements de populations commencent bientôt des Philippines vers Sulawesi et Timor et de là, les autres îles de l'archipel indonésien. Vers , un autre mouvement mène des Philippines à la Nouvelle-Guinée et, au-delà, aux îles du Pacifique. Les Austronésiens sont sans doute les premiers navigateurs de l'histoire de l'humanité.

Des amas de coquilles de mollusques ont été retrouvés à Nouméa (Ducos) et surtout à Koné (Foué), mais ils ont été exploités par les chaufourniers. Des artefacts humains y ont été retrouvés, d'origine incertaine (Sarasin-Roux).

Les plus anciennes traces de peuplement de la Nouvelle-Calédonie retrouvées à ce jour remonteraient à la fin du , soit il y a environ à ans. Il s'agirait de populations de langues austronésiennes dont l'autre caractéristique était de maîtriser l'art de la céramique. En 1917, le géologue Maurice Piroutet découvre des fragments de poteries dans une localité de la côte ouest du Nord de la Grande Terre (sur la plage de Foué près de Koné) appelée Lapita. Ce nom est par la suite retenu par les archéologues pour désigner l'ensemble de ces poteries et le complexe culturel qui y est associé non seulement pour la Nouvelle-Calédonie mais également l'ensemble du Pacifique. En effet durant tout le divers chantiers de fouilles devaient mettre au jour d'autres exemplaires de ces poteries. Pour la Nouvelle-Calédonie, la première grande campagne de fouilles est celle menée en 1952 par E. W. Gifford et Richard Shutler Jr. Depuis cette date et jusqu'à nos jours les archéologues se succèdent sur le terrain, faisant d'autant progresser la connaissance du passé pré européen de la Nouvelle-Calédonie. On peut citer Golson en 1962, Smart en 1969, Frimigacci (ORSTOM) dans les années 1970 et 1980, et plus récemment Galipaud (IRD) ou encore Christophe Sand (Université de la Nouvelle-Calédonie).

La tradition orale contient divers mythes racontant l'arrivée des ancêtres et des ignames, fuyant le feu de Ma, qui pourrait être une des îles du Vanuatu, qu'il s'agisse de Tanna ou d'une île disparue.

Il semble aujourd'hui qu'un certain consensus se dégage parmi les spécialistes quant à une typologie de ces poteries néo-calédoniennes. On distingue généralement deux périodes pour cinq grands types morphologiques de céramiques.

Tradition de Koné ( - ) vignette|redresse=1.3|Synthèse des mouvements migratoires anciens en Océanie. vignette|450px|Carte des zones de poteries Lapita. On appelle « Tradition de Koné » la période de 1 300 à 200 , parfois également appelée simplement Lapita en référence à ces poteries représentatives de cette période et qui furent retrouvés dans une grande partie du Pacifique insulaire et sur des sites essentiellement littoraux, dénotant peut-être une utilisation commerciale voire rituelleJ.C. Galipaud, "Un ou plusieurs peuples potiers en Nouvelle-Calédonie ? : analyse physico-chimique des poteries préhistoriques de Nouvelle-Calédonie" in "Journal de la Société des Océanistes", 1992.

Cette dernière hypothèse semble confirmée par le fait qu'elles sont de facture soignée, avec des Galipaud Jean-Christophe, « Les conditions naturelles du peuplement de la Nouvelle-Calédonie » in Milieux, sociétés et archéologues, Paris, Karthala, 1995, . (Hommes et Sociétés).. Ce type de poterie disparaît assez brutalement au cours du . Se développe également en parallèle un autre type de poterie, dite de Podtanéan (aussi du nom du site où ce style a été identifié pour la première fois) ou « au battoir » qui semble au contraire avoir eu une utilité plus pratique comme en témoigne le fait qu'elles , mais aussi parce qu'elles ont eu une diffusion plus large sur la Grande Terre, ne se limitant pas aux sites littoraux. De plus, contrairement aux Lapita, les Podtanéan ne disparaissent pas véritablement mais vont évoluer avec notamment l'apparition de décors incisés en forme de chevron.

Il s'agit des poteries dont la datation au carbone 14 fait remonter les plus anciennes traces aux alentours de 1200 ou 1300 Celles-ci sont de deux types : les poteries de type Lapita. Celles-ci se caractérisent . Ce type de poterie a été retrouvé sur huit sites distincts tous littoraux, 4 sur la côte ouest de la Grande Terre (Koumac, Koné, Bourail-Nessadiou, Nouméa), 1 à l'île des Pins (Vatcha) et 2 aux îles Loyauté (Luecila à Lifou et Patho à Maré) ; les poteries de type Podtanéan. Ces poteries dénommées également "poteries au battoir", . Celles-ci ont eu une diffusion plus large puisque l'on en retrouve y compris sur la côte est et l'intérieur des vallées de la Grande TerrePour en savoir plus sur ces poteries podtanéan, lire cet article http://www.archeologie.asso.nc/docus/poterie%20au%20battoir.pdf .

Pour l'archéologue néo-zélandais, R.C. Green, la coexistence à une même période de deux types de poteries serait le résultat de deux vagues migratoires distinctesGreen & Mitchell 1983, New Caledonian Culture History : A Review of the Archaeological Sequence, New Zealand, Journal of Archaeology 1983., ce que semble néanmoins lui contester Frimigacci ou Galipaud pour lesquels ces deux styles seraient le fait de la même population mais utilisées à des fins différentes. Toujours est-il que la poterie de type Lapita disparaît assez soudainement au , quant à celle de type Podtanéan, si elle ne disparaît pas totalement, elle évolue avec l'apparition de décors incisés en forme de chevron. C'est également à peu près à cette même période qu'apparaissent de nouveaux types de céramiques dont certaines continuèrent d'être façonnées jusqu'au début du .

Traditions de Naia I, Naia II et d'Oundjo (v. - ) La période suivante, allant de 200 ou du début du jusqu'à l'arrivée des premiers Européens à la fin du et au , est dite de Naia Oundjo. Les archéologues distinguent alors plusieurs traditions distinctes : dans le sud de la Grande Terre celles dites de Naia I (poteries à anses retrouvées essentiellement sur des sites littoraux) et Naia II (poteries de petite taille et à pustules à la diffusion plus large car certaines ont été retrouvées à l'intérieur des terres), et dans le nord celle de Oundjo (d'apparition plus tardive, certainement juste avant l'arrivée des Européens, ces poteries sont distinguées également en deux styles: un de petite taille et de forme sphérique et l'autre plus volumineux et ovoïde). Il existe également une tradition (100c-1000c) de poterie de Plum.

Durant cette période, se construisent les cultures et sociétés kanakL'origine du terme Kanak est généralement attribué au mot hawaiien « kanaka » qui signifie « homme », repris ensuite par les Européens pour désigner les populations autochtones du Pacifique, et plus particulièrement de la Mélanésie, sous la forme « canaque ». Celui-ci prit rapidement un terme à connotation péjorative en Nouvelle-Calédonie avant d'être revendiquée sous la graphie « Kanak » par les populations mélanésiennes de l'archipel, issues vraisemblablement du développement d'une différenciation régionale de plus en plus poussée au sein des populations austronésiennes de tradition Lapita et de nouveaux apports de populations venant des îles Salomon ou du Vanuatu et issues de la première vague de peuplement de l'Océanie (dite du Sahul). Plusieurs récits issus de la tradition orale kanak font également état de migrations polynésiennes (surtout de Tonga, des Samoa, de Wallis et Futuna) vers les îles Loyauté et l'île des Pins, vraisemblablement entre le et le tout début du . Ceci explique certaines particularités socio-linguistes des Loyaltiens et Kunié par rapport aux Mélanésiens de la Grande Terre (une langue polynésienne, l'ouvéa occidental ou faga-uvea à Ouvéa, est d'ailleurs toujours parlée).. Les Kanaks maîtrisent l'art de la pierre polie, et basent leur civilisation sur la culture de la terre (principalement ignames et taros). Lors de rituels guerriers, des tribus pratiquent aussi l'anthropophagie, même si celle-ci est largement exagérée par certains Européens.

Divers groupes humains ont migré à une époque récente en Nouvelle-Calédonie. Christophe Sand présente ainsi en 1995, d'après les études de Jean Guiart (1963 & 1992) l'expansionnisme Xetriwaan : étrangers, prédécesseurs de Teê Kanake, venus de la mer, de Kiamu (Anatom/Aneityum, Vanuatu), envahissant Lifou vers 1600; Maré et l'Île des Pins vers 1700, et une partie de la Grande-Terre (Hienghène, Balade…), à l'origine de confusion de chefferies.

Premier contact avec les Européens (1774-1841) vignette|Carte historique par William Hodges en 1774, British Library.

Le , l'aspirant Colnett, membre de l'équipage du HMS Resolution commandé par le navigateur britannique James Cook, lors de la seconde expédition de ce dernier, est le premier à apercevoir la Grande Terre. Cook la baptise « New Caledonia », pour donner à sa découverte le nom d'une région de Grande-Bretagne (Calédonie est l'ancien nom latin de la province correspondant à l'Écosse), tout comme il l'avait fait auparavant pour l'archipel des New Hebrides (Nouvelles-Hébrides, actuellement Vanuatu) et New South Wales (Nouvelle-Galles du Sud) en Australie. Le 5 septembre ont lieu les premiers contacts entre des Européens (Cook et son équipage) et les Kanak à Balade, sur la côte nord-est de la Grande Terre, principalement avec le chef Téobooma, ou Téâ Buumêê. James Cook longe ensuite la côte Est et découvre le 23 septembre l'Île des Pins.

Par la suite, la plupart des explorateurs à s'intéresser à l'archipel sont français. Ainsi, il est probable qu'en 1788, l'expédition française conduite par La Pérouse reconnaît la côte Ouest à bord de l'Astrolabe et de La Boussole, juste avant de sombrer dans un naufrage sur le récif de Vanikoro aux Îles Salomon.

En 1793, le contre-amiral français Antoine de Bruny d'Entrecasteaux, parti en 1791 à la demande de Louis XVI pour retrouver La Pérouse, passe au large de la Nouvelle-Calédonie, reconnaît la Côte Ouest de la Grande Terre et se serait arrêté notamment aux Îles Loyauté. Néanmoins, on attribue la découverte de ces dernières à l'explorateur français Jules Dumont d'Urville en 1827, le premier à les situer précisément sur une carte.

Par la suite, dès 1793, des baleiniers commencent à s'intéresser à la Nouvelle-Calédonie auprès des côtes de laquelle les baleines à bosse remontent durant l'hiver austral. Ils ont besoin de ravitaillement en eau et en vivres frais, mais aussi de personnel provisoire bon marché permettant d'économiser autant de parts de pêche. Cela a permis de diffuser des techniques de navigation, et la connaissance détaillée partagée des côtes et mouillages. Les baleiniers ont souvent laissé à terre les marmites de fonte permettant d'extraire l'huile de baleine.