La période d'abattage des arbres est l'ensemble des jours propices pour l'abattage d'un arbre selon diverses considérations concernant la qualité du bois et son exploitation ultérieure, l'accessibilité, etc. Depuis l'antiquité, elle a fait l'objet de débats.
Généralités Partant d'une exploitation traditionnelle agricole et saisonnière qui privilégie l'hiver pour la coupe des arbres, l'exploitation toutes saisons se met en place au Canada dans les décennies qui suivent les années 1950, lorsque le convoyage par camions s'impose sur le flottage du bois, sur des réseaux routiers en expansion. Le flottage, qui ne pouvait se pratiquer qu'au printemps et en été, est abandonné. Au Québec, la récolte des bois se fait souvent en été, la construction des « chemins d'hiver » se fait à l'automne et le transport s'effectue quand la structure est suffisamment gelée, de fin novembre jusqu'à mars. Des activités de récolte hivernale sont toujours réalisées fin pour de multiples raisons, dont l'accès facilité par sol gelé. L’étalement dans l'année entre la coupe et le transport du bois fait entrevoir une étape cruciale, celle du stockage des grumes en forêt. Il est idéal par temps froid qui neutralise insectes, champignons et bactéries. Différents auteurs ont préconisé le séchage à l'air libre des grumes résineuses écorcées, directement après l'abattage qui nécessairement a eu lieu en hiver, mais des résultats décevants en France ont fait abandonner cette méthodeJean-Luc Flot, Pierre Vautherin. Le traitement des chablis. Transport et conservation. Des bois à conserver en forêt ou hors forêt sur inist.fr.
En France, pays de tradition saisonnière hivernale, pour des essences fragiles comme le hêtre ou le peuplier, l'on conseille explicitement « d’attendre le repos végétatif et la chute des feuilles pour commencer l’abattage » ; pour garder toute leur qualité ces essences doivent être débitées au plus tard lors du printemps suivant.
Les expressions, « temps de sèves », « hors sève » qui sont héritées des anciens, voulaient que la sève redescende dans les racines le temps de l'hiver, ce qui est inexact. On préfère souvent aujourd'hui les termes de « saison de croissance » ou « période de végétation », « période végétative, « saison végétative », « cycle végétatif » et son contraire « repos végétatif », « dormance hivernale ».
La condition hivernale présente plusieurs avantages :
l'infection des bois par les champignons se produisant principalement à partir de spores, la période d'infection la plus active coïncide avec le moment de la production la plus active de champignons, ce qui peut se passer au printemps, en été ou en automne mais jamais en hiver. Les grumes doivent être sorties du bois pendant cette même période pour confirmer cet avantage. le bois stocké est moins sensible aux attaques des parasites, ces derniers étant moins virulents par temps froid ; c'est du moins une circonstance favorable au stockage hivernal en forêt ; le sol solidifié par le gel est propice au carroyage : pour ce point, l'exploitation hivernale est remise en cause par le réchauffement climatique, par exemple l’utilisation des « chemins d’hiver » au Canada comporte de plus en plus d’incertitudes. l'absence de feuilles diminue la prise au vent et rend l’ébranchage plus facile ; l'abattage hivernal est la tradition dominante pendant des siècles, et a même été entérinée : en France, par l'ordonnance de 1669 rédigée sous l’impulsion de Colbert, qui durera jusqu'à la Révolution française ; en Angleterre, par Jacques Stuart en 1604, loi abrogée en 1808.
La condition printanière présente les avantages suivants :
les arbres abattus au printemps sont moins attaqués que les arbres abattus en automne, car les premiers ont mobilisé et utilisé leur réserve d'amidon pour passer l'hiver. L'amidon, qui se concentre dans l'aubier (parenchyme de réserve), est l'objet des attaques des xylophages du genre Lyctus. autrefois, l'abattage printemps-été des chênes avait la préférence des tanneurs, qui s'intéressaient essentiellement à l'écorce des arbres pour la fabrication du tan. L'écorce non lignifiée se détache plus facilement à cette époque. Lorsque le prix du tan augmentera au , il créera même une concurrence insupportable aux constructeurs de marine pour qui le chêne devait se couper traditionnellement en hiver.
En zone tempérée, l'abattage des résineux se fait indifféremment toute l’année.
Les grumes feuillues sont de plus en plus souvent abattues toute l'année.
En zone tropicale humide, où la forêt est sempervirente, la période d'abattage est déterminée par l'accessibilité. Dans les endroits marqués par une alternance de saison sèche et de saison des pluies, l'abattage est privilégié en saison sèche. Les arbres abattus doivent être de plus très rapidement évacués du fait de la virulence des ravageurs.
En cas de coupe rase, la période d'abattage aurait une influence sur la proportion relative des espèces lors de la recolonisation.
Objet de débats intenses depuis l'antiquité, la question de la meilleure période d’abattage d'un arbre est devenue souvent une simple question rhétorique, à l'époque de l'exploitation industrielle massive des forêts pour le bois d’œuvre, la pulpe, les pellets.
Saisonnalité et siccité du bois Les grumes peuvent être stockées à sec. Par ailleurs, les déformations dues au retrait des fibres ligneuses sont plus réduites si le bois n'est pas coupé à 100 % d'humidité.
Pour le reste, la siccité n'a jamais été la condition préalable la plus favorable au sciage ou au travail des grumes en général. La majorité des bois étaient flottés. Suivait un entreposage humide : au pied des scieries (bassin à grumes, log ponds, balkengaten des houtzaagmolen) ou dans l'enceinte des arsenaux (enclavations). On a établi récemment qu'au Moyen Âge, le travail se faisait sur bois vert. Le coefficient de frottement bois-acier est plus faible sur bois vert que sur bois sec ; dans les scieries modernes, on observe une diminution de l'usure des dents de scie par frottement et échauffement, l'humidité des grumes contribuant au refroidissement de la lame. On a toujours intérêt à scier le bois en grumes le plus vert possible ou saturé en eau. La solution la plus simple consiste à pratiquer le sciage rapidement après abattage ou sur des grumes provenant d'un stockage humide.
Selon certaines sources, certains arbres entrent dans un état déshydraté et dormant pour survivre à l'hiver (eau liée)Ce thème d'un hypothétique dessèchement hivernal revient fréquemment dans la littérature sur le sujet, mais est infirmé par l'expérience. Il est débattu aux paragraphes Saisonnalité et siccité du bois et Période hors sève.. Toutefois les expériences menées dès le (Duhamel, Musschenbroek, Hartig, Rumford), ainsi que l'expérimentation récente en Amérique du Nord montre que le bois est souvent plus lourd en hiver. Coupés en janvier ou février, Populus tremuloides ou Betula papyrifera (tous deux employés dans l'industrie du papier) contiennent plus d'eau et peuvent être 6 % plus lourds que le même volume coupé en été. Cette saisonnalité de l'humidité ne se retrouve pas chez les conifères du nordJohn E. Phelps. Nothern hardwood notes. Variation In Seasonal Moisture Content. North Central Forest Experiment Station; lire en ligne.
Début , devant le constat de la perte importante de billes coulées lors du flottage (particulièrement le bouleau utilisé pour la pâte de bois), une vaste étude sur des milliers d'échantillons a été réalisée sous le patronage de la Canadian Pulp and Paper Association. L'étude a déterminé qu'une grande partie des pertes annuelles par immersion pouvaient être éliminées en ajustant correctement la période de coupe et la durée de la période de séchage. Il a été suggéré provisoirement qu'une flottabilité améliorée pourrait être assurée dans les deux cas qui suiventK.G. Fensom. Some effects of seasoning on the floatability of logs. Forest products laboratories of canada. 1933. lire en ligne : grumes de bois à pâte de bouleau abattues en juin ou juillet ; décapage () d'un côté du fût ; boulonnage () ; empilement en tas surélevés ; flottage vers l'usine au printemps suivant. grumes de sciage de bouleau abattues en septembre et octobre ; empilement en tas lâches bien dégagés du sol ; boulonnage () ; écorçage au printemps ; rempilées pendant deux semaines, puis flottées immédiatement vers la scierie. On peut noter que la saisonnalité de l'abattage (qui privilégiait traditionnellement l'hiver pour les grumes de sciage) sera progressivement abandonnée lorsque l'exploitation des grumes se libérera de la contrainte du flottage printanier, les premiers camions grumiers ayant fait leur apparition. La saisonnalité du poids du bois a de l'importance pour les négociants qui vendent le bois au poids. Les coûts de transport sont évidemment moins élevés et le temps de séchage est plus court pour des bois contenant initialement moins d'eau.
Abattage, stockage et débardage hivernal
La meilleure période pour l'abattage d'un arbre peut découler des opérations de stockage en forêt et de débardage des grumes, qui ont chacune leurs exigences spécifiques et leur propre agenda. Une fois coupés, les bois doivent être stockés de manière à minimiser les effets associés au retrait du bois, les gerces et les attaques par champignons, bactéries et insectes.
De manière générale les retraits sont minimes pendant les périodes de temps froid et tempéré et les champignons et les insectes sont inactifs à une température ambiante inférieure à USDA Forest Products Laboratory Storage of Softwood Logs sur fpl.fs.fed.us.
En dehors de l'hiver, les attaques fongiques les plus à craindre sont celle qui provoquent la pourriture fibreuse, capable de détruire cellulose, hemicellulose et lignine, et celles qui provoquent la pourriture cubique qui épargne la lignineGuide technique - FCBA - Guide technique sur la récolte et la conservation des chablis.. Le bois fraîchement abattu est préservé de ces attaques par son taux d'humidité élevé (95% par rapport au poids sec pour les feuillus, 150% pour les résineux). Pour que ces attaques se développent, il faut que la teneur en humidité du bois ne soit ni trop élevée (saturée en eau, donc pauvre en oxygène) ni trop basse (humidité inférieure à 20%). Une humidité très haute ou très basse est dès lors la meilleure protection contre les attaques fongiques. Différents auteurs ont préconisé le séchage à l'air libre (« à sec ») des grumes résineuses écorcées, destinées essentiellement à un usage en charpente, en « piles croisées », avec ou sans installation d’une couverture de toit ; au printemps puis en été (en condition estivale), directement après l'abattage qui nécessairement a eu lieu en hiver ; jugé le moyen le moins cher d'assurer la préservation des grumes, la durée de stockage ne pouvant durer plus de cinq mois. Mais des résultats enregistrés en France après une à deux saisons, jugés peu encourageants en raison de dégradations significatives d’une partie des bois, on fait abandonner cette méthode. La teneur en eau par rapport à l'humidité crée à un moment donné les conditions favorables à une infection fongique. .
De manière générale le transport des grumes se fait aujourd'hui souvent en hiver dans les pays septentrionaux, ou en saison sèche dans les pays tropicaux, ce qui permet d'économiser sur le prix de construction des routes et chemins forestiers.