Le Concours international de piano Frédéric-Chopin, communément appelé le concours Chopin, est l'un des principaux concours de musique classique réservés aux pianistes et le plus ancien d'entre eux. Sa renommée mondiale lui vaut d'être surnommé . Ayant lieu en Pologne, à la Philharmonie nationale de Varsovie (sauf en ), il est diffusé en direct sur l'audiovisuel public national , et depuis gratuitement sur Internet. Les participants n'y jouent que des œuvres de Frédéric Chopin.

Fondé en par le pianiste et professeur de piano Jerzy Żurawlew (prononcé ) dans une Pologne en pleine crise identitaire, surtout après le coup d'État de mai, l'événement, interrompu par la Seconde Guerre mondiale, est ensuite fortement soutenu par les pouvoirs publics nationaux (communistes puis post-communistes). Depuis , il est organisé par l'Institut Frédéric-Chopin, une structure créée par une loi polonaise.

Il connaît dix-neuf éditions : en , , , 1949, , puis tous les cinq ans jusqu'en , et enfin en ainsi qu'en . Son exigeance extrême et son ampleur attirent l'attention médiatique mondiale, notamment sur le vainqueur, ce qui permet de révéler à grande échelle Maurizio Pollini (), Martha Argerich (), Krystian Zimerman () et Yundi Li (). À l'issue de l'édition de 2025, le jury, présidé par Garrick Ohlsson, décerne le premier prix à Eric Lu.

Souvent qualifiée de , l'élimination d'Ivo Pogorelich avant la finale en engendre la polémique la plus célèbre de l'histoire du concours.

Histoire

La mémoire de Chopin au secours du nationalisme polonais dans un contexte politique perturbé

La proclamation de l'indépendance de la Pologne en et le coup d'État de comptent parmi les étapes politiques et économiques les plus difficiles du pays au cours des trois premières décennies du . Ces grandes turbulences se répercutent naturellement sur sa vie économique, culturelle et sociale. Son principal souhait est alors d'obtenir la reconnaissance et l'acceptation de son indépendance par les autres pays, d'autant que cet État-nation n'existait pas vraiment aux yeux des Européens au siècle précédent.

Cette ambition pousse naturellement les dirigeants polonais à développer l'éducation et tous les domaines culturels. Ils sont plus que jamais conscients du fait que les pays démocratiques doivent être cultivés et peuplés de personnes créatives. En d'autres termes, l'indépendance et l'identité du pays doivent se refléter directement dans l'éducation de sa société (systèmes scolaires et d'enseignement supérieur), dans l'éventail des médias (journaux, radio) et dans la culture (musique, littérature).

Ce désir d'être reconnu et accepté se renforce après le coup d'État de 1926, car les nouveaux dirigeants, en premier lieu le président Ignacy Mościcki , sont tenus responsables par les autres pays de leurs attitude et intentions envers la Pologne. Ils sont donc ouverts et disposés à accepter de nouvelles idées afin d'améliorer l'image de leur pays. De plus, l'idée d'un concours qui vise à promouvoir et à célébrer un grand compositeur polonais correspond à l'esprit politique qui règne au début de la période de la Sanacja initiée par Józef Piłsudski , responsable du coup d'État. En effet, la Sanacja dépasse le cadre de la politique ; à travers les déclarations diffuses du maréchal sur « l'assainissement, la réforme et le renforcement de l'État », elle soulève également les questions du renouveau moral et de l'identité nationale..

Cependant, les institutions culturelles de la Pologne de l'entre-deux-guerres ne reçoivent aucun soutien concret de la part de l'État. Elles se financent en partie elles-mêmes et complètent avec des sponsors privés, qui ne sont pas faciles à trouver dans un pays affaibli par une guerre mondiale et qui vient tout juste de renaître après plus d'un siècle de partition entre la Russie, la Prusse (plus tard l'Allemagne) et l'Autriche-Hongrie..

Création et trois premières éditions grâce à la Sanacja (1925-1937)

vignette|redresse=.6|gauche|Jerzy Żurawlew , fondateur (ici en 1950).|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme dégarni portant des lunettes

L'idée d'un événement périodique régulier où de jeunes pianistes interpréteraient la musique de Chopin apparaît vers ; elle est promue en grande partie par le pianiste et professeur de piano Aleksander Michałowski . Le format concours n'est envisagé que par la suite., lorsque Jerzy Żurawlew , élève de Michałowski, remarque l'enthousiasme croissant des jeunes pour les compétitions sportives...

Consulté par Żurawlew en 1925, le président de la République Stanisław Wojciechowski refuse de patronner un tel projet, et le ministère des Affaires religieuses et de l'Éducation publique décide de ne pas le soutenir financièrement (la Deuxième République n'a pas de ministère de la Culture). Après le coup d'État de mai, Żurawlew reprend ses tractations ; le nouveau président, Ignacy Mościcki, entré en fonction en , accepte de donner son soutien, et promet même un cadeau pour le vainqueur. Żurawlew crée alors officiellement le concours en .. Initialement prévue en pour accompagner l'inauguration du Monument à Frédéric Chopin au parc Łazienki et l'anniversaire de la mort du compositeur, la première édition est reportée en raison de problèmes logistiques et débute le ., à la Philharmonie nationale de Varsovie. Vingt-six pianistes provenant de huit pays européens y participent.

Le concours est renouvelé en . puis en . par la Société de musique de Varsovie. Dans l'entre-deux-guerres, son aspect politique attire l'attention du gouvernement soviétique, . À cette époque, les dirigeants soviétiques prennent progressivement conscience de l'importance du pour créer une image positive de l'URSS sur la scène internationale.

Alors qu'une quatrième édition est prévue en 1942, le concours est interrompu par l'effondrement de la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale. La Philharmonie est bombardée dès , puis détruite pendant l'insurrection de 1944.

Reprise et pérennisation dans la Pologne communiste pendant la guerre froide (1949-1985)

L'événement reprend en , année du centenaire de la mort de Chopin, et est désormais coorganisé par le ministère polonais de la Culture et des Arts. Cette édition n'a pas lieu à la Philharmonie, le bâtiment ayant été complètement détruit au début de l'insurrection de Varsovie en .. L'organisation de cette première édition après la guerre à Varsovie nécessite l'engagement de toutes les institutions publiques, ainsi que la contribution personnelle de musiciens et de professeurs de musique. L'enjeu nationaliste persiste : quelques semaines avant le concours, le président de la République, Bolesław Bierut, inaugure l'« » dans un discours axé sur les éléments de la musique folklorique de Mazovie dans les œuvres du compositeur, associant ces mélodies à l'expression des sentiments les plus profonds des Polonais, de leurs inquiétudes et de leurs joies. Il souligne que Chopin a enrichi et ennobli les mélodies folkloriques traditionnelles, les sublimant en morceaux riches de sens et profondément nationaux.. Le jury n'est pas totalement impartial : le vice-ministre de la Culture Włodzimierz Sokorski demande aux dix jurés polonais (sur vingt-deux ou vingt-trois membres) de favoriser « les pianistes polonais et soviétiques ».

Au total, huit éditions se déroulent durant la guerre froide, période marquée par une forte politisation des échanges culturels internationaux : celles de 1949, , , , , , et . À partir de 1949, le concours Chopin devient un instrument de prestige potentiel pour les pays qui y envoient des candidats ou même des délégations. Événement culturel majeur en Pologne et dans le monde musical, il devient le rendez-vous quinquennal des musiciens et mélomanes passionnés par Chopin, et permet de réunir les Polonais autour d'un marqueur culturel fort. Le concours rythme la vie politique tout en devenant, par l'intermédiaire des médias audiovisuels, un élément important de la vie quotidienne des habitants. Il est, en outre, un outil diplomatique de premier ordre pour le pays : à partir de la période du dégel, dès la fin des années 1950, il sert de courroie de transmission à la diplomatie culturelle polonaise, les lauréats polonais Halina Czerny-Stefańska, Barbara Hesse-Bukowska, Adam Harasiewicz et Piotr Paleczny représentant leur pays lors de concerts dans les principales salles du monde.

En 1955, un Chinois, Fou Ts'ong, qui a terminé ses études de piano au Conservatoire de Varsovie, devient le premier Asiatique (hors URSS) à obtenir un prix au concours. D'après certains chercheurs, c'est cet événement remarqué qui incite le Parti communiste chinois (PCC) à développer une promotion stratégique de la musique de Chopin et des institutions de musicologie occidentale sur le territoire chinois.

Jusqu'en 1965, le concours se déroule principalement en février. En , plusieurs jurés tombent malades, et le froid, particulièrement rigoureux ce mois-là, est accusé ; c'est pour cette raison que l'événement est déplacé à octobre, aux températures plus douces, et qui est également la période où Chopin est mort..

L'édition de 1980 est secouée par la polémique qui entoure l'élimination d'Ivo Pogorelich avant la finale (voir la section Polémiques).

Après la guerre froide

En , envoient un dossier de candidature, espérant être présélectionnés pour participer.

En , tentent leur chance. L'obtention de la médaille d'or par le Chinois Yundi Li connaît un retentissement énorme en Chine, ce qui a pour effet d'accroître la notoriété de la musique de Chopin dans le pays.. L'attribution du quatrième prix à une autre personne chinoise, Sa Chen, est également relevée. L'intérêt croissant des jeunes Chinois (et, plus largement, des jeunes Asiatiques) pour le piano classique à cette période s'explique aussi par un , alors que ce jeune pianiste issu du Liaoning devient très populaire à l'échelle mondiale dans les années 2000..

En , l'Institut Frédéric-Chopin, créé par une loi polonaise., prend en charge l'organisation de l'événement..

La victoire du Sud-Coréen Seong-Jin Cho en est une preuve supplémentaire de la popularité croissante de Chopin en Asie de l'Est. Cette édition recense un nombre record de ..

La , prévue en , est reportée à en raison de la pandémie de Covid-19.. Sur les quelque reçues par l'équipe du concours, plus de 100 viennent de Chine.. Le public porte un masque de protectionhttps://digitalcommons.morris.umn.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1160&context=horizons.

La se tient du au (le étant le premier jour du premier tour éliminatoire et le le jour de l'annonce des lauréats).. En 2024, dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le porte-parole annonce que les pianistes russes sont autorisés à participer, mais sous drapeau neutre et à la condition de . Cette édition montre une nouvelle fois la prédominance numérique des candidats asiatiques, les Chinois, Sud-Coréens et Japonais étant plus de cent au total, contre seulement sept originaires des États-Unis. C'est cependant un pianiste américain qui obtient le premier prix, bien qu'ayant des origines chinoises.

Règlement

Âge et expérience requis

En 2015., 2021. et 2025.., le concours est ouvert aux pianistes confirmés âgés de seize à trente ans. En 2025, Yulia Nakashima, quinze ans, est néanmoins admise..

Les candidats doivent être des artistes bien formés et avoir suffisamment d'expérience de la scène et du public. Ils doivent donc souvent remporter d'autres concours avant de pouvoir participer au Concours Chopin.

Répertoire

Le répertoire est toujours exclusivement issu de la liste des œuvres de Frédéric Chopin...

Pour la finale, les candidats doivent notamment préparer l'un des deux concertos pour piano de Chopin, qu'ils choisissent (le en mi mineur ou le en fa mineur). Au total, les aspirants au concours Chopin doivent pouvoir jouer par cœur environ trois heures de musique.

Récompenses