En général, la tolérance, du latin tolerare (supporter) et tolerantia (endurance, patience, résignation), désigne la capacité à permettre ce que l'on désapprouve, c'est-à-dire ce que l'on devrait normalement refuser. En construction ou en dessin par exemple, on dit qu'on peut tolérer une certaine marge d'erreur.

Au sens moral, la tolérance est la vertu qui porte à respecter ce que l'on n'accepterait pas spontanément, par exemple lorsque cela va à l'encontre de ses propres convictions. C'est aussi la vertu qui porte à se montrer vigilant tant envers l'intolérance qu'envers l'intolérable.. La vertu de tolérance est acceptée comme une valeur de morale sociale.

Toute liberté ou tout droit implique nécessairement, pour s'exercer complètement, un devoir de tolérance.

Selon John Locke, la tolérance signifie .

Selon certains moralistes, la notion de tolérance est associée à la notion absolue de bien et de mal. La tolérance s'exerce lorsqu'on reconnaît qu'une chose est un mal, mais que combattre ce mal engendrerait un mal encore plus grand.

La tolérance peut alors conduire à une abstention volontaire dans le combat contre un mal identifié comme tel. Cette abstention n'est pas motivée par une relativisation des notions de bien et de mal, mais au contraire par la pleine conscience d'un mal qui ne peut pas être combattu sans produire un autre mal plus grave encore.

C'est en ce sens, par exemple, que le terme de « maison de tolérance », était encore usité au début du .

Tolérance politique

La notion de tolérance est fondamentalement une notion morale, devenue notion politique et juridique. Elle a été théorisée sous cet angle par la philosophie à partir des , une époque où sévissaient en Europe les guerres de religion. Le surgissement et le triomphe de la notion de tolérance dans les sociétés occidentales jusqu'à nos jours, s'explique par ce contexte où elle a été développée afin de mettre fin aux conflits entre catholiques et protestants, en définissant les règles et conditions auxquelles la diversité des idées, opinions et croyances, pouvaient être supportées et tolérées dans une même société, sans pour autant la mettre en danger en créant des divisions incompatibles. L'auteur de référence pour la théorie de la tolérance est l'anglais John Locke (1632-1704).

Tolérance en droit L'exemple le plus caractéristique est celui de l’article du code civil : .

De manière plus générale, la tolérance ne saurait être constitutive de droit. Il est certain que la précarité d'une situation ne saurait générer un droit juridiquement protégé au profit de celui qui a pu en bénéficier un certain temps.

À titre d'exemple, en droit des baux commerciaux :

le preneur faisait valoir que le motif de non-renouvellement invoqué par sa bailleresse ne serait ni grave ni légitime puisqu'il a été toléré par elle-mêmeTribunal de Grande Instance de Paris, RG 14/04548. ; De même, le seul exercice d’une activité commerciale dans une partie du rez-de-chaussée ne constitue qu’une simple tolérance qui ne saurait modifier pour autant la clause formelle de destination à usage exclusif d’habitation prévue dans l’acte du qui fait la loi des parties..

Tolérance sociale

La tolérance sociale est la capacité de respect d'une personne ou d'un groupe devant ce qui diffère de ses valeurs morales ou des normes établies par la société.

Ce que la tolérance n'est pas

On a souvent tendance à assimiler la tolérance à des notions qui se révèlent fondamentalement différentes, bien que proches sur certains points.

L'indifférence

L'indifférence est de n'éprouver ni plaisir, ni douleur, face à ce que l'on perçoit. Il n'y a aucunement besoin de tolérance face aux choses pour lesquelles on n'éprouve pas d'émotion. Par exemple, une personne pour qui les questions de religion ne sont pas une préoccupation, ne peut être qualifiée de tolérante ou intolérante en matière religieuse.

La soumission

La soumission est l'acceptation sous la contrainte. Pour qu'il y ait tolérance, il faut qu'il y ait choix délibéré. On ne peut être tolérant qu'avec ce qu'on a le pouvoir (d'essayer) d'empêcher.

L'indulgence

L'indulgence va plus loin que la tolérance, en cela qu'elle est une disposition à la bonté, à la clémence, une facilité à pardonner, alors que la tolérance peut être condescendante.

La permissivité

La permissivité, tout comme l'indulgence, va plus loin que la tolérance. Elle se distingue de l'indulgence par l'absence de référence aux sentiments. Elle se définit comme une propension à permettre sans condition.

L'acceptation

L'acceptation veut que l'on endosse les éléments auxquels nous sommes confrontés. Or, la tolérance suppose que l'on comprenne les valeurs d'une personne ou d'une idée dont l'autorité ou la valeur agit sur nous sans nécessairement être d'accord avec celle-ci. La tolérance est plutôt une forme de respect où nous essayons de supporter quelque chose ou quelqu'un indépendamment du jugement que nous lui portons : nous pouvons haïr ou mépriser ce que nous tolérons, le respecter à contrecœur.

Tolérance et idéal La tolérance est généralement considérée comme une vertu, car elle tend à éviter les conflits. Ainsi Kofi Annan disait-il que

Dans certaines religions, comme la religion bouddhiste, la tolérance est le premier pas vers l'équanimité, c'est-à-dire l'acceptation sans effort. La tolérance envers ce qui nous agresse, est un exercice à pratiquer sur soi-même.

Pour Voltaire, philosophe des Lumières à une époque où les persécutions religieuses et les fanatismes ne sont pas éteints, dans son Traité sur la tolérance (1763), la liberté de pensée et de religion sont deux droits humains fondamentaux. Voltaire, en s’appuyant notamment sur des injustices telles que l'affaire Calas plaide pour une coexistence pacifique entre les différentes croyances. il dénonce les dogmes ()Wikisource, in CHAPITRE XXI. Vertu vaut mieux que ſcience

La tolérance est un exercice et une conquête sur soi.

L'esprit de tolérance est l'art d'être heureux en compagnie des autres.

Tolérance et réprobation

Cependant, on considère généralement qu'il n'y a pas de tolérance sans agression, c'est-à-dire qu'on ne peut être tolérant que face à ce qui nous dérange (c'est-à-dire ce avec quoi on n'est pas en accord) mais qu'on accepte par respect de l'individu (l'humanisme) ou pour la défense d'un idéal de liberté (le libéralisme).

La tolérance par respect de l'individu pourrait se formuler comme : Je ne suis pas d'accord avec toi, mais je te laisse faire par respect des différences.

La tolérance pour la défense d'un idéal de liberté, est parfaitement illustrée par une célèbre citation attribuée de façon erronée à Voltaire<ref group="Note">La seule version connue de cette citation est de l'écrivain anglaise Evelyn Beatrice Hall, , The Friends of Voltaire, 1906.

Pour clore l'histoire de cette fausse citation, Charles Wirz, conservateur de l'Institut et Musée Voltaire de Genève, rappelait en 1994, que Miss Evelyn Beatrice Hall, qui a placé, à tort, entre guillemets cette citation dans deux ouvrages qu'elle a consacrés à l'auteur de Candide, a reconnu expressément que la citation en question n'en est pas une dans une lettre du , laquelle a été publiée en 1943 dans le tome LVIII sous le titre () de la revue , the Johns Hopkins Press, 1943, Baltimore. Voici l'extrait de la lettre en anglais :

À croire certains commentateurs (Norbert Guterman, A Book of French Quotations, 1963), elle reposerait sur une lettre du à un abbé Le Riche où Voltaire dirait :

Le grand problème c'est que, si vous consultez la lettre elle-même, la phrase n'y figure pas, ni même l'idée. Comme elle est courte, mieux vaut la citer tout entière pour mettre un point final à cette légende :

<poem>A M. LE RICHE,

A AMIENS.

.

Vous avez quitté, monsieur, des Welches pour des Welches. Vous trouverez partout des barbares têtus. Le nombre des sages sera toujours petit. Il est vrai qu’il est augmenté ; mais ce n’est rien en comparaison des sots ; et, par malheur, on dit que Dieu est toujours pour les gros bataillons. Il faut que les honnêtes gens se tiennent serrés et couverts. Il n’y a pas moyen que leur petite troupe attaque le parti des fanatiques en rase campagne.

J’ai été très malade, je suis à la mort tous les hivers ; c’est ce qui fait, monsieur, que je vous ai répondu si tard. Je n’en suis pas moins touché de votre souvenir. Continuez-moi votre amitié ; elle me console de mes maux et des sottises du genre humain. Recevez les assurances, etc.</poem>

Voltaire, au demeurant, n'hésitait pas à souhaiter la censure contre les ouvrages qu'il n'aimait pas. Voici ce qu'il écrit dans l'article « Athéisme » du Dictionnaire philosophique :

</ref> : Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire. Cela semble un résumé de ce que disait Voltaire sur Helvétius à l'article Homme des Questions sur l'Encyclopédie : J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes.

La tolérance est soit un choix dicté par une conviction, soit un choix condescendant. Dans tous les cas, pour qu'il y ait tolérance, il faut qu'il y ait choix délibéré. On ne peut être tolérant qu'avec ce qu'on a le pouvoir d'essayer d'empêcher. L'acceptation sous la contrainte est la soumission.

Depuis les années 1950, la tolérance est généralement définie comme un état d'esprit d'ouverture à l'autre. Il s'agit d'admettre des manières de penser et d'agir différentes de celles que l'on a soi-même.

Il est d'autant plus difficile de comprendre un comportement (et éventuellement de l'accepter) quand on n'en connaît pas les origines. C'est pourquoi l'éducation est souvent considérée comme un vecteur de tolérance.

Ainsi Helen Keller disait

Tolérance civile

Les mentalités évoluant — sur certains sujets — plus vite que les lois, il existe un décalage entre la morale sociale (celle qu'un groupe légitime) et les lois civiques. Ainsi, certaines dispositions de la loi peuvent, à un moment donné, être reconnues inadaptées et, de ce fait, n'être appliquées que partiellement ou plus du tout, faute de moyens.

On peut citer en exemple :

les Maisons de tolérance, des établissements de prostitution autrefois réglementées par la loi française puis interdites en 1946, par la loi Marthe Richard, au nom d'une mutation de la conception du rôle des femmes dans la société. Il ne s'agit donc pas de tolérance mais d'imposition d'une nouvelle norme.

plus proche de nous, la non-application des lois sur la consommation de drogues considérées à tort ou à raison comme « douces », ce qui est supporter ce qu'on ne peut contrôler.

Les modalités d'application de la loi qui devraient dépendre des décrets qui les promulguent, dépendent en fait souvent de la disponibilité du pouvoir à les faire appliquer. Par exemple, les décrets Jean Zay (1936) prévoient l'interdiction du port de signes religieux et politiques dans les écoles françaises, pourtant, la non-application de ces décrets a conduit les autorités à soumettre une nouvelle loi sur le même sujet en 2004.

Ainsi Georges Clemenceau disait dans Au soir de la pensée,

La tolérance selon Locke

Historiquement, la première notion de tolérance est celle défendue par John Locke dans sa Lettre sur la tolérance, qui est définie par la formule .

D'un point de vue social, il s'agit de supporter ce qui est contraire à la morale (ou à l'éthique) du groupe posée comme un absolu. Il s'agit principalement de réaction face à un comportement que l'on juge mauvais, mais que l'on accepte parce qu'on ne peut faire autrement. C'est donc à partir d'une glorification de la souffrance que s'établit une conception éthique de la tolérance.