Protectorat français à partir de 1842, colonie à partir de 1880, la Polynésie française est devenue territoire d'outre-mer (TOM) en 1946 puis collectivité d'outre-mer (COM) en 2003Une loi n'est valable en Polynésie française que si la loi le précise expressément ou si une loi ultérieure le confirme, en vertu de l'art. 74 de la Constitution française..
La collectivité a porté le nom d'Établissements français de l'Océanie de 1885 à 1957, de Polynésie française depuis cette date.
Histoire politique de 1945 à 2004
Sous le nom d'Établissements français de l'Océanie, la Polynésie française est une colonie de 1880 à 1946. La Constitution de la République (1946) lui donne le statut de territoire d'outre-mer de l'Union française.
Gouvernement provisoire et République (1945-1958) En 1945, les EFO élisent pour la première fois un député : c'est le pasteur Charles Vernier principal dignitaire de l'Église évangélique et spécialiste de la langue tahitienne. En 1946, il cède volontairement la place à un proche, Georges Ahnne. Mais celui-ci décède en 1949 et les élections qui s'ensuivent opposent deux membres importants de l'Église évangélique : Pouvanaa Oopa, qui est élu, et Charles Vernier. Peu après, Pouvanaa fonde un véritable parti, le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RDPT).
À partir de 1949, la vie politique est dominée par le RDPT. Face à lui apparaît l'Union tahitienne de Rudy Bambridge, qui poursuit sur la trace de Charles Vernier, retourné en métropole. Une certaine autonomie est accordée en 1957 grâce à la loi-cadre dite Loi Defferre sur les TOM de l'Union française.
La République De 1958 à 1977, un certain colonialisme En 1958, la Polynésie française, comme tous les autres TOM à l'exception de la Guinée, vote « oui » au référendum constitutionnel de septembre, entrant ainsi dans la Communauté française. Mais tandis que les pays africains choisissent l'indépendance dès 1960, cinq TOM préfèrent, en raison de la faiblesse de leur population, rester attachés à la République française : outre la Polynésie, ce sont la Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Côte française des Somalis et l'archipel des Comores.
L'avènement de la République entraîne cependant une régression statutaire et une répression politique : Pouvanaa Oopa, partisan du « non » au référendum, est arrêté en , accusé d'avoir préparé l'incendie de Papeete. Il est condamné à la prison et à l'exil en métropole, dont il ne reviendra qu'en , pour être élu sénateur en 1971. Le RDPT est dissous en 1963, mais réapparaît en 1965 comme Pupu Here Aia, dirigé par John Teariki. En 1965, Francis Sanford, élu maire de Faa'a, crée E'a Api, tandis que Gaston Flosse, élu maire de Pirae, va devenir le leader de l'UT après le retrait de Rudy Bambridge.
Très tôt, John Teariki et Francis Sanford font alliance pour obtenir plus d'autonomie pour le territoire, mais la vie politique est largement déterminée par le rôle que lui a assigné le général de Gaulle dès 1961 : abriter le Centre d'expérimentations du Pacifique. Aussi, pendant de longues années, sous de Gaulle comme sous Georges Pompidou, il n'est pas question de revenir sur le statut établi en 1958. Ce n'est qu'en 1977, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, après une crise sérieuse (1976-77) et, aussi, la mort de Pouvanaa (), qu'un changement a lieu.
Depuis 1977, une certaine autonomie Le statut de 1977 accorde au territoire l'autonomie de gestion ; à la suite des nouvelles lois Defferre de 1982, il est modifié en 1984 et on peut dès lors parler d'autonomie interneSource : Larousse 1986 grand dictionnaire encyclopédique. C'est en particulier le moment où le Conseil de gouvernement, formé de Conseillers, devient un gouvernement formé de ministres, dont le principal porte le titre de Président du gouvernement. D'autres modification du statut ont eu lieu par la suite : quatre de 1984 à 2004.
Pour les élections de , la Polynésie française est découpée entre deux circonscriptions électorales, ce qui permet à Gaston Flosse d'être élu députéLe découpage opéré par Michel Poniatowski en 1977 regroupe, en gros, deux tiers de la population dans une circonscription plutôt protestante, donc autonomiste, et un tiers dans une circonscription plutôt catholique, donc gaulliste..
Sur le plan politique, les années 1970 sont marquées par l'émergence des mouvements indépendantistes : notamment le Ia Mana Te Nunaa de tendance socialiste, créé en 1975 par Jacqui Drollet ; le FLP-Tavini Huiraatira créé en 1977 par Oscar Temaru, maire de Faaa en 1983. Dans la mouvance autonomiste, on note le rôle de Jean Juventin, maire de Papeete en 1977, à la tête du Pupu Here Aia après le décès de John Teariki (1983), ainsi que la scission de E'a Api dont le secrétaire général, Émile Vernaudon crée le parti Ai'a Api (1982). L'Union tahitienne devient en 1977 Tahoeraa huiraatira (Rassemblement populaire) dans le cadre du RPR. Ce parti connaît ensuite une évolution vers des positions autonomistes.
Quelques jalons des années 1980 à 2004 : mort de Francis Sanford (1996). suspension des essais nucléaires de 1992 à 1995 ; derniers essais en 1996 et démantèlement du CEP. création en 1996 de Fetia Api par Boris Léontieff (principale personnalité actuelle : Philip Schyle). création le du No oe e te nunaa par Nicole Bouteau. formation en 2004 de l'UPLD, coalition des indépendantistes, dominée par le Tavini Huiraatira d'Oscar Temaru.
Histoire politique récente 2004 Évolution du statut La loi organique n° 2004-192 du consacre un système de « discrimination positive » en matière d'emploi et de patrimoine foncier, en faveur des citoyens pouvant faire état d'une certaine durée de résidence dans le Pacifique. Comme en Nouvelle-Calédonie, elle introduit la notion de Pays, mais celle-ci n'a pas la même valeur juridique en Polynésie qu'en Nouvelle-Calédonie, où les « loi du pays » sont soumises au Conseil constitutionnel et ont donc, après validation, force de loi. En Polynésie, ces « lois » sont transmises au Conseil d'État et ne constituent que des actes administratifs à caractère particulier.
Malgré tout, l'autonomie de la Polynésie franchit un nouveau palier avec la possibilité qui lui est accordée de négocier des accords directs avec des États étrangers ou des organismes internationaux, pas seulement ceux de la zone Pacifique. Autre changement significatif : le président du gouvernement de Polynésie française devient « président de la Polynésie française » et il est choisi dans les rangs de l'Assemblée de la Polynésie française. (Article 69 du statut).
Enfin, sous couvert de statut, le texte propose une réforme du mode de scrutin pour les élections territoriales : outre le découpage en deux de l'archipel des Tuamotu, il relève le seuil de 5 % à 10 % des suffrages exprimés pour la répartition des sièges et, à la suite d'un amendement déposé directement par Gaston Flosse au Sénat, il attribue une prime majoritaire de 33 % à la liste arrivée en tête au premier tour. Par ce double mécanisme, les minorités politiques locales pourraient disparaître pour ne laisser place qu'à l'affrontement entre le Tahoeraa huiraatira (Rassemblement du peuple, ex-UMP locale) de M. Flosse et le Tavini Huiraatira (Serviteurs du peuple, indépendantistes de gauche, proches du PS).
La présidence d'Oscar Temaru Aux élections territoriales du , bien que l'UMP obtienne plus de suffrages que l'Union pour la démocratie (UPLD), alliance des indépendantistes et des autonomistes (républicains), elle perd la majorité absolue. Le , le leader de l'UPLD, Oscar Temaru, est élu président de la Polynésie française par 29 voix contre 28. Cependant, le suivant, deux motions de censure ayant été déposées par Gaston Flosse le gouvernement Temaru est censuré par 29 voix contre 28, un des indépendantistes ayant rallié l'autre camp. Le Tavini, soutenu par le PS, accuse les partisans de Gaston Flosse de « corruption » et dénonce un « coup d'État légal ». Le , personnes, soit 10 % de la population de Tahiti, manifestent à Papeete pour exiger la dissolution de l'Assemblée Territoriale. Des manifestations ont également lieu à Nuku Hiva et Rangiroa pour la première fois dans l'histoire de la Polynésie.
2005 Entre-temps, les élections de la circonscription des Îles du Vent (37 sièges sur 57), ont été annulées par le Conseil d'État. Les élections partielles, qui ont lieu le , donnent 46 % des voix à l'Union pour la démocratie (UPLD), 40 % au Tahoeraa et 10 % à l'Alliance pour une démocratie nouvelle (ADN, regroupement du Fetia Api et du No Oe E Te Nuna'a, centristes). L'UPLD dispose désormais de 28 sièges, le Tahoeraa Huiraatira-UMP de 27 et l'ADN de 2. Oscar Temaru est de nouveau élu président, par 29 voix contre 26 à Gaston Flosse, un élu du Tahoeraa ayant rejoint les rangs de l'UPLD.
Cette période de deux années, très troublée sur le plan politique, est aussi une période de sévère récession économique, marquée par la perte de confiance des investisseurs, des licenciements et le dépôt de bilan de nombreuses PME.
Le , Jean-Christophe Bouissou, membre du Tahoeraa jusqu'en , fonde le parti Rautahi.
2006 Le , une motion de censure déposée par l'opposition (Tahoeraa + non-inscrits) obtient une majorité à l'assemblée de Polynésie grâce aux deux voix Fetia Api, renversant de ce fait le président Oscar Temaru. L'élection du nouveau président de la Polynésie française a lieu le : c'est Gaston Tong Sang qui est élu.
2007 Les élections législatives nationales de reconduisent les deux candidats du Tahoeraa Huiraatira comme députés à l'Assemblée nationale : Michel Buillard (réélu) et Bruno Sandras. Le Président du Tahoeraa, Gaston Flosse, à qui cette victoire donne l'occasion d'un retour sur le devant de la scène politique polynésienne, annonce immédiatement dans une interview (La Dépêche de Tahiti du ) : « La dissolution ? la question vraiment se pose sérieusement ».
La seconde moitié de l'année est marquée par une crise du Tahoeraa : la rupture entre Gaston Flosse et Gaston Tong Sang. Celui-ci est renversé par une motion de censure de Gaston Flosse soutenue par l'UPLD (). Démissionnaire, il quitte le Tahoeraa avec quelques autres et fonde son propre parti : O Porinetia To Tatou Ai'a (Polynésie, notre patrie) ().
2008 Les élections territoriales (janvier-février) Le , trois partis principaux s’affrontent au premier tour. To Tatou Ai'a (Gaston Tong Sang) arrive en tête avec 36,42 % des suffrages exprimés, cependant que l’UPLD (Oscar Temaru) et son allié depuis , le Tahoera’a Huiraatira’a de Gaston Flosse recueillent respectivement 32,90 % et 21,79 % des suffrages.
Le , deux jours après le premier tour, Gaston Flosse lance un appel par voie de presse et sur les ondes (La Dépêche de Tahiti du , page 24) et déclare :
Après le second tour (), la nouvelle Assemblée de la Polynésie française est formée de 27 élus de To Tatou Ai'a, 10 élus du Tahoera'a et 20 élus de l'UPLD.
Alliance Flosse-Tong Sang () Le , le président-délégué du Tahoera’a Huiraatira’a, Édouard Fritch, ex-gendre de Gaston Flosse, déclare dans La Dépêche de Tahiti, page 6 : « Le peuple veut un gouvernement autonomiste » et logiquement, son parti se rapproche du To Tatou Ai'a pour aboutir à un accord verbal destiné à lui attribuer la Présidence de l’Assemblée cependant que Gaston Tong Sang sera élu à la Présidence du pays, comme le veut le résultat du scrutin.
Le , les 27 élus du To Tatou Ai'a unissent leurs voix à celles des 10 élus de leur nouvel allié autonomiste et Édouard Fritch devient Président de l’Assemblée avec 36 voix contre 21 au candidat indépendantiste Antony Géros.
Alliance Flosse-Temaru ()