La bataille de Koursk, également appelée bataille du saillant de Koursk, est une importante bataille du Front de l'Est de la Seconde Guerre mondiale, opposant les forces de l’Allemagne et de l’Union soviétique près de Koursk, dans le sud-ouest de la Russie pendant l’été , et qui se solde par une victoire soviétique. La bataille de Koursk est l'une des plus importante de l’histoire militaire mondiale en termes de moyens humains et matériels engagés. Elle constitue, après la bataille de Stalingrad quelques mois plus tôt, l’un des tournants les plus souvent cités dans le théâtre européen de la guerre. Il s’agit de l’une des batailles les plus coûteuses sur les plans humains et matériels de la Seconde Guerre mondiale, de la plus grande bataille de chars de l'Histoire, tandis que le premier jour de combat, le , représente la journée la plus coûteuse de l’histoire de la guerre aérienne en termes d’avions abattus.
Le but des Allemands dans cette offensive est d'affaiblir le potentiel offensif soviétique pour l’été , en isolant et en encerclant les forces qu’ils s'attendent à trouver dans le saillant de Koursk. Hitler estime qu’une victoire dans ce secteur du front réaffirmerait la puissance allemande et renforcerait son prestige auprès de ses alliés, qu’il pense prêts à se retirer du conflit. Il est également prévu de capturer un grand nombre de prisonniers soviétiques pour les utiliser comme travail forcé dans l’industrie de l’armement allemande. Le gouvernement soviétique dispose toutefois de renseignements sur les plans allemands grâce au réseau Lucy. Prévenus plusieurs mois à l’avance que l’attaque viserait le du saillant, les Soviétiques préparent une défense en profondeur destinée à épuiser les troupes allemandes. Les Allemands retardent le déclenchement de l’offensive pour renforcer leurs forces et attendre de nouvelles armes, ce qui laisse à l'Armée rouge le temps de mettre en place sa série de ceintures défensives profondes et de constituer une importante réserve pour des contre-offensives.
La bataille débute avec le lancement par la Wehrmacht de l’opération Citadelle (), le , dont l’objectif est de couper le saillant de Koursk par des attaques simultanées au nord et au sud. Après l’échec de l’offensive allemande sur le flanc nord, acté pour le , les Soviétiques lancent à leur tour leur opération offensive stratégique de Koursk avec l’opération Koutouzov () contre l’arrière des forces allemandes sur ce même flanc nord. Sur le flanc sud, les Soviétiques déclenchent également de puissantes contre-attaques le même jour, dont l’une mène à un important affrontement blindé, la bataille de Prokhorovka. Le , les Soviétiques entament la seconde phase de l’opération offensive stratégique de Koursk avec le lancement de l’opération offensive Belgorod-Kharkov (aussi nommée opération Polkovodets-Roumiantsev) contre les forces allemandes sur le flanc sud du saillant de Koursk.
La bataille de Koursk constitue la dernière offensive stratégique allemande sur le Front de l’Est. Comme l’invasion alliée de la Sicile commence pendant la bataille, Adolf Hitler est contraint de détourner des troupes en formation en France pour répondre à la menace alliée en Méditerranée, plutôt que de les utiliser comme réserve stratégique sur le Front de l’Est. En conséquence, Hitler annule l’offensive à Koursk après seulement une semaine et sans avoir obtenu de résultat, en partie pour redéployer des forces en Italie. Les lourdes pertes humaines et matérielles allemandes permettent à l’Armée rouge de conserver l’initiative stratégique pour le reste de la guerre. La bataille de Koursk constitue le premier échec d’une offensive stratégique allemande avant de percer les défenses et d'atteindre sa profondeur stratégique. Bien que l’Armée rouge ait déjà mené des offensives hivernales avec succès, ses contre-offensives après l’attaque allemande à Koursk sont également ses premières offensives estivales réussies de la guerre.
Contexte gauche|vignette|Avancée soviétique durant les opérations Uranus, Mars et Saturne. Alors que la bataille de Stalingrad se termine, l’Armée rouge passe à une offensive générale dans le sud, lors de l’opération Saturne. En , un écart de 160 à s’ouvre entre le Groupe d’armées B et le Groupe d’armées Don, et les armées soviétiques menacent de couper toutes les forces allemandes au sud du Don, y compris le Groupe d’armées A opérant dans le Caucase. Le Groupe d’armées Centre subit également une pression importante. Le ville de Koursk est reprise par les Soviétiques le , et Rostov le . Les Fronts de Briansk, de l'Ouest et le nouveau Front central soviétiques se préparent alors à une nouvelle offensive qui prévoit l’encerclement du Groupe d’armées Centre entre Briansk et Smolensk. En , le secteur sud du front allemand se trouve ainsi confronté à une crise.
Depuis , le Feldmarschall Erich von Manstein, commandant du Groupe d’armées Don, réclame une pour lui permettre d’utiliser ses forces à bon escient. Le , Manstein rencontre Hitler à son quartier général de Görlitz (actuellement Gierłoż, Pologne) pour discuter des propositions qu’il a précédemment envoyées. Il reçoit l’approbation d’Hitler pour une contre-offensive contre les forces soviétiques avançant dans la région du Donbass. Le , les forces allemandes sont réorganisées. Au sud, le Groupe d’armées Don est renommé Groupe d’armées Sud et placé sous le commandement de Manstein. Directement au nord, le Groupe d’armées B est dissous, ses forces et ses zones de responsabilité étant réparties entre le Groupe d’armées Sud et le Groupe d’armées Centre. Manstein hérite ainsi de la responsabilité de la brèche massive dans les lignes allemandes. Le , Hitler arrive au quartier général du Groupe d’armées Sud à Zaporijjia quelques heures avant la libération de Kharkov par les Soviétiques et doit être évacué précipitamment le lendemain.
Une fois sa liberté d’action accordée, Manstein entend utiliser ses forces pour lancer une série de contre-attaques sur les flancs des formations blindées soviétiques, dans le but de les détruire tout en reprenant Kharkov et Koursk. Le 2e SS-Panzerkorps arrive de France en , après avoir été reconstitué. Des unités blindées de la Panzerarmee du Groupe d’armées A se retirent du Caucase et viennent également renforcer les forces de Manstein. gauche|vignette|Carte montrant (en orange pâle) le territoire repris par la Wehrmacht lors de la troisième bataille de Kharkov. Au nord du territoire reconquis se trouve le saillant de Koursk. L’opération de Manstein est préparée à la hâte et ne reçoit pas de nom. Plus tard connue sous le nom de troisième bataille de Kharkov, elle commence le lorsque la Panzerarmee, sous les ordres général Hoth, lance une contre-attaque. Les forces allemandes coupent les têtes de pont soviétiques et poursuivent leur avancée vers le nord, reprenant Kharkov le et Belgorod le . Une offensive soviétique lancée le par le Front central contre le Groupe d’armées Centre doit être abandonnée le pour permettre aux formations attaquantes de se désengager et de se redéployer vers le sud afin de contrer la menace des forces de Manstein. L’épuisement de la Wehrmacht et de l’Armée rouge, couplé à la perte de mobilité due à l’arrivée de la raspoutitsa printanière, entraîne l’arrêt des opérations pour les deux camps à la mi-mars. La contre-offensive laisse un saillant soviétique s’étendant sur du nord au sud et d’est en ouest dans la zone de contrôle allemande, centré sur la ville de Koursk.
Plans et préparation allemands gauche|vignette|Plan d’attaque allemand. Les zones colorées montrent la position au , les flèches indiquent la direction prévue des attaques allemandes, les lignes pointillées la division entre les groupes d’armées allemands et les fronts soviétiques, et les zones cerclées la localisation approximative des réserves soviétiques. Les lourdes pertes subies par l’Allemagne depuis le début de l’opération Barbarossa entraînent une pénurie chronique d’infanterie et d’artillerie: manquent dans les rangs. Pour que la Wehrmacht puisse entreprendre une offensive en 1943 afin de détruire le saillant de Koursk, l'essentiel des responsabilités reposent sur les divisions blindées. Le , Manstein présente à Hitler un plan prévoyant d'étrangler le saillant de Koursk grâce une offensive rapide dès la fin de la raspoutitsa printanière.
Le , Hitler signe l’Ordre opérationnel , autorisant plusieurs offensives, dont une contre le saillant de Koursk. En parallèle de la fin de la résistance soviétique à Kharkov, Manstein tente de persuader Günther von Kluge, commandant du Groupe d’armées Centre, d’attaquer immédiatement le Front central, qui défend le flanc nord du saillant. Kluge refuse, estimant ses forces trop faibles pour lancer une telle attaque. L'avancée allemande lors de la bataille de Kharkov est donc enrayée par les forces soviétiques déplacées depuis le Front central vers la zone au nord de Belgorod. À la mi-avril, dans des conditions météorologiques défavorables et alors que les forces allemandes sont épuisées et doivent être reconstituées, les offensives de l’Ordre opérationnel sont reportées.
Le , Hitler émet l’Ordre opérationnel , qui prévoit le lancement de l’opération offensive sur Koursk, sous le nom de code (« Citadelle »), à partir du ou peu après. Pour que l’offensive réussisse, il est jugé essentiel d’attaquer avant que les Soviétiques n’aient le temps de préparer des défenses dans le saillant ou de lancer leur propre offensive.
L’opération Citadelle prévoit un mouvement en tenaille visant Koursk, pour fermer le saillant et piéger ainsi 5 armées soviétiques. Le Groupe d’armées Centre fournit la armée du général Walter Model pour former la pince nord. Elle doit traverser le flanc nord du saillant, progresser vers le sud jusqu’aux collines à l’est de Koursk et sécuriser la voie ferrée contre toute attaque soviétique. Le Groupe d’armées Sud engage la Panzerarmee, sous les ordres d'Hermann Hoth, et le détachement d’armée Kempf, commandé par Werner Kempf, pour percer le flanc sud du saillant. L’attaque principale envisagée par Manstein doit être conduite par la Panzerarmee de Hoth: le SS Panzerkorps de Paul Hausser en tête, tandis que le Panzer Corps, commandé par Otto von Knobelsdorff, doit avancer sur la gauche, et que le détachement Kempf doit faire de même sur la droite. La armée, sous le commandement de Walter Weiß, maintient quant à elle la portion ouest du saillant, entre les deux pinces.
Le , Model rencontre Hitler pour exprimer ses inquiétudes concernant les renseignements montrant que l’Armée rouge construit des positions très solides dans les du saillant et a retiré ses forces mobiles de la zone située à l’ouest de Koursk. Il soutient que plus la phase de préparation dure, moins l’opération Citadelle peut se justifier. Bien qu’à la mi-avril Manstein juge encore l’offensive profitable, en mai il partage les doutes de Model.
Le , Hitler réunit ses officiers supérieurs et conseillers à Munich. Il parle environ des raisons de reporter l’attaque, reprenant essentiellement les arguments de Model. Plusieurs options sont débattues : attaquer immédiatement avec les forces disponibles, retarder l’offensive pour attendre de nouveaux chars, réviser radicalement l’opération ou l’annuler. Manstein préconise une attaque rapide mais demande deux divisions d’infanterie supplémentaires ; Hitler répond qu’aucune n’est disponible. Kluge s’oppose fermement au report et conteste les renseignements de Model. Albert Speer, ministre de l’Armement et de la Production de guerre, évoque les difficultés rencontrées pour reconstituer les formations blindées et les limites de l’industrie allemande pour remplacer les pertes. Le général Heinz Guderian s’oppose vigoureusement à l’opération, affirmant que . La conférence se termine sans décision d’Hitler, mais l'opération Citadelle n’est pas annulée. Trois jours plus tard, l’OKW reporte la date de lancement au .