La famine de 1949 au Nyassaland touche les hauts plateaux de la Shire, dans la Région Sud du Nyassaland (actuel Malawi) et une partie de la Région centrale. Elle débute en 1949 et se fait sentir jusqu'au début de 1950. La cause immédiate est une sévère sécheresse de à ainsi qu'en , qui détruit la plupart des cultures de maïs dont dépendent les habitants. Cela survient après deux années de pluies erratiques et de mauvaises récoltes qui ont vidé les greniers. Les effets des mauvaises récoltes sont aggravées par le fait que le gouvernement colonial se montre incapable de constituer des réserves suffisantes, qu'il tarde à importer des biens de consommation et qu'il exige un paiement pour l'aide qu'il apporte. Officiellement, le nombre de morts dû à la faim est de deux cents personnes, ce qui est sous-estimé et ne comptabilise pas les morts dues aux maladies exacerbées par la sous-alimentation.
Les causes sous-jacentes sont discutées. Dans un premier temps, sont mises en cause l'agriculture intensive qui entraîne l'érosion des sols et le choix de la culture du tabac au détriment de la production alimentaire. Ultérieurement, le sous-développement lié à l'accaparement des terres et à la sous-rémunération du travail et des productions agricoles est mis en avant. Plus récemment, l'accent est mis sur l'inégal développement économique et social du protectorat dans les années 1930 et 1940. Cette période voit un accroissement important du nombre d'employés et de commerçants qui doivent acheter leur nourriture. Ils dépendent pour cela des incertains surplus liés à l'agriculture de subsistance alors que les agriculteurs produisent en premier lieu pour l'exportation plutôt que pour la consommation domestique et que le gouvernement, loin d'encourager la production de maïs, la décourage en sous-payant les producteurs. En outre, ces changements sociaux font que certaines personnes deviennent vulnérables à la pénurie alimentaire car elles ne peuvent pas cultiver leur propre nourriture et n'ont pas accès à un emploi sûr ; il y a beaucoup de femmes parmi elles.
Agriculture et climat vignette|upright=3|centré|Panorama des hauts plateaux de la Shire. Agriculture pluviale Durant la période coloniale, la principale culture vivrière des hautes terres, qui forment la majeure partie du Nyassaland, est le maïs, probablement introduit au depuis le Mozambique, qui, à la fin du et au début du , supplante les cultures traditionnelles de sorgho et de mil. Vers la fin de cette période, le maïs représente 60 % des surfaces dévolues aux cultures vivrières ; il fournit plus de la moitié des calories aux habitants du protectorat. On trouve quelques petits troupeaux sur les hauts plateaux de la Shire. La plupart des petits exploitants agricoles possèdent quelques chèvres, moutons et poulets.
Le maïs cultivé en 1949 est une variété à maturation tardive, nécessitant au moins cinq à huit centimètres de pluie pendant les trois premiers mois de croissance, et un mois supplémentaire pour mûrir. Les hauts plateaux de la Shire réunissent généralement ces conditions mais, comme cette culture est essentiellement pluviale, les variations des précipitations annuelles entraînent une fluctuation importante de la production agricole.
Les pluies sont consécutives au passage de la zone de convergence intertropicale au-dessus du pays, habituellement entre novembre et mars ; les quantités de précipitations varient selon les oscillations d'El Niño et autres aléas climatiques. Les études climatiques régionales montrent un épisode de sécheresse intense en Afrique australe entre 1946 et 1949, conduisant à des famines à grande échelle en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud en 1947 ; une sécheresse un peu moins sévère touche le Nyassaland en 1947 et 1948, entraînant de faibles récoltes pour ces deux années. La famine de 1949 au sud du Nyassaland est causée par la dernière phase de cet épisode d'aridité.
Accès aux terres Dans les années 1940, les petits propriétaires cultivent leurs terres à la main et une famille d'agriculteurs avec deux adultes valides peut entretenir environ deux hectares de maïs par an. Une femme seule est en pratique incapable d'entretenir un hectare sans aide. En 1949, le rendement moyen du maïs est de (). La pression pour l'accès aux terres s'accentue dans les années 1940 ; même ceux qui ont accès à suffisamment de terres arables peuvent occasionnellement souffrir de la faim avant les récoltes voire subir des pénuries alimentaires plus graves les années où les précipitations sont insuffisantes. Les familles disposant de moins de terres ou de main-d'œuvre sont souvent menacées par la faim.
Environ 70 % des petits exploitants africains des hauts plateaux occupent des terres ayant le statut de Native Trust Land, pour lesquelles ils ne paient pas de loyer. Ces terres représentent la moitié des terrains de la région. La population s'accroît, et les Native Trust Land tendent à devenir surpeuplées et surexploitées, la monoculture en continu du maïs s'imposant au détriment de la rotation des cultures et de la jachère. Seuls ceux qui possèdent des exploitations importantes peuvent cultiver des quantités importantes de cultures de rente. Le tabac, seule culture de rente largement soutenue par le gouvernement dans la Région centrale, est moins adapté aux hautes terres humides de la Shire, de sorte que sa culture n'y est pas encouragée.
Les 30 % restant d'agriculteurs africains sont « locataires » des domaines détenus par les Européens, lesquels couvrent donc la moitié environ des hauts plateaux. Ce sont les terres les plus fertiles de la région. Ces « locataires » doivent un loyer, payé à l'origine par des journées de travail selon le système appelé thangata. En 1949, le paiement se fait en argent ou par la fourniture d'une quantité déterminée de tabac ou d'autres produits d'exportation. Bien qu'il existe, dans ces domaines fonciers, des surfaces non exploitées en quantités significatives et que les paysans sans terre soient rares, l'obligation de la culture de rente réduit la quantité de terres et de travail consacrée à la culture alimentaire des locataires.
Politique agricole Avant la Seconde Guerre mondiale, peu de choses sont faites pour encourager la production commerciale et la distribution de nourriture. Les citadins doivent acheter leur nourriture, mais les villes sont rares et petites et les transports coûtent cher. Les cultivateurs vendent uniquement leurs surplus via des marchés locaux, il n'y a que peu de circuits de distribution alimentaire et ils ne couvrent que des zones limitées et, en tout état de cause, en temps normal, la plupart des fermiers n'ont que peu de surplus à vendre. En outre, le gouvernement, qui maintient artificiellement des prix bas pour le maïs, n'encourage pas sa production à des fins commerciales.
Le gouvernement du Nyassaland met en place un certain nombre de mesures d'urgence pour contrôler la production agricole durant la guerre et certaines sont ultérieurement pérennisées. En 1947, il met en place un bureau de contrôle pour le maïs, visant à permettre d'approvisionner plus de de la Région Sud et d'autres endroits, qui ne sont pas en mesure de cultiver leur propre nourriture. Il est cependant sous-financé, il paie des prix bas pour le maïs qu'il achète et il est réticent à encourager la production commerciale domestique à cause des coûts d'acquisition et de stockage.
Ce bureau de contrôle ne vise qu'à traiter environ 5 % de la production et ne constitue que de petites réserves. Bien que ses deux premières années d'existence coïncident avec les faibles récoltes de 1947 et 1948, il n'achète que 2 % des récoltes et se montre incapable de constituer des réserves. Après la famine, le bureau fait plus que doubler ses prix d'achat et traite 7 % des récoltes de maïs en 1951 et 10 % en 1952.
Déroulement
Contexte Les pénuries alimentaires survenant avant les récoltes sont relativement communes au Nyassaland, mais la famine proprement dite est peu fréquente sur les hauts plateaux de la Shire après 1850 ; la région est même un refuge pour ceux qui fuient la famine dans les régions adjacentes du Mozambique. Une sécheresse est signalée par les premiers missionnaires dans les années 1861 à 1863, ce qui coïncide avec une période de bouleversements politiques extrêmes qui disloquent l'agriculture ; une autre sécheresse est constatée en 1922.
La famine de 1949 touche une région en pleine mutation économique après la Seconde Guerre mondiale. Le district de Blantyre est un endroit où se cultivent les produits destinés à l'alimentation mais est aussi une zone de croissance de l'emploi, dans les villes de Blantyre et de Limbe et dans les domaines fonciers possédés par les Européens, où poussent le tabac et le thé. La plupart des agriculteurs pratiquent la culture de rente, principalement le tabac, et les terres agricoles deviennent surpeuplées et soumises à la pression de fournir l'alimentation d'une population urbaine et agricole en forte croissance. Plus encore que dans le reste du pays, la population du district de Blantyre devient de plus en plus dépendante de revenus monétaires pour se fournir en nourriture. La famine de 1949 est particulièrement sévère près de Lunzu et de Lirangwe, au nord de Blantyre et rappelle aux plus vieux habitants la situation de 1922. De sérieuses pénuries alimentaires touchent aussi Dedza et son district ainsi que celui de Port Herald (aujourd'hui Nsanje).
Manque de pluies vignette|À l'abri de la pluie (Malawi, 2009).
Les précipitation de 1947 et 1948 sont irrégulières et, en 1947, des criquets détruisent les récoltes. Cela oblige les fermiers à puiser dans leurs réserves de maïs en amont des récoltes de 1949.
La saison des pluies 1948-1949 commence bien, mais les pluies manquent en novembre et , et il y a six semaines sans pluies de la fin jusqu'au début du mois de , alors que c'est normalement la période la plus humide. Les variations locales sont considérables mais les régions les plus affectées ne reçoivent que la moitié des précipitations habituelles et perdent jusqu'à un tiers des récoltes espérées. Certaines des plantations les plus précocement semées survivent mais la plupart meurent et certains agriculteurs sont incapables de resemer par manque d'eau et aussi parce qu'ils n'ont pas assez de semences à cause des deux mauvaises années précédentes. Les terrains proches des cours d'eau, qui retiennent mieux l'humidité, produisent quelques récoltes, certaines personnes reçoivent de la nourriture de leur famille ou d'amis situés dans des zones moins affectées, certains employeurs distribuent des aides en nature, mais la plupart des gens dépendent exclusivement de ce que leurs propres terres peuvent faire pousser.
Réaction initiale La réponse initiale du gouvernement est entravée par le manque de maïs à distribuer. En , le commissaire du district de Blantyre constate la mise en place d'un marché noir de la farine de maïs dans les marchés de la ville ; il met en vente une partie du maïs stocké dans les entrepôts gouvernementaux, mais la quantité d'une tonne par jour n'est suffisante que pour cinq cents familles seulement. En février, le gouverneur considère qu'il n'est pas nécessaire d'apporter une aide importante à la population. Il demande néanmoins au gouvernement de Rhodésie du Sud d'envoyer mille tonnes de maïs aussi vite que possible et nomme un homme d'affaires local commissaire aux approvisionnements alimentaires afin d'organiser cela, comptant sur les milieux d'affaires pour assurer la distribution.